LA NOBLESSE AU SERVICE DU ROI
A l'avènement de François I'-'', il ne restait plus qu'une grande maison féodale, la maison de Bourbon. La trahison du connétable de Bourbon entraîna la confiscation de ses fiefs qui furent annexés au domaine royal. Le connétable de Bourbon fut le dernier des féodaux. Lui disparu, il ne resta plus personne parmi les seigneurs français — on commence à les appeler gentilshommes — qui pût essayer de résister au roi et de jouer au souverain iur ses terres. Partout autour d'eux les seigneurs trouvaient des fonctionnaires du roi.
l'i iR I RAI I I )l, I I II l-F. UK SAVOIR, par J. ,
Clouet (Bibl. Nat.). Û Régenle du royaume, mère Je
François I". (cL. GIRAUDON.)
: !■ I RAIT DE LA REINE CLAUDE (Bibl. des PORTRAIT DE MARGUERITE I)K \ \l.< 'I.-
Arts et Métiers). ^ Fille Je Louis Xïl ; épouse i^ih^. Nat). ^ Rârte de Navarre, sœur Je François 1" de François l". (cL. CIRAUIXIN.) — et femme de lettres. (cL. ciraudon.)
prévôts, baillis, sénéchaux, qui les surveillaient, qui intervenaient entre eux et leurs vassaux, qui rendaient la justice au-dessus d'eux.
D'autre part l'importance des revenus qu'ils tiraient de leurs terres ne cessait de décroître. En effet, par suite de l'afflux des métaux précieux dû à la découverte du Nouveau Monde, la valeur de l'argent baissait, de sorte qu'en 1520 avec 500 livres de revenu — 10 000 francs — l'on se trouvait moins riche qu'en 1500 avec 300 livres — 6 000 francs. Précisément alors les besoins d'argent devenaient plus grands chez les seigneurs. Au cours des expéditions en Italie, pays plus civilisé que la France, ils avaient pris le goût du luxe et de la vie brillante. La Cour les attira parce que nulle part en France le luxe n'était plus éclatant, ni la vie plus facile. Elle les attira parce que là seulement ils pouvaient trouver, dans la générosité du roi, dans les cadeaux et les pensions accordées par lui à ses serviteurs, l'argent que les terres ne rapportaient plus et qui était plus que jamais indispensable. Les seigneurs s'efforcèrent d'être de la Cour et pour cela d'entrer au service du roi, de devenir ses domestiques-
LA COUR. £/ £> La Cour se composait tout d'abord de l'ensemble des gens attachés à la personne du roi et groupés d'après la nature de leur service : service de la table, de la chambre, des écuries, de la chasse, etc., avec leurs chefs, les Grands officiers : le Grand Maître, le Grand Chambellan, le Grand Écuyer, le Grand Veneur, etc. Sous François P'' le nombre des serviteurs s'accrut démesurément parce que le roi aimait la magnificence et la pompe extérieure, et les
services furent recrutés parmi les nobles. « Les rois et les grands princes du sang, dit un contemporain, Brantôme, se servaient de gentilshommes pour valets de chambre. » Il ajoute que c'était « très bel état pour avoir souvent l'oreille de son maître », c'est-à-dire pour pouvoir solliciter et obtenir des faveurs. L'ensemble des personnes attachées au service privé du souverain formait l'Hôtel ou la Maison du Roi.
La Cour comprenait encore une autre série de grands officiers, ceux-là chefs des services politiques : le Chancelier, le Connétable, le Grand Amiral, etc. Elle comprenait en outre tous ceux qu'il plaisait au roi d'appeler auprès de lui sans qu'ils eussent aucune fonction à remplir. C'était au total plusieurs milliers de personnes, toutes vivant des bienfaits de François I'^''. Aussi, la Cour coûtait-elle annuellement au royaume environ soixante-dix millions de notre monnaie d'or.
