‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 1 sur 86 · SO, «DE DD BAC, SO · texte numérisé non relu

SO, «DE DD BAC, SO

Héunian des élals géiiw^uï. — Veille de la séaiice rojale. — (.ei-émoiiie iiiiposUDl^. — Le mat liberLé prononcé dans l'âgliiie Saint Loiiisi de Versailles. — Ouverture des étals généraux. — Discours du roi du garde des sceaux, de H. Kecker, — Impression produite parledisccui!> du roi et celui de H. Necker. — Oieposilions des membres du tiersciat

— Ce que la couronne avait fait pour le tiers état. — Vériflcsiioii de'. pouvoîrf . — L'Assemblée du tiers étal se déclare Assemblée iialinjiale

— Serment du Jeu de paume. — Déclai-ation du ^3 Juin.

La veille de la séance royale qui devait, poui Id piemière fois, réunir les états généraux, une cérènioniu imposante, hommage à l'ancienne religion du pays, appelait, à l'église Saint-Louis de Versailles, le roi, la reine, les princes de leur famille et les membres des trois ordres formant un même et majestueux cortège, qui semblait résumer toute la société française.

L'attente des états généraux était devenue un vœu public, depuis que ce mot avait été prononcé dans le Parleni«it, et qu'il avait offert un but, un moyen à l'esprit

de réforme et de changement qui parlait à (ant d'intelligences; aussi une foule considérable était-elle accourue pour assister ù ce spectacle solennel, au passage de la royauté et des trois ordres.

On remarqua, et dans plus d'une histoire de cette époque, on signale encoi'e la simplicité du costume du tiers état, à côté du luxe que montrait la noblesse; on avait maintenu l'étiquette observée en i6J4. Cette démarcation qui n'enlevait pas un membre au tiers état, ' élu avec sa double représentation, semble tenir à un certain esprit de cour qui n'avait pu faire place à l'esprit politique. On peut s'étonner que Necker, ministre bourgeois, qui avait bien pu obtenir le doublement du tiers, n'eût pas fait régler dans un autre sens une pure question d'étiquette. Il n'eût pas été bien diflicile, ce semble, d'inventer quelque broderie qui eût calmé les susceptibihtés dans une question de cette nature.

A l'église, quand M. de la Fare, évëque de Nancy, dans le discours qu'il prononça sur l'influence de la religion dans les empires, fit entendre te mot de liberté, des applaudissements accueillirent de tous cdtés cette parole qui semblait alors tout renfermer.

Le lendemain avait lieu, l'ouverture des étals généraux.

Le roi, la relue et les princes assistaient à cette première séance, où Louis XVI, d'une voix émue, pronontja le discours suivant :

A Le jour que mon cœur désirait depuis longteinps, est enfm arrivé; et je me vois entouré des représentants

DISCOURS De louis \VI. 3

de la nation, à laquelle je me fïtis gloire àe coinmandei'. « Un long intervalle s'est écoulé depuis la dernière tenue des états généraux, et quoique la convocation de ces assemblées parût être tombée en désuétude, je n'ai pas balancé à rétablir un usage dont le royaume peut tirer une nouvelle force et qui peut ouvrir à la nation une nouvelle source de bonheur.

■ La dette de l'État, déjà immense à mon avènement au trône, s'est encore accrue sbus mon i-ègne : une guerre dispendieuse mais honorable, en a été la cause; l'augmentation des impôts en a été la suite nécessaire, et a rendu plus sensible leur iuégale répartition. Une inquiétude générale, «n désir exatjéré d'innovatiort, se sont emparés des esprits et finiraient par égarer totalement les opinions, si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et modérés. C'est dans cette confiance, messieurs, que je vous ai rassemblés, el ie \ois avei^seiisibilité qu'elle a été justifiée par les dispositions que les deux premiers ordres ont montrées à renoncer à leurs privilèges pécuniaires'. L'espérance que j'ai conçue de voir tous les ordres, réunis de sentiments, concourir avec moi au bien général de l'État, ne sera point trompée.

