DÉCLARATION DES DROITS DE L'HOMME
0 0 L'Assemblée pouvait dès lors reconstruire l'Etat et la société sur des bases nouvelles. La majorité décida de proclamer d'abord, comme avaient fait les Américains, les principes philosophiques sur lesquels serait fondé l'ordre nouveau. C'est la célèbre « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen », votée le 27 août 1789. Elle se compose d'un préambule, rédigé par Mounier, député de Grenoble et de dixsept articles dont les principaux rédacteurs furent La Fayette, Talleyrand, l'abbé Siéyès et Mounier.
La gravure ci-contre (page 285), en donne le texte complet.
LES JOURNÉES D'OCTOBRE, .é? jO Dans les
semaines qui suivirent, l'Assemblée vota les principaux articles de la Constitution. Mais le roi, circonvenu par son entourage, n'avait ratifié ni la Déclaration ni les résolutions de la nuit du 4 août. Il paraissait de nouveau songer à un coup de force. D'autre part, le peuple de Paris était surexcité par la crainte de la disette, les vivres devenaient rares, on se battait aux portes des boulangeries.
Le 4 octobre, le bruit se répandit à Paris que, dans un banquet offert à Versailles par les gardes du corps, la cocarde tricolore avait été foulée aux pieds en présence de la reine. Cela déchaîna la fureur populaire. Le 5 octobre, des milliers de femmes en armes, suivies bientôt par des milliers d'hommes, se portèrent sur Versailles pour demander, disaient-elles, du pain au roi. Le palais fut bloqué par la foule. Le 6 au matin, les émeutiers forcèrent les grilles, tuèrent quelques gardes du corps et envahirent l'appartement de la reine qui s'enfuit près du roi. Louis XVI, pour apaiser les troubles, décida de se rendre à Paris. Entourée par la foule où des bandits portaient au bout de leurs piques les têtes des gardes du corps, la famille royale — ■ huit personnes enfermées dans une seule voiture qui s'en allait au pas — ■ quitta le château de Versailles et vint s'installer aux Tuileries.
Dix jours plus tard l'Assemblée à son tour se transporta à Pans : elle siégea dans la salle du Manège, près des Tuileries,
LE PEUPLE ET L'ASSEMBLÉE, a ti Les journées d'octobre firent du peuple de Paris le maître de la situation. Obligés de résider au milieu de ce peuple en armes, le roi et l'Assemblée se trouvèrent en réalité sous sa dépendance.
L'action du peuple s'exerça directement sur l'Assemblée au cours même des séances. Les tribunes de l'Assemblée, les abords de la salle étaient toujours remplis d'un public passionné qui manifestait son
LOI m" i* tF O/ „ /'3:m« 11"-'*" '"UB I.
Assignat
d^ydix^sous.
UN ASSIGNAT (Bibl. Nat.). 0 Papier'monnaie dont la valeur, au lieu d'être
garantie par de l'or et de Vargtnl,étiàt garantie t>ar les biens du clergé, repris par l'État,
gualifiéi Domaines nationaux et vendus IJoar le riglemait des dettes de la royauté.
(cl. HACHFTTE.)
opinion par des huées ou des applaudissements. Plus tard même, sous prétexte de pétitions à présenter, des cortèges populaires furent admis à défiler devant l'Assemblée:
L'Assemblée Constituante tenait des séances quotidiennes. Elle s'était divisée en quatre groupes principaux : les Aristocrates, partisans de l'ancien régime, qui siégeaient à droite du président ; les Constitutionnels et les Monarchiens au centre, ceux-ci partisans du régime anglais, c'est-à-dire d'un Parlement à deux Chambres ; à gauche les Patriotes, partisans de la toute-puissance de la nation représentée par une Assemblée unique. Chaque groupe avait ses orateurs réputés : l'abbé Maury à droite, Barnave à gauche. Au centre, le plus éloquent de tous, le célèbre Mirabeau.
