‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 12 sur 86 · LE CLUB BRETON · texte numérisé non relu

LE CLUB BRETON

On remarquera qu'il n'est pas question un instant de remonter à la Source du désordre si grave qui vient de se produire, et d'informer contre les agitateurs du Palais- Royal, contre l'émeute qui ouvre les prisons militaires; à dire vrai, c'est l'émeute elle-même qui, sous le nom du Palais-Royal, envoie une députation à l'Assemblée, et le compromis qu'elle accepte, c'est que les soldais coupables rentrent en prison pour la forme; les électeurs de l'Hôtel de Ville exigent leur mise en liberté immédiate.

Déjà, sous le nom de club Breton, le club des Jacobins s'était formé à Versailles'.

D'un autre côté, un conciliabule, formé des familiers du duc d'Orléans, existait à Montrouge'. La disette, suite d'une mauvaise récolte, aggravait une situation déjà si difficile, et, comme si la capitale eût pu nounir la France entière, quand elle avait tant de peine à s'approvisionner elle-même, des masses d'hommes affamés, qui fuyaient leurs provinces, affluaient en ce moment à Paris, où déjà la misère, la rareté et la cberté des subsistances, venaient ajouter aux périls du pouvoir.

Mais il y avait, dans celle situation, un fait bien plus considérable que les désordres même de la rue, c'était le changement profond, radical, que les actes de la nouvelle Assemblée avaient apporté dans l'État.

Quelques jours avaientsuffi pour développer cette situa-

■ < Le club Breton comptait à cette époque, parmi ses habitués, Buzot, Lanjuinitis, labbé Gr^oire, Robespierre. (Louîsfilanc, Histoire de la Révolution, p. 351 , t. H.) M. Louis Biniic ajoute que ce club I condnait au peuple. • Il signale aussi Adrien Duport comme un des ( plus liardis du club Breton. >

■ Louis Blanc, t. Il, p. 331 .

tion ; on en trouve la formule dans un aveu bien remarquable de RabautSaint-Ëtienne. Cet historien, àc6téd'un enthousiasme très-sincère pour les idées qui ont fait la Révolution, en particulier pour le Contrat soàal de Rousseau, nous révèle la pensée même de l'Assemblée constituante sur la situation de la monarchie. « La ti^W était, dit-il, que le pouvoir du roi était suspendu, dans le temps où les représentants du peuple faisaient une nouvelle constitution. Mais l'Assemblée n'osa jamais prononcer ce mot; et, selon l'expression de plusieurs membres, elle jeta un voile religieux sur celte grande mai$ dangereuse vérité'.

On n'a jamais rien dit de plus vrai, jamais l'esprit de (héorie, aspirant à gouverner, non pas senlem^t la France, mais le monde, n'a fait un aveu filus franc. Cet esprit qii'il importe d'étudier dans sa logique, est tellement convaincu de la nécessité de son intervention, que, pour réformer une monardiie, il commence par suspendre le roi, et il le reconnaît lui-même, non sans une certaine

■ Précis hiitorique de la lUvolution françaue, par Babaut SaiDl-^ Élitinne, p. St4.

■ Lorsque Bacon Taisaitses premières eipériences, dit RabautSaint- Eliennfi dans ce même ouvrage, lorsque Montaigne doutait, lorsque Bailly se faisait l'avocat général de bi philosophie, ils préparaient la révolution de France. Vais les luinîères de ia raison appartiennent à tous les peuples et à tous let pajs, et il u'est au pouvoir d'aucun potentat et d'aucun corps d'en retarder aujourd'hui les progrès. Elle continuera donc son ouvrage avec cette lenteur et cette sagesse qui font mûrir les événements sans les prédpiter; et, tandis que la France achèvera la lutte pénible dans laquelle elle est engagée, les peuples de l'Europe ne verront pas sans émotion s'accomplir ces destinées étonnantes de qui dépendent lesdeslinées de l'univers. » {Précis kitlorique de la Révoluliott française, p. 404 et 405.) On reconnaît bien ici le but général, universel, auquel t^id la Révolution.

