VOYELLES ET DES SEMI-VOYELLES
8. ^— La distinction entre les voyelles et les consonnes est inexactement présentée par la plupart des dictionnaires et des livres spéciaux, même par les mieux faits.
« Une consonne, dit M. Littré, est une lettre qui n'a pas de son par elle-même et ne se prononce qu'en s'appuyant sur une voyelle. » Il est difficile de concevoir une lettre qui n'existe pas par elle-même, et qui cependant s'appuie sur une autre.
Un Hvre classique dans les écoles de médecine, le traité de physiologie de Longet, s'exprime ainsi ; « Une voyelle pendant son émission peut rester pure ou être modifiée par la contraction des différentes parties qui composent le tuyau résonnant. Ces modifications altèrent la voyelle de différentes manières parfaitement déterminées : à chacune de ces modifications on a assigné le nom de consonne, »
Le docteur Chervin, directeur de Tinstitut des bègues de Paris, dans une brochure intéressante*, s*exprime à peu près de même, quoiqu'on moins de mots : « La consonne est une manière de transformer les sons voyelles. »
En réalité, une consonne est un son parfaitement indépendant, ayant une existence propre, un son qui s'ajoute à la voyelle, mais qui ne la modifie ni ne haltère en aucune façon. Il n'y a pas de différence à ce point de vue entre une voyelle et une consonne, et cela est si vrai que certaines voyelles peuvent jouer le rôle de consonnes : ^est consonne dans y^wj?, ou est consonne dans roi^ prononcé roua. On peut même dire, d'une façon plus générale, que, dans toute diphtongue, la voyelle la moins fortement prononcée est une véritable consonne.
Mais, parmi les positions diverses que peut prendre l'appareil vocal pour donner des sons, les unes sont telles que les vibrations des cordes vocales ne concourent pas au son émis ou n'y concourent qu'accessoirement : il en est ainsi pour toutes les consonnes. Dans les autres, ces vibrations sont au contraire essentielles et fondamentales : c'est ce qui arrive pour les voyelles. Quand vous prononcez le son /*, on n'entend aucune vibration des cordes vocales. Quand vous prononcez le son v, il y a une vibra-
1. Voyelles et consonnes, 50 p. in-8. Paris, J.-B. Baillière^ 1879.
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lion des cordes, mais qui accompagne le son propre du v et s'en distingue aisément. Au contraire, quand vous pronoQcex la ou toute autre voyelle, les vibrations des cordes vocales, et celieft de l'air chassé des poumons, constituent un son unique d'une sonorité remarquable.
9. — Toute la différence — elle est importante d'ailleurs — entre les sons voyelles et les sons consonnes tient donc aux vibrations des cordes vocales *, essentielles pour les uns, nulles ou accessoires pour les autres. Ces vibrations donnent aux voyelles une sonorité qui leur a fait attribuer naturellement le principal rôle dans la constitution des mots. C'est sur les voyelles que la voix s'arrête, tandis que les consonnes se prononcent rapidement. Celles-ci n'en sont pas moins de la plus grande utilité; car sans elles le nombre des combinaisons desons, des mots possibles, serait singulièrement restreint.
Les vibrations des cordes vocales font ranger les voyelles parmi les sons proprement dits; les consonnet^ 6ont des bimxts. En physique, on donne le nom de bruits aux sons confus dont on n'arrive pas à déterminer la hauteur muâi^ cale.
10. — Dans toute diphtongue, la voix s'appuie principalement sur l'une des voyelles. L'autre subit une légère modification : elle se prononce comme celles des consonnes qui mettent en vibration les cordes vocales. En d'autres termes, la vibration des cordes vocales, sans disparaître, cesse d'être essentielle et devient accessoire. Les voyelles ainsi prononcées prennent le nom de voyelles consonnes^ semi-voyelles ou semi-consonnes.
1. Cette différence n'existe plus quand on parle comme à l'oreille, quand ou chuchote. Alors il n'y a plus d'autre disiinction es^ptSelle entre les voyelles et les consonnes que la rapidité de la prononciation.
8 (lUAMMAlRE HISTOUIQUE DU FRANÇAIS
IL — Voyelles et semi-voyelles françaises
11. — Le fran<:ais compte douze voyelles, que Ton peut répartir en trois groupes, d'après les diverses parties de lorganisme vocal qui servent principalement à les produire :
1** Trois palatales : a (et à), é (avec ses différentes nuances : é, <?, ê), et i.
2° Cinq labiales : e, eu (très voisine de la précédente), 0, ou, M.