De taille moyenne, de formes athlétiques, Mirabeau était remarquablement laid et défiguré par la petite vérole : « On ne connaît pas la toute-puissance de ma laideur, disait-il lui-même. Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre. » Il parlait à la tribune presque sans gestes, d'un ton calme et grave, appuyant sur les mots d'une voix pleine et sonore, gardant un sang-froid imperturbable, démontant ses interrupteurs par des ripostes foudroyantes. Profond politique autant que grand orateur, Mirabeau voulait une royauté forte et populaire, respectueuse des libertés constitutionnelles ; il aspirait au gouvernement, pour entraîner le roi dans les voies de la Révolution, prévenir les dangers d'anarchie et de césarisme qu'il prévoyait. Mais il était jalousé par ses collègues, déconsidéré par une vie de désordre et de débauches, et perdu de dettes. L'Assemblée vota — • contre lui — qu'un député ne pourrait pas être
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DÉCLARATION DRS DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN (Musée ûroanlei).
Le texte de h Déclaration des Droits de l'Homme et du Ciloven est inxril sur an tocle çœ ttartut* "» denx ■ /aWn » on /««ecMi imwmM /■» iaNMl de cAéw en décore la pastie sapérteart. En haut, det figmea aHégoriqua; à gauche, « la France avant hrité tes fers »; è droilt, • il L^
Raison qui vient disssit>er les noages de VErreur ». (CL. HACHrm.)
m,Vm am taHn rëÊUéth
LOUIS XVI CHEZ L'ÉPICIER SAUCE, A VARENNES (Gravure de Prieur, Bibl. Nat.). a Sauce, h plus haute aulorilé de Varennes. en rakience du maire député Georges, té tous Us voyageurs arrêtés par Drouei de descendre dans sa maison pour l'examen des passeports. La foule envahit la demeure de iépider et reconnaît le roi assis à tabU |(à droite) avec la reine, .^on attiludt reste calme et résignée en face de la troupe de forcenés armés de piques et de sabres, éclairés par des torches. (cL. HACHETTE.)
ministre. Il se fit alors le conseiller secret du roi qui paya ses dettes, mais ne l'écouta guère. On soupçonnait son entente avec la Cour, on cria même dans les rues de Paris « la grande trahison de M. de Mirabeau ». Cependant sa mort, au mois d'avril 1791, fut un deuil public et son corps fut inhumé au Panthéon.
FÊTE DE LA FÉDÉRATION. /H f) Tandis que l'Assemblée poursuivait à Pans la rédaction de la Constitution, les Patriotes de province ne restaient pas inactifs. Les gardes nationaux des différentes régions fraternisaient dans des fêtes, appelées Fédérations, parce qu'ils juraient de rester unis ou « fédérés » pour la défense de la liberté.
Le mouvement, parti du Dauphiné, gagna peu à peu toute la France et aboutit à une fête grandiose de fédération nationale, célébrée à Paris le 14 juillet 1790. La cérémonie eut lieu au Champ de Mars, transformé en sept jours, par le travail de la population parisienne tout entière, en un colossal amphithéâtre, où 200 000 personnes trouvèrent place. Toutes les gardes nationales de France avaient envoyé des délégations. En leur nom La Fayette jura sur l'autel de la Patrie d'être à jamais fidèle à la Nation, à la Loi, au Roi.
La Fête de la Fédération est un des événements capitaux de la Révolution : non seulement, par cette cérémonie solennelle, toutes les provinces de France manifestaient leur adhésion au nouveau régime, mais l'unité nationale se trouvait fondée sur une base nouvelle, la volonté librement exprimée des populations. La France était comme reconstituée par l'adhésion spontanée de ses habitants et les serments réciproques qu'ils se prêtèrent. Dès lors tout démembrement de la France — comme celui qu'elle a subi en 1871 — ^ ne pouvait plus être qu'une mutilation inique, un attentat à la liberté humaine.
CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ, û a Après La Fayette, le roi avait juré sur l'autel de la Patrie « qu'il maintiendrait la Constitution ». Peutêtre alors était-il sincère, mais l'influence de son entourage et la politique religieuse de l'Assemblée amenèrent dans son esprit un nouveau revirement.
