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CHAPITRE X

LA GUERRE DE CENT ANS

CAUSES DE LA GUERRE. >? iJ/ La grande œuvre de l'unité française, patiemment et lentement réalisée par les rois Capétiens au douzième et au treizième siècle, se trouva mise en péril dans les deux siècles suivants au cours d'une crise grave, la guerre de Cent ans, qui s'étendit en réalité sur plus de cent années (1337-1453).

La guerre de Cent Ans eut pour cause immédiate les prétentions d'Edouard III, fils et petit-fils de princesses capétiennes, à la succession capétienne. Par ses possessions de Guyenne, Edouard était vassal du roi de France. Quand l'assemblée des nobles eut écarté ses prétentions, Edouard hésita longtemps à prêter hommage à Philippe de Valois. Il ne le prêta qu'après de laborieuses négociations et presque sur des menaces de guerre (1331). Six ans plus tard il renia l'hommage et réclama de nouveau l'héritage de Philippe le Bel.

Ce changement d'attitude fut en grande partie déterminé par les intrigues de Robert d'Artois ; puis par des intérêts commerciaux importants et la question de la Flandre.

Robert d'Artois était le beau-frère du roi de France.

Coupable de faux, accusé de complot contre la vie de Philippe de Valois, il s'était enfui en Angleterre pour échapper au châtiment. Là il ne cessa d'exciter Edouard à faire valoir ses prétentions.

Le comté de Flandre faisait partie du royaume de France. Les Flamands, laborieux, tenaces, énergiques, s'étaient enrichis par la fabrication et le commerce des draps. De bonne heure ils avaient arraché à leur comte des libertés et des franchises qui faisaient de leurs villes de véritables républiques. Les communes flamandes, Bruges, Gand, Ypres, étaient les plus fortement organisées de toute la France et les plus jalouses de leurs franchises. Elles ne voulaient supporter aucune intervention du comte et admettaient difficilement l'intervention du roi.

En 1325, les habitants de Bruges avaient arrêté le comte de Flandre, Louis de Nevers, et l'avaient enfermé à la halle aux épices. Aussitôt après son couronnement, Philippe VI était accouru pour venger l'injure faite au comte et il avait battu les révoltés à Cassel. De là une vive irritation contre Philippe.

Cette irritation s'accrut quand Edouard III interdit

LA GUERRE DE CENT ANS

l'exportation des laines anglaises, indispensables aux drapiers flamands, et entreprit de créer en Angleterre l'industrie des draps (1336-1337). Ces mesures devaient ruiner la Flandre. Un bourgeois de Gand, Jacques Artevelde, se rendit auprès d'Edouard, obtmt qu'il rapportât son interdiction et lui promit que les Flamands le reconnaîtraient pour souverain légitime s'il prenait le titre de roi de France.

A ces causes immédiates et particulières s'ajoutèrent des causes lointaines et générales ; d'abord la tradition de rivalité créée par la première guerre de Cent Ans entre Capétiens et Plantagenets ; puis les besoins des Anglais, qui tiraient de leurs possessions de France les produits qui leur manquaient, les vins en particulier. La Guyenne leur fut au Moyen Age aussi nécessaire que leurs colonies aujourd'hui.

Première période.

LES DEUX ARMÉES, al 0 La guerre ouverte commença en 1337, après que Philippe VI eût prononcé la saisie de la Guyenne, tandis que son adversaire Edouard III prenait le titre de roi de France.

Les Anglais allaient remporter dans cette guerre d'éclatantes victoires grâce à la supériorité de leur organisation militaire.

Les rois d'Angleterre avaient établi dans leur royaume le service militaire obligatoire et universel. Tout homme libre était soumis au service de seize à soixante ans. Chacun devait s'équiper selon sa fortune. Par exemple quiconque, noble ou simple bourgeois, possédait un revenu d'au moins vingt livres — • 20 000 francs — devait avoir un cheval et l'équipement complet du chevalier.

La cavalerie n'était que la partie secondaire de l'armée anglaise. L'élément principal était l'infanterie. Cette infanterie était recrutée avec soin parmi les hommes les plus vigoureux et les meilleurs tireurs. Elle se composait de coutilliers et d'archers. Les coutilliers devaient leur nom à leur arme, un long couteau, ou mieux une sorte de baïonnette, emmanchée à l'extrémité d'un long bâton. Les archers portaient un arc en bois d'if, long de près de deux mètres, mais très léger. A la ceinture ils avaient une trousse garnie de flèches. En bataille, l'archer anglais vidait le contenu de sa trousse à terre et plaçait le pied gauche sur les flèches : il n'avait qu'à se baisser pour les prendre. Le jeu de l'arc était seul permis en Angleterre aux jours de fête. Aussi les archers anglais étaient-ils de remarquables tireurs, lis ne manquaient guère le but à 200 mètres, et l'arc portait à 360 mètres, plus loin que les fusils à la veille des campagnes de Napoléon \". D'autre part, l'arc se maniait très facilement

LA FLOTTE FRANÇAISE A L'ÉCLUSE (24 juin 1340) (Bibl. NrtiooJt). a

Une des firemières grandes halailïes de ta guerre de Cent ans fut une tataitle navale

livrée devant le port de l'Écluset hataille acharnée et sanglante qui se termina par un

désastre: tes Français eurent 20000 hommes tués ou prisonniers.

et permettait de lancer dixou douze flèches par minute. Dans le même temps, avec la lourde arbalète des Français, on ne lançait pas plus de trois à quatre traits ou carreaux. L'arc anglais était ^ne arme à tir rapide.

Mais la principale supériorité de l'armée anglaise était sa discipline. Les hommes savaient obéir et combattre au rang que leur assignait leur chef, fût-ce le dernier. Le fait était surtout frappant pour la cavalerie. C'est que la fortune seule, et non la naissance, déterminait l'arme où l'on servait : on trouvait côte à côte parmi les hommes d'armes d'Edouard III, des bourgeois et des nobles. Ses cavaliers n'avaient point l'orgueil féodal des chevaliers français. En fait, les rois d'Angleterre eurent une cavalerie, tandis que les rois de France, pendant plus d'un siècle, n'eurent qu'une chevalerie.

