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LA VIE MONASTIQUE

La France du Moyen Age était aussi riche en monastères qu'en châteaux forts. Ces monastères formatent un vaste ensemble de bâttments,, tttvVtnt entonré aune encemte fortifim*

Autour de la chapelle, s'élevaient les bâtiments d'haiitafion. avec dortoir, réfectoire, ateliers, billiothèque.La cour centrale ou préau servait de cimetière ; elle était mloarée aune gnOM

couverte, le cloître, où se promenaient les religieux. C'est au cloître, ainsi Qu'à la chapelle, que les sculpteurs appUqoaieni le meilleur de lem talent.

allèrent par les villes, souvent au péril de leur vie, prêcher, selon les expressions de l'un d'eux, Pierre Damien, contre les « bœufs gras et les veaux en révolte », et, soulevant le peuple, ils contraignirent partout les indignes à se soumettre.

LES MOINES DANS LA SOCIÉTÉ, eigl La

réforme des mœurs et l'épuration de l'Eglise furent l'épisode héroïque de l'histoire des réguliers au Moyen Age. Mais leur action quotidienne dans la société, bien qu'elle n'ait pas eu autant d'éclat, ne fut pas cependant de moindre importance pour la civilisation.

D'abord, au milieu de l'universelle ignorance, les moines avec une partie des séculiers ont longtemps presque seuls représenté le savoir. Le nom de clerc, qui servait à désigner toute personne touchant à l'Eglise, était en même temps synonyme de savant. Les plus grands clercs et les plus nombreux se trouvèrent dans les couvents. Ce qui a été conservé des chefs-d'œuvre de la littérature latine l'a été surtout par les manuscrits copiés de la main des moines. Ce que nous savons de l'histoire du Moyen Age, nous le devons pour une bonne part aux « chroniques » rédigées dans les monastères.

Les réguliers furent aussi d'actifs défricheurs de

L'ABBAYE DU MONT SAINT-MICHEL. a Comlruile sut un ilôt rochtux du

rivage normand, l'aliaye des Bénédictins du Mont Saint-Michel est une véritable citadelle, enveloppée de fortifications. Mais c'est aussi un des chefs-d'œuvre de l'art français, un monument unique au monde. Au sommet, s'élève un ensemble de constructions, justement appelé " la Merveille ».

terre, et par là des créateurs de villes. En effet, les moines devaient pour vivre cultiver les terres voisines du couvent. Le respect que l'Église inspirait et savait imposer même aux rois les mettait à peu près à 1 abri des violences et créait autour d'eux une zone de sécurité : les paysans y venaient volontiers chercher asile et le couvent était bientôt entouré d'un village. En France, on ne compte pas moins d'une centaine de villes ou de bou'gs, dans les régions les plus diverses — par exemple Abbeville en Picardie, en Auvergne Aurillac, en Bourgogne Cluny — qui se sont ainsi formés autour d'un couvent, et l'on comprend combien dut être grande l'influence des ordres religieux quand on sait que l'ordre de Cluny compta jusqu'à deux mille monastères, Clairvaux dix-huit cents, Citeaux plus de trois mille.

LES TRIBUNAUX D'ÉGLISE, a a Le clergé ne se bornait pas à enseigner la religion, à diriger les consciences, à célébrer les offices, à conférer les sacrements. Il détenait aussi une partie du pouvoir judiciaire.

Depuis la fin du quatrième siècle, c'était un principe de droit que les clercs jugeaient les clercs, et les procès qui pouvaient s'élever entre clercs. Les tribunaux ecclésiastiques ou « officialités » jugeaient avec plus de douceur que les tribunaux des rois et des seigneurs ; ils jugeaient surtout avec plus de raison et de plus sérieuses garanties pour les justiciables. En effet l'Église n'admettait ni les ordalies ni le jugement de Dieu, et nulle sentence n'était rendue dans ses tribunaux qu'après enquête, audition dé témoins, examen des preuves, défense de 1 accusé. Aussi les laïcs s'efforçaient-ils de devenir justiciables des tribunaux ecclésiastiques. Comme on était tenu pour clerc si seulement on était tonsuré, beaucoup se faisaient faire la tonsure. Du reste sans que les intéressés eussent besoin de recourir à cet artifice, il était une série de procès pour lesquels les tribunaux ecclésiastiques étaient naturellement compétents à raison même de la matière, ainsi tous les procès touchant au mariage, aux droits des enfants, aux testaments.

