‹ Nouvelle grammaire françaiseChapitre 3 sur 176 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

et j'y ajoute senlement Vinftnitify non comme nn temps^ mais comme la forme par laquelle il est d'usage en français d« désigner le verbe, et qui sert ainsi de point de repère.

Pour peu qu'on yéuille bien examiner sans parti pris la classification que je propose des temps principaux, on s'apercevra que, tout en évitant les inconvénients de la division traditionnelle^ j'en ai gardé^ j'en ai même augmenté les avantages.

Dans ces temps principaux , présentés tons au mode indicatif, sont classés les quatre temps simples (présent, imparfait, parfait défini, futur), et un temps composé (le parfait indéfini). Aassi bien que les anciens temps primitifs, ces temps prin^ dpaiLX donnent la clef de tous les autres, parce que leurs formes s'y retrouvent. Ainsi, de l'indicatif présent on peut tirer l'impératif et le subjonctif présen t ; de l'imparfait, le participe présent; du parfait défini, l'imparfait du subjonctif; du futur (formé lui-même de l'infinitif), le conditionnelquant au parfait indéfini , non-seulement il contient le participe passé, mais encore il oStq l'avantage de fournir un exemple de temps composés, et (pour ce qui est des verbes neutres) un exemple de leur formation avec l'auxiliaire avoir ou avec l'auxiliaire être.

Je me suis encore attaché à préciser des notions qui sont récemment entrées dans l'enseignement de la grammaire française, mais qui trop souvent y sont présentées d'une manière confase ou tout à fait erronée. Je veux parler du radical, de la terminaison et des désinences, des racines, des préfixes et des suffixes. Naturellement, j'y insiste peu, même dans le cours moyen : je me borne à donner des idées justes; Bt, par exemple, je me garde bien de répéter, avec nos modernes docteurs, que le radical est la partie du mot qui ne change jamais. Il n'y a rien de plus faux en français, comme dans les autres langues. Sans doute, en général, le radical change peu ; mais c'est autre chose que la partie invariable du mot, à moins de supposer que les verbes comme pouvoir, savoir, tenir, vouloir, boire, etc., n'ont pas de radical, ou bien que leur radical se borne à la première lettre.

Enfin j'ai cherché à introduire dans le cours moyen, comme dans le cours élémentaire, quelques améliorations sérieuses au

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point de vue de IVnseignement grammatical de la langue française. Le but constant de mes efforts a été de faire nne grammaire qui fût en rapport avec les progrès de la «cience grammaticale, sans cesser d'être simple et claire.

J*ai réagi, dans les limites de ce qui convenait à nn livre élémentaire^ contre cette sorte d'émiettement de la doctrine grammaticale qui se produit sous forme deremarques particulières. Autant que possible, je groupe ces remarques en les rattachaut à une idée générale. Je ne laisse subsister les remarques particulières que lorsque le lien est trop dî^cile à saisir pour des enfants.

Par la même raison, j'ai multiplié hm iableatix synoptiques qui font ressortir les faits grammaticaux, aussi bien que les faits historiques. J'en ai usé même dans la Syntaxe, mettant sar deux colonnes les règles en quelque sorte parallèles. Mais c'est surtout pour les verbes que j'en ai fait un large emploi. Je ne suis pas le premier à qui soit venue l'idée de mettre les verbes dans les tableaux, où l'on voit les temps sur des colonnes verticales, et les modes dans des cases horizontales ; tableaux qui permettent d'embrasser d'un même coup d'œil un verbe entier pnésenté sur une seule page : néanmoins, l'arrangement de ces tableanx m'est personnel, non - seulement par la disposition des modes (otl je rapproche le subjonctif de l'impératif, et le conditionnel de l'infinitif, pour mieux montrer la parenté de ces divers modes), mais par la séparation rendue sensible à l'œil et à l'esprit entre les temps simples et les temps composés.

Il me reste à dire en quoi ce cours moyen diffère du cours élémentaire.

