‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 131 sur 227 · LA GUERRE DE 1870 : LES DEUX ARMÉES EN PRÉSENCE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE 1870 : LES DEUX ARMÉES EN PRÉSENCE

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L'EMPEREUR ET LE PRINCE IMPÉRIAL, e Photographie prise en 1871. La dynastie est déchue ; te père et le fils sont sur la terre d'exil en Angleterre. Le prince Louis a ici quinze ans ; il devait, huit ans plus tard, finir misérablement et tomber en brave dans une expédition anglaise contre les Zoulous. (cL. DOWNEY.Ï

faisant preuve d'une mobilité inquiétante, était tantôt belliqueuse et tantôt pacifique. Après s'être enflammée contré la Prusse au lendemain de Sadowa, elle écoutait complaisamment en 1870 les pacifistes qui prêchaient en faveur d'un désarmement. Au Corps Législatif les députés réduisaient à 32 millions le crédit de 1 10 millions demandé pour l'achèvement des fortifications dans l'Est. Le 1*'' juillet 1870, un député de la majorité, le comte de Latour, après avoir parlé « des sentiments fraternels » dont les Français devaient être animés « à l'égard du grand peuple allemand », invitait les ministres à « agir auprès des gouvernements étrangers et particulièrement auprès de la Prusse, de manière à obtenir l'année prochaine un adoucissement des charges militaires qui pèsent sur les populations ». Le lendemain 2 juillet, se produisait l'incident longuement préparé par Bismarck d'où quinze jours plus tard sortit la guerre, la candidature du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne.

LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN. xH a Par suite d'une révolution, le trône d'Espagne était vacant depuis 1868. Les Espagnols cherchaient un roi. Brusquement, le 2 juillet 1870, surgit la candida-

ture du prince Léopold de Hohenzollern, cousin du roi de Prusse.

L'opinion publique en France tomba dans le piège et perdit aussitôt tout sang-froid. 11 parut à tous qu'un prince prussien régnant en Espagne, la France se trouverait prise entre deux feux et l'on parla de '< la reconstitution de l'Empire de Charles-Quint ». Le duc de Gramont, ministre des Affaires étrangères, interpellé au Corps Législatif le 6 juillet, déclara que le gouvernement ne pourrait souffrir qu'on « dérangeât à notre détriment l'équilibre des forces en Europe » et saurait, pour l'empêcher, « remplir son devoir sans hésitation et sans faiblesse ».

Pourtant ni Napoléon III ni son premier ministre, Emile Ollivier, ne voulaient la guerre. Comme le roi Guillaume ne la voulait pas davantage, une pression diplomatique suffit pour que le prince de Hohenzollern retirât sa candidature, le mardi 12 juillet.

C'était un succès pour le gouvernement français ; le maintien de la paix semblait assuré. Mais à la Cour une coterie belliqueuse s'agitait, s'indignant qu'on n'eût pas de la Prusse un désaveu formel : « C'est une honte, disait l'Impératrice, l'Empire va tomber en quenouille! » Sous ces influences et pour donner satisfaction à l'opinion publique toujours très émue, Gramont voulut essayer d'obtenir un succès plus éclatant, et très imprudemment rouvrit l'affaire. Le 12 juillet au soir, il télégraphia à l'ambassadeur français, Benedetti de demander au roi Guillaume l'engagement de s opposer à toute candidature ultérieure du prince Léopold.

LA DÉPÊCHE D'EMS. a a \.^ roi Guillaume était aux eaux à Ems. Le mercredi 13 juillet, Benedetti lui présenta la demande du gouvernement français : le roi la repoussa « d'un ton assez sérieux ». Toutefois il ajouta qu'il ferait appeler Benedetti pour lui communiquer, dès qu'elle arriverait, la renonciation officielle du prince. La renonciation étant arrivée vers deux heures, le roi fit informer Benedetti par un aid? de camp : « Sa Majesté, ajouta l'envoyé, n'avait rien de plus à communiquer à l'ambassadeur. » Benedetti réussit cependant, par le moyen de l'aide de camp, à reprendre la négociation en sorte que le soir, vers six heures, grâce à de mutuelles concessions, tout en maintenant son refus pour l'avenir, le roi avait déclaré « donner son approbation entière et sans réserve » à la renonciation ; de son côté l'ambassadeur s'était déclaré « satisfait » de cette assurance. Une fois encore la paix semblait assurée.

Au même moment, à Berlm, Bismarck préparait de sang-froid la catastrophe. Tandis qu'il dînait avec Moltke et Roon, ministre de la guerre, il reçut du roi

LES GUERRES DU SECOND EMPIRE

un télégramme où celui-ci relatait les incidents du début de la journée jusqu'à l'envoi de l'aide de camp à Benedetti. A la lecture de ce télégramme, a raconté Bismarck, " d'un même mouvement Moltke et Roon laissèrent tomber fourchette et couteau ». « Profondément abattus », les trois hommes eurent le sentiment que « l'affaire se perdait dans les sables », et que, les négociations continuant, la guerre tant désirée leur échappait.

