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LES GARANTIES ET LA QUESTION DU

RHIN. J^ ^ En attendant que la Société des Nations

LA VICTOIRE ET LA PAIX

eût Ils moyens de maintenir la paix du monde, il importait que l'on prît des mesures immédiates pour mettre l'Allemagne hors d'état de nuire et de préparer sa revanche par les armes. Pour la France surtout la plus proche voisine de l'Allemagne, la question des garanties était le problème capital qui se posait.

Cette question des garanties donna lieu aux négociations les plus difficiles entre les délégués de la France d'une part, les délégués britanniques et américains d'autre part. On se mit assez facilement d'accord quand il s'agit d'imposer à l'Allemagne la suppression du service militaire obligatoire et la réduction de l'armée allemande à 100 000 hommes (engagés pour douze ans) : mais une expérience antérieure — le désarmement de la Prusse par Napoléon I*"" en 1807 — avait démontré que toutes les mesures de ce genre, quel que soit le contrôle institué, peuvent être aisément tournées. Au nom de la France, Clemenceau demanda d'autres garanties, les seules qu'il jugeât vraiment efficaces : la fixation au Rhin de la frontière occidentale de l'Allemagne, l'indépendance de la rive gauche du Rhin, son occupation permanente par une force interalliée sous le contrôle de la Société des Nations. Il se heurta à une opposition irréductible, soit que les Alliés redoutassent de la part de la France des arrière-pensées d'annexion, soit qu'en vertu du principe du droit des peuples il leur parût impossible de séparer de l'Allemagne sept millions d'Allemands. En échange de ces garanties territoriales qu'ils jugeaient inacceptables, le président Wilson et Lloyd George offrirent alors à Clemenceau une garantie d'alliance, l'engagement solidaire des Etats-Unis et de la Grande- Bretagne d'assister la France en cas d'agression non provonuée de l'Allemagne. Tout pacte d'alliance devant être soumis à la ratification des Parlements, la proposition était aléatoire ; néanmoins il parut impossible de la rejeter. Après un mois de débats passionnés, la délégation française obtint enfin que cette promesse d'alliance fiit complétée par la garantie d'une occupation limitée : il fut convenu que la rive gauche du Rhin et les têtes de pont sur la rive droite seraient occupées par les forces interalliées pendant quinze ans, l'évacuation devant se faire progressivement par zones, de cinq ans en cinq ans, à condition que l'Allemagne exécutât tous ses engagements. En outre dans une zone de 50 kilomètres de largeur sur la rive droite, tout armement était prohibé, aucune troupe allemande ne devait pénétrer, et la violation de cette zone par l'Allemagne devait être tenue pour un acte d'hostilité. Telle fut la solution donnée au problème des garanties : l'avenir seul permettra d'en juger la valeur.

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LE TRAITÉ DE VERSAILLES, a a Us Alliés s'étant mis d'accord, la délégation allemande fui convoquée à Versailles (7 mai 1919). Selon la parole de Clemenceau, « l'heure était venue des lourds règlements de comptes ". En vain les Allemands multiplièrent les notes écrites pour faire modifier les clauses du traité de paix, en vain protestèrent-ils qu'on leur imposait une paix de violence qui condamnait l'Allemagne « à un esclavage perpétuel ' ; ils ne purent obtenir qu'une concession importante : U Haute-Silésie avait été primitivement attribuée k k Pologne, il fut décidé finalement que son sort serait réglé par un plébiscite. L'Assemblée nationale allemande, réunie à Weimar, ayant accepté les conditions des Alliés, le traité de paix fut signé au Palais de Versailles le 28 juin 1919. dans cette même Galerie des Glaces qui, le 18 janvier 1871. avait vu la proclamation de l'Empire allemand par Bismarck : on avait voulu que la signature de la paix eût le caractère d'une cérémonie expiatoire.

Avec le pacte de la Société des \ations et les clauses de garanties dont il a été question plus haut.

UN CIMETIÈRE DU FRONT, a Pu, milliers no» sMuh d^,r,u-id Im, Jemkr sommeil près des lieux mêmes où ils sont tombés. Ces eimetières du jront sont le témoignage visible de l'immensité de nos sacrifiées et de nos deuils. (cL. BRANGER.)

le traité comportait d'importantes stipulations d'ordre territorial et économique.