LES ÉCOLES ET LES HOPITAUX. ^/H Le clergé donnait seul l'instruction. Il n'y avait d'autres écoles que relies tenues par les prêtres dans les paroisses, par les moines dans les couvents. Ces écoles étaient ouvertes à tous, gratuitement ; bien des enfants du peuple y passèrent. Beaucoup durent à l'instruction qu'ils avaient reçue dans ces écoles de devenir des personnages importants dans l'Église et dans la société. Tel un petit berger des environs d' Aurillac, Gerbert.

LA SOCIETE FEODALE

Élevé par les Bénédictins, il acquit la réputation de l'homme le plus savant de son siècle, devint le précepteur de l'empereur Otton III, puis du roi de France Robert le Pieux, fut archevêque de Reims et mourut pape (1003) sous le nom de Sylvestre II ; il fut le premier pape français. Tel encore ce fils de serf, Suger. Élevé à l'abbaye de Saint-Denis, il y fut le camarade d'école du futur Louis VI, devint son ami, gouverna le royaume sous son fils Louis le Jeune, et mérita pour sa sage administration le beau surnom de Père de la Patrie.

Disposant de ressources considérables, le clergé assurait aussi l'assistance aux indigents et aux malades. Au douzième et au treizième siècle, il fut fondé des centaines d'hôpitaux ou hôtels-Dieu ; il y en avait jusque dans les villages. L'abbaye de Cluny, en une seule année, distribua des secours à 1 7 000 indigents.

LES INSTITUTIONS DE PAIX. 00 En même temps qu'il s'appliquait à soulager la misère, le clergé travailla de son mieux à en détruire certaines causes. Il s'efforça de réfréner les instincts violents des féodaux, de limiter les maux des guerres privées, occupation favorite des seigneurs, et même de restreindre l'usage de ces guerres. Au onzième siècle il n'y eut pas « une réunion ecclésiastique qui ne fût aussi une assemblée de paix ». Ces efforts aboutirent à l'institution de la Trêve-Dieu.

Par la Trêve-Dieu la guerre fut interdite d'abord le dimanche, puis du mercredi soir au lundi matin, en souvenir de la Passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Cette Trêve-Dieu, tous les conciles du onzième siècle en renouvelèrent l'obligation. II s'en fallut de beaucoup cependant qu'elle fût observée, et le néfaste usage des guerres privées subsista en France jusqu'au temps où les Capétiens, avec saint Louis et Philippe le Bel, furent assez forts pour imposer la paix à tous. Mais du moins l'intervention du clergé soulagea quelques misères et, comme l'a écrit un historien, « la police de l'Église permit d'attendre la police du roi ».

L'EXCOMMUNICATION. 00 Pour imposer aux puissants, rois et seigneurs, le respect de ses décisions, pour empêcher les empiétements sur ses biens et les atteintes à ses privilèges, le clergé ne disposait guère que de moyens moraux, ce que l'on a appelé des « armes spirituelles ». La plus puissante de ces armes était l'excommunication, qui retranchait de la communauté des fidèles et transformait en une sorte de pestiféré au milieu de la société celui qui en était frappé.

Les papes, à maintes reprises, lancèrent l'excommu.

UN ÉCRIVAIN (Miniature d'un manuscrit de la Bibl. Nat.). a Dam la MOciéli

du Moyen Age, au milieu de V wiiverielle ignorance, les clercs ont représenté le savoir.

C'est parmi eux que se recrutent les professeurs et les écrivains, tel que eelm-ci, qu'on

voit assis devant sa table de travail écrivant d'une main, un grattoir dans l autre.

nication contre les rois même. Robert le Pieux fut excommunié parce qu'il avait épousé sa cousme, l'Église interdisant les mariages entre parents très rapprochés. Philippe I®"" fut excommunié pour avoir enlevé la femme d'un de ses vassaux ; Philippe Auguste pour avoir sans raison répudié la sienne.

Quand l'excommunication ne suffisait pas pour ramener le coupable à résipiscence, le clergé jetait « l'interdit » sur ses terres, royaume ou seigneurie. Alors toutes les églises étaient fermées, le culte était partout et totalement supprimé. Par suite c'était le peuple atteint tout entier, la vie journalière elle-même bouleversée. Le plus souvent, le mécontentement du peuple devenait tel que, pour éviter un soulèvement, l'excommunié était amené à se soumettre. Ainsi fit en 1200 Philippe Auguste, quand Innocent III eut lancé l'interdit sur la France.