Cette chevalerie avait l'équipement le plus' lourd et le plus incommode qui fût. Les chevaliers français avaient adopté l'usage de renforcer le haubert de mailles par des plaques de fer. Les chevaux même étaient en partie bardés de fer ; beaucoup étaient couverts de grandes housses flottantes ou caparaçons. Dans son armure et sur son cheval le chevalier était comme prisonnier. Il lui était en effet difficile de descendre seul, il lui était impossible de se mettre seul en selle. Aussi ses armes offensives, particulièrement l'épée, étaient-elles attachées à l'armure par une chaîne. Jeté à terre, il était réduit à l'impuissance, presque incapable de se relever. En outre les chevaliers français n'admettaient guère qu'on les commandât ; ils n admettaient pas davantage de n'être pas tous au premier rang quand il fallait charger. Ils avaient le plus profond mépris pour quiconque n'était pas noble et spécialement pour les fantassins.

Ceux-ci, contrairement à ce qui avait lieu chez le»

Anglais, ne formaient que la moindre partie de l'armée. Le plus souvent, ils n'étaient même pas Français ; c'étaient des mercenaires, en général des Génois, armés de l'incommode arbalète. L'arbalète était un arc monté sur un fût, permettant de tirer avec plus de précision et plus de force. Mais elle était longue à armer. Il fallait la renverser la pointe à terre, engager le pied dans un étrier pour la maintenir, puis placer un jeu de poulies et le rouet qui, manœuvré à deux mains, servait à tendre la corde. Il fallait ensuite détacher le rouet et placer la flèche ou « carreau ». L'arbalète était une arme à tir extrêmement lent.

DÉBUTS DE LA GUERRE. 0 a Pendant plusieurs années il n'y eut pas d'opérations décisives. Cependant en 1339, les Flamands, sous la direction de Jacques Artevelde, chassèrent leur comte, s'allièrent aux Anglais et reconnurent Edouard 111 comme roi de France. L'année suivante les Anglo-Flamands détruisirent une grande flotte française à la bataille de l'Ecluse ; mais ils ne tirèrent aucun parti de leur victoire.

La guerre se poursuivit en Bretagne dont l'héritage était disputé entre deux prétendants, Charles de Blois neveu du roi de France et Jean de Montfort, soutenu par Edouard 111 ; Philippe réussit à s'emparer de Jean de Montfort. En 1345 son ennemi Jacques Artevelde fut tué dans une émeute de tisserands à Gand. La situation du roi de France paraissait donc encore très forte : vers la même époque il agrandissait le domaine royal en négociant l'acquisition du Dauphiné qui devait être réservé — avec le titre de « dauphin » — au fils aîné du roi de France (1344).

CRECY. ^ ^ En 1346, les deux partis firent un grand effort. Edouard III débarqua en Normandie à la tête d'une puissante armée, s'avança en pillant et ravageant jusqu'aux abords de Paris, puis se rabattit vers le Nord, tandis que Philippe VI avec des forces supérieures en nombre se lançait à sa poursuite, et à marches forcées gagnait Amiens sur la Somme.

Edouard III se trouvait à ce moment dans une situation critique : il était pris entre les Français et la Somme, dont tous les ponts étaient coupés ou gardés, Heureusement pour lui on lui révéla l'existence d'un gué, la Planche Taque. II put s'échapper et prendre deux jours d'avance sur le roi de France. Il profita de cette avance pour choisir une bonne position de combat sur un coteau au nord de Crécy. Il divisa son armée en trois corps, disposés en échelons au flanc du coteau. L'armée anglaise se reposa dans cet ordre pendant toute la journée du vendredi 25 août.

Le samedi 26, dans la matinée, Philippe était parti

d Abbeville à la recherche de l'armée anglaise. Il avait fait passer devant les fantassins génois au nombre de quinze mille. Le reste de l'armée, trente-cinq à quarante mille cavaliers, s'avançait sans aucun ordre, encombrant les routes, débordant sur les champs. Quatre chevaliers envoyés en éclaireurs ayant découvert l'armée anglaise en bel ordre, immobile sur ses positions, revinrent en hâte avertir Philippe. Il fallait, disaient-ils, arrêter immédiatement l'armée, de façon à pouvoir rassembler tous les corps, et leur permettre de se reposer. On attaquerait le lendemain, après avoir reconnu la position de l'ennemi.

Philippe, trouvant l'avis des plus sages, ordonna de faire halte. Les têtes de colonne obéirent. Mais les chevaliers qui se trouvaient à l'arrière refusèrent de s'arrêter : ils voulaient être aussi près de l'ennemi que les premiers. Ceux-ci, pour ne pas se laisser dépasser, reprirent la marche en avant, et soudain les chevaliers français, dans un extraordinaire désordre, se trouvèrent en face de l'ennemi. Us l'aperçurent de l'autre côté d'un vallon, les hommes assis, les casques posés devant eux, attendant au repos, en ordre de bataille : « les archers tous devant, placés en manière de herse » ; derrière, les coutilliers, puis, en troisième ligne, les hommes d'armes, pied à terre.

Quand les premiers cavaliers français apparurent, les Anglais se levèrent comme un seul homme. A ce spectacle, Philippe perdit tout son sang-froid : « le sang lui bouillit dans les veines ". Bien que la plus grande partie de son monde lui manquât, bien qu'hommes et chevaux fussent accablés par une marche de six heures sous un ciel orageux, sans arrêt, sans nourriture, il donna l'ordre d'attaquer et de porter les Génois en avant.

Il était trois heures. A ce moment un orage éclata : la pluie était « si grosse et si serrée, que c était merveille ». Elle détrempa le sol où les Anglais avaient ouvert plusieurs fossés, et le rendit plus difficile encore pour les chevaux. Quand le soleil réapparut, il frappait les Français en plein visage, les aveuglant.

