‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 157 sur 227 · LÉNINE · texte numérisé non relu

LÉNINE

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TROTZKY

que le ravitaillement allié se trouvait assuré. Les Etats- Unis purent avancer aux Alliés des sommes considérables dont le total se montait à la (in de 1917 à plus de 21 milliards. La structure économique de la coalition contre l'Allemagne acquit ainsi une solidité à toute épreuve. Enfin l'effet moral produit par l'intervention américamefut immense. Pour la première fois, les Etats-Unis décidaient d'intervenir dans les affaires de l'Europe, et cette décision était fondée sur la conviction hautement affirmée que l'autocratie et le militarisme allemands mettaient en péril la liberté du monde. Les Américains partirent à la guerre comme à la croisade, une croisade pour la sauvegarde du droit et de la liberté. L'Allemagne eut conscience qu'elle était mise au ban de l'humanité civilisée ; et, quand le président Wilson eût dénoncé « cette menace d'intrigue et de force combinées que nous voyons maintenant clairement être la puissance germanique, une chose sans conscience et sans honneur '>, ces paroles sévères retentirent comme une condamnation sans appel.

LA RÉVOLUTION RUSSE, a 0 Mais dans le même temps l'équilibre des forces en Europe se trouvait profondément modifié par la Révolution russe. Depuis près de trois ans que cette guerre formidable sévissait, les ressorts desÉtats belligérants se trouvaient tendus à l'extrême. Parmi ces États, ceux dont la structure nationale et sociale était le moins solide ne devaient pas résister à l'épreuve : l'Empire russe succonlba le premier.

Sa ruine fut déterminée par les fautes et les tares du gouvernement tsariste. La guerre avait mis en pleine lumière l'incapacité et la corruption de la bureau-

cratie dirigeante, la corruption plus scandaleuse encore d'une Cour où un moujik illuminé et débauché, fiaspoutine, dictait ses volontés à la famille impériale. L'excès de souffrance et de misère produit par l'incurie administrative, le manque de pain et de charbon àPetrograd,firent éclater la révolte(i 1-12 mars). Elle triompha presque sans résistance ; le tsar Nicolas II, abandonné de tous, abdiqua.

La Révolution russe prit rapidement le caractère d'une révolution sociale, et, par là, apporta un nouvel élément de trouble à la situation générale de l'Europe, déjà si troublée. Dans la masse immense du peuple russe, ignorant, apathique et crédule, il n'y avait qu'aspirations confuses vers la paix ou vers le partage des biens et des terres, indifférence à l'égard des réformes politiques. La bourgeoisie libérale, qui avait constitué le gouvernement provisoire pendant le* journées de mars, n'était pas une force capable de diriger la Révolution. Toute la réalité du pouvoir passa entre les mains des Soviets, comités de délégués élus I>ar les ouvriers et les soldats ; le régime des Soviets, étendu aux troupes du front, ruina bientôt toute diso pline et l'armée russe commença de se désagréger. Un socialiste démocrate, Kerensicy, devenu le chef du gouvernement provisoire Guillet 1917), essaya en vain, à l'appel des Alliés, de galvaniser cette armée défaillante et de déclancher une offensive en Calicie. L'offensive, presque aussitôt enrayée, aboutit à un recul et à une débandade des troupes russes (judletaoût). Et bientôt, Kerensicy lui-même fut renversé par les bolcheviks.

L'Allemagne avait eu beau jeu pour exploiter cette situation : elle n'était pas étrangère au triomphe du bolchevisme. On appelait bolcheviki un petit groupe

de socialistes russes, professant le communisme et l'internationalisme le plus absolu, pleins de mépris pour les principes démocratiques et décidés, pour réaliser leur programme, à imposer ce qu'ils appelaient la « dictature du prolétariat », en fait leur propre dictature, et à déchaîner la Révolution universelle. Le principal théoricien du groupe, Lénine, un noble russe, était réfugié en Suisse : les autorités allemandes lui facilitèrent les moyens de gagner la Russie, et l'argent allemand servit à alimenter la propagande bolcheviste Quand le peuple vit que Kerensky continuait la guerre, il se détacha de lui pour se tourner du côté des bolcheviks qui lui promettaient la paix : le 7 novembre les chefs bolcheviks, Lénine et Trotskj' s'emparèrent du pouvoir par un coup de force et s'y maintinrent par la terreur.

L'arrivée au pouvoir des bolcheviks permit à l'Allemagne d'atteindre enfin le résultat qu'elle avait patiemment recherché depuis 1893 : la dislocation de l'alliance franco-russe. Après avoir proposé en vain un armistice général, les dictateurs bolcheviks signèrent l'armistice pour les armées russes le 15 décembre et entamèrent aussitôt des négociations qui devaient aboutir, le 3 mars 1918, à la paix de Brest- Litovsk. La Roumanie, isolée, dut signer également un armistice et la paix. Le front oriental tout entier s'effondra. La France, entrée dans la guerre par fidélité au pacte d'alliance qui la liait à la Russie, se trouva ainsi abandonnée en pleine guerre par la Russie elle-même. Cette défection mit en péril mortel la cause des Alliés et retarda d'un an leur victoire définitive et la paix.

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