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CHAPITRE QUATRIÈME

I. — Accent tonique et accents secondaires. Proclitiques Voyelles libres et voyelles entravées

Toute celte partie de la grammaire historique est dominée par un grand fait : le phénomène de Vaccent.

66. — Dans tout mot de toute langue, il y a une syllabe sur laquelle la voix insiste plus que sur les autres, une syllabe que Ton accentue fortement, et que pour cela on appelle tonique (du grec tovoç, accent). Cette insistance de la voix est ce qu'on nomme Taccent tonique. L'accent tonique porte en français sur la dernière syllabe du mot, à moins que la voyelle de cette syllabe ne soit un e muet, auquel cas Faccent tonique se place sur Tavant-dernière syllabe. Ainsi, dans ornement, la syllabe tonique est ment ; dans pèrcy c'est pè.

66. — Les autres syllabes sont dites atones par opposition à la tonique. Mais parmi les atones il faut mettre à part la première du mot, qui reçoit en quelque sorte un accent secondaire : la voix y insiste moins que sur la tonique, mais plus que sur les atones ordinaires. Dans le mot pèlerine^ l'accent tonique est sur i et l'accent secondaire sur è.

67. — Quand un mot commence par un préfixe, il y a deux accents secondaires, l'un sur le préfixe, l'autre sur

1. L*étude de Torigine des sons d'une langue se nomme phonétique ou phonologie. Dans notre Grammaire du vieux français , nous avons traité la phonétique française en partant des sons latins pour aboutir aux sons français. Nous suivrons naturellement ici l'ordre inverse.

la première syllabe qui suit. Ainsi, ddiXiB pardonnerai, Taccent tonique est sur ai, et il y a deux accents secondaires, l'un sur Va du préfixe «par», l'autre sur Vo de la syllabe qui suit le préfixe.

68. — Il y a des mots tels que larticle et les prépositions, qui s'appuient dans la prononciation sur le mot qui suit et qui pour cela sont appelés proclitiques ou enclitiques. Ainsi «la faim» se prononce exactement comme si les deux mots n'en faisaient qu'un, lafaim : il y a un accent tonique sur la dernière syllabe, et un accent secondaire sur la première. Les proclitiques n'ont donc qu'un accent secondaire. Dans les proclitiques de plusieurs syllabes, l'accent secondaire se place suivant les règles données pour l'accent tonique : il sera par exemple sur la première syllabe de la préposition contre. Toutefois, il peut arriver que cet accent glisse, en quelque sorte, de la première syllabe sur la seconde : c'est ainsi que le peuple dit : çHe femme, au lieu de «cette femme», en mettant l'accent secondaire du mot proclitique « cette » sur la seconde syllabe, et en laissant même toniber la voyelle de la première syllabe, qui, régulièrement, doit porter l'accent.

69. — Un autre fait dont il nous faudra tenir grand compte, c'est l'influence des groupes de consonnes sur la prononciation de la voyelle qui les précède. Une voyelle est dite entravée lorsqu'elle est suivie de plusieurs consonnes consécutives, parce que la première des consonnes s'appuie nécessairement dans la prononciation sur la voyelle qui précède et produit ainsi une sorte d'entrave dans l'émission du son de la voyelle. L'a est entravé dans «cajofure» parce que la première des deux consonnes qui le suivent s'appuie sur lui; on prononce «cap-ture». Dans «capucin», Va est dit libre parce qu'il n'est suivi que d'uae seule consonne, laquelle s'appuie sur la voyelle qui suit ; on prononce

3i) GRAMMAIRE HISTORIQUE PU FRANÇAIS

«ea^pucin». U y a une légère différence de prononciation entre une voyelle entravée et la môme voyelle libre. ' De la définition que nous venons de donner des voyelles entravées, découlent les deux réserves ci-de»60us :

