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BUSTE DE DUPLEIX (1696-1763). par Bridan (Musée de Versailles). 0 Exécuté vingt ans aprèa la mort de Dupleix dont les ftortraits sont extrêmement rares, ce buste donne au moins la physionomie générale du modèle, son air de gravité un peu solennellcde fermeté, d'énergie. L'œuvre est d'ailleurs médiocre et lourde.{ci..H\c1ltTTt.)
d'habitants, actifs et énergiques, la plupart d'origine anglaise. Ces colonies qui se touchaient étaient cependant distinctes : chacune d'elles formait un véritable Etat, avait son gouverneur nommé par le roi d'Angleterre et son assemblée composée des députés des colons. Il commençait à y avoir dans l'Amérique anglaise d'importantes villes de commerce : Boston, New-York, Philadelphie.
A la même époque la colonie du Canada, qui depuis Colbert était administrée comme une province française, ne comptait pas quatre-vingt mille habitants. Il est vrai qu'elle possédait deux villes bien fortifiées, Québec et Montréal, et en outre, à l'embouchure du Saint-Laurent, dans l'île du Cap Breton, un puissant arsenal maritime, Louisbourg, créé à grands frais pour couvrir le Canada du côté de la mer et servir de point d'appui à la flotte française. Quant à la Louisiane, Law en 1717-1718 y avait envoyé quelques milliers de colons ; il avait fait jeter à l'embouchure du Mississipi les premières fondations de la Nouvelle- Orléans. Mais la mise en valeur de la colonie était à peine commencée.
Si peu peuplées que fussent les colonies françaises, elles mettaient en péril le développement ultérieur des colonies anglaises parce qu'elles les enveloppaient
et leur fermaient l'accès de l'intérieur. Les colons anglais avaient le sentiment très net de cette situation et du péril qu'elle présentait pour eux ; dans l'Amérique du Nord comme dans l'Inde un conflit était inévitable entre la France et l'Angleterre.
LES ANTILLES. /H a Rivaux dans l'Amérique du Nord et aux Indes, Français et Anglais se trouvaient encore en concurrence aux Antilles. Les uns et les autres s'y étaient établis au dix-septième siècle pendant les guerres contre l'Espagne, et y pratiquaient toutes sortes de cultures riches et rémunératrices : tabac, coton, cacao, indigo, et surtout canne à sucre. A l'exemple des Espagnols, pour travailler sur leurs plantations ils importaient des noirs d'Afrique. Le sucre et les esclaves étaient les deux principales matières du commerce des « Iles ». Mais depuis la renaissance commerciale qui avait suivi le système de Law, les Français avaient distancé tous leurs concurrents. En 1750 un Anglais écrivait : « Les Français fournissent tous les marchés étrangers avec leur sucre, à la ruine presque complète de nos colonies de sucre, comme la Jamaïque et la Barbade ». Le port de Nantes qui faisait le commerce des Iles était en pleine prospérité.
Les Anglais voyaient cette prospérité se développer à leurs dépens et s'en irritaient. Aussi industriels, commerçants, armateurs, colons, tous se trouvaient d'accord pour demander qu'on fît la guerre à la France et qu on les débarrassât d'une concurrence ruineuse.
LE CONFLIT DE 1743 A 1748. m a U lutte s'engagea indirectement ; elle débuta par une guerre anglo-espagnole, que les commerçants anglais imposèrent à Walpole, parce que les Espagnols prétendaient empêcher leur contrebande dans les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud. D'autre part, l'Angleterre soutenait Marie-Thérèse sur le continent. La France, alliée de l'Espagne et adversaire de Marie-Thérèse, se trouva entraînée à la guerre contre l'Angleterre. Louis XV la déclara en 1 744.
Il n'y eut dans l'Amérique du Nord qu'un épisode important, la prise de Louisbourg par les colons anglais (1745). Les coups les plus retentissants furent frappés dans l'Inde par Dupleix et La Bourdonnais.
Mahé de La Bourdonnais, un marin de Saint-Malo, devenu gouverneur de l'Ile de France, en avait fait une des plus riches possessions de la Compagnie ; il y avait d'autre part, avec ses seules ressources, construit et armé une flotte de guerre. Dupleix venait de succéder à Dumas dans le gouvernement général de l'Inde française (1741). Il voulut, avec le concours des vaisseaux de La Bourdonnais, détruire Madras.
LES GUERRES CONTINENTALES ET COLONIALES
La Bourdonnais s'empara de la ville ; mais au lieu de la détruire comme Dupleix lui en avait donné l'ordre, il la laissa se racheter, moyennant dix millions. La ville ainsi sauvée fut rendue aux Anglais à la paix d'Aix-la-Chapelle en échange de Louisbourg (1748).
LES CONQUÊTES DE DUPLEIX. a a Aussitôt la paix signée, Dupleix reprit la politique inaugurée par Dumas et pendant six ans environ, de 1747 à 1754, il en poursuivit l'application avec une rare audace et une inlassable activité. Nul mieux que lui ne connaissait l'Inde, où il avait séjourné presque continuel- • lement depuis 1715.
