IV. — CONSONNES FRANÇAISES
Explosives et continues.
21 . — C'est en opposant un obstacle à l'air chassé du poumon, que nous arrivons à produire des vibrations sonores. Mais cet obstacle peut être soit une fermeture complète, que Ton fait brusquement cesser, soit un rétrécissement du passage. Dans le premier cas, on obtient un son explosif; dans le second, un son continu. Toutes les voyelles et une partie des consonnes (5, ch^ /*, etc.) sont
testée. Il a pu y avoir hésitation sur Tapplication des termes. Ainsi Yo de tôt a été qualifié d'ouvert par des o'amnnairiens qui considéraient qu'on ouvrait plus la bouche pour la prononciation de cet que pour celle de lo de tort. C'est que les uns pensent à l'ouverture des lèvres, les autres à celle de la cavité buccale.
LES SONS m LA LANGUE FRANÇAISE ' ,13
continues. Un certain nombre de consonnes sont explosives: le p^, le ty etc.
Les consonnes explosives sont nécessairement très brèves, instantanées. Quand nous essayons de les prononcer sans les faire suivre d'aucune voyelle, nous faisons entendre malgré nous, aussitôt après, un bruit du genre continu qui se distingue très bien du son propre de la consonne. Ce bruit vient de la colonne d'air que nous avions formée derrière l'obstacle pour produire le son explosif de la consonne; cet air vibre en s'échappant. Quand la consonne est suivie d'une voyelle, on n'entend pas le bruit particulier dont nous parlons, parce que la colonne d'air est précisément employée à produire la voyelle qui suit.
Dans l'émission des sons continus, le rétrécissement du passage de l'air, par conséquent aussi le son qui en résulte, peut être prolongé, continué, jusqu'au moment précis où on est obligé de reprendre haleine.
Sourdes et sonores, ou fortes et douces.
2Z. — Chacune des deux grandes classes de consonnes que nous venons de déterminer se subdivise elle-même en deux catégories, en consonnes sourdes et consonnes sonores.
Dans la prononciation du g, du rf, du ô, les cordes vocales vibrent, et produisent un son qui se distingue du son propre de la consonne, mais qui l'accompagne. C'est pour cela que ces consonnes sont dites sonores. Il n'en est pas de même du c, du f, du /?, et des autres consonnes du même ordre, qui, par opposition, sont diles sourdes. Comme le g diffère principalement du c, le d du t, le b du p, le j du cA, le V de 1'/', le z de Vsy par cette vibration des cordes vocales, quand la vibration n'a pas lieu (dans le
chuchotement) il devient très difficile de distinguer chacune de ces consonnes de sa voisine.
Les sourdes sont encore appelées fortes, et les sonores : douces *.
Palatales, dentales, labiales.
23. — - Enfin les consonnes se divisent encore en palatales, dentales et labiales, suivant que ce sont les lèvres, les dents ou le palais qui jouent le principal rôle dans leur prononciation.
Palatales explosives.
24. — Si, relevant la langue près de sa base, on l'applique contre le palais de manière à fermer toute issue à l'air des poumons, il suffit de supprimer brusquement cet obstacle, en chassant de l'air, pour faire entendre le son k ou c dur. L'autre palatale explosive, la sonore g {g dur) s'obtient de la même façon, mais en faisant résonner les cordes vocales.
Palatales continues,
25. — Si on applique, non plus la partie postérieure de la langue, mais les deux bords contre le palais, de manière non plus à fermer toute issue à Pair, mais à lui ouvrir un passage étroit entre la langue et le palais, on obtient en chassant Tair, et en faisant vibrer les cordes vocales, ^^ semi-voyelle du mot yeux. Dans la prononciation de Yi voyelle, on appuie plus fortement les deux bords de la langue.
1. L'adjectif doM^ a un sens tout particulier lorsqu'on l'applique aux signes c et g. Il df'signe alors le son spécial que ceslKlres marqnent deVHUt e et i, c'est-à-dire le son s dure pour le c et le son j pour le g. Mais le c doux n'est pas une consonne douce dans le sens général donné à ce mot, c'est une consonne forte ou sourde.
26. — Si on élève la pointe de la langue vers la mâchoire supérieure, au lieu d'en appliquer les bords contre le palais^ on obtient le son ch, Lej est la consonne sonore qui correspond au ch. On remarquera que, pour prononcer ces consonnes, il faut aussi porter un peu les lèvres en avant. Ces deux consonnes sont dites chuintantes^ d'un mot formé par onomatopée.
27. — Quand on ouvre simplement la bouche, laissant à la langue sa position ordinaire, si on chasse Tair en contractant un peu Toriflce du larynx, on fait entendre un bruit léger : c'est la consonne A, qui est dite consonne aspirée, bien que ce soit un mouvement de respiration qui la produise comme toutes les autres consonnes ou voyelles. L'A dite non aspirée n'est qu'une fantaisie d'orthographe, qui s'explique quelquefois par un souvenir étymologique ; en aucun cas ce n'est un son, et il n'y a pas à en tenir compte. D'ailleurs, l'A aspirée elle-même ne se prononce pas dans le français actuel ; cette lettre indique simplement aujourd'hui qu'il ne faut pas lier la consonne finale du mot précédent avec la voyelle qui suit. C'est tout ce qui reste de l'ancienne aspiration.
Dentales explosives,
28. — Après avoir fermé toute issue à l'air en appliquant la pointe de la langue contre le palais et les dents supérieures, si on lui ouvre brusquement passage, on produit une des deux explosives d ou t, suivant qu'on fait ou non vibrer les cordes vocales.
29. — Si, disposant la langue comme nous venons de le dire, et faisant vibrer les cordes vocales, on baisse en outre le voile du palais de façon qu'une partie de l'air puisse s'échapper par les fosses nasales, au lieu du d on fait entendre l'n.
16 riRAMMAlRE HISTORIQUE DU FRANÇAIS
30. — Si Ton applique la pointe de la langue contre les dents supérieures, mais en laissant, des deux côtés de la langue, libre passage à l'air, et si, en détachant brusquement la langue, on fait vibrer les cordes vocales, on émet le son / *.
Dentales continues.
31. — La langue étant placée comme pour la prononciation du fou du d, mais Textrême pointe rabaissée vers les dents inférieures pour laisser à l'air un passage continu, on produit 1'* douce ou Vs dure, suivant qu'on fait ou non vibrer les cordes vocales.
32. — La langue étant à peu près dans sa position normale, mais la pointe appuyée contre la mâchoire inférieure, si l'on chasse l'air de façon à faire vibrer noti seulement les cordes vocales, mais la langue elle-même, on émet le son r.
Labiales explosives,
33. — Quand ce sont les lèvres réunies qui ferment le passage de l'air, au moment où on les sépare, on fait entendre le son du p, et celui du b s'il y a vibration laryngienne. Si, en même temps, on abaisse le voile du palais, on produit Ym.
Labiales continues.
34. — Si les lèvres entr 'ouvertes offrent à l'air un passage continu, on fait entendre 1'/, ou la sonore correspondante V.