L'APPAREIL VOCAL
1. — L'homme, qui pense et qui sent, a trouvé dans son organisme différents moyens de faire connaître à ses semblables ses idées et ses sentiments. Le moyen le plus simple est le geste : les expressions de la physionomie et les mouvements du corps. Ce moyen eût été à lui seul bien insuffisant. Mais nous avons aussi la faculté de faire vibrer très rapidement l'air qui sort de nos poumons à chaque mouvement de la respiration, et de modifier de différentes manières la forme du canal que cet air doit traverser avant d'arriver à l'extérieur. Nous pouvons ainsi produire une série de sons très variés, les sons de la voix. Le langage consiste à faire par convention, de ces sons et de leurs multiples combinaisons, des signes
d'idées. On appelle appareil vocal l'ensemble des organes qui permettent à Thomme de produire les sons vocaux. Une langue est donc un système de signes sonores, émanant de Tappareil vocal, et qui représentent par tradition, pour tout un ensemble d'individus, les mêmes idées. La diversité des langues s'explique par le caractère essentiellement conventionnel de ces systèmes de signes.
2. — Une langue, comme tout autre produit de l'activité naturelle, se modifie, se développe avec le temps. G*est la recherche des lois de ce développement qui constitue Tétude historique d'une langue. Les modifications sont parfois très lentes et parfois très rapides. Elles sont presque inseasibles aux époques de grande culture littéraire et dans les pays politiquement très centralisés. Mais, dans les temps de décadence intellectuelle et au milieu des grandes commotions qui secouent les empires et changent la face du monde, les langues arrivent à subir des altérations si profondes qu'elles ne sont plus reconnaissables. Alors le latin change de nom et s'appelle le roman. Et non seulement la langue se modifie profondément, mais elle se brise en quelque sorte, et donne naissance à des idiomes dérivés qui, dès ce moment, vivent d'une vie propre et se diversifient de plus en plus. C'est ainsi que sont nées du lalin les langues dites romanes, le français, le provençal, l'itaHen, l'espagnol, le roumain, toutes au même titre héritières du latin.
3. — Le français est donc une langue dérivée, et nous aurons à étudier les lois de sa dérivation.
Mais on comprend aisément que ces lois dépendent du hlécani»me de l'appareil vocal. Si tel son du latin a produit tel autre son du français, ce n'est point Teffet du hasard, c'est la conséquence naturelle des conditions physiologiques de la prononciation. Pour qu'on puisse se
L'APPAREIL VOCAL a
rendre compte de ces transformatiotif, il est donc indispensable de rappeler certaines notion» élémentaires d'acoustique et de physiologie vocale.
4. — On nomme son ce qui frappe notre sens de Touïe. Lorsque notre ouïe est affectée, nous disons qu'il s'est produit un son. Il n'y a pas lieu de définir autrement ce mot, qui exprime non une chose, mais un fait, le fait que notre ouïe a été frappée.
Que faut-il pour que ce fait se produise ? L'expérience nous apprend qu'il doit y avoir un mouvement vibratoire très rapide excité dans un corps.
Un son peut être plus ou moins aigu : c'est la hauteur musicale^ qui dépend du nombre de vibrations exécutées dans un temps donné.
11 peiit être plus ou moins fort : c'est tintensitéf qui dépend de l'amplitude des vibrations.
Enfin il peut avoir tel ou tel timbre. C'est cette qualité du s'on qui nous intéresse au point de vue de la grammaire historique. Le timbre dépend de la nature et de la forme de« objets vibrants.
tt. — L'appareil vocal, d'où émanent les vibrations qui produisent à notre oreille les sons vocaux, se compose des parties suivantes :
1* Les poumons, qui lancent Taîr.
2* Le larynx, dont les contractions, en resserrant le passage de Tair, le mettent en vibration sonore. Le larynx est une espèce de boite cartilagineuse, située au-dessus de la trachée-artère et qui communique avec l'arrière-bouche ou pharynx par une ouverture nommée glotte. Dans l'intérieur du larynx se trouvent deux replis membraneux qui ressemblent assez aux bords d'une boutonnière t ce sont les ecn'des vocales. Les vibrations des cordes vocales contribuent à la production du son vocaT.
GUAMiMAIRE HISTORIQUE DU FRANÇAIS
3* Le voile du palais, placé comme un rideau entre la bouche proprement dite et Tarrière-bouche ou pharynx. Le voile du palais peut s'élever et s'abaisser de manière à fermer à Tair qui sort des poumons toute autre issue que l'ouverture buccale, ou à lui ouvrir le passage des fosses nasales.
A^ Les différentes parties de la bouche, telles que la langue, le palais, les dents, les lèvres, dont les positions diverses modifient les vibrations de Tair sortant du larynx et le son qui en résulte.
6. — L'appareil vocal a ceci de tout à fait remarquable, comme instrument producteur de sons, qu'il ne permet pas seulement d'émettre un son d'un timbre déterminé et d'en varier la hauteur musicale et l'intensité, mais qu'il permet encore, en changeant la position relative des différentes parties qui composent l'appareil, de produire des sons de timbres très variés : ce sont les différentes voyelles et consonnes.
Supposez un même son, l'a ouvert par exemple, prononcé par deux personnes différentes à l'unisson. Les deux personnes disposeront, à cet effet, leurs organes vocaux exactement de la même façon. 11 y aura entre les deux sons produits une différence de timbre, mais tout à fait analogue à celle qui permet de distinguer deux instruments semblables. A ce point de vue, l'appareil vocal ne diffère pas d'un instrument ordinaire.
Mais prononcez la série des lettres : vous trouverez entre ces divers sons une très grande différence de timbre, entièrement analogue à celle qui sépare des jmstruments dissemblables. Chaque lettre sort, pour ainsi dire, d'un instrument spécial que nous constituons instantanément en plaçant nos organes vocaux dans des positions relatives déterminées. Celle opération, très compli-
LES SONS DE LA LANfiUE FRANÇAISE 5
quée en principe, nous est rendue très facile par l'habitude, à tel point qu'il nous est difficile de nous en rendre compte , et qu'il faut une très grande force d'attention pour discerner les mouvements multiples nécessités par l'usage de la parole.