Dès le mois de novembre 1 789, la banqueroute devenant imminente, l'Assemblée avait décidé de vendre au profit de l'État les biens du clergé. Ces biens qualifiés plus tard « biens nationaux » devaient servir de garantie à un papier-monnaie, les assignats. En
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revanche l'État s'engageait « à pourvoir aux frais du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres ». Indifférente au clergé à portion congrue, la mesure avait atteint surtout et irrité profondément le haut clergé. Le vote de la « Constitution civile du clergé» en juillet 1790 eut des conséquences plus graves. Cette Constitution avait été rédigée par des catholiques gallicans, hostiles à la suprématie pontificale ; elle établissait que le nombre des évêchés serait ramené de 134 à 83, un par département, que les évêques et les curés seraient élus par les assemblées électorales de département et de district. Le pape ne donnait même pas l'investiture spirituelle, il était simplement informé de l'élection.
Quelques mois plus tard, devant l'opposition des évêques, l'Assemblée voulut contraindre le clergé à prêter serment de fidélité à la Constitution. Mais tous les évêques, sauf quatre, des milliers de prêtres, refusèrent le serment. On les appela les réfractaires. Ceux qui se soumirent furent les jureurs ou constitutionnels. Par un bref d'avril 1791, le pape les condamna comme schismatiques. Aux discordes civiles vinrent alors s'ajouter les discordes religieuses, provoquées par la lutte, de plus en plus âpre et passionnée, entre les prêtres constitutionnels et les prêtres réfractaires.
LA FUITE A VARENNES. a û Louis XVI était profondément pieux : bien qu'il eût sanctionné la Constitution civile, il n'osa pas s'y conformer, surtout après qu'elle eut été condamnée par le Pape. Troublé dans sa conscience, il prit alors la décision de s'échapper, d'aller rejoindre l'armée qui se trouvait en Lorraine sous le commandement du marquis de Bouille et de reconquérir son autorité par les armes.
Le peuple, sans connaître ces projets, les soupçonnait et se méfiait. Le 18 avril 1791, comme Louis XVI se disposait à se rendre à Saint-Cloud. — ■ pour y faire ses Pâques, disait-on, avec un prêtre réfractaire — , la foule envahit les cours des Tuileries, tint la voiture royale bloquée pendant deux heures, força le roi à descendre et à renoncer à son voyage.
Louis XVI dissimula quelque temps encore, puis, dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, déguisé en valet de chambre, il s'échappa des Tuileries avec la reine, ses deux enfants. Madame Elisabeth sa sœur, et trois gardes du corps.
La lourde berline qui l'emportait parvint sans encombre vers huit heures du soir à Sainte-Menehould. Mais, de Paris, aussitôt sa fuite découverte, le 21 au matin, des officiers avaient été lancés à sa poursuite et l'ordre était donné de l'arrêter. Cet ordre parvint à Sainte-Menehould peu après le départ de la berline.
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LE SERMENT DE LOUIS XVI A LA CONSTITUTION (ArchIvM N.I.). a U note de l'arcfdviiU au on txit au bat du Krmait al aind rcditU : « Serment du Roi. écrit de sa main et remis nir te Bureau de VAsmnbUe Nationale, le 14 tettemhre 1791 ». On remarquera l'expressioa Assembla Nationale stjatituèe à /'uprOMOn eemanle AsaïmbUe Conttiluante (cL. HACHEnx.)
Aussitôt le fils du maître de poste, Drouet, partit à cheval. Il put à travers champs, devancer le roi, et portant l'ordre, vint donner l'alarme à Varennes, un petit bourg au pied de l'Argonne. Lorsque la berline arriva vers minuit, elle fut arrêtée comme elle allaitatteindre l'Hôtel du « Grand Monarque », l'auberge où était préparélerelais. La population ameutée paralysa les efforts des cavaliers détachés par le marquis de Bouille pour assurer le passage des fugitifs. Ramené à Paris comme un prisonnier par les commissaires de l'Assemblée, les députés Barnave et Pétion, le roi fut dès lors tenu sous bonne garde aux Tuileries. La Constituante le suspendit de ses pouvoirs et décida d'assumer seule tout le gouvernement jusqu'à l'achèvement de ses travaux.