Les Génois déployés en ligne descendirent la pente du vallon en criant « pour troubler les Anglais ". Ils poussèrent ainsi trois clameurs, s'arrêtant chaque fois, puis reprenant leur marche. Les Anglais ne bougèrent pas. Mais quand les Génois, à portée d'arbalète, commencèrent à tirer, les archers anglais « avançant un petit » ripostèrent. Leurs arcs à tir rapide firent pleuvoir les flèches « si drues qu'il semblait que ce fût de la neige ».

Sous cette averse de projectiles les Génois se débandèrent. Alors ils se heurtèrent à la chevalerie française à qui cette retraite parut une trahison. « Tuez toute cette ribaudaille, cria-t-on ; ils nous embar-

LA GUERRE DE CENT ANS

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LA BATAILLE DE CRÉCY (26 août 1346) (Bibl. Nationale).

A gauche, des chevaliers français se battent avec leurs propres soldats, tes arbalétriers fénois. L'un d'eux porte l'oriflamme roage avfc k bannière royale, bleue à trois fleurs de lys d'or. Au fond, le roi Philippe cherchant asile dans un château. A droite, les archers et les chevalier* le nom de Saint-Georges, patron des soldats anslais. La scène du premier plan permet de voir la différence des deux infanteries.

I et SmM-Daà ; m m&Ê, Im

UN COMBAT AU XIV» SIÈCLE (Bibl. Nationale), a Celle gravure rrronire le, différenles armes en usage au xiv* siiele. Au premier rang, fanlassin avec l'armure Je ■ plaies'* el un large bouclier; il lance le javelol et porte une hache au côté. Derrière, un archer qui vient Je tirer el un arbalétrier qui tend son arme avec un croc Je fer.

rassent et tiennent la voie sans raison ! » Les chevaliers chargèrent les Génois. Ceux-ci se défendirent : il y eut alors, dans le vallon, un vrai combat entre Génois et chevaliers, sous les yeux des archers anglais qui, tirant à outrance sur cette cohue, augmentèrent effroyablement le désordre.

Après cette échauffourée il n'y eut pas réellement de bataille, mais seulement une série de charges — quinze en tout — menées par les escadrons de chevaliers, au fur et à mesure qu'ils débouchaient sur le champ de bataille. Le soleil était couché que les chevaliers chargeaient encore. Un moment, sous leur masse, le premier corps anglais avait paru plier : la seconde ligne était alors accourue à la rescousse, et son intervention avait suffi pour rétablir le combat. La chevalerie française, définitivement « rompue », se dispersa dans la campagne.

Par prudence, les Anglais passèrent la nuit sous les armes. Le lendemain matin seulement, ils rompirent les formations de combat et l'on compta les morts. Les Anglais en avaient une centaine ; les Français près de quatre mille, dont douze à quinze cents chevaliers. Parmi ceux-ci le vieux roi de Bohême, Jean de Luxembourg, beau-père de Philippe VI. Aveugle, il avait exigé de son escorte qu'elle le conduisît assez avant pour qu'il pût frapper

au moins un coup d'épée. Quant à Philippe VI, après avoir eu deux chevaux tués sous lui, il avait été entraîné de force par les siens loin du champ de bataille à la nuit tombante. Il s'en vint demander asile dans un château voisin, dont on ne lui ouvrit pas la porte sans hésiter.

PRISE DE CALAIS, a a Une semaine après sa victoire de Crécy, Edouard 111 mettait le siège devant Calais. Le gouverneur, Jean de Vienne, fit sortir de la place les femmes et les enfants, 1 7 000 personnes. Il résista six mois. De son côté, pour marquer sa volonté de ne pas s'en aller tant que Calais ne serait pas à lui, Edouard avait fait construire, au lieu d'un camp, une ville aux maisons de bois. Philippe ne sut pas débloquer la place. Quand on eut épuisé les vivres et qu'il ne resta plus d'autre ressource que « chair des gens », il fallut songer à traiter. Edouard exigea, pour épargner la population, que six bourgeois se sacrifiassent et vinssent pieds nus, en chemise, la corde au cou, lui apporter les clefs de la ville. Le plus riche des bourgeois, Eustache de Saint-Pierre, donna l'exemple du dévouement. Quand il fut avec ses compagnons dans la tente d'Edouard, celui-ci ordonna de faire venir le coupe-tête. Mais les six bourgeois furent sauvés par les prières de la reine d'Angleterre.

La ville dut être évacuée par la population française ; il n'y resta que vingt-deux bourgeois qui consentirent à se reconnaître sujets du roi d'Angleterre : Eustache de Saint-Pierre fut du nombre. Dans les maisons vides, Edouard installa des chevaliers et des bourgeois qu'il . appela d'Angleterre. Calais devint ainsi, non pas seulement une possession anglaise, mais une ville anglaise. Elle le resta plus de deux siècles, jusqu'à 1558. Les Anglais eurent désormais sur les côtes françaises de la Manche un port qui les mit à même de débarquer leurs armées quand et comme ils le voulurent.

LA PESTE NOIRE, a Û Des trêves suspendirent les hostilités jusqu'en 1355. Mais d'autres malheurs frappèrent la France : elle fut ravagée en 1348 par une terrible épidémie venue d'Orient, la peste noire qui enleva, au dire des contemporains, un tiers de la population.

JEAN LE BON. a a ^n 1350 Philippe VI mourut, laissant la couronne à son fils Jean le Bon. C'était un prince brave, mais entêté et peu capable. Il eut pour ennemi mortel un Capétien, prince du sang, Charles le Mauvais, roi de Navarre et comte d'Evreux, qui lui aussi avait des prétentions sur la couronne de France, car il était par sa mère petit-fils

LA GUERRE DE CENT ANS

de Louis X le Hutin. Grâce à son alliance, les Anglais purent reprendre pied en Normandie.

La guerre recommença en 1355. Elle fut marquée l'année suivante par un nouveau désastre, à Poitiers, désastre dû surtout à l'incapacité de Jean le Bon.

