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CHAPITRE PREMIER

LA CHUTE DE L'ANCIEN REGIME

L'Assemblée Constituante T^ LECHONS AUX ÉTATS GÉNÉRAUX, a a

r^ Les élections des députés aux États Généraux commencèrent en février 1 789.

Dans chaque bailliage, le Clergé c-i la Noblesse élirent directement leurs députés. Pour le Tiers État, les élections furent à deux degrés : chaque paroisse élut des délégués qui, à leur tour, réunis au baillage, élirent les députés. Les électeurs des paroisses devaient être âgés d'au moins vingt-cinq ans, et payer un impôt direct. En vertu de la décision royale du 27 décembre 1 788, le Tiers devait avoir autant de députés à lui seul que les deux autres ordres réunis. Il y eut en

tout I 1 96 députés, dont 378 du Fiers. En outre, sur les 29! députés du Clergé, il y avait plus de 200 curés ou moines, roturiers d'origine et très disposés à s'entendre avec le Tiers contre les privilégiés.

Suivant la coutume, les électeurs de chaque ordre dans chaque paroisse ou chaque bailliage avaient rédigé les « Cahiers », c'est-à-dire l'exposé de leurs doléances et de leurs vœux. Les trois ordres étaient à peu près unanimes sur les points suivants :

Ils attribuaient tous les maux de la nation " au pouvoir arbitraire » du roi. Ils concluaient donc à la nécessité d'établir une Constitution qui » définirait les droits du roi et de la nation », Sur ce point, la volonté gêné' raie était formelle. Cette Constitution devait garantir

SALLE DES SÉANCES DE LA CONSTITUANTE A VERSAILLES (Dessin de Prieur, gravé par Berthaull ; BiM. Nat.). e Cal, aménagée pour la ciramitana. la flrande salle de l'Hôiel des Menus où avaient siégé déjà les Notables. A gauche, le bureau du président ; au-dessous et en avant, la table des secrétaires. En fa,.e à droite, la barre où l'on recevait les députations admises à assister à une séance. Au-dessus, la tribune — il s'y trouve un orateur debout — placée en face du bureau du président. La disposition de h salle était d'ailleurs assez défectueuse, le président et l'orateur étant dans l'imposvbitité de ooir un grand nomhre'de ceux à oui ils parlaient .(cl. hachette.)

à tous les Français la liberté individuelle, la liberté de penser et d'écrire. Les États Généraux seraient régulièrement convoqués. Ils participeraient à la confection des lois. Ils voteraient les impôts que le roi ne pourrait lever sans leur consentement.

Les impôts seraient payés par tous ; le Clergé et la Noblesse, presque unanimement, renonçaient à toute exemption et acceptaient l'égalité devant l'impôt.

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COSTUMES DE CÉRÉMONIE DES DÉPUTÉS DES TROIS ORDRES (Bibl.

Nat.). Û A gauche, un cardinal en soutane, manteaa et chapeau rouges, rochet ou wplis de dentelle. Les évéoues étaient en violet ; les abbés et curés en noir. Au rrJlieu, un député de la noblesse, en salin noir sauf le gilet qui est faune; chapeau garni de plumes blanches. A droite, un député du Tiers, en drap noir, tricorne sans ganse ni bouton. (cL. HACHEITE.)

Fous les cahiers étaient rédigés, d ailleurs, dans un esprit de modération remarquable. II n'y avait pas la moindre pensée de révolution violente. Comme le roi avait promis, en 1 788, la plupart des réforrpes que souhaitait la nation, celle-ci n'avait pour lui que reconnaissance et amour. On avait l'espérance que tous les maux allaient finir, que le bonheur universel était proche : « Le naufrage est passé, disaient les cahiers d'Auxerre, et nous arrivons dans une terre qui présente l'image du Paradis. »

OUVERTURE DES ÉTATS GÉNÉRAUX, a 0 Ainsi la révolution paraissait inévitable, mais elle pouvait être pacifique. La royauté était encore populaire et respectée. C'est la faiblesse de caractère de Louis XVI qui le perdit, détacha de lui lé peuple et fut la cause des premiers conflits.

Louis XVI avait alors trente-cinq ans. Il était resté honnête et bon, mais il était alourdi par les excès de table, et surtout totalement dénué de volonté. « Pour vous faire une idée de son caractère, disait son frère le comte d'Artois, imaginez des boules d'ivoire huilées que vous vous efforceriez vainement de retenir ensemble. » Incapable de choisir un parti et de s'y tenir, il subissait toutes les influences. Or, au moment où

LA CHUTÉ DE L'ANCIEN RÉGIME

L\ FAYETTt: EN 1789 (Peinture anon>-m€, Miuée Carnavalet).