Au point de vue territorial, par application du principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. l'Allemagne restituait l'Alsace-Lorraine à la France, quelques districts frontière à la Belgique, la Posnanie à la Pologne, le sort de certains autres territoires (Slesvig, Prusse néridionale, Haute-Silésic) devant être ultérieurement réglé par un plébiscite. La France obtenait, en compensation de la destruction de ses mines du Nord, la propriété entière des gisements houillers de la Sarre ; le territoire de la Sarre passait sous le gouvernement de la Société des Nations pendant un délai de quinze ans, passé lequel la population déciderait de son sort par plébiscite. Enfin l'Allemagne renonçait à toutes ses colonies, dont l'administration devait être confiée aux puissances désignées comme mandataires par la Société des Nations; elle cédait au Japon le territoire chinois de Kiao-Tchéou.

Au point de vue économique et financier, l'Alle-

magne ne payait aucune indemnité, elle était tenue quitte des frais de guerre. Mais elle s'engageait à réparer tous les dommages causés aux populations civiles et à leurs biens, à rembourser toutes les pensions accordées aux victimes de la guerre ainsi que les avances faites à la Belgique par les Alliés, à restituer tous les objets ou valeurs dont elle s'était emparée dans les pays alliés, à verser avant le 1^'' mai 1921 une provision de 20 milliards de marks or (25 milliards de francs). Les fleuves allemands, Rhin, Elbe, Oder, Niémen et Danube étaient placés sous un contrôle international, la Commission du Rhin devant être présidée par un Français.

Le traité de Versailles contenait encore un grand nombre de dispositions originales, qui faisaient de lui un acte sans précédent dans l'histoire diplomatique. C'est ainsi qu'il stipulait la mise en accusation de Guillaume II pour « offense suprême contre la morale internationale et l'autorité sacrée des traités»; la mise en accusation de toutes les personnes coupables d'actes contraires aux lois et coutumes de la guerre: l'Allemagne s'engageait à livrer les accusés. D'autres clauses constituaient une véritable déclaration des droits du travail et prévoyaient la création d'un organisme permanent, associé à la Société des Nations, en vue d'assurer le bien-être physique et moral des travailleurs salariés. Ainsi, dans son ensemble, le traité de Versailles pouvait être considéré comme la charte de fondation d'un nouvel ordre international.

LES AUTRES TRAITÉS. /H a U traité de Versailles a été complété par les traités de paix conclus successivement avec l'Autriche (10 septembre 1919), avec la Bulgarie (27 novembre 1919), avec la Hongrie (4 juin 1920), avec laTurquie(l 1 août 1920). Ces traités

LE MONUMENT DE LA ■ TRANCHÉE DES BAÏONNETTES » (Nord de Verdun), a Parmi les monuments aux morts, il n'en est pas de plus émouvant: c'est ici qu une section d'infanterie fut ensevelie vivante à son poste de combat, dans la tranchée bouleversée par vn obus. Seules les baïonnettes émergeaient du sol, quand on chercha la

trace des disparus; on les a pieusement conservées. (CL. HOL.)

LA VICTOIRE ET LA PAIX

LE DÉnLÉ TRIOMPHAL DU 14 JUILLET 1919.

Chefs et soldah t'ictoTt'eux tlc/ilent K>us r.Are de Triomphe de l'ÊtiMle au milieu des octhmolionM tf Jm pim pm tmtktmimmm la traditionnelle beauté est rehausièe d'un fai^'semmt mamifiout, ih descendent t'en et Paris ai An mUtams d^wémirmltmn • Il n'y a pas dans notre klk Mstoirt, irrivil h êoIt mima M. CUmtnam m marMml /VM*. M *Jm ian mmmml.Qtl ah

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ont consacré le démembrement de la monarchie austrohongroise et de l'Empire ottoman. Constantmople et les détroits ont étéplacés sous un contrôle mternational. A l'exception de l'Anatolle laissée aux Turcs et du royaume du Hedjaz devenu mdépendant, tout le reste de la Turquie d'Asie — Arménie, Syrie, et Mésopotamie — doit-être constitué sous la forme d'Etats libres assistés d'un mandataire de la Société des Nations, la France pour la Syrie, l'Angleterre pour la Mésopotamie ; l'administration de la Palestine, soumise à un statut spécial, a été confiée également à l'Angleterre.

