CHAPITRE IX
LA CIVILISATION FRANÇAISE AU MOYEN AGE
PROGRÈS DE LA CIVILISATION, a a Aux progrès de l'ordre monarchique en France correspondent les progrès de la civilisation. Il serait injuste en effet de considérer le Moyen Age tout entier comme une époque de grossièreté presque barbare. La violence des caractères et la rudesse des mœurs n'empêchèrent pas l'activité intellectuelle et artistique qui furent grandes, surtout au treizième siècle, le siècle de saint Louis.
Cette civilisation française du Moyen Age est, dans ses principales œuvres, d'inspiration toute chrétienne. Les Universités, création du treizième siècle, où se concentre la vie intellectuelle, sont de véritables corporations religieuses. L'art est tout entier résumé dans les cathédrales, où tous les artistes, architectes, sculpteurs, peintres, ciseleurs, orfèvres ont doiiné le meilleur de leur génie.
Les Universités.
ORIGINE DES UNIVERSITÉS, a a On sait quel souci Charlemagne avait eu de 1 instruction publique. Il avait ordonné que chaque monastère eût son école, où les moines et les clercs apprendraient la grammaire, le chant, le calcul, la calligraphie ; qu'auprès de chaque église, il y eîit une école gratuite dirigée
par le prêtre et ouverte à tous. Ces prescriptions furent renouvelées dans les siècles suivants par les papes et les conciles. Elles étaient en général observées au onzième siècle, et l'on trouvait alors, jusque dans des
SCEAU DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS EN 1292 (Archives Nationales), a En
haut, la Vierge et l' Enfant ; à gauche et à droite, les Saints protecteurs de Paris ; au-dessous
delà Vierge, deux docteurs lisant ; en bas, des écoliers bar couple ou seuls assis à terre
et travaillant. Près de la légende, des /leurs de lys.
LA CIVILISATION FRANÇAISE AU MOYEN AGE
paroisses de campagne, des écoles où l'enseignement était donne par plusieurs maîtres. Dans les villes, l'école la plus importante était l'école de la cathédrale, installée dans le cloître voisin, sous la surveillance immédiate de l'évêque et du « chapitre », c'est-à-dire du groupe de prêtres ou « chanoines » qui formaient le conseil de l'évêque. L'un de ces chanoines, le chancelier, qu'on appelait encore l'écolâtre, était le directeur de l'enseignement. C'était lui qui délivrait au nom de l'évêque la licence ou permission d'enseigner, sans laquelle nul ne pouvait professer.
Certaines écoles étaient célèbres au loin par le ■ mérite de leurs maîtres : à la fin du onzième siècle, les plus renommées furent celles de Paris, l'école épiscopale du Cloître Notre-Dame établie dans l'île de la Cité, puis, sur la rive gauche de la Seine, les écoles des abbayes de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève. Leur réputation leur vint surtout de deux maîtres, Guillaume de Champeau (1060-1121) et Pierre Abélard (1079-1142) qui tous deux enseignaient la philosophie, le premier au Cloître Notre-Dame, le second à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Autour d'Abélard les étudiants se pressaient par milliers, accourus de toute l'Europe. Si l'on songe aux difficultés et à la longueur des voyages à cette époque, à l'absence de tous nos moyens d'information, pareille afîluence dit éloquemment combien étaient grands le prestige du savoir et le désir de s'instruire.
A partir de la fin du douzième siècle, entre les maîtres et les étudiants d'une même ville, sans distinction d'écoles et pour la défense des intérêts communs, on vit se former des associations : universitates magisirorum et scolarium. De ces associations sortirent les Universités.
FORMATION DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS. ^ /t> L.à première Université fut celle de Paris, dont l'organisation s'échelonne sur une période de plus de trente ans (1200-1231). Elle eut deux patrons : le roi et le pape. Ce fut le roi Philippe Auguste qui, en 1200, accorda aux maîtres et aux étudiants leur premier privilège, celui d'être jugés par les tribunaux d'Eglise à l'exclusion de tous juges du roi. Ce fut la papauté qui dégagea l'Université de la juridiction de l'évêque, et lui donna pouvoir de juger ses membres elle-même, d'établir elle-même ses règlements (1231). L'Université finit par être dans le royaume et dans l'Eglise une sorte d'Etat autonome, comme une République de l'enseignement.