LA THËORie. 5U

appréhension, mais il espère que le peuple ne s'en apercevra pas et qu'il attendra que l'Assemblée, qui ouvre un interrègne, ait eu le temps, en votant une constitution, de le fermer et de refaire le pouvoir. Il était impossible de pousser plus loin l'espiit de théorie et de système ; le protestantisme supprime la papauté, mais il conserve une partie du christianisme; nous assistons à une nouvelle expérience de la raison humaine : elle donnera une sorle de congé, qu'on nous permette le mot, à l'ancien pouvoir, qui a régi un pays pendant une suite de siècles, et puis, libre du passé, dans le vide qu'elle a fait autour d'elle, elle créera, avec des idées, un pouvoir nouveau, qui, étranger à l'histoire, à l'ancienne réalité, sortira de la théorie pure.C'est ce que Barrère appelait «recommencer l'histcnre. n

Necker, qui était le ministre de cette situation, sans précédents en France, l'acceptait avec l'espoir, lui aussi, de créer un gouvernement nouveau, l'imitation du gou* vernement anglais, au milieu del'interrf^ne quel' Assemblée nationale esçèrail cacher; mais naturellement on ne pouvait s'attendre à ce que tout le monde acceptât une situation aussi extraordinaire.

Fallait-il cependant que la France passât ii travers cette épreuve, pour en finir avec l'ancien régime? Valait-i! mieux attendre les événements que de réagir, que de se mettre en défense au moins contre la pression exercée par l'Assemblée, par les électeurs de l'Hôtel de Ville ou par la foule du Palais-Royal? Au point de vue de la politique normale, observée jusque-là dans tous les pays et par tous les gouvernements, il est certain qu'une telle situation n'était pas lenable. Mirabeau lui-même ledisait, lorsqu'il conseillait k l'Assemblée de se garder des auxiliaires se-

eo cuapithë ti.

ditieux, quoiqu'il ne le dit pas toujours; el comment étaitil possible de gouverner, d'après toutes les idées et les traditions reçues, quand une assemblée souveraine, qui s'était elle-même déclarée supérieure à la royauté, se rendait auprès de cette royauté l'intermédiaire de l'émeute, et réclamait la grâce de l'indiscipline miliUiire, parce que c'était l'émeute qui la demandait !

En s^pt jours, après la réunion des trois ordres, provoquée par le roi lui-même, le maintien de Neckerau ministère du 25 au 50 juin, voilà le chemin que le pouvoir avait parcouru! Il était difficile que tous ceux qui ne feraient pas, comme Necker, les plus larges concessions aux idées nouvelles, ne songeassent pas à prendre les précautions les plus sérieuses conlre des dangers manifestes, contre l'état vraiment anormal du pouvoir et la vive agitation de Paris.

Quelques mesures que l'on prit, elles ne pouvaient manquer, il est vrai, d'être impopulaires, par une raison bien simple : deux esprits, deux systèmes étaient en présence, celui du pouvoir ancien, qui, mis en question, suspendu par l'assemblée qu'il a réunie, en face de l'émeute qui gronde, des troupes qu'on débauche, menacé de périr, éprouve le besoin de faire acte d'existence ; et cet esprit nouveau, qui domine l'Assemblée, qui étonne et qui entraine (ani d'intelligences depuis Meunier, Bergasse, lUaloueljjusqu'àBarnave, Camille DesmouhnselRobespierre, qui prend une telle possession de la société française, qu'il semble devoir la changer à jamais, et que maintenant encore, aux yeux de bien des politiques peut-être, dont cette époque est le point de départ, il faut accepter cette transition nécessaire, ces troubles, ces orages, cette perturbation inouie et cette situation intolérable pour tout gou-

DEUl ESPIIITS CONTRAIRES. 61

vernement, mais indispensable pour une société qui ne pouvait rester dans la voie où l'avait placée l'ancien régime.