Bismarck ayant relu le télégramme : « Notre armée, demanda-t-il à Moltke, est elle réellement assez bonne pour que nous puissions commencer la guerre en comptant avec la plus grande probabilité sur le succès? » — ■ « Nous n'avons jamais eu de meilleur instrument. " — «Eh bien! continuez tranquillement de dîner.'

Prenant un crayon, il biffa " délibérément " la plus grande partie du texte ; il ne laissa subsister que les premières phrases et la dernière : '< L'ambassadeur français a demandé à S. M. le roi de l'autoriser à télégraphier à Paris que S. M. à tout jamais s'engageait à ne plus donner son consentement si les Hohenzollern devaient revenir sur leur candidature. Là-dessus S. M. a refusé de recevoir l'ambassadeur français et lui a fait dire par l'aide de camp de service que S. M. n'avait plus rien à lui communiquer. »

Le texte ainsi mutilé, " sonnant comme une fanfare », et qui rendit aux deux généraux << l'envie de manger et de boire » fut aussitôt transmis à tous les représentants de la Prusse à l'étranger et aux journaux de Berlin : ceux-ci le publiaient à dix heures du soir en éditions spéciales. Bismarck comptait soulever à la fois Allemands et Français, les uns, convaincus qu'on avait voulu humilier leur roi, les autres, qu'on avait outragé leur ambassadeur. « Cela, disait-il, va produire là-bas sur le taureau gaulois l'effet du manteau rouge! "

LA DÉCLARATION DE GUERRE. 0 0 Les calculs de Bismarck étaient justes. En Allemagne ce fut une explosion de fureur contre la France. A Paris, le peuple eut le sentiment que « la France avait été souffletée», et criant «A Berlin!» s'en fut le 15 juillet briser les vitres de l'ambassade de Prusse. En vain Thiers demanda au Corps Législatif, au milieu des clameurs injurieuses, qu'on vérifiât l'exactitude de la nouvelle lancée par Bismarck, et que ' le fond étant accordé, on ne rompît pas pour un détail de forme ». Dans la nuit du 13 au 16 les crédits pour la mobilisation furent votés, et le 19 juillet la déclaration de guerre, datée du 17, était officiellement notifiée à Berlin.

LES ARMÉES. 0 0 \^^ grand État-major alle-

mand avait arrêté depuis 1868 tout le dispositif d'une campagne contre la France. Les ordres étaient à l'avance aux mains de ceux qui devaient les exécuter. L'armée était ainsi comme une puissante machine, aux rouages soigneusement engrenés, qu'un geste suffisait à mettre à l'instant et tout entière en branle. Conformément aux conventions de 1866, Badois, Bavarois et Wurtembergeois marchèrent avec le» Prussiens et les Allemands du Nord. Dès la fin de juillet, 510 000 hommes étaient concentrés en masses profondes sur un front de moins de 120 kilomètres, entre la Sarre et le Rhin. Ils formaient trois armées, commandées par Steinmetz, le prince royal de Prusse et le prince Frédéric-Charles. Le roi Guillaume commandait nominalement en chef, la direction réelle appartenait à Moltke.

Du côté français, le maréchal Lebœuf, ministre de la guerre, affirmait qu'en quinze jours il aurait 350 000 hommes en campagne. Il en réunit à peine 200 000. Comme on voulut, pour gagner du temps, procéder simultanément à deux opérations distinctes, la mobilisation et la concentration, il en résulta une extraordinaire confusion. En outre ces 200 000 hommes furent disséminés sur un front de plus de 300 kilomètres, de Bâle à Thionville. Formant d'abord une armée unique sous le commandement de Napoléon III ils furent divisés ensuite en deux armées, l'armée d'Alsace, 67 000 hommes, sous le commandement de Mac-Mahon ; l'armée de Lorraine, environ 130 000 hommes, sous le commandement de Bazaine.

FRŒSCHWILLER. 0 0 Les Allemands prirent l'offensive en Alsace, le jeudi 4 août. Ce jour-là la IIl' armée allemande battit à Wisscmbourg une

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1 à fbenrea. 6 AOUT 1870 Allemand,

division française qui se retira, décimée, après une belle résistance.

Le lendemain, pour arrêter le Prince Royal pénétrant en Alsace, Mac-Mahon concentra le gros de ses forces sur le flanc de la grand'route de Strasbourg, à dix-huit kilomètres au sud-ouest de Wissembourg. . Il occupa un plateau ondulé, sorte de bastion avancé des Vosges, dont un ruisseau, la Sauer, large de cinq à six mètres, forme le fossé naturel. Les crêtes du plateau dominent d'une cinquantaine de mètres — de cent mètres au village de Frœschwiller — le fond de la vallée et le gros bourg de Wœrth. Des bois épais, des houblonnières, des vignes couvraient et coupaient la surface du plateau. Les troupes françaises, 41 000 hommes avec 119 canons, étaient disséminées sur im front de près de dix kilomètres, leur centre entre Elsasshausen et Frœschwiller. Elles passèrent au bivouac, sous une pluie torrentielle, la nuit du 5 au 6.