La Fouette est représenté i(i à Vâge de trente-deux ans. t'ont scn coslLme de n mmandani en chef de ta Garée nattonak : haotl Mru. rahttt et tilrt i plumet blanc et cocarde triœlore. Derrière lui. son cheiHil tenu par un négrillon ; à droite, les hataiUcns de la Garde masaes sur le Champ Je Mon; «i fond «r é^m La figure est fine. aristoiratiQue. empreinte de mélancolie. Le regard est hintain et aemhlefixe sm lesétwtetnenlsqm »eprépartnt.{cv.H»£Mrnu)

MIRABEAU (1749-1791) Pe»in de J. Guérin. sravé par Résiner) a De laill, moyenne. Je formes albléliques, le grand orateur était remarQuahlemerït laid et défigarè par la petite vérole. La gravure a atténué les cicatrices. • On ne connaît pas la toutepuissance de ma laideur, disait-il. Quand je secoue ma terrible hure, il nu a personne gui osât m'interromJjTK ■ (Cu hachette.)

allaient se réunir- les États -Générauxr- Louis XVI était retombé sous'l l'influence de sa femme Marie- Antoinette, qui détestait les idées de réforme et considérait tous les réformateurs comme des factieux. Sans plus tenir compte des promesses laites en 1 788, il était résolu à maintenir l'absolutisme.

Le 5 mai 1789, dans la grande salle de l'Hôtel des Menus à Versailles, le roi procéda solennellement à l'ouverture des États. Dans un discours bref, il annonça que les États étaient réunis pour rétablir l'ordre dans les finances. Il ne dit pas un mot de ce qui était le souci de tous, la Constitution. Ce fut une immense déception parmi les députés, le commencement delà rupture entre le Tiers et le roi. D'autre part la Cour affectait des airs impertinents avec les députés du Tiers, qui se répétaient des mots comme celui-ci, attribué, à tort du reste, au duc de Liancourt, grand-maî'.re de la girde-robe : « Allons voir quelle figure font ces animaux dont nous allons être si longtemps infestJs. » Ce fut le commencement de la rupture entre le Tiers et la Noblesse. « Voilà la bataille engagée, écriv;.it le soir même Duquesnoy, un député de Bar-le-Duc. Tout annonce que les États seront orageux, soit du Tiers aux deux ordres, soit avec la Cour. »

SERMENT DU JEU DE PAUME, jâ 0 Dès le lendemain, quand il s'agit de vérifier les pouvoirs des

LE SERMENT DU JEU DE PAUME (20 juin 1 789) (Deajin Je David, »lle du Jeu de Paume, Veriailles). P Éclairée par de hautes fenêtres, la murs nm. sans fauteuils ni chaises, cinq ou six bancs seulement et une table, la salle du Jeu de Paume réunit les députés du Tiers. Dans les galeries du haut, le peuple afflue. Debout sur la table, Bailly prononce le serment. Des applaudissements et de:, cris de " i^ive le Tiers " éclatent à la fois. Tous les députés et quelques députés du Clergé, sauf un. Martin d'Auch. prêtèrent ensuite serment

entre la mains de Bailly, (cL. hachette.)

LA CHUTE DE L'ANCIEN RÉGIME

députés, un conflit s'engagea entre le Tiers et la Noblesse, sur la question du vote par ordre ou par tête. Question capitale, car, si on votait par ordre, le Tiers n'avait qu'une voix contre les deux voix des ordres privilégiés, et le nombre double de ses membres ne lui servait de rien. Le Tiers proposa donc la vérification en commun, avec le vote par tête. Par vanité, la Noblesse s'y refusa obstinément. Pendant six semaines, on négocia sans parvenir à une entente. Enfin, le 17 juin, sur la proposition de l'abbé Siéyès, le Tiers, « considérant qu'il représentait les quatrevingt-seize centièmes de la nation », se déclara Assemblée nationale : l'Assemblée décréta aussitôt qu'elle autorisait la perception provisoire des impôts jusqu'à sa séparation ; mais par la suite aucun impôt ne pourrait être perçu qui n'aurait été formellement accordé par elle. C'était le premier acte révolutionnaire, le premier échec à la toute-puissance royale. Cette toute-puissance était désormais abolie en un point essentiel, les finances, où plus rien ne pourrait être fait à l'avenir sans le consentement de la Nation.

