Voyez la page HO, note
3. Ces dififérents suffixes peuvent s'ajouter à des radicaux de verbes. Voy. § 224.
233. — Les suffixes in * ou ine (latin ïnum, inam) et ille (latin iculam) peuvent avoir aussi une valeur diminutive : fortin, ignorantin, bécassiîie, mantille ^ flottille. « Ille » apporte souvent au mot qu'il forme une idée accessoire de collectivité : charmille .
234. — Le suffixe on (Jatin onem) a une signification vague qui a pu lui faire attribuer tantôt une valeur augmentative {médaillon, employé comme terme artistique au sens de «grande médaille»), tantôt une valeur diminutive (le même médaillon, au sens de « petite médaille»). C'est la valeur diminutive qui prévaut en français: veston, ponton, échelon^ glaçon -. «On» est précédé des suffixes de même valeur e^ et t7/(? dans canneton, feuilleton, cotillon, carpillon, delà syllabe er (reste du suffixe eur) àd^n^ moucheron, du suffixe d'origine italienne iche (correspondant à isse français) dans cornichon, proprement dit petite corne.
235. — Le suffixe latin cium ou ceum, qui s'ajoutait aux voyelles a, i, o, u [acium, icium, ocium, ucium) doit être, d'après les lois de la phonétique, représenté dans les mots français par une s (de là les suffixes as et is, de aceum, iceum, ou, sous la forme féminine, asse et isse). Mais, dans d'autres dialectes ou langues d'origine romane, particulièrement en italien, le c latin, devant e, i, avait produit un ch. De là les suffixes ache, iche, oche, uche, qui ont été empruntés à ces langues par le français. Les suffixes cor-
1. Nous retrouverons in commune suffixe d'adjectifs dérivés de noms.
2. Dans forgeron, dérivé de forgeiir, on ne modifie pas la valeur du mot primitif. C'est à des mots tels que celui-là qu'on a emprunté le suffixe er (reste de eur), en le dépouillant de sa valeur propre pour le préposer, dans d'autres mots, au suffixe on, et aussi, comme nous l'avons vu, à d'autres suffixes diminutifs. — Le suffixe on s'ajoute quelquefois à des radicaux de verbes, avec des significations diverses : bouchon, brouillon, bouillon.
respondants du latin avaient une valeur adjective* ; mais il arrive souvent qu'un suffixe d'adjectif prend une valeur substanlive, parce qu'on Templpie avec une idée de neutre ou en sous-en tendant un mot féminin tel que chose devayit la forme féminine .C'est ce qui s'est produit pour les différents suffixes se rattachant au latin cium ou ceum. Leur signification est à l'origine très vague, et pourrait se traduire par «espèce de...». Un coutelas (dérivé de l'ancienne forme coutel) est une espèce particulière de couteau j un châssis est une espèce de châsse ou de caisse (sans fond), une sacoche est une espèce de sac, etc. Puis ces suffixes ont pris généralement une signification péjorative, déjà sensible dans coutelas, et qui s'accentue dans les mots tels que savantasse (jadis savantas, qui valait mieux, employé par Molière et par M"® de Sévigné). Le sens péjoratif est souvent accompagné d'une idée plus ou moins formelle de collectivité, comme dans plâtras, paperasse. L'idée collective prévaut dans les mots en is : un lattis est une réunion de lattes*.
Noms de choses abstraits ou concrets.
Les suffixes as, is, etc., par les valeurs dérivées que nous avons signalées en dernier lieu, se rattachent aux suffixes
1. Le sufïixe asse a été ajouté avec cette valeur à ceftaîns adjectifs, auxquels il donne une signitication péjorative : bonasse^ fadasse. Le suffixe is a eu aussi la valeur adjective, particulièrement lorsqu'il dérivait de aticium (ancienne forme française : eïs), après un radical de verbe. Ainsi s'expliquent les locutions « pont-levis, vent-coulis ».