1° Il ne doit pas y avoir entrave lorsque les deux consonnes qui suivent une voyelle se lient parfaitement entre elles et peuvent s'appuyer l'une et l'autre sur la voyelle qui suit ; c'est ce qui arrive lorsque la seconde des deux consennes est une liquide *. Ainsi, dans le mot latin patrem, on prononce non «pat-rem», mais «pa-trem». Si nous intervertissons les consonnes, il n'en sera pas de même; ainsi le mot latin partent ne peut se prononcer «pa^rtem», on prononce nécessairement «par-tem». En d'autres termes, les groupes de consonnes qui ne forment pas entrave sont ceux qui peuvent commencer un mot : il y a des mots commençant par tr, il n'y en a pas qui commencent par r^

2*» Lorsqu'une voyelle n'est suivie que d'une consonne, mais que cette consonne termine le mot, la voyelle est libre, quand le mot auquel elle appartient se lie dans la prononciation avec lo mot suivant, et que celui-ci commence par une voyelle. Dans lo latin « cor ejus », Vo de cor est libre parce que Vr finale s'appuie sur l'e du mot suivant ; on prononce « co-rejus ». Si le mot cor terminait une phrase ou un membre de phrase, Vr s'appuierait nécessairement sur To, qui serait dès lors entravé, môme si le mot suivant commençait par une voyelle. Dans les mots terminés par une consonne, la voyelle qui précède la consonne finale est toujours entravée quand le mot suivant commence par une consonne.

1. Toutefois, les vpyelles latines suivies de />>/, p/, sont traitées tantôt domnie des voyelles libres, tantôt comme des voyelles entravées.

IL — PRONONCUTION LATINE

70. — Pour comprendre Torigine des sons français, il est indispensable d*avoir des notions précises sur la prononciation latine. Cette prononciation nous est malheureusement connue d'une manière imparfaite. Mais on peut arriver à des probabilités sérieuses sur un assez grand nombre de points.

Gomme les voyelles françaises, les voyelles latines pouvaient être longues ou brèves, et la différence de quantité entre une voyelle lon^e et la même voyelle brève était accompagnée, sauf pour Va d'une différence de timbre. Ainsi Ye long se prononçait comme notre é fermé de santé, porter, porté, et Ve bref comme notre è ouvert de complet, fait. On comprend donc que Ve long et Ve bref n'aient pas abouti au même son en passant du latin au français.

L'i long se prononçait comme notre i; mais Vi bref, dans la prononciation populaire*, s'était assimilé, quant au timbre, à Ve long, et se prononçait comme notre é fermé.

J/o long avait le son de notre o fermé de ctte, chapeSiVL, et Vo bref celui de notre o ouvert de cotte, sort.

Vu bref s'était assimilé à l'o long, et Vu long se prononçait comme notre voyelle ou,

1. Il ne faut pas oublier que les langues romanes dérivent non du latin classique, mais du latin populaire; et la différence enti^ ces deux latins, pour la forme et l'emploi des mots comme pour la prononciation, était bien plus considérable que celle qui peut exister entre le français populaire et le frança'S littéraire, que la diffusion de l'instruction tend à rapprocher de plus en plus. Notez encore que le latin populaire lui-mAme a dû subir ''imputantes modifications entre l'époque dite classique et le moment de la formation des langues romanes, pendant les premiers sièt^les de notre ère.

Le latin ne paraît pas avoir eu les voyelles nasales; il n'avait pas non plus Ye dit muet, ni Feu, ni notre u français.

71. — Les voyelles latin»is entravées (suivies de plusieurs consonnes) avaient les unes le timbre bref, les autres le timbre long, bien qu'elles fussent toutes consi* dérées comme longues au point de vue de la versification. D'autre part, nous avons déjà remarqué que Tentrave modifiait légèrement le son des vovelles : Ye bref entravé ne sonnait pas exactement comme Ye bref libre, et n'a pas produit le même son français.

72. — Les anciennes diphtongues latines écrites œ et œ étaient arrivées à se prononcer comme des e simples. La diphtongue au sonnait comme un a français suivi d'un w anglais.

73. — Vi consonne du latin (que nous écrivons j) se prononçait comme Yy du mot (^ yeux », et l'w consonne (v) comme le w anglais ou comme You du mot oui. Le mot latin que nous écrivons jam se prononçait donc yam; vi se prononçait om; venit = wenit, etc. Entre deux voyelles, Yi consonne se dédoublait : ejus = eiius.