LA FUSILLADE DU CHAMP DE MARS, a a Cette tentative de fuite acheva de ruiner les sentiments de fidélité à Louis XVI, restés jusqu'alors très vivaces. n II faut être au milieu des Français, écrivait un diplomate étranger, pour concevoir leur indignation. En
parlant de leur roi ils ne se servent que des mots de lâche, bête, etc. » Bien plus, l'attachement à ce que le député Duquesnoy appelait " la sainte, la vénérable antiquité de la monarchie » se trouva ébranlé. Jusque-là il n'y avait eu que quelques républicains isolés. On ne croyait pas à la possibilité de la République dans un grand État comme la France. Mais, pendant l'absence du roi, après son retour, on fit comme l'expérience de la République : l'Assemblée assura seule tous les services qui fonctionnèrent sans encombre. Dès lors les républicains devinrent de plus en plus nombreux, surtout à Paris.
Pour empêcher que l'Assembléene rétablît Louis XVI dans ses pouvoirs, de grandes manifestations furent organisées le 17 juillet. Les républicains allèrent en masse au Champ de Mars signer sur l'autel de la Patrie une pétition qui invitait l'Assemblée à mettre en jugement Louis XVI et à organiser un nouveau gouvernement. Mais l'Assemblée, restée monarchiste, envoya contre les manifestants la garde nationale. Une bagarre éclata : la garde tira sur la foule, il y eut un grand nombre de tués et de blessés. Les principaux meneurs du mouvement furent arrêtés ou s'enfuirent ; le parti républicain se trouva pour un temps désorganisé.
LA FIN DE LA CONSTITUANTE, a a Deux mois plus tard l'Assemblée achevait ses travaux. Le 14 septembre, le roi, rétabli dans ses pouvoirs, vmt prêter devant l'Assemblée le serment solennel de maintenir la Constitution. Il y eut des acclamations en son honneur, mais aussi des murmures.
Le vendredi 30 septembre, l'Assemblée Constituante déclara « que sa mission était remplie et que ses séances étaient terminées ».
LA CONSTITUTION DE 1791. ^ ^ Depuis le mois de juillet 1789, l'Assemblée avait travaillé à rédiger la Constitution. Acceptée par le roi dès 1 790, la Constitution fut à plusieurs reprises remaniée et promulguée définitivement en 1791.
Le régime nouveau établi par l'Assemblée était la monarchie constitutionnelle fondée sur deux principes essentiels, la souveraineté du peuple et la séparation des pouvoirs. La nation souveraine délègue le pouvoir exécutif au roi, le pouvoir législatif à une Assemblée élue, le pouvoir judiciaire à des juges élus.
Le roi, hier maître absolu par la grâce de Dieu, n'est donc plus que le délégué héréditaire de la nation à l'exécutif. Il reçoit sous le nom de liste civile un traitement de vingt-cinq millions. Il nomme les ministres, les ambassadeurs, les officiers. Il est inviolable et irresponsable ; les lois doivent être sanction-
nées par lui et il a le droit de veto suspensif, c'est-à-dire qu'il peut, pendant deux législatures, refuser sa sanction. Mais la loi passe, même sans la sanction royale, si une troisième Assemblée la vote.
Le pouvoir législatif appartient à 745 députés élus pour deux ans, qui forment l'Assemblée législative. L'Assemblée est indissoluble. Elle vote les lois, fixe le chiffre des contributions, les répartit entre les départements, ordonne et surveille l'emploi des fonds publics, et décide de concert avec le roi la guerre et la paix.
Les tribunaux réorganisés sont formés de juges élus comme les députés. En outre, dans les procès criminels, la nation exerce presque directement la puissance judiciaire : ce ne sont pas les juges, mais des citoyens tirés au sort, les jurés, qui proclament l'innocence ou la culpabilité de l'accusé.
La conséquence logique de la Déclaration des droits, c'eût été le suffrage universel, le droit de vote accordé à tous les citoyens. Mais les Constituants, pour la plupart des bourgeois, se défiaient du peuple ; ils n'osèrent pas établir le suffrage universel et organisèrent le suffrage restreint, à deux degrés. Les Français furent divisés en citoyens passifs qui ne votaient pas, et citoyens actifs qui votaient. Pour être citoyen actif, il fallait payer une contribution égale à la valeur de trois journées de travail. Il y eut environ 4 millions de citoyens actifs contre 3 millions de citoyens passifs. Les citoyens actifs, réunis en assemblées de canton, désignaient les électeurs. Pour être électeur, il fallait posséder un revenu foncier égal à la valeur de 150 à 200 journées de travail. Ces électeurs, au nombre de 42 980, élisaient les députés et les juges.