Le fils d'Edouard III, le prince de Galles, surnommé le Prince Noir à cause de la couleur de son armure, le vrai vainqueur de Crécy, venait de ravager le Limousin et le Berri, quand, à la nouvelle de l'approche d'une armée française, il se mit en retraite vers Bordeaux. Jean le Bon le rejoignit à huit kilomètres au sud-est de Poitiers, près du ruisseau de Miosson, sur le plateau de Maupertuis alors tout planté de vignes. Le Prince Noir avec ses six mille hommes s'était arrêté dans une de ces vignes, le long de la route qui va de Maupertuis à un gué par où il comptait franchir le ruisseau. La vigne, face aux positions de l'armée française, était bordée d'une haie d'épine, épaisse et haute, dans laquelle il n'existait qu'une brèche où quatre cavaliers à peine pouvaient passer de front. Pour forcer la brèche et l'élargir, Jean y jeta ses trois cents meilleurs chevaliers. Comme il n'avait pas d'infanterie et que les chevaux n'auraient pu manœuvrer dans les vignes, il avait, à l'imitation des Anglais, fait mettre pied à terre à tous ses chevaliers, environ quinze mille. Ils suivaient formés en trois corps. Les trois cents cavaliers ne purent forcer la brèche. Leurs chevaux affolés par les flèches anglaises se rabattirent sur le premier corps et commencèrent à le désorganiser. Une partie de la cavalerie anglaise, accourant par un grand détour, tomba de flanc sur ce corps et le mit en déroute. L'armée anglaise tout entière prit alors l'offensive. Ses cavaliers remis en selle triomphèrent sans grande peine des chevaliers français, manœuvrant à pied, gênés par leurs lourdes armures et n'ayant plus que des lances de moins de deux mètres parce qu'ils les avaient « retaillées » de plus de moitié, en prévision d'un combat à pied. Jean, la hache à la main, aidé de son quatrième fils Philippe, un enfant de quatorze ans, fit une héroïque résistance. A la fin il lui fallut se rendre (lundi 19 septembre 1356).

Le Prince Noir traita son prisonnier avec la plus grande courtoisie ; il voulut, le soir, le servir lui-même à table. Il l'emmena à Bordeaux, puis à Londres. La captivité du roi de France devait durer plus de trois ans.

LES ÉTATS DE 1356. el 0 Dans ces circonstances tragiques, pour gouverner le royaume et continuer la guerre, il ne restait que le dauphin, c'est-à-dire le fils aîné de Jean, le futur Charles V, un tout jeune homme de dix-neuf ans. En outre le

3r|aii ^^c5 iff .a'ur

JEAN LE BON (Bibl. Nationale), a Lt iront ixUt le menton carré, tous les traits dt ce n'ja^e inexpressif et lourd donnent bien l'impresuon d'an homme entêté et d'esprit borne, tel que Jat le roi Jean II le Bon, Ce portrait fut exécuté vers 1359, pendant la captivité da roi m Antleteire.icL. HACHETTÏ.)

dauphin n'avait personne pour le guider, tous les conseillers ayant été tués ou pris avec Jean. De toutes parts la royauté était accusée d'avoir mené la France aux pires catastrophes : le mécontentement populaire trouva son expression dans les Etats de 1 356.

Depuis Philippe le Bel, les rois de France avaient pris l'habitude, chaque fois qu'ils avaient besoin d'argent, de convoquer des assemblées des trois ordres ou « Etats » du royaume, le clergé, la noblesse et le « commun ». En raison des folles dépenses des Valois, de Jean le Bon surtout, ces grandes assemblées — les « États Généraux » — ' s'étaient montrées de plus en plus récalcitrantes. Les Etats de 1355 avaient bien consenti encore à accorder des subsides pour la guerre contre les Anglais, mais à condition d'en assurer euxmêmes la perception et d'en contrôler l'emploi.

Quand les Etats Généraux se réunirent de nouveau en 1356, au lendemain de Poitiers, ils parurent décidés à aller bien plus loin encore, jusqu'à mettre la royauté sous leur tutelle. Les nobles ayant été décimés à Poitiers, les bourgeois étaient les plus nombreux dans l'assemblée et jouèrent le principal rôle, particulièrement les bourgeois de Paris, dirigés par le prévôt des marchands de la ville, Etienne Marcel. Avec lui

FUNÉRAILLES DE lEAN LE BON (Bibl. Nationale), a Jean U Bon mourut en

Angleterre te 8 avril 1364 : les plus grands honneurs lui furent rendus et son corfts fut

ramené' en France, On le voit ici transporté de Paris à Saint-Denis ; le cercueil est

recouvert d'un drap brodé d'or; derrière, groupe de pleurants, (cL. HACHETTt.)

le plus important personnage des Etats fut un clerc éloquent et ambitieux, Robert le Coq, évêque deLaon, agent du roi de Navarre.

LA GRANDE ORDONNANCE, a 0 Après de longues délibérations, les États demandèrent le renvoi des principaux officiers du roi, et la formation d'un nouveau Conseil, dont les membres seraient pris dans les États. Le dauphin réussit d'abord à proroger l'assemblée, mais en janvier 1357, Etienne Marcel arma les Parisiens et exigea la cor^ocation immédiate des États Généraux. Les États de 1357, dirigés par Marcel et le Coq, obligèrent le dauphin à promulguer la « Grande Ordonnance ».

La Grande Ordonnance établissait que les États Généraux auraient le droit de se réunir chaque année quand ils voudraient, sans convocation du roi. Aucun impôt ne pourrait être établi, si ce n'est par eux, et ne pourrait être perçu que sous leur surveillance. Neuf réformateurs généraux nommés par les Etats seraient chargés de réformer toute l'administration et révoqueraient les mauvais fonctionnaires.