Quiconque avait commis une faute grave devait l'expier par une pénitence plus ou moins sévère. Parfois l'Église imposait comme pénitence un voyage lointain à quelque lieu réputé par sa sainteté : c est ce que l'on appelait le pèlerinage. Le plus efficace était le pèlerinage aux Lieux saints, c'est-à-dire au tombeau

du Christ, le « Saint Sépulcre», à Jérusalem, Au onzième siècle, un comte d'Anjou, Foulques le Noir, pour expier d'innombrables crimes, entre autres l'assassinat de sa femme, fit trois pèlerinages à Jérusalem. Au troisième, il ordonna qu'on le traînât sur une claie dans les rues de Jérusalem, nu, la corde au cou, tandis que deux valets le frappaient à grands coups de fouets.

Les Paysans.

LES SERFS. 00 Autour du château ou de l'abbaye vivaient les paysans à qui incombait tout le travail, chargés de " fournir à tous l'or, la nourriture et le vêtement. » On distinguait parmi eux les serfs et les paysans libres.

Les serfs, au dixième et au onzième siècle, étaient de beaucoup les plus nombreux. Le serf n'était pas libre de sa personne : il était attaché à la glèbe, c'est-àdire qu'il ne pouvait, sans l'assentiment du seigneur, quitter la terre qu'il cultivait. S'il s'enfuyait, le seigneur avait le « droit de suite », c'est-à-dire pouvait le rechercher où qu'il fût et le ramener au champ déserté. Le serf était vendu, engagé, donné avec la terre sur laquelle il vivait. Si cette terre appartenait à plusieurs propriétaires, ceux-ci pouvaient se partager les enfants du serf. « Le sixième jour de juin, dit un acte daté de 1087, nous avons procédé au partage d'enfants mâles et femelles appartenant à plusieurs parents. On a excepté du partage une toute petite fille qui est restée dans son berceau. Si elle vit, elle sera notre commune propriété jusqu'à conclusion d'un accord qui l'attribuera à l'un ou à l'autre seigneur. »

Le seul avantage du serf était que la terre, dont le seigneur était propriétaire, ne pouvait lui être enlevée. 11 en était comme le fermier à perpétuité. Pour prix de la jouissance indéfinie du champ, il payait un fermage invariable, le cens. 11 devait encore payer une taxe personnelle, la taille, que le seigneur faisait à son gré plus ou moins lourde.

Là ne se bornaient pas les charges incombant au serf. 11 devait encore cultiver gratuitement les terres que le seigneur gardait pour son usage, sa réserve : c était la corvée, et le caprice du seigneur en réglait seul la durée. Aussi disait-on que le serf était taillable et corvéable à merci: «Hélas! écrivait l'évêque Adalbéron au roi Robert, il n'y a aucun terme aux larmes et aux gémissements de ces malheureux. »

• LES PAYSANS LIBRES. 00 Les paysans libres se distinguaient des serfs seulement en ce qu'ils avaient la faculté de se déplacer et de transmettre

leurs biens à leurs enfants comme bon leur semblait. Par contre ils devaient le service militaire dont les serfs étaient exempts ; ils devaient encore des redevances en argent ou en nature ; ils étaient soumis à des corvées, comme de faucher les prés du seigneur, de curer les fossés de son château. En outre ils ne pouvaient récolter, vendre, acheter, avant que le seigneur le leur permît, et la permission ne venait jamais tant que le seigneur n'avait pas lui-même acheté ses provisions et vendu ses récoltes. Il faut remarquer du reste qu'aux dixième, onzième et douzième siècles les services dus au seigneur étaient le paiement de services qu'il rendait à son tour, par exemple, de la protection assurée contre l'ennemi ou les brigands. C'est ainsi qu'étaient également justifiées les banalités, c'est-à-dire les redevances payées par le paysan pour l'usage du moulin, du four, du pressoir, que le seigneur avait été tout d'abord seul assez riche pour faire construire. Par la suite les services cessèrent ; mais les redevances, les tailles, les corvées demeurèrent, et plus rien ne les justifiant, elles parurent justement odieuses aux paysans.

LA VIE DU PAYSAN. 00 Les paysans habitaient des maisons basses, le plus souvent construites en torchis, sorte de mortier fait d'argile et de paille hachée. La toiture était habituellement en chaume : d'où le nom de chaumière ou de chaumine. La maison ne comprenait guère qu'une seule pièce, avec une large cheminée, dans laquelle on pouvait s'asseoir de chaque côté du foyer, comme on le fait encore

PAYSANS AU TRAVAIL (Médaillons .culptM du porl.il de la cathédrale d Amiens), a Dam U médaillon Je gauju. le poysan fauche ta moisson; dans le médaillon de drmte, le paysan soigne des ctta de vigne : le pain et le vin. (cL. GIRAL'DON .)