LES ÉTUDES. £> 0 Maîtres et étudiants étaient groupés d'après la nature des enseignements en quatre Facultés : c'étaient les Facultés de Théologie, de
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CHARTE DE FONDATION DE LASORBONNE EN 1257 (Arch. N.ii->™lM,
ms. 6213 n° 85). a Le plus célèbre des collèges de Paris fut établi en 1257. Jous taint
Louis, par son aumônier Robert de Sorbon. Transformé et agrandi, il est devenu la
Sorborme.
Droit Canon ou droit ecclésiastique, de Médecine, et des Arts libéraux. Dans cette dernière Faculté, la plus originale des quatre, maîtres et étudiants étaient partagés en quatre nations : nations de France, de Normandie, de Picardie, d'Angleterre. Ces divisions, au début, correspondaient à un groupement des « Artistes » — les étudiants des Arts Libéraux — d'après leur pays d'origine ; mais elles avaient vite perdu toute valeur géographique.
La Faculté des Arts Libéraux était numériquement la plus importante. C'est qu'elle seule permettait d'accéder aux autres Facultés ; elle était comme une école de culture générale par où tout étudiant devait passer avant d'entreprendre des études spéciales. En même temps, elle préparait des maîtres pour l'enseignement.
Les études y étaient divisées en sept branches, ou, comme on disait, en sept « Arts » ; trois branches littéraires, formant ce qu'on appelait le Trivium : grammaire, dialectique, rhétorique ; — quatre branches scientifiques, formant le Quadrivium : musique, arithmétique, géométrie, astronomie. L'enseignement était donné tout entier en latin, parce que le but principal des études était de préparer pour l'Église des prêtres instruits.
La méthode était partout la même. On étudiait des livres : les Livres Saints, les Décrets des papes, quelques ouvrages de médecins de l'Antiquité, Hippocrate ou Galien ; enfin un certain nombre de traités d'Aristote, tenu pour le maître de la science universelle, la Physique, la Logique, la Métaphysique, etc. Du reste ces traités étaient étudiés, non pas dans le texte original — presque personne ne savait alors le grec — mais sur des traductions latines de traductions
arabes, apportées jadis en Espagne par les conquérants musulmans.
Les livres, alors manuscrits, étant chers et beaucoup d'étudiants très pauvres ne pouvant les acheter, le maître dictait le passage qu'il se proposait d'expliquer, puis il lisait son commentaire écrit à 1 avance. Tout esprit de recherche, d'observation et d'expérience était banni des études. On considérait que les Anciens, s'ils n'avaient pas dit en tout le dernier mot de la science, avaient du moins établi les prmcipes de toute science. De ces principes il ne restait qu à tirer des conséquences par voie de déduction, ce qui se faisait au moyen d'une méthode qu'on appela la scolastique, c'est-à-dire la méthode propre à l'école. En fait la méthode scolastique n'était bonne à former que de subtils raisonneurs, maîtres en l'art d argumenter et de disputer, et tant qu'elle demeura en honneur, jusqu'au seizième siècle, il ne fut pas fait une découverte importante; les progrès dans les sciences furent nuls.
L'étudiant pouvait conquérir trois grades : le baccalauréat, la licence, le doctorat. La licence était le grade essentiel parce qu'il donnait le droit d'enseigner et transformait l'étudiant en « maître », c'est-à-dire en professeur. Elle s'obtenait après un certain temps d'études, — six années au moins pour les Arts libéraux,— puis des examens qui consistaient en discussions longuement soutenues devant et contre les maîtres.