La Grande Ordonnance, si elle avait été appliquée, eût été pour la France ce qu'étaient pour l'Angleterre depuis le treizième siècle la Grande Charte et les Statuts d'Oxford. La puissance royale qui, depuis les légistes et Philippe le Bel, tendait à devenir absolue, eût été limitée par les Etats Généraux, représentant en face du roi la nation française comme le Parlement représentait la nation anglaise. Mais ce qui avait pu se faire en Angleterre, parce que toutes les classes de la nation, noblesse, clergé, bourgeoisie, étaient d'ac-

cord en face du roi, ne put pas se faire en France, parce qu'en 1357, il n'y eut réellement que la bourgeoisie et même la bourgeoisie parisienne à vouloir limiter la puissance royale.

FIN D'ÉTlENNE MARCEL. 0 0 Aussi la tentative hardie de 1357 aboutit-t-elle non à une révolution nationale, mais à une révolte parisienne et à l'anarchie. Pour imposer au dauphin Charles le respect de l'Ordonnance, Etienne Marcel recourut aux pires violences : le 22 février 1358, il envahit le palais royal et, sous les yeux du prince, il fit tuer, à coups de hache, deux de ses conseillers. Le dauphin s'enfuit de la ville, où le roi de Navarre ne cessait d'intriguer contre lui. A ces désordres vinrent s'ajouter les horreurs de la Jacquerie : dans les campagnes du Nord, les paysans — • les « Jacques », comme on disait alors — se soulevèrent contre les seigneurs et formèrent des bandes armées qui assaillirent les châteaux.

Ces violences et cette anarchie amenèrent une prompte réaction en faveur de la royauté. A Paris même Etienne Marcel, abandonné de ses partisans, fut assassiné comme il se disposait sans doute à livrer la ville à Charles le Mauvais. Le dauphin rentra dans la capitale et ressaisit tout le pouvoir. Quant aux Jacques, ils furent massacrés par les chevaliers de tous les partis.

LA PAIX DE BRÉTIGNY. a 0 \^^ dauphin sut aussi organiser la défense contre les Anglais. Après une expédition sans résultats en 1359, Edouard III se décida à traiter. La paix fut signée à Brétigny près de Chartres (1360). Par le traité de Brétigny le roi de France cédait à Edouard III en toute suzeraineté le Poitou. laSaintonge.le Limousin, le Périgord et Calais; il acceptait de payer pour sa rançon trois millions d'écus d'or, soit environ cent millions de francs. En échange Edouard III renonçait à la couronne de France.

On vit clairement alors que, sous l'action de la souffrance produite par les guerres continuelles et l'invasion étrangère, le patriotisme français commençait à s'éveiller. Quand fut signé le traité de Brétigny, les habitants de la plupart des villes cédées à Edouard III apprirent avec douleur le sort qui leur était fait. Ceux de la Rochelle, par exemple, déclarèrent qu'ils aimeraient mieux payer tous les impôts que l'on voudrait que de devenir sujets du roi d'Angleterre ; qu'ils reconnaîtraient son autorité « des lèvres, mais que le cœur n'y serait jamais ". Les Anglais durent employer la force pour entrer dans la ville.

En 1364, un des fils du roi désigné comme otage s'étant enfui d'Angleterre au mépris de la foi jurée.

LA GUERRE DE CENT ANS

STATUE TOMBALE DE DU GUESCLIN. a Smlpiêt ters 1390, celle slalue iowhah en marbre ctt exposée dam VêgUti Je Saint'Demt, Le hérm ttorle rarmare et ta

cotte d'armes; il a l'éfyée au côté et sur Cépée son écu. Dam le marbre, admirablement conservé, on reconnaîl la figure laides aoec le» jouet hoiM0ies, le$ yetix utillarUt, U front

bombé qu'ont dépeints les chroniqueurs; la laideur de Bertrand Du Guesclin est restée légendaire, comme ses exploits et ses rtaa de guerre. (cL. iiACHETTt.)

Jean le Bon par point d'honneur retourna en captivité. Il mourut cette année même à Londres.

LES GRANDES COMPAGNIES. ^ ^ La paix de Brétigny ne donna pas le repos à la France. Délivrée des Anglais, elle continua d'être ravagée par les bandes de soldats sans travail, les « Grandes Compagnies ».

Au cours de la guerre le roi de France avait dû prendre à son service, moyennant une solde, des bandes ou « routes » de soldats de métier. Le métier était bon, car, outre la solde assez élevée, il y avait le butin que l'on pouvait faire sur le pays, les prisonniers qu'on pouvait rançonner. Aussi un grand nombre de gens de tous pays, même d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, venaient-ils prendre du service en France. Le roi d'Angleterre, outre ses troupes anglaises, eut aussi des bandes soldées. Le traité de Brétigny ramenant la paix, c'était le chômage, donc la ruine, pour les soldats. Alors ils se mirent à faire la guerre pour leur compte. Ils se groupèrent, s'organisèrent, et formèrent les Grandes Compagnies.

Les Grandes Compagnies étaient de vraies sociétés anonymes pour l'exploitation de la guerre. Les actionnaires étaient en même temps les ouvriers; le capital, c'était la bravoure et le corps de chacun. Le butin fait dans chaque opération était versé à une caisse commune, puis partagé entre les associés. Les Compagnies étaient organisées pour se suffire à elles-mêmes, elles avaient maréchaux ferrants, selliers, bouchers, couturières et lessiveuses, médecins et chirurgiens, des clercs pour tenir leurs comptes, servir de secrétaires, rédiger les sauf-conduits vendus aux marchands et les sommations adressées aux villages, aux châteaux, aux villes même, pour qu'ils eussent à se racheter s'ils ne voulaient être pillés ou incendiés. Froissart, qui a laissé dans sa Chronique un récit

très vivant des événements du quatorzième siècle, a mis dans la bouche d'un chef de Compagnie un discours qui résume bien leur manière de vivre :

