LES ËLECTBDRS DE PARIS
secoQstitHerenasseiobléepennBDente pendant la durée des états généraux'; mais cette décision des électeurs parisiens, dont les conséquences se montrèrent bientôt, appartient à une situation qu'il importe de bien connailre.
Où des électeurs prennent-ils le droit, après avoir Dommé des députés, de survivre à l'élection même qui est leur unique mission, et de créer à leur usage un pouvoir indéfini dont ils ne rendent compte à personne dans cet Hôtel de Ville dont l'influence est si grande dans une capitale comme Paris? Il semble qu'à l'époque dont nous nous occupons, le moment des initiatives extraordinaires des pouvoirs improvisés soit arrivé, et qu'en présence d'un esprit nouveau, que rien n'arrête, l'autorité recule comme si elle n'était pas sûre d'elle-même. Necker, en effet, consentit aux réunions des électeurs dans une des salles de l'HUel de Ville, où leurs séances Turent publiques : ce nouveau pouvoir, qui s'organisait avant même les états généraux, fut l'origine de la commune de Paris.
Les électeurs, comme s'ils avaient formé une institution régulière et qu'ils eussent un caractère oPHciel, envoyèrent une dèputationà l'Assemblée nationale pour la féliciter des décrets qu'elle avait elle-même rendus, et de son avènement au pouvoir.
Cette situation, unique dans l'histoire, mérite une attention sérieuse :
Une émeute, qui ressemble à une insurrection, vient
' Le procés-verbal de cette assemblée des électeurs parisi^is se rénioiait dans l'arrélé suivant : « L'assemblée a jugé qu'il était wà*seaire qu'elle se conslituât pendant la lenue des procliains états généraiiï, pour correspondre avec lesdépulés. »
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d'ensanglanter Paris; i] semble cependant que le premier besoin, la seule pensée du moment, est de tout mettre en délibération. C'est peu que douze cents membres, qui forment les états généraux, soient réunis à Versailles, il fnut une assemblée d'électeurs à l'Ht^tel de Ville; mais cette assemblée ne suffît pas encore, il faut qu'il y en ait une troisième de jour et de nuit au Palais-Royal, dans ce vaste club en plein air qui se renouvelle sans cesse et qu' centralise tout le mouvement, toute l'agitation des idées nouvelles.
Pour apprécier l'influence de cette tribune, de ce forum sans lois ni police, de cette émeute qui délibère au milieu d'orateurs improvisés, livrée à toutes les influences et à toutes les impressions parisiennes, i! suifit de. consulter les faits.
Pendant que l'assemblée du tiers se déclare nationale, souveraine et constituante, ta rue ouvre aussi son assemblée; l'assemblée de la capitale, comme l'a appelée M. Mignet, dans ce jardin qui devient une sorte de jeu de ■ paume en permanence. Un des modérés de l'Assemblée constituante, Rabaut Saint-Étienne, indique ainsi l'intervention du Palais-Royal dans la politiquedu jour : « 1^ Palais-Boyal était le rendez-vous de ceux des dtoyens qu'occupait vivement la chose publique; il ne désemplissait ni le jour ni la nuit. A chaque heure, à chaque moment, on y portait des nouvelles de Versailles et des pénis qu'avaient courus leurs députés, et de leurs craintes sur l'avenir*, u Or ces périls se résumaient jusqu'alors dans le triomphe du tiers et dans la réunion- des deux ordres fi la nouvelle Â
' Précis liùlorique de la Hévolittion française, p . 1 48 et 14A.
ÉTAT DE l'AUlS. 53
RabaufSaint-Étienne,qui n'est pas un homme de désordre, Irouve naturel que l'Assemblée dont il est membre, ait comme une succursale dans cç club qui représente tout l'esprit révolutionnaire de Paris, où chaque chaise est une tribune dont tout agitateur peut s'emparer.
Mais à côlè des électeurs de l'Hôtel de Ville organisés en assemblée, et du club du Palais-Royal, qui était comme la fièvre même des idées à l'ordre du jour, en face de l'Assemblée constituante, qui avait à régulariser une telle situation, il faut examiner l'état de Paris.
A Versailles, des cris tumultueux avaient demandé le maintien de Necker au ministère et l'avaient obtenu; Ini-squ'on apprit à Paris la réunion des trois ordres, l'enthousiasme éclata avec des élans de joie qui n'empêchaient pas, dit M.Louis Blanc, a tes manifestations violentes. " « L'aulorité militaire, continue celécrivain,s'eneffrayaau point que quatre compagnies des gardes-françaises eurent ordre de charger leurs fusils à cartouches. E^les désobéirent, forcèrent leurs casernes, parcoururent la capitale encriant : Vive le tiers état ! Nous sommes les soldats de la nation; et, suivis d'une miUtilude immense^ plus de cent gardes arrivèrent au Palais-Royal demandant à fraterniser avec le peuple et portant de grandes coupes remplies de vin. Versailles avait embrasé Paris, Paris embrasa la France'. »
Ces paroles n'ont pas besoin de commentaires, cl l'indiscipline militaire triomphant au Palais-Royal, où elle va fraterniser avec le grand club qui agite Paris, suftirait pour caractériser la situation de la capitale.