La lutte entre ces deux esprits contraires est l'histoire même de la Révolution ; il suffît de l'indiquer pour que l'on comprenne la mesure de gouvernement qui répondit aux désordres et à l'agitation de Paris, à l'erTacemenl et aux périb du pouvoir, par une concentration de troupes.

Necker, toujours confiant dans son influence sur les niasses, s'était opposé à cette mesure, que le conBeil du roi adopta cependant.

Le roi donna le commandement de ces forces au maréchal de Broglie, et un camp fui établi au Champ de Mars : c'était évidemment une attitude de résistance.

it^tooglc

BituBlion de la monarchie, — Résultats de la victoire du tiers étal. — L'ordre ébranle. — IntenitoiiB attribuées au pouroiv royal. — Le terment du Jeu de peunie. — La séance du 93 juîa. — A peine l'Assemblëe est-elle' réunie, désordres dans la rue, indiscipline militaire. — Conces^ons du roi. — Politique qu'il avait suivie jusqu'alors, — Trois assemUées. — Ui rue. — 1. Necker opposé aux mesures de [H^autjoo. -

— Les princes, la reine, les hommes de l'ancien gotivemement. — Le Palais-Royal, Camille Desmoulins, Narat. — Velléité de résistance. — Ou'y avait il à faire? — La théorie et la réalité, — Empire d«s idéei nouvelles. — InDuence de l'Assemblée. — » Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, » — La Fayette, Mirabeau. — Ce dernier attaque les iei*eifi* erimineh de la cour. — L'émeute et « les droits de l'homme, b — Mirabeau. — L'adresse qu'il propose, — Elle est adopta.

— Réponse du roi, — U résisie, — Le duc de Grillon. — L'AssemUée a confiance' dans la parole du roi. — Conseil du roi, — L'Assemblée ne le suit pns. — Nécesailé du rélablissemenl de l'ordre. — Influence de Paris. — Le roi et l'Assemblée, :— Impuissance du ministère dont H. Nedier est le cher. — Situation. — Changement de système. — Le déploiement de Tarées auquel le roi a recours inquiète l'assemblée: pourquoi? — L'Assemblée ne sait pas où sont les rebelles, et invite le roi • i se feire garder par l'amour de ses peuples. ï — Situation de Paris. — Ce qu'il faut penser des paroles de l'Assemblée, — Le roi et le peuple. — Les dispositions populaires. — Retraite de H, Hecker. — Nouveau ministère, — Le maréchal de Broglie. — Le baron de Breleuil.

— Que ferait le nouveau mmistèreî — Les troupes étrangères. — Grands désordres dans la nuit du Q au 10 juiUet, avant la nomisalion du nouveau ministère. — Les brigands. — Troubles à l'occasion de la réunion du clergé au tiers état, — Politique révolutionnaire. — La révolution et le pouvoir. — Émeute où l'archevêque de Paris manque de périr. — Comment le fait est raconté par H. Louis Blanc. — Marche de I '.assemblée. — Suspension dn pouvoir royal.

En peu de jours le Iriomphe du tiers état avait été suivi de consëquenccB qui ébranlaient tout l'ordre établi; le pouvoir s'armait contre ces conséquences.

GONCBSSIONS. «3

Pour juger sa conduite et celle de ses adversaires, nous croyons qu'il Ëiut s'en tenir ^rtoat aux faits patents qu'il est impossible de récuser.

On a dit que l'intention du gouvernement était de relever l'autorité royale en revenant sur la réunion des trois ordres, et d'imposer au tiers état la déclaration du 23 juin, c'est-à-dire une charteroyaledontncusavons déjà reproduit les dispositions et indiqué l'esprit; nous aurons à examiner cette hypothèse. Ce qu'il y a de certain, c'estqu'au vote de l'assemblée du tiers par lequel elle s'était dèclaréeunique et nationale,- en effaçant l'ancienne organisation des états généraux, au serment du jeu de paume, qui la TNidait souveraine et constituante, le rc» n'avait opposé que la séance: d, la déclaration du 25 juin; c'est qu'à la résistance de cette assemblée, qui, par l'organe de Mirabeau, avait repoussé au nom du peuple la volonté royale, et affirmé ainsi la supériorité de son propre pouvoir, le ' roi n'avait répondu que par des concessions en invitant Necke^ à rester au ministère, et en usant de son influence pour déterminer le clergé et la noblesse à se réunir au tiers état.