« Il n'est ébattement et joie en ce monde que de gens d'armes et de guerroyer, dit Aimerigot Marchés, un brigand qui a pris sa retraite et le regrette. Comme nous étions réjouis quand nous chevauchions à l'aventure et pouvions trouver sur les champs un riche abbé, un marchand, une caravane de mules chargées de drap, ou de fourrures, ou d'épices, ou de draps de soie! Tout était nôtre ou rançonné, à notre volonté! Tous les jours nous avions nouvel argent. Les vilains d'Auvergne et de Limousin nous pourvoyaient en abondance et nous amenaient poliment blé, farine, pain tout cuit, l'avoine, la litière, les bons vins, les bœufs, les brebis, les moutons tout gras, la poulaille et la volaille. Nous étions vêtus comme rois, et quand nous chevauchions, tout le pays tremblait devant nous. Par ma foi, cette vie était bonne et belle! »

Aimerigot Marchés ne parle pas des traitements infligés aux prisonniers traînés en laisse derrière les chevaux, fouettés, tenaillés, briîlés, enfermés dans des sacs, écrasés sous des enclumes quand ils ne pouvaient payer rançon, ou ne voulaient pas indiquer la cachette de leur argent. La terreur causée par les bandes était telle qu'en Picardie les paysans désertaient les villages pour vivre dans des souterrains au milieu des bois ; sur les bords de la Loire, les paysans, chaque soir, s'embarquaient eux et leurs bêtes sur des radeaux et passaient la nuit au milieu du fleuve. Pas une partie de la France ne fut épuirgnée par ce fléau.

DU GUESCLIN. a a Le dauphin Charles, devenu le roi Charles V, parvint à délivrer son royaume de ces bandes avec l'aide de Du Guesclin.

Bertrand Du Guesclin était né en Bretagne près

MORT^DE DU GUESCLIN (Bibl. Nationale), a Du Caadtr, al mort à h lâcht, en faisant ta chasse aux chefs de bandes gui vivaient de hrigandage. Vn de leurs repaires était cette forteresse de Châleauneuf-dc'Randon, que Du GuescUn assiégeait quand il tomba malade et mourut. Il était à l'agonie selon les uns, déjà mort selon d'autres,quand les assiégés, à bout de ressources, capitulèrent et vinrent solennellement lui apporter les clés de la place. (cL. bebthaud.)

de Rennes en 1320. Il était de famille noble, l'aîné de dix enfants « camus, noir, maussade, le plus laid qu'il y eût de Rennes à Dinan >'. Sa laideur et sa brutalité l'avaient rendu antipathique à tous, même à ses parents. A dix-sept ans il se présenta à l'insu de tous dans un tournoi, vêtu d'une armure qu'on lui avait prêtée : il renversa successivement quinze adversaires. Quand son père se mit en ligne pour combattre. Du Guesclin leva la visière de son casque et se fit reconnaître. Cet exploit lui mérita l'affection des siens.

Il entra de bonne heure au service du roi de France. Ce fut un chevalier d'une espèce nouvelle, à vrai dire un homme de guerre bien plus qu'un chevalier. 11 chercha moms à frapper de beaux coups d'épée selon les règles de la courtoisie, qu'à obtenir des résultats. Jean le Bon trouvait indigne d'un chevalier de prendre son ennemi par la famine. Pareil procédé était excellent aux yeux de Du Guesclin, qui usa sans scrupule, chaque fois qu'il le put, des ruses de guerre. Cela ne l'empêchait pas d'être d'une extrême bravoure et d'une loyauté à toute épreuve.

Du Guesclin remporta son premier succès impor-

tant à Cocherel (1364), la veille du sacre de Charles V. Il y détruisit les bandes du roi de Navarre qui dut faire sa soumission.

Mais il fallait à tout pris débarrasser le royaume du fléau des Grandes Compagnies. Du Guesclin, très populaire auprès des routiers, les conduisit en Espagne où deux frères se disputaient la couronne de Castille, soutenus l'un par les Anglais, l'autre par les Français : Du Guesclin fut fait prisonnier par les Anglais ; mais libéré contre rançon, il conquit la Castille pour le compte d'Henri de Transtamare (1369).

REPRISE DE LA GUERRE CONTRE LES ANGLAIS. 0 0k cette date la guerre contre les Anglais avait recommencé. Charles V donna la direction'de la guerre à Du Guesclin dont il fit son « connétable «, c'est-à-dire le chef de ses armées. Du Gues-

LE CHATEAU DE VINCENNES(Miniature des Heure» du Duc de Berry. Musée Condé, Chantilly), a La résidence habituelle du roi Charles y. Au premier plan, une chasse dans une clairière de la forêt de Vincames. PaT'dessus tes arbres, tes tours du château et, tel qu'il existe encore aujourd'hui, te donjon, commencé en 1337, achevé au temps de Chartes V. (cL. HACHETTE.)

LA GUERRE DE CENT ANS

BUSTE DE CHARLES V (Musée du Louvre).

Partie Je sa statue en pierre peinte, placée jattis au portail des Cèlestins de Parts ; aujourd'hui aa Louvre. Cet admirable bmtt, • finement exttrta^, «f. aonllM-if , M fort exact de Charles V qui avait, dit un chronùiueur. te visage « de beau tour, un peu longuet ■, te Jront grand et large, les yeux bndés et petits, »«ii < iim mm\ k i

et long, la boucht « non trop pttitt >.(CL. hAchctte.)

STATUE DE JEANNE DE BOURBON, a La slalat en txerrt ptinlc Je la reine

Jeanne, épouse de Charles V, décorait également le portail des Célealins de Paris avant

d'être transportée à Saint-Denis. Lu figure, pleine et un peu « bourgtoise », est encadrée

par tes cheveux nattés en tresses sw les oreilles, (cl. hachettî.)

clin avait voulu d'abord refuser, par modestie : « Je suis un pauvre homme, dit-il au roi, et de basse venue Voici messeigneurs, vos frères, neveux et cousins ; comment oserai-je commander sur eux? — Messire Bertrand, répondit Charles, ne vous excusez point par cette voie, car je n'ai ni frère, ni neveu, ni comte, m baron en mon royaume, qui n'obéisse à vous. Et si nul s'y opposait, il me courroucerait tellement qu'il s'en apercevrait! »

Du Guesclin était résolu à éviter les fautes passées et, pour combattre les Anglais, il imagina une tactique nouvelle. Point de grandes batailles. Devant l'ennemi, on faisait le vide. Les villes et les bourgs bien fortifiés étaient occupés par de solides garnisons. L armée anglaise ne pouvait ainsi trouver ni endroit pour se reposer, ni centre de ravitaillement. Les Français la suivaient à distance, faisant une guerre d'escar-

mouches, harcelant son arrière-garde et ses flancs, l'épuisant par d'innombrables petits combats où elle laissait chaque jour un peu de ses hommes.

