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LES CAUSES PROFONDES DE LA GUERRE

.£> ^ La mentalité de l'Allemagne moderne — mentalité faite de convoitise, d'orgueil, d'un immense

LA GRANDE GUERRE. L'INVASION

FRANCOIS-JOSEPHI"'(l83n-l9l6)^£n/'r<inco>s.7i>JCI>A/"/rsi>m>cr<>iVl<(/'A»»ir>K' GUILLAUME il. a Avtt Ftaivi,.J,mtJ>. C^llamm II »ofU /« r«mMi.4(r

semblent avcir été marqués par lu fatalité. Sa vie ne fat qu'une longue luile de tieuilt ttriitcipaleileh guerre. Cette fihalofrafitmetfiriMen 191 S, montnrtmfimmi^Atkmm^m

tragiques ; son règne, une série de catastrophes. Et, futur couronner son ejislerKe si dra- àràgedecinquunte-ux ans. Il porlela tenue i/f liw<lii|iii fiUfrm tibtmagm mfmmU

matique, il finit en déchaînant la guerre qui amena la ruine de son fm3frf.(cL.TIUMPUS.) recouvert du mesrKhon fm.(Pliolocommuntquc« pvU Bibl. MuM«d* UCtimr.)

appétit de domination, joint au culte de la force brutalc, — telle est, en dernière analyse, la cause profonde de la guerre.

Depuis la fin du dix-neuvième siècle, la population, l'industrie, le commerce allemands s'étaient prodigieusement développés. De là, malgré l'accroissement de la richesse nationale, cette opinion courante en Allemagne que le cadre de l'Empire, tel que l'avait délimité Bismarck, était devenu trop étroit, qu'il fallait l'agrandir, principalement aux dépens de la France, beaucoup moins peuplée, beaucoup plus riche en colonies et considérée comme une nation en pleine décadence : « L'opinion publique allemande, écrivait notre attaché militaire à Berlin en 1913, trouve que Iiour nos quarante millions d'habitants nous tenons au soleil une place trop grande ! "

Ces convoitises étaient fortifiées par un orgueil inouï. L'Allemagne était convaincue qu'elle était appelée à diriger le monde et que cette mission lui revenait de droit, de par la supériorité de ses vertus, de son organisation, de ce qu'elle appelait sa Kullur. Intellectuels et hommes d'action proclamaient à l'cnvi que les Allemands étaient un peuple de maîtres — Herrenvolk — auquel l'humanité pour son salut était tenue d'obéir. " Nous sommes le sel de la terre, disait Guillaum: II en 1905, Dieu nous a appelés à civiliser le monde. » Et le chancelier impérial, prince de Biilow. s'écriait à la fin d'une harangue officielle : « Que le roi soit à la tête de la Prusse, la Prusse k la tête de l'Allemagne, l'Allemagne k la tête de l'Univers! ■

Or, pour réaliser ce programme de domination et de spoliation, l'Allemagne ou, plus exactement, les

classes dirigeantes de l'Allemagne ne concevaient qu'un moyen : la guerre. D'une politique qui avait réussi au delà de toute espérance — la politique de Frédéric II et de Bismarck — , on avait fait une doctrine que les maîtres les plus influents prêchaient à la jeunesse allemande et que celle-ci, depuis plusieurs générations, acceptait comme un dogme : la guerre loi de la nature, la guerre volonté de Dieu, la guerre « fraîche et joyeuse » selon la formule même du Kronprinz. Ce culte de la force reposait d'ailleurs sur la conviction absolue que tout bon Allemand avait de la supériorité de la force allemande, sur la certitude que toute guerre entreprise par l'Allemagne ne pouvait se terminer que par une victoire.

LA LUTTE POUR L'HÉGÉMONIE, û a Cette mentalité germanique s'incarnait en la personne de l'empereur Guillaume II. Sous prétexte d'étendre l'influence allemande dans le monde entier, la politique impériale visait délibérément à l'hégémonie. Les résistances de plus en plus vives auxquelles elle se heurta déterminèrent à partir de 1905 une longue crise, d'où la guerre sortit brusquement en 1914, par la volonté du souverain allemand.

La question du Maroc et la question des Balkans fournirent tour à tour les principaux incidents de cette crise. On a vu qu'à deux reprises, en 1905, puis en 191 1, l'antagonisme franco-allemand au Maroc avait failli dégénérer en conflit armé : la guerre ne fut évitée alors que grâce à l'esprit de conciliation dont fît preuve la France. Plus âpre encore était la lutte d'influences qui se poursuivait en Orient, l'Autriche pesant de tout son poids sur la Serbie pour la réduire en tutelle et s'ouvrir à travers les pays serbes la route de Salonique, l'Allemagne travaillant méthodiquement à s'assurer la main-mise sur la Turquie, de Constantinople à Bagdad. Soudain les événements de 1912-1913 — la victoire de la coalition balkanique sur la Turquie, la victoire des Serbes et des Grecs sur les Bulgares — portèrent un coup mortel aux ambitions austro-allemandes. On peut dire que dès lors la volonté de guerre des deux Empires fut irrévocable : ils estimèrent que l'heure était venue de ressaisir par la force la suprématie qui leur échappait. L'année 1913 fut véritablement pour eux la veillée des armes.

