‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 146 sur 227 · L'ENTRÉE EN CAMPAGNE · texte numérisé non relu

L'ENTRÉE EN CAMPAGNE

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son entière liberté d'action, inclinait à s'abstenir elle aussi ou tout au moins à limiter son intervention. Il ne fallut rien moins, pour la décider à se jeter dans la guerre avec toutes ses forces, que la violation de la neutralité belge.

La Prusse, avec les autres grandes puissances, avait contresigné les traités de 1831 et 1839 qui garantissaient la neutralité perpétuelle de la Belgique. Mais la Prusse — et toute l'Allemagne avec elle — professait que la Un justifie les moyens : or, pour écraser rapidement la France, le plus sûr moyen paraissait de l'attaquer par le Nord, en traversant la Belgique. Tel était le plan de l'Etat-Major allemand que le chancelier Bethmann-Hollweg, à la tribune du Reichstag, justifiait en ces termes : « Nécessité ne connaît pas de loi ; nos troupes ont peut-être déjà foulé le territoire belge. Cela est contraire aux prescriptions du droit international... Quand on est aussi menacé que nous et qu'on combat pour un bien suprême, on s'arrange comme on peut !» Le 2 août au soir, la Belgique reçut l'ultimatum de l'Allemagne qui exigeait le libre passage de ses troupes : pour son éternel honneur, elle lui répondit le lendemain par un refus catégorique. Le 4 août les Allemands attaquaient Liège. Le même jour l'Angleterre déclara la guerre à l'Allemagne : « Rien que pour un chiffon de papier ! » s'écria Bethmann-Hollweg au cours d'un entretien dramatique avec l'ambassadeur anglais. Toute la mentalité allemande est dans ce mot.

LE SENS DE LA GUERRE, a 0 Par là se révèle aussi la signification profonde de la guerre. De même qu'au temps des guerres médiques, derrière les armées rivales, c'étaient deux types de civilisation qui s'affrontaient. L'une, la civilisation allemande, apparaissait comme une merveille d'organisation et de discipline collectives, un mécanisme supérieurement agencé selon les méthodes scientifiques les plus modernes ; mais son âme même était barbare, et tyranniques étaient les fins qu'elle poursuivait : ne croyant qu'à la force du poing et au droit de la force, sans frein dans ses appétits comme dans son orgueil, elle visait à l'asservissement et à l'exploitation du monde. L'autre, la civilisation occidentale, incarnée par la France et par l'Angleterre, s'était peut-être laissé distancer sous le rapport de l'organisation et du travail scientifique ; l'individualisme, parfois excessif, y gênait l'effort collectif ; elle n'était pas exempte d'erreurs et de défaillances, mais sa supériorité résidait dans son principe : la liberté. En dépit des déclamations allemandes, la Russie, encore adolescente et mal formée, ne jouait dans ce débat capital qu'un rôle secondaire : la lutte était entre le militarisme allemand elle libéralisme occidental.

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