L'EXÉCUTION DES TRAITÉS. 0 a W est encore trop tôt pour apprécier l'œuvre immense accomplie par la Conférence de la Paix. Les traités ont été signés : ils n'ont été encore que partiellement exécutés. et leur exécution rencontre les plus grandes difTicultés. Le traité de Versailles, en raison même de l'importance et de la multiplicité de ses clauses, est d'une application particulièrement laborieuse : on a dit avec raison de ce traité qu'il devrait être une « création continue ».

L'une des premières complications a été l'attitude prise par les États-Unis. Le président Wilson, frappé en pleine activité par une grave maladie, s'est vu dans la situation tragique d'être désavoué par les représentants de son propre peuple : le Sénat américain a refusé de ratifier le traité de Versailles, y compris le pacte de la Société des Nations et la garantie d'alliance offerte à la France. Ainsi, par une ironie du sort, la Société des Nations, oeuvre du président Wilson, a dû se constituer sans la participation des États-Unis.

Mis en échec à Washington, le traité de Versailles n'a pas cessé d'être battu en brèche par l'Allemagne dont tous les efforts tendent à en obtenir la revision. Les clauses judiciaires n'ont pu être exécutées : la Hollande a refusé l'extradition de Guillaume II ; l'Allemagne s'est déclarée dans l'impossibilité de livrer les coupables et les Alliés ont dû se contenter d'une mise en jugement devant les tribunaux allemands, qui n a été qu une parodie de justice. Par tous les moyens l'Allemagne a essayé d'éluder ou de tourner les clauses sur le désarmement : des formations militaires camouflées en police de sûreté et gardes civiques se sont organisées sur tout le territoire allemand. Mais surtout l'Allemagne a cherché à se dérober à l'exécution des clauses pécuniaires, sous prétexte que les demandes des Alliés dépassaient sa capacité de paiement. Pour la contraindre à s'acquitter de sa dette, les Alliés ont dû finalement recourir à des sanctions ils ont occupé d'abord les ports du bassin de la Ruhr et établi une barrièredouanièresurle Rhin (mars 1921).

Puis, à l'échéance de mai 1921, ils l'ont menacée d une occupation militaire de tout le bassin de la Ruhr : alors seulement 1 Allemagne s'est engagée à payer ses dettes, évaluées par la Commission des réparations au chiffre de 132 milliards de marks or. La France, dont la part a été fixée à 52 p. 100, doit donc recevoir 68 milliards de marks or, soit environ 85 milliards de francs-or. Mais il est évident que ces sommes énormes — ■ et pourtant insuffisantes — ne pourront être payées qu'en un grand nombre d'annuités : l'exécution des clauses financières du traité exigera un long délai, évalué au minimum à trente ans : trente ans pendant lesquels il faudra lutter sans cesse pour obliger à s'exécuter le débiteur récalcitrant.

Les autres traités ne sont pas d'une exécution moins difficile. Dans la Turquie d'Asie, les nationalistes turcs ont constitué un gouvernement à Angora et continué à lutter pour obtenir de meilleures conditions de paix ; les Alliés et la Grèce ont dû envoyer des armées en Asie Mineure ; puis, la Grèce ayant brusquement rappelé Constantin sur le trône, la France a décidé de traiter avec les Turcs et d'évacuer la Cilicie(mars 1921). Dans l'Europe centrale, il a fallu s'opposer à toutes les tentatives de rattachement de l'Autriche à 1 Allemagne, et d'autre part venir en aide à l'Autriche, affamée, ruinée, réduite à la situation la plus précaire La Hongrie a passé tour à tour par une révolution bolcheviste et par une réaction à tendances monarchistes. La Pologne, à peine ressuscitée, a dû soutenir une guerre contre la Russie bolcheviste ; avec l'aide de la France — qui lui envoya le principal collaborateur de Foch, le général Weygand — , elle en est sortie victorieuse. En fin de compte, le principal foyer de trouble réside toujours en Russie : c'est le bolchevisme.

Les bolcheviks ont fait la guerre à la Pologne, reconquis la TransCaucasie, pénétré en Perse, intrigué dans toute l'Europe, jusque dans l'Inde et en Chine. Mais en Russie même, ils n'ont réussi qu'à accumuler les ruines. A la suite d'une année de sécheresse, une épouvantable famine a sévi dans la région de la Volga (1921-1922). Tant que 1 Europe orientale restera plongée dans le chaos, le monde ne connaîtra qu'une paix précaire et instable.