Deux successions, celles du Carnatic et celledu Décan, le plus puissant des Etats de la péninsule, disputées par plusieurs prétendants, donnèrent à Dupleix l'occasion d'agir. Les deux prétendants qu'il soutint triomphèrent. En reconnaissance de ce concours, le souverain du Carnatic reconnut la suzeraineté de la Compagnie ; le souverain du Décan se plaça sous son protectorat et lui céda le pays des Circars (1749- 1731). Les tribus des Mahrattcs se déclarèrent à leur tour vassales de la Compagnie.
En 1754, les pays appartenant directement à la Compagnie ou placés sous son influence occupaient toute la largeur de l'Inde péninsulaire, du golfe de Bengale au golfe d'Oman, et couvraient une superficie deux fois égale à celle de la France ; on y comptait trente millions d'habitants. Ces résultats extraordinaires avaient été obtenus avec de faibles moyens, moins de deux mille Européens et trois ou quatre mille cipayes. Le principal lieutenant de Dupleix, Bussy, un admirable soldat, avait à diverses reprises, à la tête de quelques centaines d'hommes, mis en déroute des dizaines de milliers d'indigènes. Mais la véritable force de Dupleix avait été sa parfaite connaissance des Hindous et ses talents diplomatiques. Les efforts de la Compagnie anglaise pour entraver son action avaient presque partout échoué.
LA PERTE DE L'INDE, a a Par malheur la politique de Dupleix coûtait cher. Aussi elle mécontenta les actionnaires français qui entendaient faire du commerce, non pas la guerre, toucher des dividendes, non pas conquérir des provinces. D'autre part, les Anglais se plaignaient aigrement à Versailles et déclaraient que les entreprises de Dupleix amèneraient inévitablement la reprise des hostilités. Louis XV et ses ministres voulaient la paix. Dupleix, méconnu du gouvernement qui le considérait comme un ambitieux dangereux et sans scrupules, fut donc rappelé et remplacé par un gouverneur ignorant, Godeheu. Celui-ci, à peine arrivé dans l'Inde, signa avec le
MONTCALM (1712-1759) (Bibl. N^: j a .'.;:.. - -:■ ,ni ctiu plty-
lionomie Iris vivante, très sédmiante auaai. La hault moralilê tU iitomne, l'mtrgstt l eritrain du soldat font de Montcalm une des p/m attachantes figures de notre histoire,
gouverneur anglais un traité par lequel les deux Compagnies s'engageaient à renoncer à tous leurs protectorats et droits de suzeraineté sur les princes indigènes. Ce traité, en apparence équitable, était la pire duperie pour la Compagnie française. D'un trait de plume, celleci renonçait à l'Inde péninsulaire. Au contraire, la Compagnie anglaise, renonçant à tout, ne perdait rien, parce qu'elle ne possédait rien, hors ses comptoirs (26 septembre 1754).
Ce terrible sacrifice fait à la paix n'empêcha pas la guerre d'éclater l'année suivante. Les Anglais la commencèrent sans la déclarer, par un coup de brigandage ; ils saisirent tous les navires français qui se trouvaient dans leurs ports et tous ceux que l'amiral Boscawen, avec la flotte de guerre, rencontra en haute mer.
Après beaucoup d'hésitations, le gouvernement français envoya dans l'Inde au secours de la Compagnie trois mille hommes commandés par un officier irlandais au service de la France, Lally-Tollendal (1758). Celui-ci était brave, mais brutal, inintelligent, plein de mépris pour les croyances et les sentiments traditionnels des Hindous, qu'il traitait de « misérables noirs ". Ses violences lui aliénèrent toutes les populations que Dupleix, quelques années avant, avait su gagner à la cause française. D'autre part, Lally- Tollendal ne reçut pas de renforts. II finit pur être bloqué dans Pondichéry, et, après une défense héroïque de cinq mois, il dut capituler (1761). La capitulation
de Pondichéry marquait la fin de la domination française dans l'Inde péninsulaire. Les Anglais avaient déjà commencé à s'étendre dans l'inde^continentale, et avant même la capitulation de Pondichéry, le gouverneur Clive, reprenant pour le compte de la Compagnie anglaise la politique de Dupleix, avait réussi à s'emparer du Bengale.
LA PERTE DU CANADA, a a Dans l'Amérique du Nord, la paix d'Aix-la-Chapelle était apparue à tous comme une simple trêve : en effet, elle ne réglait même pas la question des frontières contestées entre le Canada et les colonies anglaises. Cette question avait une gravité particulière dans la vallée de l'Ohio. Cette vallée était la route directe du Canada à la Louisiane. Les Français tenaient donc à en rester les maîtres, et, à partir de 1749, ils la jalonnèrent de forts. C'était dans cette même vallée que les Anglais voulaient percer la ligne d'investissement que les colonies françaises traçaient autour d'eux. Pour s'assurer un débouché vers l'Ohio, ils élevèrent un fort qu'ils appelèrent le fort Nécessité, et ils essayèrent en 1754 d'empêcher la construction du fort Duquesne élevé tout en face par les Français. Ce fut l'occasion d'un combat et le début des hostilités alors que les gouvernements de France et d'Angleterre se croyaient toujours en paix.