Une des originalités de cette Cour, c'est qu'elle était
LÉON X (Bibl. N.t.) ET LE CARDINAL DUPRAT (B.5-reIie(, cthidnJe de
Sens), a Les signataires du Concordat de 1516: à gauche, le cardinal chancelier Dubral
qui fui un (tes ttrindfiaux ministres de François I" ; à droite, le fyafie Léon X (1513-I52S).
de la famille des Médias, le protecteur Je Raphaël et de Michel-Ange.
LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME
avec le pape Léon X en 1 5 1 6. Le Concordat avait bouleversé au profit de la puissance royale l'organisation traditionnelle de l'Église de France. Jusqu'alors les évêques y étaient en principe élus par les chanoines des cathédrales. Mais le Concordat avait supprimé les élections. Les évêques, les abbés, furent désormais nommés par le roi, et institués par le pape. Les évéchés devinrent ainsi l'une des monnaies dont le roi payait les services des courtisans. Il donnait un évêché ou une abbaye, comme une pension. Les évêques furent ses créatures et ses agents dévoués.
LA BOURGEOISIE, a a Quant à la bourgeoisie, elle rechercha avec non moms d'ardeur que la noblesse le service du roi, et elle lui fournit le plus grand nombre de ses fonctionnaires. Les règnes de Charles VIII, de Louis XII, de François I''^ d'Henri II, furent pour le royaume une période de paix intérieure. Pour la première fois depuis qu'il y avaif une France, les guerres se faisaient généralement hors de ses frontières et les maux lui en étaient épargnés. Aussi le commerce et l'industrie prospérèrent-ils. Au dire d'un contemporain, l'on comptait plus de commerçants dans les petites villes sous le règne de François I*"", que l'on n'en comptait dans les grandes villes trente ans
UN TOURNOI A AMIENS, EN 1525 (Musce d'Amiens). 0 La loamoi, reilenl. au XVI'' siècle, le spectacle le plus goûté du public. Au centre du tableau (jadis à la cathédrale, aujourd'hui au Musée d'Amiens) quatre chevaliers s'abordent dans la lice deeanl le Maréchal de Camp. En haut, la Vierge distribue les prix. En bas, les donateurs agenouillés. (cL. HACHETTE.)
presque constamment en voyage. François I"'' fut un véritable roi ambulant, par goût et par nécessité. 11 n'avait pas où habiter à Paris ; en effet, le Louvre n'était encore que la vieille citadelle de Charles V, et le palais de saint Louis était occupé par le Parlement. François l*" s'en allait de château en château, de Fontainebleau à Amboise, à Blois, à Chambord. Comme tous les châteaux ne pouvaient être meublés, chaque déplacement était un déménagement. On entassait, sur des charrettes, meubles, tapisseries et vaisselles. La foule des serviteurs suivait, tandis que s'en allaient en tête, qui à cheval, qui en litière, le roi, les seigneurs et les dames. Souvent le soir on couchait sous la tente. D'ailleurs cette existence en camp volant plaisait fort à ceux qui la menaient, car, si l'on s'en rapporte à Brantôme, « dans un village, dans les forêts l'on était traité comme si l'on eût été dans Paris ».
ir' /-'inn/^n -.^/f- i i mii PILEUSE ET TISSEUSES (Bibl. N«iJ. * Afmiohire «t» /«( »ctH» VTb
LJL CL.tLKLih. H 0 Maître de la INobleSSe, consacrée aux intittmataia F rmvMtl". Au pimia timjQfdtfot ami»
1 " P'â. 'â. * J /"'l ' * /"• J t • ' de son déoidoir. Aa fond, les deux lisKma eréentmt lem travail éirriin Im
le roi 1 était aussi du Llerge, grâce au Concordat signe (cl. sanHAim.)