< Histoire de la Itëvolulion française, par M. Louis Blanc, t. IT, p. 3U.
m CHAl'ITRE 11
Dès te 27 juin, le jour même où la noblesse s'é|aU réunie au tiers état, Mirabeau commençait à s' effrayer des passions révolutionnaires, et il conseillait à la nouvelle Assemblée de te garder des ausdliaires séditieux'. Il semble qu'il aurait d'abord fallu demander la fermetuie du club du Palais-Royal; mais cette pensée ne s'offrait même pas à l'esprit des plus modérés, ce qui est encore, un indice remarquable de la situation. Chaque jour cependant elle semblait devenir plus claire, et, d'après les règles oixlinaires de la politique, il eOt été facile d'en apprécier la portée si la confiance et la foi dans les idées qui triomphaient, etauxquelles l'avenir paraissait réservé, n'avaient pas créé, pour beaucoup d'intelligences, une logique, une politique toutes nouvelles.
Le 50 juin, deux jours après la manif^tation d£S gardes françaises, un nouveau désordre éclate^ part da Palais-Royal, dontia foule, commence à réviser les décisions de l'autorité militaire.
Les principaux agitateurs àa Palais-Royal se trouvaient réunis au café de Foy, ordi»mre théâtre de leurs eonciliabulei*, lorsqu'ils apprirent, par une lettre qu'ap'portait un inconnu , l'empristmoeineait àl'Abbayede onze gardes françaises, pour avoir refusé de chaîner leurs armes à cartouches. Loustftlot, célèbre journaliste de l'époque, monte immédiatement à la tribune, sur une chaise du Palais- Royal, et se contente, pour toute harangue, de jeter, à la foule qu'il est sûr d'y trouver, ce cri significatif: Â l'Ab-
' Moniteur du 27 juin 1789.
» Hùloiredela Révolvtionfrançaiif:, par M. Louis Blanc, t. n,p.53T et 328. Nous avons reproduit les expres»ons mêraes de H. LouU
baye! è l'Abbaye! Ce cri suffit pour mettre six mille hom* mes en marche; cette foule, arrtiée de haches et de barres de fer, est bientôt aux portes de la prison ; les clefs lui en sontlivrées. Cependant la cavalerie arrive pour s'^poser à cette entreprise du pouvoir délittéraot qui siège au Palais-Royal. L'émeute, qui ne doute pas de son succès, se jellemu-âeTant de ces soldats et leur dit qu'elle est venue sauver leurs frires^. La cavalerie cède devant ces paroles, et un acte nouveau d'indiscipline vient protégé- et «ncoorager Ijndiscipline d^s gardes-françaises. .Délivrés, on les ramène en triomphe au Palais-Royal, qui devient le cfflitre oîi l'on orguiise et où l'o'n célèbre les victoires de la place publique. Oa y veille toute la nuit autour des soldats que la foule a mis e& liberté ; le lendemaio, logés à l'hôtel de Genève, ils deviennent l'objet depatriotiqueg offrandes*, que reçoivent des bourses et des corbeilles suspendues aux fenêtres de cet hûleP; mais on se souvient sans doute, au Palais-Royal, qu'il reste encore quelque pouvoir au gouvernement, et que des soldats indisciplinés sont exposés à retourner e» prison. Le Palais-Royal ne recule point devant ses actes, et il fait de la délivrance des onze soldats l'objet d'une communication de pouvoir & pouvoir, avec l'Assemblée dont il réclame l'intervention auprès du roi . L'Assemblée cependant n'accueille pas cette demande sans une vive ablation; elle voit en face d'elle l'indiscipline et l'émeute qui croient pouvoir s'adresser h elle avec confiance. Caractérisant le r61e qu'il redoute
' Louis Blanc, Histoire de la Révolitlim française, l. H, p 328.
* Voir le Q* vohune de VHislmre de la RévoUilion, par H. Louis Wanc p. 328.
* lient, item.
M CHAI'ITIIE 11.
pour les membres de t' Assemblée, s lis deviennent les instruments de la foule qui règne au Palais-Royal, Mirabeau prononce le mot de tribuns d'un peuple effréné*. La plus grande partie de l'Assemblée semble d'abord partager ces senlimenls, et repousser toute atteinte portée au respect dont il faut entourer le pouvoir fïc^aitt/'*.
Mirabeau, malade, s' efforce de parler, et, prenant en main la défense de l'ordre attaqué, veut que l'Assemblée se prononce hautement contre les troubles et l'émeute. Il a déjà préparé une adresse oîi il soutient ces principes conservateurs, mais il n'a pas la force d'en donner lecture, et, en définitive, l'Assemblée, sur la proposition de le Chapelier, prend l'arrêté suivant: «L'Assemblée nationale gémit des troubles qui, en ce moment, agitent Paris. Il sera fait au roi une députation pour le supplier de vouloir bien employer, pour le rétablissement de l'ordre, les moyens infaillibles de la clémence et de la bouté qui sont si naturels à son cœur, et de la conâance que son bon peuple méritera toujours. » Le roi reçut la députation de seize membres qui lui apportait l'arrêté de l'Assemblée, et lui accorda la grâce des gardes-françaises à une seule condition, c'est qu'ils se rendraient eux-mêmes en prison. Ils s'y soumirent, et bientôt après le roi ordonnait qu'ils fussent mis en liberté ; presqu'au même moment, les électeurs de Paris, qui croyaient nécessaire d'intervenir dans cette circonstance, à côté du Palais-Royal, envoyaient une députation à Versailles pour réclamer la mesure qui venait d'être prise.
' Quimiême lettre du comte de Mirabeau à ses commeltanis. * l)n peul tire cette séance dans ta Quinzième lettre de Mirabeau à ses commettants.