Trois armées anglaises débarquées à Calais furent ainsi détruites l'une après l'autre. La dernière (1373), forte de trente mille hommes quand elle débarqua, fondit littéralement dans la traversée de la France ; les cinq ou six mille hommes qui survécurent mouraient de faim quand ils arrivèrent à Bordeaux.

Pendant ce temps, les Français faisaient le siège des places cédées à Brétigny. En 1370, ils en reprenaient plus de quarante ; cinquante en 1374 ; cent vingt-trois en 1377. Les territoires perdus étaient presque entièrement reconquis quand Du Guesclin mourut (1380) au siège d'une petite place occupée par une bande de routiers dans les montagnes d'Auvergne, Châteauneuf-de-Randon.

CHARLES V. .^ .^ La prudence de Du Guesclin allait bien au caractère du roi Charles V (1364-1380). Son père, Jean le Bon, et son grand-père Philippe de Valois avaient été deux modèles achevés de rois chevaliers, beaux et vigoureux cavaliers, violents, généreux, au demeurant de très médiocre intelligence. Charles V ne leur ressemblait en rien. A Crécy, à voir seulement les Anglais, Philippe sentait bouillir son sang. Charles V, des fenêtres de son palais, à Pans, regardait impassible monter vers le ciel les flammes des villages incendiés sous les murs de la

JEAN SAKS PEUR (Bibl. Nat.). a Le duc de Boureogne est représenté dans la

miniature au moment où un moine lui offre un manuscrit. Le duc aux mains fines et les

seigneurs qui l'entourent sont vêtus de la pelisse fourrée dite hottppelande et portent sur la

tête le chaperon caractéristique de la fin du xiv^ siècle, (cl. berthald.)

LA GUERRE DE CENT ANS

CHARLES VI INTERROGEANT UN CONSEILLER (Bibl. Nationale), a Am, MUT un lit de repos, te roi porte une trouftpelaniie douhtée d'Itermine ; son intertoculeur l'écoute à genoux. A droite^ trois intimes du roi, peut-être des membres de ta famille royale, paraissent discuter avec animation,

ville par les Anglais : « Avec toutes ces fumées, disaitil, ils ne me chasseront pas de mon royaume. »

Il était de santé débile, maigre et souffreteux. Mais son intelligence était vigoureuse, son esprit ferme et réfléchi.

11 rappelait, son ancêtre saint Louis par sa piété sincère, et par la haute idée qu'il se faisait de ses devoirs de roi. 11 aimait passionnément l'étude, le travail et la société des gens instruits. L'argent qu'il dépensa fut, non pas dissi pé en fêtes chevaleresques, mais employé à donner à la royauté un cadre digne d'elle. Ainsi il fît reconstruire le Louvre où il établit sa librairie, c'est-à-dire sa bibliothèque — un millier de manuscrits environ. Il créa à l'est de Paris un palais nouveau, l'hôtel Saint-Paul, tout riant de jardins.

Mais en même temps il donnait des armées à Du Guesclin ; il faisait fabriquer des canons, construire des vaisseaux qui allaient ravager les côtes de l'Angleterre ; il relevait les fortifications des villes ; il fournissait 1 argent nécessaire au payement régulier de ses troupes ; il assurait à ses sujets une bonne administration. Sa prudence et son esprit de mesure relevèrent le royaume que son père et son grand-père avaient si brillamment et si bravement conduit à la ruine. La postérité ne fit que lui rendre justice en lui donnant le beau surnom de Charles le Sage.

Deuxième Période.

INTERRUPTION DE LA GUERRE, a a Sans

qu aucun traité eût été signé et par suite de révolutions dynastiques en Angleterre, il y eut une période de trente-cinq années de paix. La guerre franco-anglaise ne recommença qu'en 1415, sous le règne de Charles VI, fils et successeur de Charles V. Elle devait durer cette fois sans interruption jusqu'à 1444, c'est-à-dire pendant trente ans. C'est le plus long épisode de la guerre de Cent Ans.

CHARLES VI FOU. a i^ Le jeune roi Charles VI à peine âgé de vingt-quatre ans fut pris d'un accès de folie furieuse (1392). Il resta dès lors faible d'esprit avec des accès de plus en plus rapprochés.

Les princes du sang en profitèrent pour s'emparer du pouvoir qu'ils se disputèrent bientôt entre eux. Alors commence une nouvelle période d'anarchie et de guerres civiles : les révoltes, massacres, assassinats alternent avec des fêtes magnifiques où se gaspille l'argent du royaume. Jamais on n'avait vu un tel raffinement de luxe, compliqué d'une aussi singulière inclination pour toutes les bizarreries, pour les modes les plus excentriques : le luxe des vêtements surtout était inouï; ce n'était que perles et pierreries, broderies d'or et d'argent, chaînes d'or, fourrures

ENTRÉE D'UNE REINE UE FRANCE EN SA VILLE DE PARIS (Chronique de Froissard) (Bibl. Nat,), fi Ce charmant petit tahUau vaut smtoat par /a prnmlo^ lion des tpt>es et costumes : seigneort en chamttt nains avt€ toUittt • à Im ^•■l■tat * et liauts chapeaux ronds, nchles dames eotfiéa dm «AtMWl •, hm ii tam imÊÊmlà lamntr dos i ^. (cu •amuuoj