G:('\faa-ip^i^'j:w«ti-iwiii i.>! v -r ■
LA PEINE CAPITALE SOUS FRANÇOIS 1". a Craoure txl,ml, d'un IraiU tk
procédure criminelle édité à Paris en 1541 qtiimontre dans une synthèse suggesliue une
pendaison (à droite) ; une décollation (au centre) ; le supplice de la roue (au jond à
gauche) . Grande foule sur la place et aux fenêtres.
plus tôt sous le règne de Louis XI. « On ne faisait guère maison sur rue qui n'eût boutique pour marchandise ou pour art mécanique. » Cette activité commerciale et mdustrielle profita aux bourgeois ; ils s'enrichirent.
Or le roi, ayant de grands besoins d'argent pour ses guerres et pour sa Cour, mettait en vente les fonctions publiques, — on disait alors les offices, — offices de percepteurs d'impôt, de trésoriers, de juges, etc. Comme des avantages étaient attachés à la possession de ces offices, avantages pécuniaires sous forme d'exemtions d'impôts, avantages honorifiques et même anoblissement, les bourgeois, par intérêt et par vanité, les achetèrent. Les plus riches d'entre eux, ceux qui plus que les autres auraient eu intérêt à ce que la puissance royale fût limitée et l'arbitraire rendu impossible, devinrent précisément les agents du roi et les plus fidèles exécuteîârs de ses volontés.
LA MONARCHIE ABSOLUE. /3 a Ainsi l'omnipotence de la royauté était reconnue de tous, nobles, clercs et bourgeois. « Révoquer en doute votre puissance, disait à François I^'^ le Parlement de Paris, serait un espèce de sacrilège. Nous savons bien que vous êtes
au-dessus des lois. » Les rois purent donc être et furent des rois absolus. Les lois — les Ordonnances — émanaient du roi seul, « loi vivante », et nulle objection, fût-elle inspirée par le souci du bien de l'Etat, ne devait être opposée aux décisions royales. Rien de plus frappant à cet égard qu'un incident relatif au Concordat.
Depuis le début du quatorzième siècle, l'usage était que les rois fissent transcrire leurs Ordonnances et les actes essentiels du gouvernement, — tels les traités, • — • sur les registres du Parlement de Pans. L'usage était aussi que le Parlement, avant l'enregistrement, pût, s'il le jugeait utile, présenter au roi des observations ou remontrances.
Le Concordat ayant été envoyé à l'enregistrement, certaines de ses dispositions parurent contraires au bien de l'Etat : le Parlement présenta des remontrances. François I^"^ répondit en traitant de « fous « les conseillers. Le Parlement osa insister : il envoya des députés au roi, alors au château d'Amboise. Ils attendirent deux mois une audience. Quand enfin le roi les reçut, il ne les laissa même pas parler. Il leur signifia qu'il était le maître et entendait être obéi. Puis il leur intima « bien rudement » l'ordre de partir sans faute le lendemain, sous peine, s'ils tardaient, d'être jetés au cachot pour SIX mois.
LE GOUVERNEMENT ROYAL. ;:; ^ Le roi
b..iJ
PALAIS DE JUSTICE DE DIJON, a Un des jolis monuments de la Renaissance
française qui, malgré des retouches successives, en a conservé le t aractère, notamment dans
le pignon percé de trois fenêtres qui surmonte l'entrée et dam le porche qui ta précède.
(cl. neurdein.)
LA RENAISSANCE ET LA RÉFORME
CHATEAU DE CHENONCEAUX (Indre-el Loir,) C'eit à gauche que sont les principaux apparlemenis. (cl. neurdein )
( IIAItAU IJU LLDE (SarthO.
^ Construction d allure féodale^
CHAIE^XU UAZAY-LE-RIDEAU (Indre-«i-U;i.). 0
TourelUi, créneaux, n'ont qu'une valeur dscoraliue,
(cl. neudoejn)
( IIMFAU DE Bl.OlS a CHATEAU DE CHAMEOKi .
Lstulii'i de h tout penlagonatc dum, tes cumtylcs. une profuiion de t.tUTcli's de i/(t;/ji.'i.. . w de -.tii.V'.u'i. la/i.i^ i
\i DE MEILLANT
LDu.-.J (Clief). — (et. MON. HSTIM.)