Les Anglais firent pour s'emparer du Canada un puissant effort, auquel concoururent les colons et la métropole. Ils mirent en ligne, pendant plusieurs années, 60 000 hommes. Au Canada, les Français avaient à couvrir une frontière de plusieurs centaines de lieues, à armer vingt forts, avec 5 300 hommes de troupes de ligne, 2 000 hommes des compagnies de la marine et 3 000 miliciens ou paysans mobilisés; au total, 10 300 hommes. Point de chaussures, à peine de vivres, de rares munitions. Mais pour mettre en œuvre ces faibles ressources, il y avait un grand homme de guerre, le marquis de Montcalm, un précurseur des hardis généraux de la Révolution. Attaqué simultanément sur trois points, aux deux extrémités de sa ligne de défense, sur l'Ohio et à l'estuaire du Saint-Laurent, puis au centre sur le lac Champlain, il fit victorieusement front partout, jusqu'à 1758. 11 remporta d'éclatants succès, par exemple au fort Carillon (8 juillet 1 758) où avec trois mille huit cents hommes il arrêta plus de quinze mille Anglais et leur mit hors de combat quatre mille hommes, plus que son effectif. Mais les Anglais s'emparèrent de Louisbourg (25 juillet 1 758) et envoyèrent sans cesse de nouvelles troupes. Une armée que commandait un général audacieux, Wolfe, fut amenée par bateaux jusque sous les murs de Québec. Le 13 septembre 1759, dans une suprême bataille
où Montcalm et Wolfe furent tués, les miliciens français ne purent pas tenir contre les réguliers anglais. Un lieutenant de Montcalm, le chevalier de Lévis, se défendit encore avec habileté dans Montréal jusqu'en 1760. Mais il fallut finalement mettre bas les armes et livrer le pays aux Anglais.
LA GUERRE MARITIME. 0 a V.n même temps qu'en Indeet au Canada, la guerre anglo-française s'était déroulée dans les mers d'Europe. Après un brillant fait d'armes au début dans la Méditerranée, après une victoire des vaisseaux de La Galissonnière devant Minorque, et l'enlèvement de Fort-Mahon, point d'appui des Anglais aux Baléares (mai-juin 1756), la guerre navale, par suite de l'incapacité des amiraux français, n'avait été marquée que par des défaites.
En 1759, un projet de débarquement en Angleterre, qui nécessitait la concentration des escadres françaises dans la Manche, n'eut d'autre conséquence que leur destruction en détail avant qu'elles eussent pu se joindre, aux batailles de Lagos sur la côte d'Espagne (17 août 1759) et de Belle-Ile sur la côte bretonne (20 novembre 1759) : les pertes pour les deux journées montaient à soixante -quatre navires.
TRAITÉ DE PARIS, fit a La ruine de la marine française, la perte du Canada puis de l'Inde n amenèrent pas cependant la fin des hostilités.
La guerre se prolongea par suite de l'intervention de l'Espagne. Le duc de Choiseul, en effet, avait amené les Bourbons d'Espagne et de Naples à s'allier avec Louis XV (1761) ; ce fut ce qu'on appela le pacte de famille. Cette alliance n'eut d'autre résultat que de
FRÉGATE FRANÇAISE. FIN DU RÈGNE DE LOUIS XV (Musée de
rArmée). £> C'est un trois-mâls long êe 46 mètres et armé de 64 canom . il occupe le
septième rang dans l'ordonnance de 1765 qui prévoit des navires de 120 canons. Au
moment où Chcisail fut disgracié, en 1770, 50 frégates de ce type étaient prêtes à prendre
la mer. (cL. HACHETIE.)
LES GUERRES CONTINENTALES ET COLONIALES
rendre complète la ruine de l'empire colonial français. Car les Espagnols s'étant vu enlever la Floride par l'Angleterre, Louis XV leur céda en dédommagement le dernier lambeau de l'Amérique française, la Louisiane. La paix fut signée en 1763. Far le traité de Paris, Louis XV abandonnait aux Anglais le Canada et tous les territoires de la rive gauche du Mississipi. 11 renonçait à toute prétention politique sur l'Inde. Cinq villes, celles-là mêmes que nous possédons aujourd'hui, — Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon et Mahé, — étaient rendues à la Compagnie, à condition qu'elles resteraient à perpétuité ■ démantelées et que la France n'y entretiendrait jamais de garnison. Les Anglais se faisaient en outre céder la plupart des îles possédées par la France aux Antilles et les établissements créés jadis par Richelieu et Colbert sur la côte du Sénégal en Afrique.