Louis XVI, poussé par la Cour et contre 1 avis de Necker, décida de riposter par un coup d'autorité. Le samedi 20 juin, les députés trouvèrent la salle

des Menus gardée par la troupe et fermée sou> prétexte d'aménagements pour la prochaine séance royale. Les députés se réunirent aussitôt dans une salle de jeu de paume, près du palais. Là, sous la présidence de Bailly, astronome éminent et premier député de Paris aux Etats, ils prêtèrent le serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeraient jusqu'à ce que la constitution du royaume fût établie.

Le surlendemain, la majorité des députés du Clergé vint siéger à l'Assemblée nationale.

MIRABEAU A LA SÉANCE ROYALE, a a Le 23 juin, la séance royale eut lieu. Louis XVI annonça d'une voix altérée qu'il annulait les décisions prises par les députés le 1 7 ; il leur ordonna de se retirer aussitôt la séance terminée, et de siéger dorénavant en trois chambres distinctes.

Le roi parti, les députés du Tiers demeurèrent à leur place. Le grand-maître des cérémonies, le marquis de Dreux-Brézé, s'approcha : « Vous avez entendu. Messieurs, l'ordre du roi. • — 11 me semble que la nation assemblée ne peut pas recevoir d'ordres », répondit Bailly, président de l'Assemblée. Un noble.

PRISE DE LA BASTILLE (14 luilU 1789) (Music: C>rM.>vaUi). - .... ..„, ,.;. ;., Ut. oJon «a< U oaifU n'a pat enan Mmili pMtm dm» Im

cour inhiieure Par trs fietitts fenêtres gnltées, tes Suisses, à l'abri. fustUent la cohue qui se fresst au pied des murs. Um JéfimMim m p9émml» à it Lmmmt ^ gmÊÊÊUmm. «af kâ pertml (Tenlret àam la cour. Vn flot de peuete u pénétra avec elle .■ la fusilladt recommença, mais, près d'être forte», h/rtM»«mi<mi<«w'>»h tl h BasHUltt mrft.Ctt. UtOmmJ

LA SALLE DES MENUS PLAISIRS PENDANT LA NUIT DU 4 AOUT 1789 (Oewin de Monnet, gravé par Heilmann, Bibl. Nat.). 0 Au miliea ia hmet (Tailaidrissement, des tmbrasstments, des applaudissemenls, les députés de ia noblesse et du clergé, sur la proposition du vicomte de Noailles, cotent la suppression de tous les privilèges. Ils affluent vers le fauteuil du président et font, entre ses mains, le sacrifice de leurs droits seigneuriaux. (cL. HACHETTE.)

que son ordre avait repoussé et que le Tiers d'Aix avait élu député, le comte de Mirabeau, apostropha Dreux- Brézé : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes. » Sur la proposition du même Mirabeau, l'Assemblée proclama aussitôt ses membres inviolables et déclara « infâme et traître à la nation » quiconque, pendant ou après la session, essaierait d'agir contre les députés.

Cependant le peuple avait envahi les cours du palais. Dans les rangs des gardes françaises, on criait : « Vive le Tiers 1 » Le roi n'osa pas agir et céda. « Eh bien, dit-il, s'ils ne veulent pas s'en aller, qu'ils restent ! » La victoire restait au Tiers.

Quatre jours plus tard, le roi lui-même ordonnait à tous les députés de se joindre à l'Assemblée nationale. Celle-ci, se mettant à l'œuvre aussitôt, décida d'élaborer une Constitution et prit le nom d'Assemblée Constituante (9 juillet). La révolution politique était accomplie, l'absolutisme était ruiné.

PRISE DE LA BASTILLE, jsf 0 Jusqu'ici, nulle violence, sinon dans les paroles. C'est le roi le premier qui essaya de recourir à la force. Mécontent d'avoir cédé, il prépara un coup d'Etat militaire : 25 000 hommes de troupes — surtout des régiments étrangers — se concentrèrent autour de Versailles. Le 1 1 juillet, Louis XVI manifesta clairement ses intentions en renvoyant Necker, le ministre populaire.

partisan des réformes. Dans ces circonstances critiques, l'intervention du peuple de Paris sauva l'Assemblée et assura le triomphe de la Révolution.

