‹ Nouvelle grammaire françaiseChapitre 98 sur 176 · IV. Pluriel des noms propres · texte numérisé non relu

IV. Pluriel des noms propres

§ 183. Lorsque les noms propres désignent des individus, ils ne prennent pas le signe du pluriel. Ex. : Les det/x Tarquin, Les deux Corneille; le règne de Louis XIV a été illustré par les Bossuet, les Racine, les Boiieau, etc.

Mais les noms propres prennent le signe du pluriel quand ils éveillent dans l'esprit l'idée de pluralité^ par exemple :

1« Quand ils sont considérés moins comme individus que comme membres d'une famille ; Ex. : Les Pharaons, les Horaces, les Curiaces, les Oracqms, les Antonins, les Bourbons, les Coudés, les Stuarts, etc. ;

2° Quand ils représentent, non les peisonnes qui ont porté ces noms, mais leur caractère et leur genre d'esprit. Ils cessent alors d'être des noms propres, pour devenir de véritables noms communs; Ex. :

Un Auguste aisément peut faire des Virgiles, (Boileau.)

— Des Virgiles, c'est-à-dire des poètes comme Virgile. 3** Quand le noîn propre est employé pour désigner des œuvres ou des produits de la personne ainsi nommée

166 GBAMMÀIBE FRANÇAISE.

(artistes, éoriyains, imprimeurs/etc); Ex^: Des Raphaële^ des Poussins^ des Virgiles, des Élzévirs;

4° Quand on désigne plusieurs pays qui ont le même nom ; Ex. : les Gaules, les deux Amériques, les Guy ânes, etc.

Eemaeque. Avec les noms désignant des livres, on met le pluriel pour désigner des éditions différentes {Ex, : J'ai trois Virgiles, dont chacun a ses mérites) ; on met le singulier, s'il s'agit seulement d'exemplaires de la même édition {Ex. : Il n'y a que deux Virgile pour trois élèves).

V, Pluriel des noms composés,

§ 184. Parmi les noms composés, on peut distinguer :

1° Ceux qui s'écrivent en un seul mot;

2° Ceux dont les différentes parties sont jointes par des traits d'union.

§ 185. I. — Les noms composés qui s'écrivent en un seul mot doivent être considérés comme des noms simples et suivre la règle commune. Ex, : des bec figues^ des contredanses, des contrepoisons ^ des contrevents^ des entrecôtes^ des entresols^ des passeports, des portefeuilles , àQ?> portemanteaux, des pourparlers, &q^ pourboires, etc.

On excepte les mots gentilhomme et bonhomme qui, au pluriel, s'écrivent comme s'ils étaient formés de deux mots bien distincts : des gentilshommes, des bonshommes.

§ 186. II. — Dans les noms composés dont les différentes parties sont jointes par des traits d'union, le signe du pluriel ne peut se mettre qu'après les substantifs et après les adjectifs qui entrent dans la composition de ce mot ; tout autre mot (verbe, adverbe, préposition) reste invariable. Les règles qui suivent ne sont que la conséquence de cette règle çrénérale.

§ 187. — l"* On mettra au pluriel les deui parties du

SYBTAXB DU SUBSTANTIF. — § 188 167

mot, si ce sont deux substantiâ on un substantif accompagné d'un adjectif. Ex. :

des basses-tailles, des cerfis-Tolants,

des ooffires-forts, des plates-bandes,

des reines-margaerites, des chonx-flenrs,

des chefis-lienz, des reyenants-bons,

des basses-cours, des pies-grièches.

des beaux-pères,

§ 188. — â"" On mettra au pluriel le premier substantif seul, dans les mots composés de deux substantifs dont le second est le complément de l'autre et précédé d'une préposition. Ex.: des chefis-d'œuvre, des pots-de-vin, des arcs-en-ciel (J&tïarcs ne sonne pas dans la prononciation),

Eemaeque I. Il en est de même des mots Hôtels-Dieu, Fêtes-Dieu^ lains-Marie^ qui sont pour Hôtels de Dieu^ fêtes de Dieu, etc.

[BiSTOiRE. — Dans rancienne langue française, Lieu était le cas régime de Biex, qui était le cas sujet. Il équivalait au génitif latin De».]