ORGANISATION DE L'UNlVEf^ITÉ. a 0 L'Université était dirigée par un recteur assisté de trois doyens et de quatre procureurs. Les doyens étaient les chefs des facultés de théologie, de droit canon et de médecine ; les procureurs représentaient les nations des arts libéraux. Primitivement le recteur n'était lui aussi que le chef de la faculté des arts, son doyen. En raison de l'importance de cette faculté, il était devenu le chef de tout le corps universitaire. Il était élu pour trois mois et ne pouvait être choisi que parmi les maîtres de la faculté des arts. Il prenait rang parmi les plus grands personnages du royaume, placé dans les cérémonies publiques avant les cardinaux, princes de l'Eglise, à côté des princes de la famille royale. Il exerçait une véritable souveraineté, comportant même le pouvoir de juger, dans toute la partie de Paris établie sur la rive gauche de la Seine, au versant de la montagne Sainte-Geneviève ; c'était là son royaume, le « pays latin », ainsi nommé parce que la langue qu'on y entendait parler le plus communément était le latin. Ses sujets n'étaient pas seulement les maîtres et les étudiants, mais aussi tous ceux qu'un lien quelconque, si ténu fût-il, rattachait à la vie de l'Université et qu'on appelait ses
suppôts ; c'étaient les papetiers, les relieurs, les copistes, les domestiques d'étudiants riches, jusqu'aux maîtres d'hôtel et aux taverniers, au total la population presque entière du pays latin.
LES COLLÈGES. H 0 Les étudiants, par suite des différences de nationalité et de condition sociale, formaient un peuple assez complexe. Il s'en trouvait de familles nobles et de bourgeoisie aisée ; mais en majorité ils étaient fils de paysans et pauvres ; beaucoup étaient misérables et réduits, ainsi qu'on le voit encore aujourd'hui dans certaines Universités étrangères, à se placer comme domestiques pour gagner leur pain ; il en était qui mendiaient.
La charité chrétienne travailla de bonne heure à secourir ces misères. De là des créations de bourses et des fondations de collèges.
Les collèges à l'origine étaient simplement des pensions où quelques étudiants sans ressources trouvaient gratuitement un lit et du pain. Par la suite, ils se transformèrent en établissements d'enseignement. Le premier collège, comprenant dix-huit lits, fut fondé au début du règne de Philippe Auguste, en 11 80, à l'Hôtel-Dieu par un bourgeois de Londres. Le plus célèbre fut établi en 1257, sous saint Louis,
CHRISTINE DE PISAN, DANS SON CABINET DE TRAVAIL (Bibl. Nationale). 0 Parmi les écrivains les plus céUbres de la fin du xiv* siècle, on compte une femme de UlIres.Chrisline de Pisan, fille d'un médecin astrologue italien et veuve ifun notaire royal. Elle écrivit toutes sortes d'ouvrages, en prose et en vers, histoire, moralet science, politique, etc. Le miniaturiste l'a représentée ici à sa table de travail ; devant elle, trois nobles damts couronnées, sans doute personnages allégoriques.
LA CIVILISATION FRANÇAISE AU MOYEN AGE
par son aumônier, Robert de Sorbon. Transformé, agrandi, il devint dans les Temps Modernes, sous le nom de Sorbonne, le centre de l'enseignement à l'Université de Paris.
L'UNIVERSITÉ ET LES ROIS. 0 0 Élèves et maîtres au douzième et au treizième siècle formaient une population turbulente. Les rixes étaient fréquentes dans les ruelles du pays latin. L'une de ces rixes, où, la police étant intervenue, on compta de nombreux blessés et plusieurs morts, devint précisément 1 occasion du privilège royal de 1200, qui soustrayait les . étudiants à la juridiction laïque. Les rois en effet comptaient avec l'Université comme avec une puissance. Pour faire triompher ses revendications, pour assurer le respect de ses privilèges, elle n'avait qu à menacer de suspendre les cours. La grève fut l'arme de l'Université contre les rois. Ils redoutaient en effet que la fermeture des cours ne provoquât l'exode des étudiants vers d'autres Universités. D'autre part, à raison de la célébrité de l'Université et du grand nombre de ses élèves étrangers, l'événement devenait un scandale international : l'Europe entière s'inquiétait et s'indignait, selon les expressions du pape Honorius III, « de voir arrêter le cours de ce fleuve de science qui arrose et féconde le terrain de l'Eglise universelle ».
L'Université conserva, jusqu'au milieu du quinzième siècle, le bénéfice de son prestige. Mais lorsque fut venue la fin de la guerre de Cent ans, et parce qu'elle y avait pris parti avec les Bourguignons pour le roi anglais contre le « roi de Bourges », l'Université fut brisée par Charles VII victorieux. Il interdit aux maîtres toute suspension des cours ; il abolit le privilège de 1200, et l'Université ramenée au droit commun fut désormais soumise à la juridiction du Parlement, c'est-à-dire aux juges du roi.