Pour quiconque d'ailleurs a suivi jusqu'à celte époque la marche naturelle de^ événements, les causes qui ont amené la convocation des états généraui, qui ont déterminé le gouvernement à prendre l'initiative du doublement du tiers, il est facile de comprendre la politique de la couronne. Dès l'origine, le roi croit à la possibilité, à l'utilité des réformes et à la nécessité de traiter avec les idées nouvelles. Il n'est pas le seul à penser ainsi, les premiers de sa cour, les salons de Paris, adoptent Turgot et Necker après lui : tout le monde demande les états généraux ; mais à peine sont-

Cl CHAPITRE III.

ils convoqués, avant même leur réunion, ces idées que l'on a crues compatibles avec le gouvernement monarchique, prennent un développement extraordinaire; la chambre du tiers s'isole, devient unique,- nationale el constituante; cependant le désordre populaire et l'indiscipline militaire éclatent à Paris, et l'Assemblée, qui se croyait seule et souveraine, se trouve elle-même exposée & subir l'ascendant de deux autres assemblées, celle de -rHdlel de Ville et celle du Palais-Royal.

Il est vrai, le premier minisire de la couronne, M. Necker, lui-même sous l'empire des idées nouvelles, est loin de s'efTrayer, et il s'oppose aux mesures de précautions ; mais comment les princes, la reine, les hommes habitués au vieux gouvernement de la monarchie n'auraient4ls pas donné d'aulres avis au roi ^ Quelle était l'Impatience et quelles étaient les craintes de cette partie dç l'entourage du roi, à laquelle on jetait le nom alors si impopulaire de la cour, et que le Palais-Royal, ce club permanent de la rue, où figuraient Camille DesmouHns et Marat, accusaient de vouloir égorger le peuple, il n'y a à l'égard des mesures dont le projet est imputé à la cour, de la dissolution de l'Assemblée par la force, du triomphe d'un pouvoir royal absolu, que des bruits propagés par les adversaires les plus prononcés du gouvernement; mais quand on cherche à se rendre compte de la vérité, on arrive à ce résullat, démontré par les faits, c'est que, au moment de se voir entraîné par le mouvement révolutionnaire, le roi Louis XVI a eu une pensée de résistance, c'est qu'en présence d'une Assemblée qui voulait tout refaire, jusqu'au pouvoir royal, et de l'anardiie qui s'emparait de la capitale du royaume, ce pouvoir a voulu un instant se défendre.

UISB EN DËPBKSE Dt POUVOEtl. (tS

Qu'y avail-il h faire dans une telle situation? Comment était-il possible de réagir contre les résultats déjà accomplis? Ce n'est pas ce que nous avons à dire ici, mais à conslater les éléments même de cette situation.

Les Ihéoriciens de l'époque, cela est Facile i comprendre, éprouvèrent une vive indignation à la pensée de cette mise en défense du pouvoir; à mesure que les événements se succéderont et nous ofîriront le développement des idées nouvelles, nous aurons l'explication de cette opposition si vive, si violente souvent de la théorie à l'ancienue réalité, et de l'esprit de système à la contradiction irritante du passé.

Des hommes qui se croyaient dévoués à la monarchie. qui l'étaient d'intention, comme Mounier, Halouet, Lally- Tolendal, la Rochefoucauld, Bergasse lui-même, étaient alors sous l'empire de ces idées. La plupart d'entre eux subissaient l'effervescence de Paris comme une nécessité du moment, malgré les craintes de Miraheau lui-même.