Autant qu'il a été possible, j'ai maintenu le texte du cours élémentaire; j'y ai seulement ajouté tous les compléments que comportent Vîge plus avancé et les connaissances plus étendues des élèves auxquels il est destiné; et je me suis attaché à ne pas excéder les limites des notions qui conviennent à la quator- Eième ou à la quinzième année : le reste sera l'objet du cours supérieur. Sans doute l'ancien texte disparaît sous la multitude des compléments qui ont dû être ainsi ajoutés ; mais, s'il n'a pas été possible de conserver les anciens chiffres de paragraphes, les divisions générales de l'ouvrage restent les mêmes, ot

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permettent an maître et à Télève de reconnaître dana le wurn moyen le texte déjÀ étndié dn cours élémentaire.

Parmi les parties nouvelles du cour^mo^/^, les principales sont les suivantes.

l** Dans la théorie de Tartiolé, de Padjectif et du pronom, j'ai introduit, après plusieurs grammairiens du reste, le genre neutre^ que ne veulent pas reconnaître en français les partisans de la grammaire mécanique, sous prétexte que c'est un embarras pour l'analyse grammaticale; comme si ce n'était pas fausser absolument les idées d'un enfant capable de réflexion que de lui dire que le est du même genre, à savoir le genre masculin, dans ces trois phrases : voici votre père, je lb vois arriver; votre mère est soufrante, Je lb vois; au moment oô les états sont lb plus florissants ; et comme si les enfants ne devaient pas euxmêmes rectifier cette erreur, quand, traduisant ces phrases en latin, en anglais, en allemand, il leur faut mettre pour la première, le masculin; pour les deux autres, le neatre.

2o La Syntaxe a reçu des développements plus considérables : j'ai cherché À être complet tout en me tenant en garde contre les minuties grammaticales, et j'ai partout mis les exemples des bons écrivains au-dessus des décisions souvent arbitraires et •ans autorité des grammairiens.

3<* J'ai donné des notions élémentaires de grammaire historique : j'en ai été très-sobre, réservant pour le cours supérieur de plus amples développements, surtout en ce qui concerne la Syntaxe ; mais il était nécessaire de faire ici k ces notions une certaine part. En effet, tant que, dans l'étude de la grammaire française, on. ne s'est pas avisé ou que l'on ne s'est pas soucié du point de vue historique, on a cru que la langue s'est constituée et peut se réformer par le raisonnement, et l'on a disserté à perte de vue sur les règles. D'un autre côté| les adidptes de la grammaire historique ont eu quelquefois le tort de méconnaître la grammaire de l'usage actuel, le <l bon usage t>, comme disait Vaugelas, celui dont l'Académie française est chez nous l'interprète, sinon infaillible, du moins le plus autorisé, n y a un < bon usage i», qui changera, comme il a déjÀ changé^ mais d'après lequel on doit écrire et parler. Les grammairiens n'ont pas k le discuter, à prendre parti pour ou contre ; ils n'ont qu'à le constater, à en être c les témoins ï, comme di-

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sait encore si judidensement Vaagelafl. Mais cet usage liii-iDêiii« Q^est pas toujours aussi ci^ricieux qu'il le paraît au premiei abord : le plus souvent l'usage présent s'explique par l'usage ancien ; pour se rendre compte des formes de la langue d'aujourd'hui, il faut remonter à celles de l'ancienne langue et en suivre les variations depuis ses origines latines jusqu'à nos jours.

Telle est la légitimité, telle est la nécessité d'une étude historique de la langue française, dans tout enseignement grammatical tant soit peu sérieux.

Mais, tout en reconnaissant et en proclamant l'utilité de ces notions (sans lesquelles, pour ne citer qu'un exemple, toute exposition des différents genres d'un même mot n'est qu'une série d'énigmes indéchifErables), il n'est pas possible de les mettre sur le même plan que les régies de la grammaire usuelle. Pour rendre sensible en quelque sorte aux yeux la difEérence entre ces régies et les notions historiques destinées à les expliquer, j'ai distingué ces dernières du reste du texte par des caractères plus fins : j'ai mis ce petit texte entre crochets, et, en tête de chaque alinéa consacré À ces notions, j'ai placé des titres qui en indiquent par avance le contenu : Origines latines, histoire, etc. Ce petit texte n'est, pour ainsi dire, qu'un commentaire de la grammaire proprement dite ; l'étude peut en être considérée conime facultative, ou du moins doit dépendre du degré d'instruction ou d'intelligence des élèves. Ce sera au maître d^apprécier s'il convient de les leur faire apprendre ou de les en dispenser.

A. Chassano.

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