Remarque II. On excepte des tête-à-tête^ des coqà-Vâne^ des pied-à'terre, des pot-au-feu, parce que, dans ces locations, aucun de ces substantife n'exprime par lui-même une idée de pluralité. Des vol-au-vent (pour des vole-au-vent), rentre dans la 3* règle (§ 189). Tous ces mots supposent des ellipses, par exemple des entretiens tête-à-tête ; des propos qui vont du coq à l'âne, etc.

Rbmabque III. Le substantif complément peut, du reste, être au plurieL Ex. : un char-à-bancs, des chars- à-bancs.

Remabque IY. Dans les noms composés d'un mot ou d'une partie de mot étranger et d'un substantif français, ce dernier seul se met au pluriel. Ex. :

des vice-rois > des OaUo-Romains.

[Obiqikbs latines. — Dans vice-roi et dans les -{composés du

168 GBAMMAIBE FRANÇAISE.

même genre, vice est un préfixe qui vient dn mot ]atin vice, à la place de. Quant à Grallo-RomainSy Anglo -Saxons^ Austro- Hongrois, etc., ce sont des mots dont la première partie est formée avec des mots latins on latinisés.]

§ 189. — 3*> On mettra encore au pluriel le substantif seul, dans les mots qui sont composés avec un verbe, un adverbe, ou une préposition,

I. Dans ces noms composés le substantif seul se met an pluriel avec les adverbes ou les prépositions employées adverbialement. Ex, :

des quasi-délits, des avant-gardes,

des ex-généraux, des arrière-gardes,

des contre-coups, des contre épreuves, des avant-coureurs,

Mais si le substantif est régi par la préposition, il ne prend pas le signe du pluriel. Ex. :

des après-mi(/e, des hors'd'œuvre^

II. Quelquefois Tidée de pluralité est tellement indiquée par le substantif, complément d'un verbe, qu'il se met toujours au pluriel. Ex, :

un ou des couvre-pieds, un ou des essuie-mains,

— cure-dents, — serre-papiers.

An contraire, le substantif se met au singulier, s'il est pris dans un sens général et n'indique pas, par lui-même, l'idée de pluralité. Ex. :

des coupe-gorge^ des pf^ie-Dieu,

des gagne-pain^ des réveille-matin,

des garde-manger j des sefTe-tête.

Remarque I. Il faut noter l'orthographe du pluriel de quelques mots composés.

Par exemple, on dit :

A u singulier, un blanc-seing ;

un chevavrléger (on appelait ainsi autrefois un soldat de cavalerie légère. Dans ce composé, chevau est au singulier pour cheval; la lettre /s*est changée enw);

une grand mère, une grand'messe ;

onhaut-le-corps;

Au pluriel,

des blanc-seings {c-à-d. des seings en blanc). L*Académie admet cependant le pluriel blancs-seings.

des chevau-légers. L'Académie ne condamne cependant pas tout à fait Torthographe : chevaux-légers,

des grand'mères, des graiid'messes (l'adjectif reste invariable au pluriel comme au singulier. Voy. § 46) ;

des haut-le-corps (locution dans laquelle haut est employé adverbialement);

des terre-pleins;

des nouveau-nés (c.-à-rf. nouvellement nés. roy.§ 214).

on terre-plein (un espace de

terre plane); [On écrivait autrefois terre-

plain, ce qui était plus conforme à rétymologie : terrœ

planum.] un nouveau-né.

Remarque II. Dans les noms composés avec le mot gardêy on distingue ceux où ce mot désigne une personne et ceux où il désigne une chose.

Dans les premiers, le mot garde est considéré comme substantif et prend la marque du pluriel. Ex. : des gardesmagasins^ des gardes-malades.

Ôans les seconds, il est rapporté au verbe g^arder, et reste

CM

170 gbakmairs française.

inyariable. Eœ. : des garde- fous, des garde-metUflea, des garde-manger^ des garde-robes.

Eemabque III. Il 7 a contestation entre les ^ammairiens sur des formes comme les suivantes :

Des appui-main^ des appui-mains ou des appuis-mains; des sauf -conduit^ des sauf-conduits ou des saufs- conduits.

Il semble préférable d'écrire des appuis-main (des appuie pour lamain), et, au contraire, des sauf conduits, parce que saufe^t ici employé adverbialement, et signifie en sûreté.

