LA FRANCE NAPOLÉONIENNE
décida d'instituer une noblesse impériale. Cette ncb!e«»e fut une noblesse de fonctionnaires, la hiérarchie des titres correspondant à la hiérarchie de« (onctions. Ainsi les archevêques furent comtes et les évéques barons. La plupart des maréchaux et des grands digni- 5aires civils reçurent des titres héréditaires de duc» et de princes. Talleyrand fut fait prince de Bénéve.nt ; Masséna duc de Rivoli, puis prince d'ElssIing ; Lannes duc de Montebelio ; Ney duc d'Elchingen, puis prince de la Moskowa ; Davout duc d'Auerstacdt, puis prince d'Eckmiihl. A chacun de ces titres, l'Empereur ajouta des dotations, souvent considérables ; Davout recevait près d'un million par an.
LE DESPOTISME, a a U monarchie impériale fut une monarchie absolue. Napoléon supprima le Tribunat et finit par ne plus réunir le Corps législatif. Quant au Sénat, formé d'hommes à sa dévotion, il fut toujours le docile instrument de ses volontés. L'Empereur en vint même en 1813 à régler le budget et à créer des impôts de sa seule autorité.
La liberté individuelle n'était pas plus respectée que les libertés politiques. La police, dirigée par l'ancien jacobin Fouché, avait pris un développement énorme ; les citoyens suspects étaient internés sans jugement « par mesure de sûreté ». En 1808, Napoléon donnait l'ordre à Fouché d'envoyer à l'école militaire, de gré ou de force, un certain nombre de jeunes gens, dont les familles ne paraissaient pas suffisamment
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LE SACRE (2 décembre 1301) (Par Divid, Muses du Louvre), a A Notre-Dame. Tout de blanc véta, le pape est assis devant Vautel. L'Empereur a reçu de lui les
onctions rituelles, mais, se rappelant les querelles du Sacerdoce et de l'Empire, il ne veut pas recevoir de lui la couronne. D'un geste rapide, il l'a prise sur l'autel et s'est courormé
de ses propres mains; il va de même couronner l'impératrice asenouillée. Au premier plan, à droite, les grands dignitaires ; sous l'arcade médiane. Madame, mère de l'Empereur.
Le Sacre est l'auore la plus célèhre de David, ancien Jacolnn devenu premier pt-intre de l'Empereur. fcL. HACHETTE.)
dévouées au régime impérial. « Si l'on fait quelque objection, ajoutait-il, il n'y a pas d'autre réponse à faire sinon que cela est mon bon plaisir. » C'était la propre formule de Louis XIV et de la monarchie absolue.
Le même bon plaisir supprima la liberté de la presse. En 1 799, 73 journaux politiques paraissaient à Paris ; en 1811 il n'y en avait plus que quatre. Encore nul article ne devait-il être publié avant d'avoir été soumis à un censeur nommé par le ministre de la police. En juillet 1 809, la Gazette de France, ayant inséré des correspondances de Berlin où l'on paraissait mettre en doute la solidité de l'alliance franco-russe : « Vous retiendrez le rédacteur pendant un mois en prison, écrivait Napoléon à Fouché, et vous nommerez un autre à sa place. On dirait, en vérité, qu'à la police on ne sait pas lire, ajoutait-il, on n'y pourvoit à rien. »
La censure fut rétablie également pour les livres, et nul ne put être imprimeur sans un « privilège » de l'Empereur.
L'ŒUVRE D'ORGANISATION, /â 0 Napoléon ne fut pas cependant qu'un despote : il poursuivit l'œuvre de réorganisation commencée pendant le Consulat. Il ajouta au Code civil le Code de Commerce et le Code pénal. Il organisa l'Université impériale, divisée en académies. Il créa la Cour des Comptes, chargée de contrôler toutes les recettes et dépenses des
administrations publiques. Il multiplia les encouragements à l'industrie sous forme de récompenses aux inventeurs et aux manufacturiers, de commandes importantes, parfois même de concours financiers. Enfin l'Empereur fit poursuivre les grands travaux publics inaugurés pendant le Consulat. A Paris, il fit percer la rue de Rivoli, construire les ponts d'Austerlitz et d'Iéna, le Temple de la Victoire — ■ aujourd'hui l'église de la Madeleine — , la Bourse, l'arc du Carrousel. 11 fit achever la jonction du Louvre aux Tuileries, commencer l'arc colossal de l'Etoile, dédié à la gloire de la Grande Armée ; édifier la colonne Vendôme, faite du bronze des canons conquis à Austerlitz ; creuser le canal de l'Ourcq et le bassin de la Villette. Dans les départements, ce furent les embellissements de Lyon ; l'achèvement des canaux de Saint-Quentin, de Nantes à Brest, du Rhône au Rhin ; la majeure partie des canaux de Belgique ; les immenses aménagements des ports de Brest, de Cherbourg, d'Anvers, etc. A ces travaux en France s'ajoutèrent les travaux entrepris en Italie, à Milan, à Rome, <' seconde ville de l'Empire », et au delà de l'Adriatique jusqu'en Dalmatie. Tout cela fut l'œuvre de moins de dix ans, et tant d'entreprises menées à bien au milieu de guerres incessantes, au cours de chevauchées presque ininterrompues à travers l'Europe, montrent mieux que tout ce qu'on en peut écrire
LA FRA NCE NAPOLEONIENNE
combien fut prodigieuse l'activité de l'homme et combien souple son génie.