LES PRÉPARATIFS EN 1913. a a L'Allemagne arma formidablement. Par la loi du 30 juin 1913. l'effectif de l'armée active fut porté à 870 000 hommes, des sommes énormes furent consacrées à l'accroissement du matériel de guerre. Visée directement, la France riposta le 7 août 1913 par le vote d'une loi qui élevait à trois ans la durée du service mili-

taire obligatoire pour tous dans l'armée active. La loi de trois ans — - simple riposte — fut présentée aussitôt en Allemagne comme une « provocation ». L'Empereur prit prétexte des anniversaires de 1813 pour lancer un véritable appel d alarme : «Les temps d'aujourd'hui, déclara-t-il ne sont guère moins graves qu'il y a cent ans. » Tandis qu'une campagne de presse concertée était dirigée contre la France, les incidents se multipliaient, soit à la frontière, soit en Alsace. De la source la plus autorisée, le gouvernement français reçut à ce moment même l'avertissement secret et solennel du péril qui le menaçait ; informé d'un entretien que Guillaume II et de Moltke, son chef d'Etat-Major, avaient eu avec le roi des Belges, notre ambassadeur à Berlin, M. Jules Cambon, écrivait le 22 novembre 1913 : « L'Empereur a cessé d'être partisan de la paix. Il en est venu à penser que la guerre avec la France est inévitable. II croit naturellement à la supériorité écrasante de l'armée allemande et à son succès certain... Le général de Moltke, lui aussi, déclara la guerre nécessaire et inévitable, mais il se montra plus assuré encore du succès « car, dit-il au Roi, cette fois il faut en finir, et Votre Majesté ne peut se douter de l'enthousiasme irrésistible qui, ce jour-là, entraînera le peuple allemand tout entier. " Conformément à la tradition bismarckienne, l'Allemagne ne songeait plus qu'à saisir, à provoquer au besoin l'occasion favorable.

L'ATTENTAT DE SERAJEVO. 0 0 L'occa-

L'ARCHIDUCFRANÇOIS-FERDINAND ET SA FEMME VISITENT SERA- JEVO. 0 Au coun de cette viate {28 juin 1914), le coutile prinder fut assassiné par un étudiant bosniaque, crimepolitiquedont l' Autriche pnt prétexte t>ouT lancer un ultimatum à la Serbie et qui jut ainsi te point de départ de la grande guerre. (cL. illustration.)

LA GRANDE GUERRE. L'INVASION

RETHMANN-HOLLWECi.i» C/Kmce/itr d^l'Empire d'Allemagne depuis 1909, il ne lut que le serviteur médiocre des volontés impériales. Il restera pour la postérité 0 l'homme au chiffon de papier ".

KRONPRINZ FRÉDÉRIC-GUIUJXUME. */.«/!/.

aîné de Guillaume, espoir et appui des pangermanisles,

l'un de ceux itui ont poussé à ta guerre 'fraîche et joifeust*

et l'ont menée sauvageirtent.

COM rE BERCHTOLO. p U mimislu da Afmre,

étrangèiet J'Autricht-Hcsigeit, Iê pfimdpmt rnsHams 4t

l'agraden contre b SaiU JCwk Cil imtàt smm Itemi*

lioa la taon r»i»»^l»wi. (cL. nUMTts J

slon, ce fut l'attentat de Serajevo. Le 28 juin 1914, à Serajevo, capitale de la Bosnie, l'archiduc héritier d'Autriche fut assassiné par un étudiant bosniaque, de nationalité serbe comme presque tous les Bosniaques. Ce meurtre pouvait servir de prétexte à des représailles contre la Serbie qu'on accuserait d'avoir fomenté le complot. Comme il était certain que la Russie ne laisserait pas écraser la Serbie sans intervenir (1), l'entrée en jeu des Russes permettrait tout à la fois de déclancher la guerre européenne et d'en rejeter sur eux la responsabilité. Le risque d'une conflagration générale

(1) ■ I-a domination tic l'Aulriclw sur la Serbie, a dt'claré un ministre rusae. est aussi intolérable pour la Hussie que le serait pour l'Anglrlcrrc la domination de l'Allemagne sur les Pays-Bas. C est Pour elle une question de vie un de mort. '

fut donc envisagé dans des délibérations solennelles et secrètes, à Potsdam les 3 et 6 juillet, à Vienne le 7 juillet, et froidement il fut accepté.