2. Les suffixes a^ et is s'ajoutent aussi à des radicaux de verbes pour exprimer le résultat de l'action marquée par le verbe : embaivras (du vieux verbe emharrer)^ gâchis, hachis. Dans ce cas, le suffixe is dérive du latin aticium et a été jadis eïs. Dans lavasse, le suffixe asse exprime une chose qui produit l'action du verbe, avec une idée péjorative. — De ces diffférents suffixes il faut rapprocher le suffixe aille (latin alia), qui a aussi une valeur péjorative et collective: rocaille (de roc), ferraille (de fe?-).
qui permettent de former, sur un substantif déterminé, des noms de choses d'une autre nature, abstraits ou concrets. 236. — Comme nous Tavons expliqué plus haut, le suffixe erie vient des deux suffixes agglutinés ter et ie. Joint à un nom de personne ou d'animal, il exprime la qualité principale (généralement défavorable) de cette personne ou de cet animal, og un acte conforme à cette qualité* : âneriCy gredinerie, ladrerie, singerie^ tartuferie. Il peut encore exprimer un ensemble d'objets de la nature indiquée par le substantif servant de radical, ou un lieu où se trouvent réunis des objets de cette espèce : argenterie^ infirmerie, gendarmerie. Cette valeur se rattache au sens du suffixe erie après un substantif désignant un objet de fabrication ou de vente : laiterie, chemiserie, draperie^, chaudronnerie, poterie. Ces mots expriment aussi l'idée abstraitede «métier». Ils sont corrélatifs à d'autres, formés sur les mêmes substantifs avec le suffixe ier, et qui désignent les personnes fabriquant ou vendant les mêmes objets: chemisier, laitier, drapier, chaudronnier, potier. hd suffixe erie commence précisément par ce suffixe ier qui terminaitdesmots auxquels a été ajouté l'ancien suffixe ^e^
1. Il a la même valeur après un adjectif: galanterie, coquetterie, poltronnerie. Remarquez que ce sens est très voisin du sens ordinaire du même suffixe après un radical de verbe (§ 219).
2. Draperie, au sens de »< étoffe ample et non tendue », se rattache au verbe draper.
3. Cet ancien suffixe exprimait: lo la qualité des personnes désignées substantivement ou adjectivement par le radical, et l'acte (ou en généralisant, le métierj résultant de cette qualité ; 2° l'ensemble de ces personnes. Voyez par exemple les divers sens du mot chevalerie : 10 vaillance des chevaliers, et acte de vaillance, 2o corps de chevaliers Le suffixe erie a hérité de ces divers sens et les a développés. Par un sentiment vague de sa composition primitive, on ne l'ajoute pas au suffixe ier, qui est déjà contenu dans erie, mais on commence à l'ajouter à des suffixes qui ont la môme valeur que ier, par exemple iste. On ne dirait pas chemisier erie, mais on dit ébénisterie.
d'où eWe pour ier-ie;et c'est à des mots de ce genre qu'on a emprunté erie pour former d'autres mots, en dépouillant la première syllabe de sa valeur propre. ,
237. — Le suffixes avant ismcy du grec IsmoSy est avec le suffixe iste [communisme, communiste) dans un rapport de sens qui rappelle celui de erie et de ier. Il exprime le plus souvent un système, quelquefois une qualité morale, et il se joint aussi bien aux adjectifs qu'aux substantifs; mais les adjectifs prennent dans cette formation une valeur de neutre, fatalisme = système des partisans du fatal : de la fatalité. Ex. de mots en isme : athéisme, bouddhisme, calvinisme^ fatalisme^ idéalisme, patriotisme^ purisme,
238. — Pour exprimer le contenu d'un objet, on ajoute au nom de cet objet le suffixe ée, qui n'est autre chose que la flexion du participe passé féminin de la première conjugaison. « Une charretée », c'est proprement « une chose mise dans une charrette », et par extension « le contenu de la charrette ». Autres exemples : bouchée, gorgée, poignée, aiguillée, fournée (mot qui remonte au temps où le mot four se terminait par une w), cuillerée, etc. Dans les formes pellerée et pelletée, à côté de pellée, on trouve intercalées, entre le radical et le suffixe, les syllabes er et et dont nous avons parlé à propos des diminutifs (§ 232).