LE DUC UE BERRY PRESIDANT UN lES'l IN (Miniature des Très rlthes' Heures du Duc de Ikrry. Chantilly. Musie Condy). tl Dam ces prernihei années du XV*" siècle, les plus sanglantes folies, les assassinais, les massacres allernenl avec des fêles somptueuses où princes et grands seigneurs rivalisent de raffinement dans le luxe de ta table et du costume. La miniature représente un festin ctu offre un des oncles de Charles VI. le duc de Berry. On voit le duc assis à droite de profil, vêtu d'une roh^de brocart bleue et d'un lonnet à fourrure. A sa droite, un sénéchal crie*à^chacun des arrivants : 'Approche, approche l ». (cl., bkhthaud.) ^ •%

précieuses; le duc d'Orléans, frère du roi, grand amateur de poésie et de parfums, imagmait de faire broder avec des perles sur les manches de sa houppelande toute la musique d'une chanson. Mais d'autre part jamais on ne vit tant de haine, de perfidie et de cruauté dans les luttes politiques. En 1407, le duc de Bourgogne Jean sans Peur fit assassiner en plein Paris son cousin et rival le duc d'Orléans. Ce meurtre fut le signal d'une furieuse guerre civile entre les partisans de Jean sans Peur, appelés les « Bourguignons », et les partisans de la famille d'Orléans, appelés les " Armagnacs ", du nom de leur principal chef, le comte d'Armagnac.

TRAITÉ DE TROYES. jlf a Ces guerres civiles eurent pour résultat de livrer la France aux Anglais. Le roi d'Angleterre Henri V recommença la guerre en 1415. Il avait signé un accord secret avec Jean sans Peur. Il écrasa la chevalerie armagnac à la bataille d'Azincourt (14 octobre 1415) et s'empara de toute la Normandie, malgré l'héroïque résistance que firent les bourgeois de Rouen commandés par un homme de cœur, Alain Blanchard (1418).

Cependant Jean sans Peur, maître de Paris et du roi, intriguait entre les Anglais et le dauphin Charles,

héritier du trône. A l'entrevue de Montereau (septembre 1419), il fut assassiné par les g ns du dauphin. Ce meurtre exaspéra les haines et rejeta les Bourguignons du côté des Anglais. Le fils de Je^n sans Peur, Philippe le Bon, ne songea plus qu'à le venger. D'accord avec la reine Isabeau de Bavière, il fit signer à Charles VI. le traité de Troyes par | lequel le vieux roi fou déshéritait le dauphin, mariait! sa fille à Henri V et reconnaissait celui-ci commcj

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ASSASSINAT DE JEAN SANS PEUR A MONTEREAU (10 septembre 1419) (Bibl. Nationale.). ^ Pendant l'entretien qui a lieu sur le fMnt de Montereau entre le duc ûe Bourgogne et le Dauphin, on en vjent à de ' rigoureuses paroles *; soudain, un homme d'armes se détache d'un groupe et assène un coup de hache mortel sur la tête de Jean sans Peur

LA GUERRE DE CENT ANS

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héritier du royaume. Les Anglais entrèrent à Paris. En 1422, Henri Vet Charles VI moururent. Le fils de Henri V, Henri VI, âgé d'un an, fut proclamé à Paris roi de France et d'Angleterre, tandis que le dauphin Charles alors à Bourges se proclamait roi de son côté.

rive gauche de la Meuse, à la lisière de la Lorraine et de la Champagne. Elle appartenait à une famille aisée, pieuse et très charitable. Les habitants de Domrémy, comme ceux de la petite ville voisine de Vaucouleurs, étaient demeurés, au milieu d'un pays occupé par les Anglais et les Bourguignons, profondément attachés et fidèles à Charles VIF.

Jeanne, à treize ans, entendit une voix qui lui disait : " Sois bonne et sage, et va souvent à l'église. ■■ Puis elle eut des visions. Elle vit, au milieu d'une grande lumière, d'abord l'archange saint Michel, plus tard sainte Marguerite, sainte Catherine. L'archange lui parla « de la grande pitié qui était au royaume de France ». Les visions devinrent de plus en plus fréquentes et les ordres de plus en plus, pressants. Dans le temps où Orléans était assiégé, l'archange et les saintes lui ordonnèrent de partir pour qu'elle délivrât la place et « boutât les Anglais hors de France ». Elle avait alors seize ans. Elle était brune, grande, vigoureuse ; elle avait une physionomie gracieuse et enjouée, la voix douce, un maintien modeste.

Quand, après beaucoup d'hésitations, Jeanne parla à son père de son départ, celui-ci lui déclara qu'il aimerait mieux la noyer que la laisser aller parmi les gens de guerre. Elle s'adressa alors à Baudricourt, le capitaine qui commandait à Vaucouleurs la petite garnison royale. « 11 faut la ramener à son père bien souffletée », répondit-il. Elle insista. « Avant la mi-

LE ROI DE BOURGES, a a L^ France était réellement démembrée. Grâce à l'alliance avec le duc de Bourgogne, les Anglais étaient alors maîtres, outre la Guyenne, de tout le nord de la France. La Loire formait à peu près la frontière septentrionale des pays encore soumis àjCharles VII, appelé par ironie le « roi de Bourges ».

La cause de Charles VII paraissait tout à fait compromise. Charles, entouré de favoris, dépensait en fêtes le peu d'argent qu'il avait et « perdait gaîment son royaume ». Bien qu'il eût à son service quelques bons chefs de bandes, comme la Hire, Barbasan, Xaintrailles, les Anglais ne cessaient de gagner du terrain. En 1428, ils vinrent assiéger Orléans, la dernière place que Charles VII possédât au nord de la Loire. Ici comme à Rouen dix années plus tôt les habitants résistèrent obstinément avec leurs seules ressources, par haine de la domination anglaise. Cependant la situation semblait désespérée quand parut Jeanne d'Arc.

JEANNE D'ARC, a 0 Jeanne d'Arc était; née, leôjanvier 1412, à Domrémy, un petit village sur la

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