74. — Les deux consonnes gutturales c et ^ avaient toujours le son dur, même devant e ou t. Cicero se prononçait kikero, gêner se prononçait guener. C'est vers le VII® siècle que, devant e ou t, c a pris le son tç, et g le son dj. Antérieurement le ^^vait pris aussi le son tç devant e ou i suivi d'une autre voyelle.

Les autres consonnes se prononçaient comme les consonnes françaises correspondantes.

75. — Nous avons signalé quelques-unes des modifications que le latin populaire avait subies avant de donner naissance aux langues romanes. Ajoutez la chute complète de Ym finale excepté après les monosyllabes

ORIGINE DES SONS ET DE L'ORTHOGRAPHE :î3

(amicum devenu amico), la syncope de Yn devant Y s [mensem devenu mesey, le développement de la tendance qui poussait déjà le latin classique à dire periclum au lieu de periculum *, la transformation de Ye en t devant une autre voyelle (lineum devenu linioj et la consonnification progressive de Yi placé devant une autre voyelle (linio devenu linyo, puis linjo, d'où le français linge), enfin la réduction de a? à une s simple dans le préfixe ex.

76. — On peut se demander pourquoi la prononciation d'un mot subit des modifications, au lieu de rester identique à elle-même. La raison en est bien simple. Tous les objets de la nature se modifient plus ou moins avec le temps; les pièces de monnaie, à force de passer de main en main, voient leur empreinte s'eflacer graduellement. Ces transformations atteignent particulièrement les organismes vivants et tout ce qui en dépend. H y a, dans le langage, des phénomènes d'usure et de réparation naturelles tout à fait analogues à ceux que nous ofl're la physiologie. Ce sont les mots qui étaient le plus souvent employés, comme les conjonctions, comme certains adverbes, comme les Qexions verbales, qui se sont usés le plus vite^.

i . Cette chute de n devant s s'est aussi produite dans les mots français : monsieur prononcé mesieur, aine qui a été ainsné, puis aisné.

2. n en résulte que des voyelles qui étaient libres dans le latin classique. Va de sapidum par exemple, sont devenues entravées (sapdum) et ont été traitées comme telles.

3. Ainsi l'adverbe ore (latin hac-kora, devenu aora, aura) s'est abrégé de bonne heure f n or» L'adjectif possessif pluriel nostres sVst abrégé en not. L'adverbe ent (latin inde) a perdu son t final dès le XI» siècle. Le Me la flexion at du prétérit de la !'« conjugaison (latin av{i)t) a disparu anciennement; il est vrai que, par une contradiction dont il y a tant d'autres exemples, il s'est maintenu ou a été rétabli dans les flexions similaires it et ut. Gomme phénomène de réparation, on peut citer « celui » devenu celui-ci^ « hui » devenu aujourd'hui, etc.

34 GaAMMAIRE H(STORlQUE DU FRANÇAIS

Les parties atones d'un mot quelconque soat aussi , exposées plus que les autres à s'affaiblir ou à disparaftre ; c'est ainsi que les voyelles atones des mots latins, quand elles n étaient pas protégées par un groupe de couBoanee, sont généralement tombées. Les voyelles qui se soat le mieux conservées sont celles sur lesquelles la voix appuyait modérément, ni trop, ni trop peu, celles des premières syllabes non toniques des mots. Les voyelles toniques ont subi des modifications importantes, passant d'un son déterminé à un son voisin, dans une sorte d'évolution circulaire dont on commence à connaître les lois particulières et dont on arrivera sûrement à découvrir les lois générales. C'est ainsi que la diphtongue se de cœlum est devenue h en latin populaire : cèlum. Cet è s'est diphtongue de nouveau, en té, puis iè, d'où ciel; et, dans un certain nombre de roots, la diphtongue iè est redeve- 4îue^ : degiel est aujourd'hui dégeL

