CAUSES DES DÉSASTRES DE LA FRANCE
m 0 Ainsi la F'rance, qui, en 1753, était en voie d'acquérir le plus bel empire du monde, se voyait dix ans plus tard fermer le monde et rejeter dans l'étroite Europe. Le traité de Paris est le plus désastreux que la France ait jamais subi. Il marque une date dans l'histoire universelle ; il est l'acte de naissance de la puissance «' mondiale " de l'Angleterre.
Les désastres de la France furent dus d'abord à la nullité de ses gouvernants. « On ne pense à rien, écrivait un courtisan, en 1756, on désapprouve même ceux qui se donnent la peine de penser à quelque chose.» — « Il n'y a ni gouvernement, ni administration, ni armée », disait un ministre, Bernis. Parce que Louis XV et son entourage étaient pacifiques et croyaient naïvement qu'il suffit de vouloir la paix pour n'avoir pas la guerre, rien n'avait été préparé. Quand les pirateries de l'amiral Boscav^fen jetèrent le roi malgré lui dans la lutte, les vaisseaux de ligne étaient en partie pourris dans les ports et, pour les armer, on dut réquisitionner l'artillerie de la Compagnie des Indes, les arsenaux de l'Etat étant presque vides.
La masse de la nation était aussi indifférente que le gouvernement pour les affaires coloniales. On ne s attachait qu'aux guerres et aux conquêtes en Europe. Les commerçants exceptés, nul ne comprenait qu'il pût y avoir intérêt à s'établir dans l'Inde ou l'Amérique du Nord. Les hommes les plus cultivés étaient le plus profondément persuadés de l'inutilité des colonies. Un ministre, d'Argenson, déclarait qu'il les donnerait toutes pour « une tête d'épingle ». Voltaire s'étonnait que l'on pût disputer à l'Angleterre « quelques arpents de neige ». Il appelait ainsi cette vallée de l'Ohio que les Canadiens, séduits par sa richesse et le charme de ses sites, avaient surnommée la Belle
PORIRAIT UE WILLIAM FUT (1708-1776). p.r William Ho.fe
(Galerie Nat.. Londres), ti De t'indomploblt énergie ctui oahit à l'Anglelene Clnde
et le Canada, Quelque chose para!! dans ce msage singulier au front relalivenseni étroit
soiu la perruque blarKhe, au grand nez hardi, aux gros yeux à fiem de tête. Hatit de
velours brun et iravate blanche, (ci.. WALKER.)
Rivière, et qui est aujourd'hui l'un des plus prodigieux centres usiniers du monde.
Aussi abandonna-t-on à peu près les colonies à leur destin. Pendant toute la durée de la guerre, Lally- Tollendal reçut dix-sept hommes de renfort, et on envoya trois cent vingt-six recrues à Montcalm : « Quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas de l'écurie », disait un ministre. Le feu à la maison, c'était la guerre d'Allemagne où l'on engloutissait inutilement les écus par centaines de millions, les hommes par centaines de mille.
En Angleterre; au contraire, on suivait avec passion les luttes d'outre-mer. Un grand homme d'État, William Pitt, soutenu par l'opinion publique, engageait presque toutes les forces de la nation dans la gxierre coloniale, il ne cessait d'expédier des troupes, vingtcinq mille hommes d'un seul coup en Amérique, en 1757, et le secours fut renouvelé en 1759. Aux troupes régulières venues de la métropole s'ajoutaient les miliciens fournis par les colons. Ceux-ci étaient plus acharnés que les Anglais eux-mêmes, parce qu'ils sentaient qu'ils combattaient pour l'existence. L'un d'eux, Franklin, au début même du conflit, résumait ainsi le sentiment de tous : « Point de repos pour nos treize colonies tant que les Français seront en Amérique. »
LE Sli!)GE DE YORKTOWN (6- 19 octobre 1781). par van Blarenber^he (Musée de Versailles), à l^ général anglais CornwaHis s'était établi à Yorkfown.dans une presqu'île à l'entrée de la baie de Chesafieake (l^irginie), pour rester en communication av&: la mer et les flottes anglaises. Il y fut bloqué par Carmée franco-américaine, ne put tenir contre un bombardement et se rendit la veille de l'assaut. La gravure réprésente Vanivée d'un renfort dt 3,000 hommes qui viennent se joindre aux troupes franco-américaines.