Dans la journée du 5, l'armée allemande, 82 000 hommes avec 212 canons, avait occupé une ligne de collines qui court parallèleinent aux positions françaises, sur la rive gauche de la Sauer. Le Prince Royal, voulant faire reposer ses troupes, ne pensait combattre que le 7 : c'était aussi l'intention de Mac-Mahon qui attendait d'importants renforts. Mais le samedi 6 août, vers sept heures, une reconnaissance prus-

sienne, ouvrant le feu sur Wœrth. donna à l'improviste le signal de la bataille.

L'action tourna mal d'abord pour les Allemands. Jusqu'à midi ils furent partout refoulés avec de grosses pertes. Mais les Français ne profitèrent pa§ de leur succès pour pousser l'ennemi à fond et l'aborder sur ses positions.

A une heure, toutes ses troupes rassemblées, le Prince Royal recommença l'attaque. Sa supériorité numérique — deux contre un — lui permit d'attaquer, sans manœuvrer, partout à la fois. Les efforts principaux furent dirigés contre la droite et le centre français. Au centre, les tentatives pour s'élever jusqu'à Elsasshausen et Frœschwiller furent longtemps inutiles et les Allemands à plusieurs reprises se virent rejetés et poursuivis dans Wœrth. Mais au sud, ils réussirent à prendre pied sur le plateau à Morsbronn, et dès lors ils purent déborder la droite française attaquée à la fois de flanc et ds front. Pour tenter de les arrêter, comme on n'avait plus d'infanterie disponible, on lança sur Morsbronn une brigade de cuirassiers. Les deux régiments partirent à la charge, sachant qu'ils étaient sacrifiés, sans même reconnaître à l'avance le terrain, coupé de profonds fossés, de rangées d'arbres et de houblonnières. Sous une pluie d'obus et de balles qui « résonnaient sur les cuirasses

LES GUERRES Dr SFCOND EMPIRE

REICIISHOiriiN (6 aoùl 1870) (Par Aimé Morot. Musée de Versallle»), a l'rnjani lu «uore lie 1670 l'on i,i( lu ^uiuUrie iiUciieiui •■■ i.ic...c .~i«>i.c l™. ,1,-tdtt

masses lancées à la charge. La cavalerie française s'illustra ttar des charges épiques dont la plus célèbre est celle que représertle le tableau d'Aimé Morot H «irf al totmm

sous le nom de charge des cuirassiers de Reichshoffen. C'était pendant la bataille de Frœschuiller .- (7 fallait enrat/er à tout prix l'avance ennemie : dtssx, paù fuufn s4^m0é»

de cuirassiers sacrifiés d'avance chargèrent à fond sous une pluie de balhs et d'obus . bien peu de ces biavei en revinrent. A l'horizon, on afierçoil ta KoifCf

comme la grêle sur les vitres en temps d'orage », ils se ruent vers le village, s'y engouffrent, y tourbillonnent sans pouvoir atteindre l'ennemi, qui, barricadé dans les maisons, les fusille à bout portant : c'était, a dit un témoin, « un défilé sous la mitraille >'. Une des rues fut comblée de cadavres de chevaux et d'hommes. Les deux tiers de la brigade tombèrent là.

Vers deux heures et demie, la droite française était refoulée jusqu'à la hauteur d'Elsasshausen et repliée parallèlement à la route de Reichshoffen, la ligne de retraite de Mac-Mahon. Au même moment, les Prussiens s'emparaient d'Elsasshausen. Il fallait se retirer sous peine d'être enveloppé.

Pour couvrir la retraite et défendre l'accès de la route, il restait à Mac-Mahon en réserve, une division de cuirassiers, huit batteries, un régiment d'infanterie, le I®'' tirailleurs algériens Ces forces furent successivement sacrifiées. Mac-Mahon engagea d'abord les quatre régiments de cuirassiers, qui chargèrent sur Elsasshausen dans les mêmes conditions ou leurs camarades avaient chargé une heure plus tôt à Morsbronn : ils furent écharpés, sans pouvoir joindre l'ennemi. Les batteries amenées à leur tour en avant de Frœschwiller, avaient à peine pris position que servants et attelages étaient fauchés par la fusillade, I ennemi tirant à cinquante mètres : douze pièces tombaient aux mains des allemands. Alors apparurent les

tirailleurs. L'avant-veille, ils avaient combattu toute la journée à Wissembourg. Ils étaient 1 700. Déployés en ligne, comme à la parade, sans tirer un coup de feu, criant d'une seule voix : " A la baïonnette ! ", ils s'élancèrent. Rien ne tint devant eux. En quelques minutes, ils reprenaient les pièces perdues, le village d'Elsasshausen, et toujours courant poursuivaient les Allemands jusqu'à la lisière d'un bois. Là, contre un ennemi bien à couvert, les charges, trois fois renouvelées, furent vaine». Quand les tirailleurs, décimés par la mitraille, se reti-

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