CHAPITRE VI
LA SOCIETE FEODALE
E CLASSES SOCIALES, ma Au temps du roi Robert le Pieux, fils de Hugues Capet, un évêque de Laon, Adalbéron, divisait les hommes en deux catégories et définissait ainsi la condition de chacune d'elles. Dans la première sont les clercs qui prient, les seigneurs qui combattent. La seconde catégorie est celle des travailleurs qu'il appelle la « classe servile » : << Fournir à tous l'or, la nourriture, le vêtement, telle est, écrit l'évêque, l'obligation de la classe servile. »
Les Seigneurs.
LA SEIGNEURIE. >é;;é; On a vu comment s'était constituée la puissance des seigneurs. C'étaient soit de riches propriétaires dont les faibles avaient dû rechercher la protection, soit d'anciens fonctionnaires royaux qui avaient réussi à transformer en domaines personnels les territoires dont les rois leur avaient confié l'administration. Le pays sur lequel s'exerçait 1 autorité du seigneur s'appelait la « seigneurie ». Quelle que fût l'étendue de la seigneurie, qu'elle comprît une province entière ou seulement un groupe de villages, le seigneur percevait les redevances, rendait la justice, avait le droit de guerre, était en un mot un véritable souverain. Comme le roi, il avait sa capitale : le Château, à la fois son habitation et sa citadelle.
LE CHATEAU PRIMITIF, aa Le château fut à l'origine d'une grande simplicité. C'était un camp retranché à la romaine, pouvant donner asile en cas de danger aux paysans d'alentour et à leurs troupeaux. Il était défendu par un fossé et par un parapet formé
des déblais du fossé et couronné d'une palissade Ce retranchement était tracé sur une hauteur dont les escarpements difficiles à gravir formaient déjà une défense naturelle. Au point culminant on construisait le château proprement dit ou donjon, une simple tour de bois de forme carrée. A défaut d'éminence naturelle où placer le donjon, l'on élevait avec des déblais une butte artificielle que l'on appelait la motte.
LE CHATEAU DE PIERRE, aa hn onzième siècle, on substitua la pierre à la terre et au bois. Dès lors les fortifications se complétèrent et se perfectionnèrent de siècle en siècle. Le parapet et la palissade firent place à une haute et épaisse muraille ou courtine. Sur la crête du mur, des boucliers de pierre de la hauteur d'un homme, ou merlons, furent établis à intervalles réguliers pour couvrir les combattants. Ces merlons étaient souvent percés d'une étroite et longue ouverture par où les archers pouvaient tirer à couvert : c'était la meurtrière. L'espace compris entre deux merlons formait le créneau.
Pour renforcer la muraille on la flanqua de tours, d'abord aux angles, puis sur les faces ; elles faisaient saillie comme nos bastions et permettaient de prendre l'ennemi en enfilade. Elles furent d'abord carrées, puis rondes, parce qu'elles étaient ainsi plus faciles à défendre. Primitivement elles étaient droites, sans une saillie, comme les tours de Carcassonne et d'Aigues- Mortes. En cas de siège, on entourait leur sommet d'un balcon en bois établi sur des poutres fixées en potence dans la muraille au-dessous des créneaux. On appelait ce balcon : le hourd. Des ouvertures pratiquées dans le plancher du hourd permettaient de faire tomber sur l'adversaire, s'il avait réussi à se loger
LA SOCIETE FEODALE
GUERRIERS DU XI" SIÈCLE (Tapiseries de Bayeux). 0 Malgré Vokxnxx de précision dans les détails, on dislingue les traits essentiels de l'armement ■ fantassins et cacaliert portent la brogne, longue tunique faite d'écaillés de métal ; le casque pointu. Les uns ont l'épée au côté, les autres la lance au poing. Sur la muraille sont gravés les narra de CiaV-
laume (iVillelm) et d'Harold. (CL. NEURDEIN.)
au pied de la tour, des projectiles de toute sorte, flèches, pierres, huile bouillante, plomb ou poix fondus. Au treizième siècle on commença à remplacer le hourd provisoire en bois, par une galerie permanente en pierre, nommée mâchicoulis.