Au milieu de celte situation si agitée, l'Assemblée qui venait de sortir de l'éleclion, jouissait d'une grande influence, et depuis les actes el les décrets qui avaient fait d'elle la représentation officietle de la souveraineté du peuple, il n'élait pas extraordinaire qu'elle regardât du côté de la rue.

C'est alors qu'au moment où M. de la Fayette, sous t'Impression des idées philosophiques et américaines, venait de soumettre aux délibérations de l'Assemblée la déclo' ration des droits de l'homme el du citoyen, Mirabeau se précipita à la tribune pour attaquer tes desseius ctiminels de la cour, la concentration des troupes autour de Paris.

Si les adversaires de Mirabeau et des idées nouvelles

;-.o„8ic

es CHAPITRE m.

avaient voulu lui répondre, ils auraient pu trouver la justification de toutes les mesures de sûreté générale dans les principes mêmes de la déclaration qui était soumise à l'Assemblée, au moment où l'émeute venait de gronder à Paris et de soutenir l'indiscipline, en face de ce droit à l'insurrection proclamé par l'esprit théorique de M. de la Fayette à côté même des troubles de la rue.

Plus d'une fois déjà, Mirabeau avait exercé une trèsgrande influence sur les décisions de l'Assemblée; c'était lui qui, prenant l'initiative de la lutle,. avait résisté en face à la royauté, après la séance du 25 juin. U est permis de croire, lorsqu'on le voit attaquer, avec véhémence la mesure de la concentration des troupes autour de Paris, qu'il compte sur ia modération dont le roi a déjà donné la preuve. Il propose donc, aux applaudissements de l'Assemblée, une adresse, où des formes mesurées et mêmeun peu flatteuses ne peuvent cacher la hardiesse d^ idées et du but ' ; de même que le roi a déjà cédé à l'As-

< l/adresse propos>^e par Hiralieau et volée par l'Assemblée était ainsi conçue : « Les mouvements de ïotre «eur. Sire, wilà le vrai snint des Fronçais. Lorsque les troupes s'avancent de toutes parts, que (les camps se forment autour de nous, que la capitale est investie, nous nous demandons avec étonnement : le roi s"est-il méfié de la fidélité de ses peuples? S'il avait pu en douter, n'aurait-il pas versé dans notre cœur ses diagrins paternelsT Que veut dire cet appareil menaçant? Où tant Ut ennemû de l'ÉLul et du roi qu'il faut subjuguer? Où sont les rebelles, les ligueurs qu'il laut réduire? Une voix unanime répond dans la capitale : Nous diérissons notre roi; nous

bénissons le Ciel du don qu'il nous a bit dans son amour Sire,

nous vous en conjurons au nom de la patrie, au nom de votre bonheur et de votre gloire, renvojez vos soldats aux postes d'où vos conseillers les ont tirés. Sire, au milieu de vos enfants, soyez gardé par

Il suffit de comparer ces paroles de Mirabeau, qui sont dans une

AË1>0HSB DU ROI. 67

semblée, après la déclaration du 23 juin, il. faut maintenant qu'il renvoie les trmipes.

ie roi fait la réponse suivante à la députation qui lui apporte cette adresse :

H Personne n'ignore les discordes et les scènes scandaleuses qui se sont passées et renouvelées à Paris et à Vs^ailles, sous mes yeui et sous ceux des états généraux. Q est nécessaire que je fa^e usage des moyens qui sont en ma puissance pour remettre et maintenir l'ordre dans la capitale et dans les «ivirons. C'est un de mes devoirs principaux de veiller à la sûreté publique. Ce sont ces motifs qui m'ont engagé à faire un rassemblement de troupes autour de Paris. Vous pouvez assurer l'Asgetablée des étals généraux qu'elles ne sont destinées qu'à réprimer, ou plutôt qu'à prévenir de nouveaux troubles, à maintenir le bon ordre et l'exerdce des lois, à assurer et à protégar même la liberté qui doit régner dans vos délibérations. Toute espèce de contrainte doit en être bannie, de même que toute appréhension de tumulte et de violence doit en être écartée. Ce ne pourrait être que des gens malintentionné qui pourraient égarer mes peuples sur les vrais molife des mesures de pi-écaution que je prends. J'ai constamment cherché à faire tout ce qui pouvait tendre à leur bonheur, et j'ai toujours lieu délre assuré de leur amour et de leur fidélité *. ' « Si pourtant la présence nécessaire des troupes dans les environs de Paris causait encore de l'ombrage, je con-

contradtction si formelle avec les faits, pourvoir qu'il n'a qu'une pensée c'est d'tdttenirdurot. enagissantsurses sentiments bien connus, qu'il laisse gouTerner l'Assemblée.

