‹ Nouvelle grammaire historique du françaisChapitre 8 sur 112 · ON, EIN · texte numérisé non relu

ON, EIN

Remarque, — Les consonnes de la première colonne sont souvent appelées des gutturales. Quand on emploie le mot « palatales » sans préciser autrement, on entend les consonnes et semi-voyelles palatales, et non les voyelles,

37. — Ce tableau, éclairé par les explications qui précèdent sur le mécanisme de la prononciation, facilitera rintelligence des mutations de sons dont nous aurons à parler dans le chapitre IV de cette première partie, et ces mutations seront à leur tour une confirmation de notre classement des sons vocaux.

En effet, la parenté des sons compris dans chacune des colonnes verticales est attestée non seulement par Tétude du mécanisme de leur prononciation, mais encore par les nombreuses permutations que l'on constate entre les sons d'une même colonne.

38. — Si nous considérons la colonne dee sons palataux*, nous nous expliquerons que le c latin ait produit un g dans gras, dérivé de crassum, dans g/as, de classicum, que le g soit devenu un c dans lonc (aujourd'hui écrit long) de longum, dans sanc (aujourd'hui écrit sang) de "sanquem. Nous comprendrons que le c ait pu produire un ch dans chambre, de cameram, dans manche, de manicam, que le g ait pu produire un j dans joie, de gauditty dans jaune, de galhinum , que le c et le ^ se soient changés en i semi-voyelle [y] dans p/aie (prononcé jadis pla-ye) de plagam, dans /ai/ (prononcé jadis par a + y) de faotum, que 1*2 semi-voyelle du latin soit devenu tantôt y, tantôt ch, dans jewne de iuvenem, dans /mgede*/mium [lineum du latin classique), dans le subjonctif sache, de sapiam, etc.

Remarquons d'autre part que, si le c latin devient tantôt g, tantôt ch, tantôt i semi-voyelle, cette variété de transformations s'explique aussi par des raisons qui tiennent au mécanisme de la prononciation. C'est particulièrement devant les liquides (/, r), qui sont des consonnes sonores^ que le cdur, consonne sourde, se change parfois en la gutturale sonore, g dur. Dans la transformation du c dur en i semi-voyelle, la disposition des organes vocaux î^ubit une modification qui transporte d'arrière en avant (du gosier vers le milieu de la langue) le point d'où part le son ; or, cette modification s'est produite surtout lorsque la lettre qui suivait le c dur se prononçait en avant relativement à la lettre qui précédait. Dans le groupe de lettres act, il y a pour passer de l'a au t un mouvement de pnmonciation d'arrière en avant, puisque le son du / se produit vers les

i. La distance qui, dans ce tableau, peut séparer deux sons d'une mrme colonne verticale, n'a aucune importance.

dents ; ce ntiouvement a entraîné une transformation du c dans le même sens : act latin a donné ait français dans factum, devenu fait (prononcé d'adord fa-yt), A Tinverse, dans la terminaison de lactuca, le c est placé entre une voyelle labiale (u) et une voyelle palatale (a). Pour passer de Vu à Va, il y a un mouvement d'avant en arrière, des lèvres au gosier. Aussi, entre ces deux lettres, le c n'a pas produit dï semi-voyelle, il est tombé : français laitu-e.

Nous n'entrerons pas dans le même détail à propos des transformations des autres sons ; il nous suffit d'avoir montré par ces exemples quelle est l'importance de l'étude des conditions physiologiques de la prononciation.

Pour achever l'examen de la colonne des sons palataux, nous ajouterons que la parenté des voyelles a et e, et de Vi voyelle ou semi-voyelle, explique la facilité avec laquelle un i semi-voyelle s'est ajouté à Va latin dans laine, de /ana, et à Vé ou à Vè dans lei (plus tard loi) de légem, dans piçrf, de pèdem, etc. On ne s'étonnera pas non plus qu'une diphtongue composée de a et de i ait pu arriver à produire le son simple é, Vé étant la voyelle intermédiaire entre a et i; c'est ainsi que laine ^ prononcé d'abord la-y-ne, est arrivé à se prononcer lene,

39. — Dans la colonne des sons dentaux, outre les rapports bien connus des deux liquides / et r, et des deux s, il faut remarquer la parenté, moins visible au premier abord, du d et de In *. Dans le langage enfantin, ces deux sons permutent facilement : dodo et nono. Le d latin s'est changé en n dans rendre de reddere, et nd s'est réduit à 7i dans prenant de prendentem.

i. Voyeï ci*d68su6 (§§ 28 et 29) ce que nous avons dit de la prononciation de ces deux sons.

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40. — Pntre les lettres, placées siir la même ligne horizontale, les permutations sont beaucoup plus rares qu'entre les lettres de la môme colonne. Cependant t latin, devant /, s'est changé en c dur : "vetlum {pour vetulum) est devenu veclum, d'où, pour la mutation du c en i semi-voyelle, le mot français vieil. Inversement, le c dur peut se changer en t : le peuple dit souvent cintième au lieu de cinquième^ et le c latin (qui se prononçait toujours comme un k) a produit devant les voyelles e et i le son tç, qui s'est ensuite réduit à ç {s dure); c'est ainsi que le latin cervum (prononcez kervum) a donné le français cerf, où le c représente le son de Vs dure.

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