DE LA SYLLEPSE
690. — La syUepse est une ^;ure qui r^e l'accord d'un mot, non avec ceitu auquel il se rapporte grammaticalement, mais avec le mot auquel il correspond par le sens. C'est par svilq>se qu'on dit : une multitude de personnes sont venues, phrase dans laquelle le verbe sont et le participe venues correspondent avec personnes, qui frappe le plus l'attention, et non avec multitude, auquel ils se rapportent grammaticalement par la forme de la phrase. Nous avons un grand nombre de constructions qu'on petit justifier à l'aide de la syllepse.
Nos grands auteurs ne n^Iigent pas cette figure. Nous n'en citerons qu'un exemple parmi ceux qu'ils ofirent; L est de Racine :
Entre le pauvre et tons, tous prendiei Dieu pour Juge, Vous Bonvenant, mon fils, que, caché sous ce lin, Comme eaat loaa Rlles pauvre, et comme eax orphelin.
I4 construction grammaticale exige comme lui, puisque le pronom se rapporte an substantif patjvre; mais le poète, frappé de l'idée d'une multitude de pauvres, est entraîné par sa pensée, et reiq)ression est en raj^rt, non avec ce qu'il a dit, mais avec ce qui occupe entièrement smi attaition.
W. (West-«e que la syllepse I
DE l'inversion.
691. — Vtnversion a lieu toutes les fois que les mots ne sont pas arrangés selon Tordre grammatical, qui veut qu'on énonce d'abord le sujet, ensuite le verbe, puis le complément direct, etc. Quand Fléchier dit : Déjà prenait l'essor, pour se sauver vers les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d^abord effrayé nos provinces, il fait une inversion : le sujet cet aigle, qui aurait dû grammaticalement précéder le verbe prenait, se trouve placé après, et cette inversion, qui donne de la rapidité, de la force au style, offre un tableau parfait, en présentant d'abord à l'esprit l'objet principal de la pensée, l'essor rapide de l'aigle.
692. — Les inversions sont plus fréquentes en poésie qu'en prose, parce que la poésie, étant le langage des passions, exige plus de vivacité, de uardiesse.
693. — Soit en vers, soit en prose, toute inversion qui entortille la phrase au lieu de la rendre plus douce et plus coulante, qui embrouille les idées au lieu de leur donner plus de netteté, est un vice qu'on doit éviter avec soin. Le vice de cette phrase (que nous avons citée n'* 532) : Croyez-vous pouvoir ramener ces esprits égarés PAR LA DOUCEUR, consiste dans une inversion fautive, qui donne aux mots par la douceur v»n rapport autre que celui qui est dans la pensée.