77. — Ces transformations dépendent non seulement de l'affinité des sons entre eux, mais aussi des variétés ph^'siologiques des peuples et de leurs habitudes antérieures de langage. L'évolution naturelle du latin a été certainement hâtée et modifiée en Gaule par la constitution spéciale des organes vocaux chez les indigènes qui ont appris à parler la langue de leurs conquérants, et par l'habitude qu'ils avaient de prononcer les sons particuliers de leur langue antérieure. Si le français devenait la langue des Anglais et des Allemands , chacun des deux peuples le prononcerait à sa façon, et les divergences s'accentueraient avec le temps. C'est ainsi que le latin a donné naissance aux différentes langues romanes.

78. — Il ne faut pas s'étonner non plus si, dans des conditions identiques, on trouve parfois pour un même son deux modifications différentes. D'abord ces modifica-

tiens divergentes ont pn se produire but deoî points différents du territoire. Nous atons en français des formes qui sont en contradiction avec les formes ordinaires et qui proviennent de dialectes voisins : les mots tels que eamp, campagne, etc., ont été empruntés aux pays où le c latin devant Va était resté dur*. Mais, sur un même point, il a pu se produire aussi des S(>ns parallèles dérivés d'an même 8(m latin. Va latin est resté a dans mal (latin malutn), mais est devenu e dans hôtel (latin hospitalem). 8i ces formes se sont produites originairement sur le même point, ce qu'il est difficile d'assurer, il y aura eu hésitation entre la tendance normale de Va à se changer en rf, etlmfluence conservatrice de F/rTunedes tendancesaura prévalu dans hôtel et quelques mots semblables, et l'autre dans mal et les mots analogues. Au moyen âge, demeurer et prouver se conjugnaient comme aajoord'hui mouvoir, tantôt avec eu, tantôt avec ou. On disait « demourer d et « il demeure», « prouver » et « il preuve ». Puis la conjogaison s'est uniformisée, mais en sens inverse dans le» deux cas, parce que la tendance était à peu près égale de part et d'autre. Les divergences qui se produisent ainsi sont naturellement très restreintes.

m. — Origine des sons et de l'ortbograpbe

DANS LES MOTS SAVANTS ET BANS LES MOTS POPULAIRES DE FORMATION FRANÇAISE

79. — Au point de vue de l'étude de la dérivation des sons et de l'orthographe, les mots français doivent être

1. Ce mélange de formes dialectales est quelquefois tel qu'on hésite à déterminer celles qui appartiennent au français propre. Ajoutez qoe ce qu'oa appelle le t'rançak propre o'est pas la l&ng^ d'u> e ville dét rminée, niais celle d'un pays asiez étendu (rile-de-Fraace), et doit résulter de la fusion de parlers locaux, qui d'ailleurs ne pouvaient pas fifférer beaucoup Ton de l'autre.

répartis en deux grandes catégories : les mots savants et les, mots populaires. Parfois un même mot latin' a produit deux formes, Tune savante, l'autre populaire, qui sont restées dans la langue avec des sens différents : ainsi les adjectifs /r^/e et fragile dérivent tous deux du latin fragilem. Ces doubles formes issues d'un même mot latin s'appellent des « doublets ».

80. — Les mots de formation savante se distinguent principalement des mots d'origine populaire en ce qu'ils conservent mieux l'orthographe, sinon la prononciation, des mots étrangers d'où ils sont tirés. Ainsi, entre frêle et fragile^ c'est la forme savante fragile qui rappelle le mieux, pour les yeux, le latin fragilem,

8%. — Il arrive quelquefois qu'un mot étranger entre dans la langue française sans subir aucune modification d'orthographe : ainsi ultimatum, mot tout latin, adagio, mot tout italien. Mais en général, lorsqu'ils ont emprunté un mot à une autre langue, les savants lui ont donné une terminaison française, c'est-à-dire conforme aux terminaisons des mots d'origine populaire. Ainsi le peuple avait laissé tomber la désinence um ou em des mots latins, ou lui avait substitué un e muet : les savants ont supprimé aussi cette désinence dans comulatum, d'où ils ont tiré consulat, et ils lui ont substitué un e muet dans comicum, d'où ils ont tiré comique. C'est du reste au hasard qu'ils ont adopté un de ces systèmes plutôt que l'autre : à côté de comique, dérivé de comicum, on a Grec, sans e muet au masculin, dérivé de Grœcum. La langue populaire, comme nous le verrons, suit au contraire, dans les deux cas, des règles précises.