' 11 est clair que le roi oppose ici l'opinion monarchique, qui eiiste dans le pa^s, à l'opinion révdutîonnaire.

ùi CIlAPlTRt III.

sentirais, sur la demande de l'Assemblée, à transrérer les états généraux à Noyon ou à Soissons, et alors je me rendrais à Compiëgne pour maintenir la communication entre l'Assemblée et moi. »

Le roi Louis XVl résiste : l'émotion est vive à l'Assemblée, Mirabeau veut qu'elle insiste sur le renvoi des troupes ; le duc de Critlon, un des quarante-sept membres de la noblesse qui, les premiers, s'étaient réunis au tiers, conseille à l'Assemblée de s'en lier à la promesse d'un roi honnête homme. « La eOTtjianee que l'on aviUt en la vertu du roi, dit Rabaut Sainl-Étienne, l'emporta, et l'Assemblée n'insista point ' »

Nous avouerons que la conduite de l'Assemblée dans cette grave circonstance et la confiance qui l'anime, sont pour nous un fait plus certain que tous les bruits alors répandus sur les intentions de la cour.

Il est évident que l'Assemblée, lorsque le roi lui parle de la transférer à Noyon ou à Soissons, si elle le demande elle-même, n'exprime aucune crainte, quoique cette même Assemblée ait fait le serment du jeu de paume, se soit déclarée souveraine et constituante. Or, la sécurité de l'Assemblée, en présence de tous les dangers dont on la dit menacée, mérite d'être prise en sérieuse con^dération.

Il était évident qu'en lui proposant de la placer, si elle le voulait, en dehors de l'influence de Paris, le roi lui offrait de choisir entre lui et l'Hôtel de Ville, entre lui elle

* • Cest vers celte époque qu'Adrien Duport, l'ancien membre du parieraent, dont nous avons déjà parlé, eut l'idée d'armer la France au moyen d'une terreur panique, propagée par des messagers du club breton qui Iraversaient les campagnes en poussant ce cri : • Voici les brigands ! ■(Voir Beaulieu, Efisais histmqties, l I, p. 306-)

coNstiL DU noi. ou

Palais-Royal, entre lui et l'émeute. Si l'AsseinHlèe, qui avait aflaire à un roi honnête homme, avait accepté, si, en présence des troubles et de la vive agitation de Paris, elle s'était rapprochée du roi, si elle s'était volontairement séparée du mouvement révolutionnaire de la capitale, les conséquencesd'unetelle résolution A'eussenl-elles pas été d'une grande importanceHl semble qu'il y avait là pour elle une alternative dont il fallait nécessairement qu'elle se préoccupât. Si l'Assemblée craignait, pour sa liberté, les troupes que le roi venait de rassembler, ne devait-«lle pas craindre encore davantage les auxiliaires séditieux, que lui avait signalés Mirabeau?

Nous le savons, il était peu probable qu'elle suivit le c<Hiseit du roi, car c'était, de la part du prince, évidemment un conseil; on ne peut être surpris qu'il désirât de s^rer la cause de l'Assemblée de celle des agitateurs parisiens, de celle de l'émeute; s'il voulait dissoudre le club du Palais-Royal, rétablir une autorité régulière à l'HAtel de Ville au lieu du pouvoir extraordinaire des électeurs, qui formait un si étrange dualisme avec l'Assemblée, rien n'était plus naturel, de la part du roi, que de vouloir isoler l'Assemblée de l'agitation parisienne. Un historien a dit que ce conseil, cette invitation du roi, était « un refus assaisonné d'une espèce de raillerie cruelle ' ; » et nous trouvons celte interprétation des paroles de Louis XVi reproduite par d'autres écrivains; nous ferons d'abord observer qu'une telle raillerie est tout à fait contraire au caractère bien connu de ce prince, et que, d'après tous les historiens, quand le roi se croit forcé

< Rabaut Saùit-Ëtienne, Précis historique de la Révolulion française, p. 156.