LES UNIVERSITÉS PROVINCIALES. 0 0k côté de la grande Université parisienne, on compta dans les provinces, en France, une vingtaine d'Universités. Certaines eurent elles aussi une célébrité européenne ; ainsi l'Université de Montpellier, la seconde en date des Universités françaises (1220). réputée pour sa faculté de médecine, réputation qui subsiste aujourd'hui même ; puis les Universités d'Orléans et de Toulouse, renommées pour l'étude du droit civil qui n'était pas enseigné à Paris.
EXPANSION DE LA LANGUE FRANÇAISE EN EUROPE. 0 0 \^B, gloire et la vogue de l'Université de Paris eurent pour conséquence la diffusion de la langue et de la littérature françaises par toute
FROISSART ÉCRIVAM; SES CHRONIQUES (Bibl. de l'Ar^rnal). a Dm
une riche bibliothèque — d'accès facile — , /e chroniqueur Jes ' honorables cnlret>rises,
nobles aventures et faits d'armes' auxquels a donné liea la lutte de l'Angleterre et de
la France^ interrompt son travail pour recevoir la visite d'un noble personnafe,
richement vêtu.
l'Europe, en particulier au treizième et au quatorzième siècles. A cette époque, le français fut une première fois ce qu'il devait être de nouveau au dix-huitième siècle : la langue des gens polis et cultivés en tout pays, et comme la langue de l'Europe. Au temps de saint Louis, un Italien, Brunetto Latini, l'un des maîtres de Dante, composant son « Trésor de toutes choses », (1265), expliquait qu'il l'écrivait en français, "parce que la parlure de France est plus délectable et plus commune à tous gens. » Trente ans plus tard, un autre Italien, le grand voyageur vénitien Marco Polo, revenant d'Asie, dictait en français son « Livre des Merveilles », le récit de ses vingt années de séjour en Extrême- Orient. Les thèmes de la littérature européenne étaient empruntés, en majeure partie, à la littérature française : soit aux œuvres lyriques, aux « Canzone » ou chansons des « troubadours ", poètes de la France méridionale et de la langue d'oc, — soit aux « Chansons de geste », aux épopées guerrières des « trouvères ", poètes des provinces du Nord et de la langue d'oïl. La Chanson de Roland, par exemple, la plus achevée de ces épopées, fut traduite au treizième siècle en italien, en allemand, en hollandais et jusqu'en norvégien.
. PROSATEURS ET POÈTES FRANÇAIS. 0 0 Pourtant il ne s'est pas trouvé en France, au Moyen Age, un seul grand écrivain, de ceux qui fixent la langue, comme fit Dante en Italie au quatorzième siècle, et qui, pour cela, deviennent et demeurent classiques. Les premiers prosateurs — des auteurs de « mémoires » — , au treizième siècle Villehardouin (1160-1213) disant la conquête de Constantinople
par les croisés, Joinville (1224-1317) retraçant la vie de saint Louis, au quatorzième siècle Froissart (1337-1410) racontant les débuts de la guerre de Cent Ans, avec eux les poètes du treizième siècle, Rutebeuf, dans ses complaintes et ses satires (1255-1270), Guillaume de Lorris et Jean de Meung, dans le «Roman de la Rose» (1237-1287), un interminable poème allégorique, tous plems de saveur pour les lettrés, sont aujourd'hui tous inaccessibles au plus grand nombre des lecteurs.
Les Monuments.
L'ART DU MOYEN AGE. a a L'influence artistique, exercée par la France sur l'Europe, ne fut pas moins grande que l'influence littéraire ; elle fut sans rivale depuis le début du treizième siècle jusqu'à l'époque de la Renaissance italienne, au quinzième siècle.
L'art par excellence, au Mayen Age, fut 1 architecture ; les autres arts lui sont en ce temps tous subordonnés. Les peintres et les « imagiers », c'est-à-dire les sculpteurs, sont seulement les auxiliaires des architectes ou comme on dit alors, des « maîtres d'oeuvre ». Ceux-ci, du dixième au douzième siècle, ont imaginé deux séries de formes et de procédés de construction qui constituent ce qu'on appelle le style roman, et le style ogival ou style français.