L'ŒUVRE DE LA CONSTITUANTE. 0 a \^ Constitution de 1791 ne représente qu'une partie de l'œuvre de la Constituante qui fut immense puisque, tout étant détruit dans l'Etat, tout était à reconstruire. L'Assemblée s'efforça de régler toute la vie nationale sur les principes nouveaux.
A l'ancien régime administratif confus, compliqué et centralisé, elle substitua une nouvelle organisation, uniforme, simplifiée et décentralisée. La France fut divisée en 83 départements, le département subdivisé en districts, le district en cantons, le canton en communes. Dans les départements et leurs subdivisions, l'autorité administrative fut confiée, non pas à des fonctionnaires nommés par le gouvernement central, mais à des délégués élus par les citoyens actifs.
Tous les anciens impôts ayant été abolis, la Constituante établit de nouvelles contributions : le mot contribution, substitué au mot impôt, indiquait le payement librement consenti par la nation, substitué au payement imposé par le roi. Les contributions
LA CHUTE DE L'ANCIEN RÉGIME
LE CLUB DES JACOBINS (ENTRÉE RUE SAINT-HONORÉ). Eau-forte <!<■
Duplesiis Bertaux (BibL Nat.). Û Ancien couvent des Jacohins dans lequel s'installa la Société « des Amis de la ConslituHon ». Sur le portail, le drapeau tricolore. On aperçoit dans la cour an ■ arbre de la Liberté *. (cL HACHETTF.)
directes furent de trois sortes • la contribution foncière, perçue sur les terres et les maisons ; la contribution personnelle et mobilière, calculée sur la fortune du citoyen d'après son loyer ; les patentes, payées par les commerçants et industriels. L.es contributions indirectes furent réduites aux droits d'enregistrement, perçus sur la valeur des actes dont les particuliers font constater l'existence par l'Etat ; au timbre et aux douanes, toutes contributions encore perçues aujourd'hui.
Conformément à la Déclaration, toutes les libertés fondamentales furent garanties. Grâce à la liberté de la presse et à la liberté de réunion, les journaux et les clubs de toute opinion se multiplièrent rapidement. En vertu de la liberté de religion, les protestants, tenus à peu près hors la loi depuis la révocation de l'édit de Nantes, recouvrèrent tous leurs droits civiques et même leurs biens confisqués ; les Israélites reçurent le titre et les droits de citoyens ; les naissances, les mariages, les décès ne furent plus enregistrés par le clergé, mais par les officiers municipaux.
La Constituante établit la justice gratuite et éf^le pour tous. Elle supprima la torture et les supplices inutilement cruels. Elle voulut que les peines fussent proportionnées à l'importance des délits et créa l'échelle des délits et des peines : on distingua désormais les crimes, frappés de peines affiictivcs et infamantes, la mort, la déportation ; les délits correctionnels, frappés d'emprisonnement et d'amende ; les délits municipaux ou contraventions, punis d'une amende légère.
Enfin la Constituante décréta qu'il serait organisé « une instruction publique, commune à tous les citoyens, gratuite pour les enseignements indispensables pour tous les hommes ". Mais elle n'eut pas le temps de l'organiser et légua cette tâche aux Assemblées qui lui succédèrent.
L'Assemblée Législative.
L'ASSEMBLÉE ET LES CLUBS, a a Us Constituants avaient décidé avant de se séparer qu'aucun d'eux ne pourrait faire partie de l'Assemblée Législative. Les députés élus étaient donc presque tous des hommes nouveaux, peu connus et sans grande expérience politique. Hors de r.'\ssemblée ils se retrouvaient dans les clubs qui s'étaient formés au temps de la Constituante. Ces clubs étaient en 1791 au nombre de trois, tirant leurs noms des couvents désaffectés où ils siégeaient : les Jacobins, les Feuillants, les Cordeliers.