239. — Pour exprimer le contenant de l'objet ou des objets désignés par le radical, on a le suffixe ier (ou ière) dont nous parlerons plus longuement (§240) à propos des adjectifs et noms de personnes. Exemples : encrier, huilier, moutardier, compotier, saladier, légumier, sablier, plumier, bûcher (après ch le suffixe perd son ^), pigeonnier, bonbonnière, salière, théière, aumonière, truffière,
1. Nous avons vu (§236) que le suffixe erie avait quelquefois cetto valeur.
pépinière. Le suffixe aire, étant la forme savante de ier, peut avoir le même sens : rftc/ionnatVe (recueil de dictions, de mots), formulaire.
Adjectifs et noms de personnes.
Les principaux suffixes qui s'ajoutent au nom pour former des adjectifs ou des noms de personnes sont, dans Tordre alphabétique, aire, ais ou ois, al, el, esque, eux, ieriy ter, in, iste, ique,
240. — Le plus important de tous ces suffixes est ter (er après c A ou <7 doux), qui vient du latin arium. Ce suffixe a produit une quantité considérable de dérivés*. Il sert notamment à désigner une personne fabriquant et vendant Tobjet indiqué par le radical [chemisier, costumier, chocolatier, drapier, horloger, armurier), ou le vendant seulement, quand ce n'est pas un objet de fabrication [laitier, fruitier) j ou s'en occupant par métier [aumônier^, boursier^, caissier, financier, banquier, tré* sorier, barbier, jardinier, et les noms de gardiens d'animaux: chamelier f porcher, vacher, ânier), ou un militaire pourvu du moyen de combattre indiqué par le radical [chevalier, archer, lancier, cuirassier, fusilier, canonnier).
Parmi toutes ces significations, et celles que nous avons
1. Employé avec une valeur neutre, ou sous sa forme féminine ière, ce suffixe peut former soit des noms de choses agissantes ou de moyens d'action (Voy. § 223, à la fin), soit des noms de contenants (Voy. § 239).
2. Le sens primitif de aumônier est : « celui qui est chargé des aumônes ». Mais, bien que le suffixe ier implique le plus souvent une idée de métier ou de fonction, le mot aumônier a eu un sens plus large et a signifié : « celui qui aime à faire des aumônes ».
3. Dans le sens de « celui qui s'occupe d'afl'aires de bourse ». Mais la signification du suffixe ier est assez élastique pour que boursio^ ait aussi le sens de : « celui qui a une bourse concédée par l'administration ».
LES MOTS CRÉÉS. - SLTFrXES 115
déjà signalées et que nous rappelons en note, l'usage seul peut indiquer quelle est celle qui a été donnée au suffixe ier dans un mot déterminé. Ainsi cuirassier aurait pu signifier « fabricant de cuirasses », et armurier pourrait avoii' le sens de « soldat revêtu d'une armure ». Cafetière signifie à la fois « débitante de café » et « vase servant à contenir le café ». Les mots laitier et fruitier ne désignent pas seulement des marchands de lait ou de fruits. Fruitier désigne aussi un endroit où on conserve des fruits, et les deux mots peuvent être des adjectifs ayant le sens de : « qui produit du lait, qui produit des fruits ». De là les expressions « vache laitière, arbres fruitiers ». C'est à ce sens que se rattache la valeur du suffixe ier dans les noms d'arbres : cerisier, pommier, poirier, prunier, oranger, pêcher. Le suffixe ier signifie donc tour à tour : « qui produit, qui vend, qui s'occupe de, qui est pourvu de, qui contient. » Il a encore une signification plus élastique dans les adjectifs tels que coutumier, mensonger, usager, etc.
241. — Le suffixe aire, forme savante du suffixe ier, latin arium^y a hérité des sens les plus généraux de ier. Il sert à désigner les personnes qui s'occupent ou qui sont pourvues des choses désignées par le radical (mmeownaeVe, commissionnaire, dignitaire), ou qui les font [concussionnaire^], et il forme, comme ier, des adjectifs dont le rapport avec l'objet désigné par le radical est plus ou moins précisé par l'usage : alimentaire, égalitaire, volontaire^,