D'autre part, l'art au Moyen Age est, avant tout, religieux : il se résume tout entier dans les cathédrales, et chacune d'elles est un musée complet. C'est que les hommes du Moyen Age étaient gens de foi profonde. Chrétiens, quand ils édifient une église, ils ont la certitude qu'ils élèvent la maison de Dieu, et qu'en cette maison, une fois consacrée. Dieu demeure vraiment lui-même, invisible, mais toujours présent au Tabernacle. En sorte que les églises du Moyen Age sont bien réellement, comme l'a dit Michelet, <' de splendides actes de foi ».
PLAN DES ÉGLISES, a a \.^ plan de ces églises romanes ou ogivales est à peu près partout le même : elles sont construites en forme de croix. Primitivement elles n'étaient que des copies des halles ou « basiliques » romaines : de longues galeries droites, à plafond, terminées à l'une de leurs extrémités par une partie en demi-cercle, l'abside. A une époque voisine du règne de Charlemagne, on imagina de couper l'unique galerie primitive, aux deux tiers environ de sa longueur, par une galerie transversale, le transept, qui forme les bras de la croix.
La tête de la croix, allant du transept à l'abside.
GRANDE NEF DE LA CATHEDRALE DE NOTRE-DAME DU PUY. a A VintérieuT, la cathédrale romane du Puy est surloul intéreisanle par la disposition de la nef centrale, voûtée en série de coupoles à hase octogonale. éclairée latéralement par d'assez grandes fenêtres. Saint-Hilaire de Poitiers offre seul, en France, une pareille disposition . (cl. neurdein.)
forme le chœur, partie où s'élève l'autel, et qui est réservée au clergé. Le pied de la croix, partie où se réunissent les fidèles, reçut le nom de nef lorsque le plafond eut été remplacé par une voûte dont la foripe rappelle la carène d'un navire renversé. La nef est généralement complétée à gauche et à droite par deux nefs moins élevées, les bas-côtés, dont la séparent les rangées de piliers qui soutiennent les voûtes.
Au-dessus des bas-côtés, court une galerie qui prend jour sur la nef par des baies à triple ouverture, d'où lui est venu son nom : le triforium. Aux extrémités des nefs et du transept s'ouvrent les portes, abritées sous des voussures qui, en avant de chacune d'elles, forment un abri, le portail. Le portail central ou grand portail est encadré de deux tours. Il existe, en outre, souvent un clocher qui parfois est complètement détaché de l'église, comme à Saint-Michel et à la cathédrale de Bordeaux.
L'ARCHITECTURE ROMANE, a aOx,^ beaucoup disputé sur les origines de l'architecture romane. Les uns la tiennent pour dérivée de l'architecture romaine, et c'est de cette opinion même que lui est venu son nom. D'autres estiment que beaucoup de ses éléments sont venus d'Orient, apportés soit par
LA CIVILISATION FRANÇAISE AU MOYEN AGE
des moines revenant de pèlerinages en Terre Sainte, soit par les colonies de Syriens, qui trafiquaient dans nombre de villes françaises et italiennes. Quoi qu'il en soit, il est certain que le style roman était constitué vers la fin du dixième siècle, et que les chefs-d'œuvre de ce style ont été édifiés dans la seconde moitié du onzième siècle et la première moitié du douzième, de 1060 à 1150.
1! est caractérisé par l'emploi de voûtes et d'arcs, ayant, les premières, la forme d'un demi-cylindre, ce qu'on appelle les voûtes en berceau, les seconds la forme de demi-circonférence, ce que l'on appelle le plein cintre. Les pieds des voûtes et des arcs s appuient soit sur des colonnes trapues que terminent de larges chapiteaux aux formes ramassées, soit sur de massifs piliers. Dans certaines régions on a substitué aux voûtes un mode de couverture plus hardi et fait usage de coupoles, à l'imitation des architectes byzantins et de Sainte-Sophie à Constantinople. Voûtes et coupoles pesant lourdement sur les murailles et tendant à les faire s'écarter, celles-ci sont soutenues à l'extérieur par d'autres piliers, les contreforts, qui montent à peu près jusqu'à la naissance du toit. Pour diminuer le moins possible la force de résistance des murs, on n'y ouvre que de rares fenêtres et de médiocre dimension. Aussi l'église romane est en général assez sombre. Dans son ensemble elle laisse surtout une impression de force un peu lourde et de solidité.