Presque unanimement les députés étaient royalistes. Mais les uns voulaient qu'on s'en tînt à l'application stricte de la Constitution : ceux-ci siégèrent à droite, ils appartenaient au club des Feuillants. D'autres se méfiaient du roi et, voulaient réduire la puissance
LE CLUB DES JACOBINS. SAIXE DES SÉANCES. Cnnir. .ocaTnK de 1791 (Mutte anuvalel). f La salit de, tiaKot Jm CU al rmcimm ••thjtim BUSthtqm des Joeohiru9u'onaaméttaiit« pmm im fémÊam fiM^mat, Le Amtmb Jb ttèàémi à gauche, au milieu de h salle , la tribune des onrfewn lui feàl tit-à-tit. (eu hachktti )
NOtVlLLE HISTOIRE DE FRANCE
royale au point que le roi fût simplement un président de république héréditaire. Ceux-là siégèrent à gauche, ils appartenaient au club des Jacobins. Ce club avait été créé le premier, en 1789 et il était resté le plus important. Il était même devenu une véritable puissance dans le royaume, car dans toute la France des sociétés analogues s'étaient formées et s'étaient affiliées h la société de Paris, de sorte que les Jacobins eurent, dans la plupart des départements, des agents volontaires qui recevaient le mot d'ordre de Paris. L'orateur le plus écouté du club était déjà Robespierre, ancien député du Tiers d'Arras. A ce titre Robespierre ne pouvait faire partie de la Législative, où les membres du club les plus influents furent deux députés de Paris, le philosophe Condorcet et le journaliste Brissot, ainsi que les députés de la Gironde, Gensonné, Guadet et Vergniaud, celui-ci grand orateur, d'une éloquence abondante, enflammée et généreuse. Les Girondins, républicains de tendances, se réunissaient aussi hors de l'Assemblée dans le salon de Mme Roland, femme d'esprit supérieur et d'une grande noblesse de sentiments.
A l'extrême gauche, sur les bancs les plus élevés, siégeaient quelques députés adhérant au club des Cordeliers. Ce club avait un caractère plus populaire ; il réunissait en grand nombre boutiquiers et ouvriers des faubourgs parisiens. Les Cordeliers étaient franchement républicains : c'étaient eux qui, en juillet 1791, avaient pris l'initiative de la pétition du Champ de Mars.
TROUBLES INTÉRIEURS ET MENACES DE GUERRE. ^ 0 Quand la Législative commença ses travaux, le 1®' octobre 1791, la situation intérieure et extérieure était extrêmement troublée.
Dans l'ouest, en Vendée surtout, les paysans poussés par les prêtres réfractaires avaient commencé la guerre religieuse. Ils donnaient la chasse aux prêtres jureurs et tenaient tête aux gardes nationaux envoyés contre eux. L'Assemblée décréta le 21 novembre 1791 que tous les prêtres devraient prêter le serment civique, sous peine d'être privés de leurs pensions et traités comme suspects. Le roi mit son veto à ce décret.
Tandis que s'allumait à l'intérieur la guerre religieuse, la question des émigrés allait bientôt provoquer la guerre étrangère. La Révolution à ses débuts avait été profondément pacifique ; en 1 790 la Constituante avait décrété solennellement que « la nation française renonçait à toute guerre de conquêtes. » Mais les nobles émigrés qui avaient quitté la France plutôt que de se soumettre aux lois nouvelles s'étaient groupés à Coblentz autour des frères du roi, le comte
LA FOULE ENVAHIT LES TUILERIES 20 JUIN 1792. Dessin de Prieur
(Bibl. Nat.). Û Valihulc du palaix dans lequel se précipitent les émeuliers traînant ttn
canon. Aucune résistance; personne n'est à son poste Les gardes nationaux chargés de
défendre le château restent inacHjs ms font défection, (cL. HACHETTE.)
de Provence et le comte d'Artois ; ils avaient formé un gouvernement et une armée, ne cessaient d'intriguer près des souverains étrangers et d'annoncer qu'ils viendraient bientôt rétablir le roi dans sa toute puissance avec l'appui de l'empereur et du roi de Prusse, dont ils avaient obtenu en août 1791 la menaçante déclaration de Pillnitz. Ces menaces enflammèrent les esprits en France ; on commença à parler dans les clubs '1 de faire la guerre aux rois pour l'émancipation des peuples ». Déjà la Constituante avait protesté auprès de l'empereur contre l'attitude de l'électeur de Trêves qui laissait les émigrés s'assembler en armes dans son électorat. La protestation devint plus vive dès que la Législative fut réunie. L'Assemblée décréta le 9 novembre 1791 que les émigrés qui ne seraient pas rentrés au I®"' janvier 1792 seraient déclarés «suspects de conjuration contre la patrie » et poursuivis comme tels. Le roi mit également son veto à ce décret.