L'enceinte ne comportait généralement qu'une seule porte. Un fossé en défendait l'accès. Ce fossé ne pouvait être franchi que sur un pont mobile ou pont-levis, ainsi nommé parce qu'à l'aide d'un système de chaînes et de poutres on pouvait le relever de l'mtérieur.
Les grands châteaux, par exemple Château-Gaillard, Coucy, le Louvre de Philippe-Auguste, le Krak des chevaliers, avaient deux enceintes. La cour comprise entre la première et la seconde enceinte s'appelait la baille ou basse-cour. Elle renfermait les écuries et les magasins, les logements des gens de service, presque un petit village. Dans la seconde cour s'élevaient la chapelle, l'habitation du seigneur et le donjon. A Coucy, le donjon, construit au temps de la minorité de saint Louis (1225-1230), mesurait 64 mètres de haut, presque la hauteur des tours de Notre-Dame (68 m.). Il avait trente et un mètres de diamètre et ses murailles ne mesuraient pas moins de sept mètres d'épaisseur. Un fossé large de vingt mètres enveloppait cet énorme cylindre de maçonnerie.
En haut le donjon supportait une tourelle, une sorte de guérite, appelée échauguette ou guette, d'où une sentinelle surveillait constamment les alentours. En bas étaient creusés deux étages de caves ou de prisons.
Ces prisons, où la lumière ni l'air ne pénétraient, étaient appelées oubliettes.
L'ÉDUCATION DU SEIGNEUR, aa Les seigneurs vivaient surtout dehors, et dès leur enfance ils étaient préparés à être des hommes d'action. A quinze ans un enfant noble savait monter à cheval, tirer de l'arc et tout ce qui concerne la chasse, élevage et dressage des faucons, des éperviers et des chiens. L'enfant quittait alors la maison paternelle pour aller parfaire son éducation chez un seigneur plus riche. 11 servait pendant trois ou quatre ans à titre de damoiseau, de valet ou d'écuyer. A ces divers titres, il remplissait près du seigneur les fonctions d'un valet de chambre ou d'une ordonnance. Il le servait à table, l'aidait à s'habiller et à se déshabiller ; il entretenait ses armes et pansait ses chevaux.. Entre temps, il apprenait le maniement des armes dans la cour du château et s'escrimait contre des mannequins. Quand le seigneur partait en expédition, le jeune homme suivait à cheval, portant le bouclier du maître. Vers l'âge de dix-huit ou vingt ans, l'apprentissage militaire était terminé ; dès lors le jeune homme était jugé suffisamment instruit de tout ce que devaient savoir les hommes de guerre, pour pouvoir prendre rang parmi eux. On lui remettait ses armes dans une cérémonie solennelle. Son parrain lui chaussa>t l'éjjeron droit, lui donnait l'épée et la lui attachait au côté gauche. Après quoi il le frappait du plat de la main sur
le cou, derrière la tête : c'est ce qu'on appelait la colée, ou l'accolade. Dès lors le jeune homme était chevalier.
LES GUERRES FÉODALES, ma Les principales occupations des seigneurs étaient la guerre, les tournois, la chasse et les fêtes. La guerre était l'occupation favorite de ces gens violents, naturellement braves et qui se lamentaient de mourir de maladie dans leur lit, parce que c'était mourir « comme une bête ». On faisait la guerre à ses voisins, pour des prétextes plus ou moins sérieux. Elle consistait en coups de main, en razzias où l'on enlevait le bétail et l'on détruisait les récoltes pour affamer l'adversaire. La guerre pesait ainsi surtout sur le paysan. Quand il y avait rencontre, on cherchait moins à tuer qu'à faire des prisonniers, parce que les prisonniers étaient une source de profit et devaient payer rançon pour recouvrer la liberté.
