‹ Nouvelle grammaire historique du françaisChapitre 104 sur 112 · CONCLUSION DU CHAPITRE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DU CHAPITRE

A côté des classifications et des explications logiques ou historiques qui font Tobjet principal de ce chapitre, j'ai lâché de mettre en lumière un certain nombre de faits simples, nouveaux ou encore peu élucidés, dont quelques-uns, si on les considère comme démontrés, me paraissent assez importants et assez faciles à comprendre pour qu'on puisse et qu'on doive les introduire dans les grammaires même élémentaires. Je résume ici en quelques mots ceux qui sont relatifs au conditionnel :

1° Dans le tableau des temps du verbe, il est indispensable de faire figurer deux fois chacun des temps du conditionnel, une première fois parmi les temps del'indicatif, sous les noms de futur dans le passé et de futur antérieur dans le passée et une seconde fois dans le mode conditionnel. Ce procédé ne sera pas nouveau dans les grammaires ; car on fait déjà figurer deux fois le plus-queparfait du subjonctif, avec sa valeur propre et comme conditionnel passé. Les conditionnels n'ont la valeur de temps de l'indicatif que lorsqu'ils sont dans une proposition complétive et que le verbe de la proposition princi-

pale est à un temps du passé. Il est facile de distinguer le conditionnel présent du futur dans le passé de Vindicatif, Ce dernier peut être remplacé logiquement par Finfinitif du verbe précédé de l'auxiliaire « devoir » à Timparfait. Il n*en est pas de même du conditionnel proprement dit. Au lieu de : « Je savais qu'il viendrait », on pourrait dire : « Je savais qu'il devait venir. » Mais dans « il viendrait demain si on le lui demandait », il serait impossible de remplacer « viendrait » par « devait venir ». De même, au lieu de : « Je savais qu'il serait arrivé avant vous », on pourrait dire : « Je savais qu'il devait être arrivé avant vous. » C'est un indicatif et un futur antérieur dans le passé , La même substitution n'est pas possible dans : « 11 serait arrivé si vous lui aviez écrit. » C'est un conditionnel passé.

2« Indépendamment de sa valeur comme temps de l'indicatif, le conditionnel présent peut exprimer, en tant que conditionnel, une action présente (il serait ici maintenant, si,..) ou une action future {il viendrait demain, si.. .). De même, le conditionnel passé est tantôt un passé, tantôt un futur antérieur du conditionnel. Comparez : « Il serait arrivé s'il avait pu », et : « S'il partait sur-le-champ, il serait arrivé avant Torage. » Il est à remarquer que le futur antérieur du conditionnel ne peut pas être remplacé par le plus-que-parfait du subjonctif. On ne dirait pas : « S'il partait sur-le-champ, il fût arrivé avant l'orage. » — Il est également impossible d'employer le plus-que-parfait du subjonctif comme équivalent du conditionnel passé lorsque ce dernier temps a la valeur d'un temps de l'indicatif*

Ces modifications ne sont pas de nature à compliquer plus que de raison le tableau des temps du verbe, et elles me semblent avoir Favantage d'empêcher toute confu-

sion entre les acceptions si diverses de notre conditionnel, ou du moins entre les plus importantes de ces acceptions.

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