DÉCLARATION DE GUERRE. ^ >é/ Les Girondins et avec eux la majorité des Jacobins — en dépit de Robespierre plus clairvoyant — étaient partisans de la guerre contre l'Autriche. Mais Louis XVI et Marie-Antomette, qui n'avaient pas accepté sincèrement leur rôle de souverains constitutionnels, négociaient secrètement avec l'empereur. Les Girondins s'en doutaient : Brissot, Isnard, Vergniaud tinrent à l'Assemblée des discours de plus en plus belliqueux et menaçants pour la Cour. Ils firent décréter d'accusation le ministre des Affaires étrangères. Le roi, effrayé, céda une fois de plus et constitua un ministère formé d'amis des Girondins, Roland à l'Intérieur, Dumouriez aux Affaires étrangères (12 mars 1792). Au même moment l'empereur Léopold, qui désirait la paix, mourait subitement et était remplacé
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BRUNSWICK ''(1735-1806) '(Bibl.Nat). aAdtaTla-Gmlhamr-Ferdinand, duc at
Bnmmck-Lar.ebourg, ancien lieutenant de Frédéric II. d'ailleurs prince d'esprit éclatré,
est resté pour la postérité ' Bninpvick ' tout court, l'homme du fameux manifeste qu il
signa le 25 iuillel 1792, mais au il n'avait ni rédigé ni approuve. (CL. HACHrrrt.)
par son fils François II, " militaire dans l'âme et absolutiste ». A l'ultimatum français le nouvel empereur'réponditllui-même par un* ultimatum. Alors, sur la proposition du ministère girondin, l'Assemblée vota d'acclamation la guerre « contre le roi de Hongrie et de Bohême » (20 avril 1792). En désignant l'empereur par ce titre inusité, elle voulait marquer clairement que la France ne faisait pas la guerre à l'empire d'Allemagne, mais seulement à la maison d'Autriche. La déclaration de guerre est une date capitale dans l'histoire de la Révolution : en effet, c'est la guerre qui amena la chute de la royauté ; c'est la guerre qui amena l'établissement de la Terreur ; c'est d'elle enfin que sortiront la dictature napoléonienne et l'Empire. Dès lors chaque événement militaire eut son contre-coup à Pans.
JOURNÉE DU 20 JUIN, a /â On croyait en France n'avoir à combattre que les Autrichiens et on espérait conquérir facilement la Belgique, mais le roi de Prusse se joignit à l'empereur. Les armées fran çaises, mal commandées, désorganisées par 1 émi gration des officiers, éprouvèrent dès les premières rencontres des paniques qui rendirent impossible toute offensive en Belgique. Bientôt on craignit l'invasion étrangère. En même temps les troubles
DERNIER ORDRE DE LOUIS XVI (Mi.^. OrnâvJei). 0 Écrit tl mm pn U roi le 10 août 1792. " Le roi ordonne aux Suissts Jt dépoter à finUant tetm armes et Je se retirer dans leurs casernes '*. Griffonné, d'après les uns, orient que la hatailU eût tfonmencé, d'après les autres, auond le roi eut aatms la certitude «ne U» Stsiases seraient kaltm.
religieux s'aggravaient dans l'Ouest et le Midi. L'Assemblée prit alors des mesures énergiques : le 27 mai elle décréta que tous les prêtres réfractaires seraient déportés ; le 8 juin elle ordonna la formation à Soissons d'un camp de 20 000 fédérés ou gardes nationaux volontaires. Far un nouveau revirement le roi refusa de sanctionner les décrets et renvoya le ministère girondin (12 juin). L'agitation grandit.