NAPOLÉON ET L'ÉGLISE, a 0 Napoléon avait tenu à donner nu nouveau pouvoir impérial une consécration religieuse ; sur ses instances le pape Pie VII vint en ];( rsjnne procéder au sacre de l'Empereur à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804. D'autre part le clergé fut chargé de fortifier les sentiments de fidélité à la dynastie. Le catéchisme, à côté des devoirs envers Dieu, énuméra les devoirs envers l'Empereur, « l'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'Empire ». On ne pouvait y manquer sans se rendre « digne de la damnation éternelle ».
Mais en 1807 un conflit éclata entre l'Empereur et le Pape. Napoléon voulait obliger Pie VII à adhérer au blocus continental ; le Pape prétendait rester neutre. Napoléon fit occuper, puis annexa les États pontificaux (1809). Excommunié par le Pape, il le fit arrêter et le garda prisonnier àSavone d'abord, puis à Fontainebleau.
Ces événements eurent leur contre-coup en France. Des évêques, des prêtres, des séminaristes qui avaient pris parti pour le Pape, furent persécutés, quelques-uns même enfermés dans une prison d'Etat. Le clergé et les catholiques, d'abord favorables à Napoléon restaurateur du culte, lui devinrent hostiles et se trouvèrent gagnés par avance aux Bourbons, dont ils facihtèrent la restauration en 1815.
LE MÉCONTENTEMENT GÉNÉRAL. 0 0 Napoléon, si populaire au temps du Consulat, finit
du reste par mécontenter la ma-eure partie des Français. Vers 1809 la désaffection commença k se manifester dans toutes les classes de la société.
Les excès du despotisme et l'inquisition policière mécontentèrent la bourgeoisie instruite. Le blocus continental, s'il favorisa le développement de certaines industries, paralysa le grand commerce. Le rétablisseinent des impôts indirects, sur les boissons, sur les voitures, sur le sel, impôts abolis par la Révolution et dont le souvenir était odieux, irritèrent tous les contribuables. Mais ce fut la conscription surtout, c'est-à-dire le service militaire obligatoire, qui rendit l'Empire impopulaire.
Les guerres continuelles nécessitaient de continuelles levées de conscrits. D'année en année, l'Empereur fut contraint de prélever des contingents plus nombreux ; il en arriva à lever les classes de conscrits un an, deux ans même à l'avance. A partir de 1808, les jeunes gens par milliers essayèrent de se dérober au service, soit en se mutilant, soit en prenant la fuite dans les montagnes ou les bois.
En 1810, il y avait 160 000 réfractaires, et 55 000 hommes, organisés en colonnes mobiles, étaient employés à leur donner la chasse. En 1813, à Paris, Napoléon traversant le faubourg Saint- Antoine, un conscrit l'insulta : les femmes l'arrachèrent aux agents de police qui l'arrêtaient. Les plamtes s'élevaient de toutes parts, et l'on commença d'appeler tout haut l'Empereur d'un nom où se f>eignait l'horreur de son système : l'Ogre.
L'Empire ne vivait et ne se soutenait que par le prestige de Napoléon. Il ne devait pas survivre à la rume de ce prestige.
SCEAU DE L'EMPIRE (Bibl. Nti.).
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CAPITULATION D'ULM (20 octobre 1805) (Par Thévenin, Musée de Venailles). ûlAprèi avoir reçu quelques bomba tluns la journée du 16 octobre, Ulm dut capituler.
Napoléon tira de cette capitulation une parade triomphale. Entouré de son état-major et de la garde, debout devant l'armée française rangée sur le Michclsberg et le Frauenberg,
il assista au défilé de la garnison (30 000 hommes. 18 généraux, 60 canons) qui dura dng heures. Il fit venir auprès de lui[les généraux autrichiens et s'entretint avec eux.