L'AVENIR DE LA FRANCE, a a Ls. France, plus éprouvée par la guerre que tous les autres peuples, ressent vivement les difficultés de l'heure présente ; elles sont grandes, nul ne songerait à le nier ; elles étaient inévitables, au lendemain d une guerre qui a fait d'affreux ravages et ébranlé la civilisation jusque dans ses fondements. Elles ne sont pas insurmontables cependant, à une double condition : la première, c'est que les nations alliées n'oublient pas leur fra-

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ternité d'armes et, par leur union indissoluble, assurent le respect des décisions prises et l'exécution des traités ; la seconde, c'est que la France, consciente de la grandeur de sa victoire, garde pleine confiance en ses destinées et déploie dans la paix les mêmes vertus actives que dans la guerre.

Sans doute jamais charges aussi lourdes n'ont pesé sur le vamqueur : les dépenses et les dommages de guerre ont été tels que la victoire paraît se solder au premier abord par le plus accablant système d'impôts et par un accroissement formidable de la dette publique ; la France éprouve quelque amertume de se retrouver à la fois victorieuse et appauvrie. Mais par delà le présent il faut regarder vers l'avenir ^t savoir discerner toutes les promesses de prospérité qu'il apporteX^t appauvrissement dont nous souffrons est passager, non pas définitif. Tout d'abord il dépend de la vigilance française que les stipulations financières du traité de Versailles soient exécutées, et que l'Allemagne soit tenue de réparer, au moins pour la plus grande partie, les dévastations qu'elle a commises. En second lieu, même abstraction faite des créances nationales, il reste que la victoire de la France a singulièrement fortifié sa situation en Europe et accru sa capacité économique. La France a recouvré la frontière du Rhin, et avec elle ses riches provinces d'Alsace et de Lorraine qui lui ont fait retour, quittes de toute dette et de toute charge. Les mines de la Sarre sont devenues sa propriété. C'est, dans un avenir prochain, sa production industrielle doublée pour le minerai, l'acier et la fonte, augmentée d'un tiers pour les textiles et le charbon ; sa production agricole enrichie de la potasse alsacienne. Par le travail et l'épargne, qui sont de tradition dans notre pays, par l'exploitation intensive de toutes les ressources nationales et coloniales, la France peut redevenir en peu de temps une des nations les plus richesdu monde.

Au reste la grandeur d'un pays comme la France

n'est pas faite seulement de richesse* matérielle* ; elle se mesure aussi, et même davantage, aux richeue* morales. A ce titre U victoire représente un capital inestimable. Elle a rendu à U France ce crédit que te monde n'accorde pas aux nations vaincue* et qu'elle avait perdu dans le désastre de 1871 ; elle a fait plu* que la réhabiliter : par *a qualité morale, elle lui • conféré comme une noblesse nouvelle et une dignité éminente parmi les peuples. Pendant quatre année* d'une lutte dont l'enjeu était tout ce que les homnr>e* ont de plus sacré au monde — le droit de vivre libre* dans une nation libre — , la France s'est donnée corps et âme à la cause de la liberté : presque seule d'abord, et perdant son sang à flot*, elle a tenu tête sans défaillir au plus brutal assaut que la Force ait livré au Droit ; sur la Marne et k Verdun, au prix de sacrifices inouïs, elle a su remplir le rôle que la nature et l'honneur lui avaient assigné, celui d'< armée ie couverture » de l'Entente ; puis, quand les nation* alliées, ayant achevé leurs préparatifs, sont venue* U rejoindre sur le champ de bataille, elle n'a pa* considéré sa tâche comme terminée, elle les a fait bénéficier d'une expérience chèrement acquise, elle-même a continué à combattre au premier rang, jusqu'au bout, et c'est elle qui, donnant le signal de l'elfort suprême, a conduit toutes les armées alliées à la victoire définitive. Ces hauts faits, dont notre peuple ne tire nulle vanité, mais dont il est justement lier, ont rajeuni l'ancienne et vénérable gloire française et lui ont assuré une force nouvelle de rayonnement. De toutes parts les nations affranchies par sa victoire regardent vers la France, à laquelle elles font l'honneur de demander des conseillers et des éducateurs. Si la France le veut, si, fidèle à ses traditions, elle reste à l'avant-garde des peuples libres, il lui sera donné de ressaisir au vingtième siècle la magistrature intellectuelle et morale qu'elle a exercée dans le monde aux plus grandes époques de son histoire.

DE LA GUERRE A LA PAIX : Tuk hihni um pMcbt. (a. nxcmânaMj

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