Pour effrayer le roi et le forcer à céder, une grande manifestation populaire fut organisée le 20 juin 1792, jour anniversaire du Serment du jeu de paume. Deux
LA TOUR DU TEMPIX. Dtmn. du Mmi» d« U Réraimian (Mml% CaraaMlcO.
0 Dont la rnnae lasrr éa TanpKen, Lams XVI, hme^i'i ia Immiamtt, fml Jéimm
du 14 Qoùl 1792 aa 21 imnier 179). On y «ll^lnlM «saf la rtim Afarat-^aMwMt •<
tes enjants. ainv vor Mmf ËkstàttK «w ^ '••*■ (CI-. HwmrnT.)
Le 1 1 juillet l'Assemblée proclama '< la Patrie en danger » et ordonna une levée générale de volontaires.
Dans toute la France, le peuple commença à s armer pour la défense de la patrie. Mais en même temps son irritation croissait contre Louis XVI qu'il accusait de trahison, d'entente secrète avec les ennemis — et de fait, sans qu'on le siàt alors, le roi et la reine avaient informé les Autrichiens du plan de campagne arrêté en Conseil des ministres — . Ces sentiments de défiance et d'hostilité à l'égard de Louis XVI furent exaspérés par le manifeste de Brunswick. Dans ce manifeste, connu à Pans le 3 août, le duc de Brunswick annonçait que tout garde national pris les armes à la main, tout Français « qui oserait se défendre » contre les envahisseurs serait puni comme " rebelle au roi », et que si Louis XVI était outragé de nouveau aux Tuileries, Paris serait livré « à une exécution mili taire et à une subversion totale ".
Ces menaces arrogantes soulevèrent Pans et la France, dans un élan de colère patriotique, contre l'étranger et contre le roi, évidemment complice.
RÉVOLUTION DU DIX AOUT, er 0 L'insur- DANTON (1759-1794). Por.r.iid-.meur Inconnu (Musé. G.mavai.,) jtf 0. „», xtcùox\ fut préparée, en dehors de l'Assemblée dont
Me hrle cl ronde, de ce masque ramasst qui tait fienser au bouledogue, avec le nez court ^ *^
et large, la mâchoire paioante. les weux petits, un peu bridi$. très Mrs. il K dégafe une [g majorité Testait mOnarchlSte, par leS délégués deS impression de force brutale et d'audace que rien n'intimide. . .... ... . ir»-
sections — divisions administratives de Pans — et
colonnes, fortes chacune de plusieurs milliers de personnes, hommes armés de piques et coiffés du bonnet rouge, femmes endimanchées, enfants portant des bouquets, vinrent remettre à l'.Assemblée une pétition où il était déclaré que la volonté de vingtcinq millions d'hommes ne pouvait être entravée par.la volonté d'un seul. Les manifestants se portèrent ensuite sur les Tuileries, forcèrent les portes, et envahirent les appartements du roi : Louis XVI, surpris, fut pendant trois heures bloqué par la fouie dans l'embrasure d'une fenêtre. On lui criait de retirer son veto, de rappeler les ministres patriotes. « Monsieur, lui dit un des chefs des manifestants, le boucher Legendre, vous êtes un perfide, vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore. Mais prenez garde, la mesure est comble! »
Par hasard la volonté de Louis XVI ne fléchit pas : pour apaiser la foule, il accepta de se coiffer du bonnet rouge, but à la santé des < sans culottes », mais refusa de retirer son veto. La manifestation n'eut aucun résultat.
LE MANIFESTE DE BRUNSWICK. 0 0 Cependant en juillet les dangers s'aggravèrent encore. Une forte armée prussienne, commandée par le duc de Brunswick, approchait de la frontière de Lorraine.
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PRINCESSE DE LAMBALLE (1749-1792) (Musée de Versailles), fit La p/o»
dévouée des amies de Marie -Antoinette et la plus célèbre des viclimei des kidiux
massacres de septembre- Sa tête fut portée, au bout d'une pi<iue, soui les fenêtres t/t
la Reine, au Temple. Cj pyrtrail date de 1777 envir-n. (t'L. HACHETTE.)
LA CHUTE DE L'ANCIEN REGIME
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