LES COMPAGNIES DE COMMERCE
Si l'on en excepte le Canada français et l'Amérique anglaise, tous les autres établissements coloniaux étaient exploités par des Compagnies de commerce.
Les Compagnies de commerce étaient constituées par actions. Un certain nombre de particuliers, généralement des commerçants des ports, des banquiers, de riches bourgeois, parfois les municipalités des villes, par exemple en France les municipalités de Lyon, de Rouen, de Bordeaux, de Nantes, de Grenoble, etc., mettaient en commun des capitaux. Ces capitaux servaient à faire construire et à équiper des navires ; à payer des employés, les uns restant en Europe, les autres, les agents, envoyés sur les lieux de commerce ; enfin à acheter les marchandises. La Compagnie se faisait donner en Europe par le gouvernement le monopole du commerce avec le pays qu'elle voulait exploiter, le droit de recruter et d'entretenir des troupes pour la police et la défense des comptoirs qu'elle y fonderait. Dans ce pays, elle obtenait du souverain indigène, généralement à prix d'argent, moyennant le paiement d'un tribut annuel et en se reconnaissant vassale, une concession, c'est-à-dire une certaine étendue de territoire où elle établissait un comptoir. Ce comptoir consistait en magasins pour les marchandises qu'achetaient les agents, et en quelques maisons d'habitation, le tout entouré d'une enceinte fortifiée pour se garder d'un coup de main. A la tête des agents, et dirigeant l'ensemble des comptoirs, était placé un gouverneur, délégué supérieur de la Compagnie.
La Compagnie faisait surtout le commerce d'importation : elle vendait peu à l'étranger, elle lui achetait beaucoup, pour revendre dans ses magasins d'Europe. Ainsi de l'Inde on tirait les toiles de coton dites indiennes, les soieries, le thé, le riz, quelques épices. Les bénéfices étaient chaque année partagés aux actionnaires sous forme de dividende ; ils étaient en général élevés. Pour certaines compagnies, la Compagnie Hollandaise des îles de la Sonde, par exemple, le dividende annuel fut à plusieurs reprises supérieur à la moitié du capital engagé par les actionnaires : il atteignit jusqu'à 73 pour 100.
LES COMPAGNIES DANS L'INDE. 0 0 Les plus importantes de ces Compagnies de commerce étaient celles qui faisaient le commerce de l'Inde, ou comme on disait alors des Indes orientales, par
SOLDAT HINDOL' (.Mustc de I Amicp). a J ype de viiial comme en armèrent par
milliers les souverains de l'Inde au XVIII* siècle. Mélange singulier du Moytn Age et des
Temps Modernes, il porte, avec une longue colle de mailles et une ipée qui rappellent tes
chevaliers des Croisades, un grand mousquet à miche, (cL. HACHTm.)
opposition avec les Antilles qui continuaient à porter le nom d'Indes occidentales.
Dans l'Inde, la Compagnie anglaise avait fondé en 1639 sur le golfe du Bengale le comptoir de Madras qui devint bientôt une ville importante et le centre de toutes les opérations de la Compagnie.
Sur la côte du golfe du Bengale également, au sud de Madras, la Compagnie française avait fondé Pondichéry (1676) qui fut le plus important de ses établissements. Peu après (1688), elle créait Chandernagor sur l'une des embouchures du Gange. En 1719 la Compagnie fut réorganisée par Law. Alors commença pour elle une période de grande prospérité. Elle dut cette prospérité à deux circonstances. D'abord l'alliance qui venait d'être conclue entre la France et l'Angleterre donnait la sécurité sur mer ; d'autre part la situation politique dans l'Inde était exceptionnellement favorable à la pénétration des étrangers et au développement de leur influence même politique.
L'Inde avait été tout entière soumise au seizième et au dix-septième siècle à une dynastie musulmane d'origine mongole : de là le nom de Grand Mogol donné au souverain de l'empire hindou. La capitale, Delhi, sur un affluent du Gange, émerveillait les voyageurs avec son enceinte énorme, ses mosquées d'arcki-