Les mots savants se rapprochent parfois davantage des mots populaires : ainsi veritatem, en formation savante, est devenu vérité (et non veritat), par analogie avec les mots

de formation populaire en té qui provenaient de mots latins en tatem»

82. — Si les mots savants ressemblent 'beaucoup, quant à Torthographe, aux mots latins ou grecs d'où on les a tirés, ils en diffèrent très souvent pour la prononciation, parce qu'ils reproduisent une prononciation factice et vicieuse des langues classiques. On a perdu de bonne heure le sens de Taccent tonique en latin et en grec, et on a placé cet accent, comme en français^ sur la dernière ou Tavant-dernière syllabe des mots, sans se douter que, dans les langues classiques, il portait souvent sur la syllabe qui précédait Tavant-dernière. Les Latins prononçaient mobilem en appuyant sur la première syllabe, et en faisant à peine entendre Fi ; c'est sur cet i. que les savants ont placé l'accent tonique en créant l'adjectif mobile. Le peuple, au contraire, a conservé la place de l'accent latin dansle moi meuble, qui est le doublet populaire de moèi/e. C'est seulement dans les mots savants très anciens que l'accent tonique est convenablement placé : épître a l'accent sur Vi comme le latin epistola. Si le mot avait été formé au xv** siècle, il serait épîstole.

83. — Ce n'est pas uniquement en déplaçant l'accent tonique que les savants ont déformé la prononciation des mots latins; ils ont encore modifié très souvent la valeur des lettres. Ainsi ïu latin se prononçait ou ; cet w, lorsqu'il était long, a produit en formation populaire Vu français : mjxrum (prononcé mourom) a donné mur. Sous l'influence de la prononciation française de mur et autres mots semblables, les savants ont donné le son français u à tous les u latins. Mais Vu latin, lorsquHl était bref, avait gardé, dans les dérivés populaires français, un son voisin du son latin : sxibinde est devenu souvent. Cette distinction, conservée dans la langue populaire, n'a pas été

observée par les savants : snbire a produit le mot savant subir f et non souier (la forme tout à fait populaire serait souvir),

84- — Dans les mots d'origine populaire, les sons latins se sont modifiés insensiblement et suivant des règles précises; certaines lettres sont tombées, d'autres se sont transformées. Dans les mots qu'ils ont créés, les savants ont au contraire conservé toutes les lettres Jatines, sauf à leur donner parfois une valeur inexacte, comme nous venons de le remarquer. En formation populaire, le b étaitdevenu V entre deux voyelles, par exemple dans souvent^ dérivé de subinde : il est resté b dans le mot savant subir, dérivé de subir e.

85. — Bien entendu, une fois introduits dans la langue, les mots savants ont été soumis aux mêmes mutations que les mots d'origine populaire : epistre est devenu épitrcy comme isle est devenu i/e. Inversement, les mots populaires ont pu subir une influence savante dans leur orthographe et même dans leur prononciation. Ce sont les savants qui ont introduit un g dans l'orthographe du mot doigt, pour mieux rappeler le mot latin digitum; ce sont eux qui ont transformé le verbe avenir en advenir. On a continué longtemps à prononcer advenir sans faire entendre le rf, qui cependant a fini par s'introduire dans la prononciation, sous l'influence de l'orthographe, et aussi sous l'influence des mots savants où le d se prononçait {administrer , admirer, etc.) C'est sous une influence savante, celle de l'orthographe traditionnelle, que Yf continue à se faire entendre à la fin du mot nef; cette consonne aurait dû disparaître de la prononciation comme dans le mot clef, moins sujet à l'influence savante à cause de son caractère essentiellement populaire.

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