LA SCULPTURE ROMANE. ^ ^ La décoration est déjà .brillante. A l'intérieur les murs sont couverts de fresques représentant des épisodes de l'Évangile ou de la vie des Saints : ces peintures ont été malheureusement détruites dans la plupart des églises françaises, et l'on n'en trouve plus guère de restes importants qu'à l'église de Saint-Savin, près de Poitiers. Les chapiteaux des colonnes offrent des sculptures maladroites mais originales, enlacements de feuillages, animaux imaginaires, scènes de la Bible. Sur les voussures des portails sont sculptés des damiers, des rosaces, des chevrons, des festons en dents de scie, des entrelacs, primitivement rehaussés de couleurs vives et d'or. Cette décoration sculpturale devint de plus en plus riche, et, dans nombre d'églises, les tympans au-dessus des portes sont entièrement couverts de bas-reliefs d'un art encore gauche, dont le Jugement dernier fournit généralement le thème.
L'ARCHITECTURE OGIVALE, a a De l'architecture romane est sortie au douzième siècle l'architecture ogivale. Au seizième siècle, avec une intention de mépris, les Italiens l'ont appelée gothique.
entendant le mot dans le sens de barbare. Au vrai, il faudrait dire, comme on faisait du reste au Moyen Age, l'architecture française. En effet, elle est née dans l'Ile-de-France, et, par ses qualités de logique et d'élégance, comme par tout ce qu'elle trahit d'aspiration vers l'idéal, elle est dans les arts la plus originale et la plus pure expression du génie français.
NEF DE LA CATHÉDRALE D'AMIENS, a Nulle ntl ai> monà nt rmlc m
architecte plus sûr de ses moyens (Robert de Luzarches, 1269). Les murs sont èvidis
et lesjjiliers qui portent la voûte s'allongent et s'allègent pour monter d'un seul J4i pm
L-^.H .. endroits jusqu'à 4S mètres de hauleur. (CL. HACHnrt.) v-,-...
L'architecture ogivale découle tout entière d'un mode nouveau de construction des voûtes. Dans la première moitié du douzième siècle, un maître d'oeuvre inconnu imagina d'élever sur quatre piliers une véritable charpente de pierre, formée de deux arceaux croisés, et de bâtir la voûte en l'appuyant aux quatre membres de la charpente. Ces arceaux destinés à accroître la solidité de la voûte furent appelés d'un mot tiré du verbe latin augere — accroître — arcs ogifs ou bien ogives. On nomma voûtes sur croisée d'ogives les voûtes élevées selon ce nouveau système. Les arcs y sont non plus en plein cintre, mais brisés. Toutefois et contrairement à une croyance assez commune, ce ne sont pas les arcs brisés, employés déjà dans l'architecture romane, mais seulement les voûtes sur arcs croisés qui caractérisent l'architecture ogivale.
A la transformation de structure des voûte* corres-
POITIERS : NOTRE-DAME LA GRANDI;, a I W Xcmemhk ,olv M„/-.,uej/ . l'LKK.i Kl \ . . MNI-I RDNr. a lue d'ensemble côlé !„J : la forme
tours el clochers sont terminés par des toits coniques, (ci., hachette.) générale est cette de la croix grecque avec coutxile sur chaque bras, (cl. boclangeb.)
VÉZELAY : TYMPAN, a Portail du
narthex et de la nef. (cL. BRISDOUX.)
ANGOULÊME : CATHÉDRALE SAINT PIERRE. ARLES : CLOITRE SAINT-TROPHIME LE PUY : CATHÉDRALE NOTRE-DAME, «rfaca,;,
aFaçade tjrincipale. (cl. monuments historiques.) (cl. NEURDELN.) principale. (CI.. NELRDEIN.)
CLERMONT-FERRAND : N.-D. DU PORT.:, CHAPITEAU (cl. HACHEm.)