« J'ai déjà ordonné, dans les dépenses, des retranctiemcnts considérables. Vous me présenterez à cet égard vos idées que je recevrai avec empressement; mais, malgré la ressource que peut offrir l'écx»nomie la plus sévère, je crains, messieui's, de ne pouvoir soulager mes sujets aussi promplemcnt que je le désirerais. Je ferai mettre sous vos yeux la situation exacte des finances, et quand vous l'aurei examinée, je suis assuré d'avance que

> Voir Its colliers du clergé et de la noblesse.

I CHAPITRE PHBHIEH.

VOUS me itroposerez les moyens les plus ellicaces pour y rétablir un ordre permanent et affermir le crédit public. Ce grand et salutaire ouvrage qui assurera le bonheur du royaume au dedans et sa considération au dehors, vous occupera essentiellement.

a Les esprits sont dans l'agitation; mais une assemblée des représentants de la nation n'écoutera sans doute que les conseils de la sagesse et de la prudence.

« Vous aurez jugé vous-mêmes, messieurs, qu'on s'en est écarté dans plusieurs occasions récentes'; mais l'esprit dominant de vos délibérations répondra aux véritables sentiments d'une nation généreuse et dont l'amour pour ses rois a toujours fait le caractère distinctif. J'éloignerai tout autre souvenir.

« Je connais l'autorité et la puissance d'un roi juste au milieu d'un peuple fidèle et attaché de tout temps aux fnincijies de la monarchie. Ils ont fait la gloire et l'éclat de la France; je dois en être le soutien et je le serai constamment. Mais tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier ami de tes peuples, vous pensez, vous devez l'attendre de mes sentiments.

« Puisse, messieurs, un heureux accord régner dans cette assemblée, et cette époque devenir à jamais mémo* rable pour le bonheur et la prospérité du royaume ! C'est le souhait de mon cœur, c'est le plus ardent de mes vœux, c'est enfin le prix que j'attends de la droiture de mes intentions et de mon amour pour mon peuple. -

a Non garde des sceaux va vous expliquer plus ann-

■ Les électJMis, les brochures; la presse.

LE DERHIER ROI DE L'ANCIEN RÉGIHE. 5

plement mes inlentions, et j'ai ordonné au directeur général des finances, de vous en exposer l'éfat. n

Il y aurait de nombreuses observations à faire sur ce discours du roi Louis XVI. Nous nous bornerons ici à quelques-unes, dont il nous semble impossible de contester l'importance.

C'est le dernier roi de l'ancien régime qui parle; les étals généraux qui n'ont pas été convoqués depuis cent •soixante-quinze ans, h peine réunis, quel langage leur lient-il? Le roi rappelle lui-même que ces assemblées des trois ordres étaient un usage, et cette expression qui n'a jamais soulevé aucune contradiction, caractérise bien, en effet, l'histoire des états généraux. On ne pouvait appeler régulière une institution qui, n'intervenant qu*à de longs intervalles dans la situation de la France, était depuis près de deux siècles suspendue, presque supprimée par conséquent, et qui, pour répéter les justes paroles du roi, paraissait tombée en désuétude.

Pourquoi cependant le roi Louis XVI a-t-il recours à ce conseil extraordinaire de la nation française, qui, dans ses trois ordres, représente très-exactement cette société avec ses traditions? Pourquoi fait-il un appel à celte société même? Parce que cette société était déjà intervenue, dans des circonstances extraordinaires, et qu'il y a des instants, dans l'hisloire des peuples, oô, qu'on nous permette ce mot, on croit devoir consulter tout le monde. Or, à peine a-t-il entretenu l'assemblée de l'état des finances, dont il est loin d'atténuer les 'embarras, le roi ne peut s'empêcher d'indiquer aussitAl'« l'inquiétude générale, le désir exagéré d'innovation, qui se sont emparés des esprits. »

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