chez beaucoup de nos paysans. Les fenêtres, quand il y en avait et que le jour n'entrait pas simplement par la porte, étaient fermées par des volets pleins, en bois, parce que le verre de vitre coûtait très cher. Pour tout mobilier une huche ou coffre servant à la fois à pétrir le pain et à serrer les vêtements ; un lit, c'est-à-dire une planche sur des tréteaux, avec un sac rempli de menue paille pour matelas ; des bottes de paille servaient de sièges ;

LA SOCIÉTÉ FEODALE

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UN DOMAINE SEIGNEUKIAL (Minlalure des Mrès riclics Heures "du Juc

de Berry, Musée Condé à Chantilly). £f Autour du chàleau féodal, s'élend le

domaine du seigneUT;-il a pour le cultiver des patjsans serfs; l'un est occupé à

labourer ; d'autres taillent les vignes ou gardent les moutons.

la vaisselle se composait de plats et d'écueiles de bois. Beaucoup de paysans travaillaient la terre à la bêche et à la pioche, parce qu'ils étaient trop pauvres pour avoir des bêtes de labour. Les charrues étaient le plus souvent en bois. Elles écorchaient à peine la terre et, par suite, la terre produisait infiniment moins qu'aujourd'hui.

LES FAMINES. LE BRIGANDAGE, jua Aussi les famines étaient-elles fréquentes au Moyen Age. Au onzième siècle il y eut quarante-huit années de disette sur soixante-treize ans. « En ce temps-là, dit Raoul Glaber, qui vivait au onzième siècle, les riches maigrirent et pâlirent, les pauvres rongèrent les racines des forêts. Sur les chemins les forts saisissaient les faibles, les déchiraient, les rôtissaient et les mangeaient. Il y en eut un qui osa étaler de la chair humaine à vendre dans le marché de Tournus. Il ne nia point et fut brûlé. Un autre, pendant la nuit,

alla déterrer cette même chair, la mangea et fut brûlé de même. »

Un autre fléau, qui souvent dérivait de la famine, était le brigandage. On pillait pour vivre. Des bandes, qui comptaient parfois jusqu'à trois mille individus, mettaient le pays à sac. On appelait ces brigands " routiers » ou « cotereaux ». En temps de guerre ils se mettaient à la solde des seigneurs. En temps de paix ils s'attaquaient aux églises et aux monastères, à cause de leurs richesses ; mais ils n'épargnaient pas les paysans. Au temps de Philippe Auguste ils avaient à peu près changé le centre de la France en désert.

L'AFFRANCHISSEMENT, a a La misère provoqua à plusieurs reprises des révoltes de paysans. Les seigneurs les réprimèrent de façon féroce. En 1087 les paysans de Normandie avaient décidé de s'entendre pour demander au duc de nouvelles lois. Ils nommèrent des délégués : ceux-ci furent saisis par ordre du duc, qui leur fit couper les pieds et les mains.

Mais, dans le cours du douzième siècle, le besoin d'argent et une meilleure entente de leur intérêt, qui était de laisser le paysan travailler en paix et de bon cœur, amenèrent les seigneurs à vendre ou à accorder des libertés à leurs serfs. Ceux-ci en grand nombre achetèrent leur affranchissement. Ils obtinrent aussi que la taille cessât d'être arbitraire et que le chiffre en fût fixé invariablement comme l'était déjà le chiffre du cens. Les paysans libres obtinrent des concessions semblables, des réductions de corvées et de redevances, enfin des exemptions partielles de service militaire. Ainsi la condition des paysans commença de s améliorer, dans le même temps où les habitants des vides acquéraient eux aussi des franchises et des libertés.

Les Villes.

LES BOURGEOIS, a a Ruinées pour la plupart par les premières invasions barbares, les villes, pendant la période de paix du règne de Charlemagne, avaient en partie recouvré leur ancienne prospérité. Mais les invasions du neuvième siècle les avaient de nouveau fait tomber à rien et se contracter sur ellesmêmes derrière les murs d'une étroite enceinte. D'autre part, quelques gros villages s'étaient entourés de fortifications : on les appela Lourgs, d'où le nom de bourgeois donné aux habitants. Villes et bourgs furent comme de grands châteaux forts, et, comme les châteaux forts, eurent leur seigneur, l'évêque ou le comte. Certaines villes appartenaient même à plusieurs seigneurs à la fois, par exemple à l'évêque et au comte.

Comme les paysans, les bourgeois étaient soumis

à des redevances, à des tailles et à des corvées. Toutefois ils souffrirent moins que les paysans de l'arbitraire seigneurial, parce qu'ils n'étaient pas isolés. La masse de la population des villes était formée par les marchands et les artisans. Or, les uns et les autres se groupaient en associations, ghildes, hanses, corporations. Ainsi réunis, ils étaient en état de s'entr'aider et présentaient une force avec laquelle le seigneur devait compter.