[Histoire. — On disait, dans rancienne langue, un condtat^ un bon conduit. — Un sauf-conduit signifie un laisser passer en sûreté,]

RmiARCiVElV. Bavresac, qui s'écrivait autrefois havresac, est écrit en un seul mot dans le Dictionnaire de l'Académie (édition de 1878) . — Pluriel : des havresacs^

[ Ce mot signifiait primitivement im sac à avoine, des deux mots allemands haber et sadt, ]

§ 190, — 4* Enfin, Ton ne mettra au pluriel aucune des parties du mot composé, s'il ne renferme ni substantif ni adjectif. Ex,

des gagne-petit (petit est employé ici pour peu), — ouï-dire.

des on-dit,

— passe-partout,

— pince-sans-rire.

BÈGLES DE COMPLÉMENT.

§ 191. Les compléments des substantifs leur sont, en général, unis par les prépositions de, à, par, pour, envers^ Ex. : l'amour de Dieu; l'obéissance aux lois; le zèle pour la vérité; voyage par eau; devoirs envers Dieu.

Remarque I. Les substantifs verôawa?, c'est-à-dire dérivés d*aa verbe, gardent souvent les compléments du œrbe d'où ils sont tirés. Ex. :

« Sa vie a été une préparation à bien mourir; et sa [TLort est pour vous une exhortation à bien vivre. »

(Fléchieb.)

« Ils peuTent toujours se flatter de cette vaine persuasion que la nature a été ir^uste de les faire naître dans l'obscurité. » (Massillon.)

Eemabque II. L'emploi de ces substantifs avec la préposition de donne quelquefois lieu à un double sens : le complément peut indiquer l'objet de Taction ou le sujet qui l'accomplit. Le vrai sens est marqué par l'ensemble de la phrase. Ex, :

Compléments indiquant

V Vobjet de Faction l'amour de la famille,

la conquête de l'Asie

Alexandre, Toubli du devoir, le mépris de soi même, l'entrée ef un port,

par

2ofe sujet qui r accomplit :

l'amour cTune mère pour ses

enfants ; les conquêtes e/' Alexandre

en Asie ; l'oubli des honames ; le mépris des autres hommes ;.

l'entrée d*\xn bateau dans le

port; le passage des troupes; êtreUespérance de sa famille; la crainte des lâches en face

du danger.

Remarque III. Le substantif employé comme complément se met au singulier quand il est pris dans un sens général, au pluriel quand il est pris dans un sens particulier. £x. :

Compléments indiquant

le passage rf*une rivière, avoir Tespérance du succès, la crainte du danger.

1** un sens général:

des habits de femme, des marchands de soie, de vapier, de musique.

2° un sens particulier :

des réunions de femmes ; des marchands de châles, de

dentelles, de peaux, defour-

rures ;

172 aBÂlOCAIBE FRANÇAISE.

un baril éC huile; un homme perdu sans res^ source;

un baril d'olives:

un homme sans ressources; c.'Chd. sans argent).

Quelquefois on peut mettre indifféremment le singulier ou le pluriel. Ex. :

entrevue sans témoins; des hommes de toutes sortes; des marchandises de toutes espèces;

entrevue sans témoin; des hommes de toute soi*te; des marchandises de toute espèce.

On trouTC, dans le Dictionnaire de rAcadémie, des exemples qui prouvent que cette double orthographe est facultative en bien des cas. Ex. :

du lait d'amande;

de la gelée de groseille;

du sucre de betterave j

de la pâte d^ amandes; du sirop de groseilles; du sucre de pommes.

On dit : à'arhre en arbre, de fleur en fleur, de mer en mer. Mais Buffon a pu dire : « Tolant de fleurs en fleurs ». Et Racine :

Traîner de mers en mers ma chaîne et mes ennuis.

§ 192. Quand deux substantifs demandent après eux la même préposition, ils peuvent avoir le même complément. Ex, : L'amour et V adoration de Dieu; son ardeur et son application au travail; son zèle et son dévouement pour la vérité.

Mai», quand plusieurs substantifs se suivent et demandent des prépositions diff»^rentes, chacun d'eux doit avoir le complément qui lui convient. Ex. :

J'estime son amour pour ses parents et son obéissance envers eux.

Page 1