3*» Quatre nasales: an^ en (écrit in, ein, etc.), ow, eun (écrit un).
Voyelles palatales.
12. — Si, laissant la langue dans sa position naturelle, nous ouvrons les lèvres, après avoir contracté le larynx de façon à tendre les cordes vocales, et» si nous chassons l'air du poumon, nous faisons entendre le son a. En modifiant un peu cette disposition, et particulièrement en relevant de plus en plus la base de la langue, on obtient les sons ê et è. Il faut au contraire déprimer la base de la langue pour obtenir le son â de pâte.
Si nous rapprochons un peu les lèvres, et si nous relevons la langue en appuyant légèrement sa pointe sur les dents inférieures (et toujours en faisant vibrer les cordes vocales), nous obtenons le son é.
Si nous appliquons les deux bords de la langue contre le palais, de manière à ne laisser qu'un espace étroit pour le passage de l'air, nous donnons le son /.
Voyelles labiales.
13. — Si nous reportons vers les lèvres l'obstacle opposé à la sortie de l'air, suivant que nous rapproche-
rons simplement les lèvres, ou que noué les arrondirons de plus en plus, en diminuant l'ouverture et en modifiant légèrement la position de la langue, nous obtiendrons les sons e (de « r^v^nir, femme»), eu, o, u, ou^ et les diverses nuances de ces sons.
Les deux lettres, qui composent chacun des signes eu et ou, représentent historiquement d'anciennes diphtongues ou des procédés graphiques artificiels. Ou s'est prononcé d'abord comme un o suivi d'un tv anglais. De même eu s'est prononcé èou dans cheveux. Dans honneur et autres mots semblables, eu est un procédé graphique artificiel qui a toujours représenté le son actuel, et qu'on a emprunté aux mots comme cheveux, à une époque où dans ces mots eux-mêmes l'ancienne diphtongue se prononçait déjà comme eu actuel.
Voyelles nasales,
14. — Si, au moment de prononcer la voyelle a, on baisse le voile du palais, de manière à laisser à une partie de l'air chassé des poumons l'issue des fosses nasales, on obtient le son an, ou a nasal.
L'o nasal (on) s'obtient aussi en baissant le voile du palais pendant la prononciation de l'o.
Le son marqué en français par in est un è nasal. Vi nasal (des mots provençaux vint, linge, etc.) n'existe pas en français.
Le son que nous écrivons un est en réalité un eu nasal. Lu nasal n'existe pas en français.
^ Semi-voyelles ou semi-consonnes,
15. — Les voyelles françaises employées comme semi- A^oyelles sont :
i° Vi, dans les diphtongues ia (diable, paya), ié (pied),
ieu (vieux, payeur, frayeur), ien (chien, rien), tan (ayant), ion (aimions).
Ajoutez Yi contenu dans les consonnes doubles l et n mouillées. Toute / mouillée équivaut à peu près k l -\i semi-voyelle, toute n mouillée h n -{- i semi-voyelle.
C'est à tort, d'après Littré, qu'un grand nombre de personnes prononcent 17 mouillée comme un i semi-voyelle (ou y) sans /, et disent ga-yard. Il est probable que cette prononciation arrivera à prévaloir, mais elle n'est pas encore admise officiellement. D'après la même règle, il ne faut pas non plus prononcwr bercày (bercaiU, rfewy (deuil), mais faire entendre une / avant Yi semi-voyelle*,
2° Vu est aussi employé comme semi-voyelle :
Dans la diphtongue ui : celm^ appui, aujourd'hui, etc. ;
Dans la diphtongue ue : écvElle (anciennement prononcé écu-ellé^,
3** Enfin You semi-voyelle se trouve dans la diphtongue oui de l'adverbe oui (jadis ou-i en deux syllabes), dans ouèn (écrit oin) des mots tels que loin, et dans la diphtongue oua (écrite ai d'après l'ancienne prononciation) des mots tels que moi, toi, roi^ etc.
Fausses diphtongues,
16. — Nous avonfe déjà fait remarquer que eu et ou n'étaient plus des diphtongues, mais des sons simples (§ 13). Il en est de même de au (autre = ôtre), de eau (chapeau = chapô), de ei (reine = rêne), de ai (haine = hêne; chantai = chanté; avais = avê).
1. Pour prodnire VI que l'on veut faire suivre immédiatement de l'y, on est obligé de modifier un peu le mécanisme de la prononciation, si bien que / suivie d'y diffère très légèrement de 17 ordinaire, indépendamment de la mouillure.