ARTISANS ET CORPORATIONS, a a On appelait artisans ceux qui, patrons ou ouvriers, exerçaient un métier manuel, une industrie, on disait alors un art. Dans chaque ville les artisans de même métier étaient généralement réunis dans un même quartier ou une même rue, comme encore aujourd hui en Orient. Ils se groupèrent d'abord en associations religieuses ou « confréries », pour honorer un même patron, c'est-à-dire un même protecteur choisi parmi les saints qui, d'après la tradition, avaient exercé e métier. Au lien religieux s'ajouta vite le lien des intérêts du métier, et, dans la plupart des villes, la confrérie se transforma en corporation.

La corporation était comme un syndicat privilégié auquel l'artisan était obligé de s'affilier s'il voulait exercer son métier, mais nul ne pouvait exercer le métier s il n'avait été d'abord, pendant un temps dont les règlements fixaient la durée, apprenti chez un patron . D'apprenti on devenait compagnon, c'est-à-dire ouvrier. L'ouvrier pouvait devenir maître, c'est-à-dire patron, après avoir passé un examen et fabriqué un chef d œuvre, c'est-à-dire quelque ouvrage du métier difficile à exécuter.

Les règlements de la corporation déterminaient les conditions du travail. Ils interdisaient, par exemple, de travailler après le coucher du soleil, à la lumière, par crainte que l'ouvrage ne fût mal fait et par peur d'incendie. Le patron et ses ouvriers, qui rarement étaient plus de quatre ou cinq, travaillaient ensemble, sous les yeux des clients, dans d'étroites pièces toutes grandes ouvertes sur la rue, et qui servaient à la fois d'atelier et de magasin.

MARCHANDS ET HANSES, a a De même que les artisans, les marchands avaient leurs associations. Les marchands en effet ne se bornaient pas à la vente des produits dans leur ville. Ces produits, il fallait les aller chercher ou les porter au dehors. Les routes étaient rares, périlleuses : l'on risquait d'y être rançonné par les brigands ou par les seigneurs dont on traversait les domaines. De là, pour mieux se défendre, la forma-

I. Cependant le monopole de la corporation n'était pas toujours absolu, tt dans beaucoup de villes il subsista des artisans libres.

LA CONSTRUCTION D'UNE MAISON (fresque de Saim-Savin. XI' siècle).

^ La fresque Teprésente des maçons au travail, les uns aop^rtanl des pierres sur leur

épaule, tes autres (à gauche) mancertvrant un treuil. Ils sont vêtus d'une Morte de

chemise-hlouse, décolletée et flottant sur tes ttenoux.

tion de ghildes ou de hanses. Il en fut de très puissantes : telle la hanse des Marchands de l'eau de Paris qui avait le monopole des transports sur la Seine depuis Montereau jusqu'à Mantes, et dont le chef, le Prévôt des Marchands, devint au douzième siècle, une sorte de maire de Pans.

L'ÉMANCIPATION DES VILLES, aa Les corporations et les hanses, déjà existantes mais faibles encore au dixième siècle, gagnèrent en force au onzième siècle, grâce au puissant mouvement commercial déterminé par les Croisades. Gens de métier et marchands s'enrichirent en fabriquant et en fournissant aux seigneuis les nombreux objets nécessaires pour les expéditions. Dès lors, ils voulurent jouir en toute sécurité des biens péniblement acquis, et se mettre à même d'en acquérir davantage à moindre peine. Ils s'occupèrent donc de limiter l'arbitraire du seigneur.

Les efforts pour y parvenir commencèrent aux dernières années du onzième siècle, et devinrent particulièrement énergiques au douzième siècle, pendant les règnes de Louis le Gros et de son fils Louis le Jeune (1108-1180). La tactique fut partout la même. Tous les bourgeois d'une même ville, marchands et artisans, se réunissaient et se prêtaient, dit un con ■ temporain de Louis le Gros, Guibert de Nogent, « un serment de secours mutuel '\ Ils formaient ainsi une « conjuration » ou bien encore une commune jurée.

L'association constituée, les bourgeois cherchaient à obtenir du seigneur qu'il fixât, d'accord avec eux, et d'une manière invariable, les obligations qui leur incombaient, le taux de leurs redevances, la date à laquelle ils devraient les payer, enfin le tarif des amendes. Ils cherchaient à obtenir ensuite que les conventions arrêtées fussent mises pAr écrit. L'acte

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