Dès que le renvoi de Necker fut connu à Pans, le peuple commença à s'agiter. Au Palais-Royal, un jeune homme, Camille Desmoulins, prononça un vibrant appel aux armes. Le 12, l'agitation tourna à l'émeute. La foule, exaspérée par des charges de cavalerie, pilla les boutiques des armuriers. Le 13, tout Paris était en armes ; les électeurs réunis à l'Hôtel de Ville constituèrent une commission permanente, et organisèrent une milice civique qui compta bientôt 12 000 hommes. Enfin, le mardi 14 juillet, toute la fureur populaire se tourna contre l'énorme forteresse royale, la Bastille, dont les canons étaient braqués sur la ville. D'abord les manifestants parlementèrent pour obtenir du gouverneur, de Launay, qu'il fît retirer les pièces des embrasures. Au cours de ces pourparlers, vers midi, dans des conditions mal connues, on tira de la Bastille sur la foule : aussitôt celle-ci se rua à l'attaque. Au bout de quatre heures d'un combat où les assaillants eurent environ 200 hommes tués ou blessés, la faible garnison de la Bastille — ■ 32 Suisses et 82 Invalides — près d'être forcée, capitula. Le gouverneur fut massacré. Le prévôt des marchands Flesselles eut le même sort, parce qu'il avait voulu cacher l'existence du dépôt d'armes des Invalides.

La capitulation de la Bastille fut aussitôt suivie de la

LA CHUTE DE L'ANCIEN REGIME

LA MARCHE DES FEMMES SUR VERSAILLES (5 octobre 1789) (Eau-(orte anonyme, Bibl. Nat.). a Det femma que la diselU et des agenli provocalan ■ roule pour ramener de Versailles * le boulanger, la boulat^gère et le petit mitron » tirent un canon à la bricole. Au fond, d'autres femme* armées de Sûkm, Je fmlh,Jk ioMa», de hallebardes. Une légende manuscrite, au bas de la gravure, indique ainsi le sujet : ■ Femes parisienes de la haie et autres qui se rencontrent à leur départ is hnJi ptmr

ramener acec eux du pain et le roy. » (cL. HACHETTE.)

capitulation du roi. Elle fut complète. Le 15, 11 venait annoncer lui-même la dislocation des troupes aux députés qui, depuis le 13, siégeaient en permanence, dormant la nuit sur leurs bancs ou sur le plancher. Le 16, 11 rappelait Necker. Le 17, il se rendait à Paris à l'Hôtel de Ville : il sanctionnait par sa présence les faits accomplis. Reçu par Bailly, chef de la municipalité révolutionnaire, ilrecevaitdes mains de Lafayette, commandant en chef de la milice appelée dès lors garde nationale, une cocarde nouvelle, bleue, blanche et rouge, faite des couleurs de Paris et du roi, emblème de la liberté nouvelle.

La Bastille apparaissait au peuple comme le symbole de l'arbitraire. Sa chute parut le signe visible de l'effondrement du régime absolu et ébranla la France entière. Toutes les villes eurent bientôt à l'exemple de Paris leurs municipalités élues et leurs gardes nationales : les fonctionnaires royaux, les intendants et leurs subordonnés, perdirent tout pouvoir. Dans les campagnes la commotion ne fut pas moins profonde. Un phénomène bizarre se produisit qu'on a appelé la « Grande Peur » : le bruit se répandit que des troupes de brigands accouraient, saccageant tout sur leur passage. Partout les paysans s'armèrent en hâte. La panique passée, il y eut une véritable jacquerie : les paysans se jetèrent sur les châteaux, brûlèrent les archives seigneuriales

pour effacer toute trace des contrats qui établissaient les redevances féodales ; plusieurs châteaux furent incendiés.

LA NUIT DU 4 AOUT, a a Pour arrêter les désordres, l'Assemblée inquiète se décida à ratifier les volontés populaires. Le 4 août, dans une séance de nuit, un député noble, le vicomte de Noailles, déclara que la crise ayant pour cause unique les droits seigneuriaux, le seul remède était de les abolir. La proposition fut accueillie avec enthousiasme. « C'était, dit un député du Tiers, à qui offrirait, donnerait, remettrait aux pieds de la nation. " Jusqu'à deux heures du matin, au milieu des larmes, des embrassements' des applaudissements, les députés, dans une sorte de délire de désintéressement, votèrent la suppression des droits féodaux, le rachat des dîmes et banalités, l'abolition des corporations, des privilèges des provinces, des privilèges des individus, de la vénalité des offices, l'établissement d'une justice gratuite, l'admissibilité de tous les Français à tous les emplois.

Ainsi la révolution politique était complétée par une révolution sociale, le régime du privilège remplacé par l'égalité entre tous les Français. Plus rien ne demeurait de l'ancien régime ; selon le mot d'un député « on avait table rase '\

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