Pendant tout le mois de juillet 1914 la machination se poursuivit dans l'ombre : pour mieux surprendre l'adversaire, on l'endormit par des assurances pacifiques. Puis brusquement, sans nul avertissement préalable, le 23 juillet, l'Autriche lança un uhimatum à la Serbie, conçu en termes d'un caractère si injurieux et si brutal que le monde entier en découvrit aussitôt le sens clair et tragique : la guerre, la guerre imminente... Telle était cependant la volonté pacifique de la Serbie — conseillée par le tsar — que contre toute attente, clic accepta les exigences de I ulti-

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étrangères. Il fut en 1914 l'homme d'État qui travailla

le plvs activement ntt maintien de la paix.

(cl.. MANUEL.)

VIVIAN I. a L^ grand orateur $oàahste était le chef du

gouvernement quand la crise éclata. Il sut donner à la

pohtique française un caractère paàfiqut, loyal, irrtpl*-

châtie, (cl. HOlJ

S.\ZONOF. « ■ tstml9l4.llpt^>'. i mmmUmlàkSititite*imàVt fa. rOLi

matum (sauf une réserve au sujet de laquelle elle proposait un arbitrage) ; et telle était la volonté belliqueuse de l'Autriche — excitée en sous-main par l'Allemagne — que, malgré la soumission de la Serbie, clic décida de rompre (25 juillet). Le 28 juillet elle déclara la guerre à la Serbie, et, dès le lendemain, bombardait Belgrade.

LES DÉCLARATIONS DE GUERRE DE L'AL- LEMAGNE. 0 0 Presque aussitôt, par l'intervention directe et brutale de l'Allemagne, la guerre austroserbe s'élargit en guerre européenne. En vain, depuis le 25 juillet, l'Angleterre multipliait les suggestions pacifiques auxquelles la France et la Russie se déclarèrent constamment favorables : l'Allemagne, par son inertie calculée, les fit toutes échouer. Le 29 juillet encore, le tsar proposa à Guillaume II l'arbitrage de la Cour de La Haye. Mais déjà les résolutions suprêmes étaient prises à Berlin. Saisissant comme prétexte la mobilisation générale russe que les mesures militaires de l'Autriche et de l'Allemagne avaient rendue inévitable, le 1^'' août, Guillaume II lançait sa déclaration de guerre à la Russie.

Le sort de la France, alliée de la Russie, n'était pas douteux : la France savait qu'elle était visée la première par l'agression allemande. Jusqu'au bout

cependant son gouvernement ne se départit pas de l'attitude la plus pacifique. Le 30 juillet, alors que les troupes allemandes de couverture étaient déjà sur leurs positions de combat, les troupes françaises reçurent l'ordre de se retirer partout à dix kilomètres de la frontière. Quant à la nation, devant le péril de mort qui la menaçait, elle se montrait merveilleusement calme et résolue. Un tragique incident, l'assassinat du grand orateur socialiste Jaurès, le 31 juillet, ne réussit pas à détourner de leur devoir les masses populaires. Et quand la mobilisation générale fut décrétée, le samedi 1*"' août, fort de son bon droit, le peuple français se leva dans un admirable mouvement de résolution unanime.

Le 3 août, l'Allemagne déclara la guerre à la France : pour motiver cette déclaration, elle en fut réduite à accuser des aviateurs militaires français d'avoir jeté des bombes sur le territoire allemand ; mensonges puérils à l'appui desquels aucune preuve ne fut jamais apportée.

L'INTERVENTION DE L'ANGLETERRE, û û L'Italie, conformément à un accord conclu avec la France en 1902, se déclara neutre, « la guerre ayant un caractère agressif ne cadrant pas avec le caractère purement défensif de la Triple Alliance ». L'Angleterre, profondément pacifique, ayant toujours réservé

ALSERT l". ROI DES BELGES, a Parsafcmeti. sa droiture a [uu:. -,■;..! .. . LE • CHIFFON DE PAPIER '. a Fac-similé des signatures et sceaux des délégués

roi fut véritablement le chef et l'entraîneur du peuple belge. Il a donné au monde entier des cinq puissances {dont la Prusse) garantissant la neutralité, l'intégrité et l'inviolabilité

l exemple de ce que peut accomplir l'esprit de devoir et de sacrifice. (Photo officielle de la Belgique. Le mépris des Allemands frcur ce " chiffon de papier " fui leur premier

prise sur le front britannique.) iiime et leur première faute.

LA GRANDE GUERRE. L'INVASION

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