LES TOURNOIS. 00 k défaut de la guerre, le seigneur avait les tournois. Les tournois, qui devinrent plus tard, comme nos assauts d'escrime, des simulacres de combat en champ clos entre deux hommes, furent à l'origine de véritables batailles entre deux
UN SEIGNEUR ET SON VALET A LA CHASSE (Miniature d'un manuscrit de la BibL Nationale). Û Aprts la itiejTt el Us tournois, les seigneurs ne connaissaient pas de plus noble occupation que la chasse. La gravure représente une chasse au cerf: la meute est à ses trousses; le seigneur sonne du cor.
troupes. Au temps de Philippe-Auguste, un tournoi à Lagny-sur-Marne réunit trois mille chevaliers de tous pays. Les adversaires se rencontraient en rase campagne, et se chargeaient avec fureur. Quand l'un des deux partis vient à plier, « alors, dit un témoin du tournoi de Lagny, commence la poursuite acharnée dans les vignobles, les fossés, à travers la forêt des ceps ; on voit les chevaux s'abattre et les hommes qui
tombent, foulés aux pieds, blessés, assommés ". 11 y avait toujours des blessés, souvent des morts. On faisait des prisonniers comme à la guerre, et comme les prisonniers de guerre, les prisonniers de tournoi
HEAUME ET BASSINET (Mu.Md'Arlill.rie). a Au xm' siicle. les chevaliert
st protègent la tête par un heaume cylindrique ; au XIV siècle, par un bassinet en forme
d'auf, à visière mobile. Le heaume représenté est celui de saint Louis.
devaient acheter leur liberté et payer rançon. En outre, leurs chevaux et leurs armures appartenaient au vainqueur. 11 y avait donc possibilité de gros profits. Beaucoup de seigneurs vivaient de leurs victoires aux tournois, comme d'autres aujourd'hui vivent de leurs victoires sportives et des records qu'ils battent.
LES FETES. 00 Les fêtes consistaient surtouten festins, aux mnombrables services. Ces festins étaient coupés et suivis de représentations où paraissaient les jongleurs, musiciens, acrobates, jouant de la harpe, de la vielle, de la cornemuse, faisant des tours de force, montrant des marionnettes ou des animaux savants. Puis venaient les conteurs, trouvères dans lé nord, troubadours au midi ; ils récitaient des fragments des chansons de geste, les aventures romanesques el les exploits de Charlemagne, de Roland et de leurs compagnons. Un bal terminait généralement la fête.
Les fêtes coûtaient fort cher à ceux qui les donnaient, d'abord parce qu'elles duraient longtemps, huit et quinze jours, et que les invités y étaient fort nombreux ; ensuite parce que l'usage était d'offrir aux assistants de riches présents, coupes d'or ou d'argent, vêtements de soie, fourrures, armures, chevaux, oiseaux de chasse, etc. Les invités ne se montraient pas moins généreux envers les gens de leurs hôtes. En sorte que les seigneurs, même les plus puissants, voyaient passer le plus clair de leurs revenus dans les fêtes et se trouvaient souvent courts d'argent.
BRIGANDAGES SEIGNEURIAUX. 00 Pour s'en procurer, beaucoup empruntaient ; tous pressuraient leurs paysans ; un grand nombre se livraient au brigandage. Ils détroussaient les voyageurs, pillaient et rançonnaient les marchands passant près
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CHATEAU DE NOGENT-LE-ROTROU. a
XI" siècle, larmes rectangulaires, puissants contreforts. (CL. NEUBDEIN.)
CHAI EAU DE FALAISE a Énorme masse ,ec-
tansulaire, sur un amoncellement de rochers.
(cl. NEURDEIN.)
CHATEAU DE MONTLHERY a Château du
XII^ siècle dont tes toms dcmmaitni la rouit dt Foiu
à Etampts.
LE CHATEAU-GAILLARD. 0 Puissante forteresse qui domine la Seine de PLAN DU CHATEAU -GAILLARD, a Le Château-Gaillard comDrenail 100 mètres, bâtie par Richard Cœur de Lion en 1Î%-1197. (CL. NEURDEIN.) deux enceintes fortifiées et un ouviage avance, en tout 160 mètres de long.
CHATEAU DE COUC^' (,\lll siècle), a Li oias masmmue rume Hodaie, CHATEAU DE VITRÉ (flv' siècle), a Ensemble trè< comp'el. W montre
détruite par les Allemands en 1917. (CL. NEURDEJN.) l'architecture féodale à sa dernière phase. (cL. neuRDEInJ