70 GHAFlTRIi III.

*de résister, de recourir à quelque mesure dé rigueur, il ne s'y décide qu'avec peine; il n'est donc pas possible de supposer qu'un prince, dont le caractère était grave et le rœtir bienveillant, ail songé, en de telles circonstances, à une raillerie étrangère à toutes les habitudes de son esprit. La réponse du roi, d'ailleurs, est calme, sérieuse, et il se borne à relater des faits connus de tout le inonde, « Icsscénesscandaleusesqui se sontpassées et renouvelées àVersaillesetàParis,sous ses yeuxet sous ceuxdesétatâ généraux, M et il ajoute, avecune entière franchise, qu'il sent la nécessité de « faire usage des moyens qui soniensa poissanee pour remettre et maintenir l'ùrdre dans la capitale et dans tes environs. » Il rappelle qu'un de ses premiers devoirs est de veiller à la stlrelé publique, « et il déclare aux étals généraux que les troupes, rassemblées autour de Paris, ne sont destinées qu'à réprimer ou p'utôt qu'à prévenir de nouveaux troubles, à maintenir le bon ordre el l'exerdce des lois, à assurer et à protéger même la liberté qui doit régner dans leurs délibérations... » Le roi proteste contre toute idée de contrainte, dont les états généraux pourraient éti'e menacés, mais il veut aussi écarter de cette Assemblée a toute appréhension de tumulte et de violence, » il veut, nous l'avons dit, la soustraire à l'influencé déParis.

"Si le roi avait pensé à dissoudre l'Assemblée par la force, les occasions ne lui avaient pas manqué : quanti seule l'Assemblée du tiers état s'était déclarée nationale, malgré les anciennes lois du royaume, quand elle avait fait acte de souveraineté dans la salle du jeu de paume et qu'elle s'était attribué le pouvoir constituant, quand après la séance du 25 juin elle avait répondu aux ordres du roi en lui opposant, par l'organe de Mirabeau, « la

SITUATIOS. 71

volonté du peuple, » c'est-à-dire la souveraineté de l'Assemblée dont le pouvoir royal ne se trouvait plus quu le sujet; certes, on ne peut nier que œ pouvoir, sous l'influence de ses vieux principes, en présence de ces trois insurrections législatives qui étaient la négation de tout ce qu'il avait été jusqu'alors, s'il avait eu la p^sée de dissoudre l'Assemblée, de réagir contre le mouvement qui l'avait amenée, ou simplement d'en convoquer une nouvelle, n'en eût trouvé trois fois la plus favorable occasion; mais le roi, après une simple résistance morale, dans la séance du 25 juin, conseille lui-même a la noblesse et au clergé de se réunir au tiers élat; l'agitation,' les troubles n'en continuent pas moins, la situation de Paris, au point de vue de tous les gouvernements établis, est anarcbique; le ministère dont M. Necker est le chef, assiste impuissant à une telle situation. C'est dans CCS circonstances que le roi songe è s'entourer de forces militaires et h changer de système.

Il le dit lui-même de la manière la plus explicite; mais l'Assemblée, dont le pouvoir a été tout théorique jusqu'à présent, tout fondé sur l'opinion, s'inquiète de cette force militaire que l'ancien pouvoir appelle à son secours et qu'il réunit «mtre l'émeute parisienne, contre les agitateurs qui forcent les prisons militaires. Les actes de l'Assemblée lui ont acquis une grande popularité, même dans cette partie active et entiiousiastede la popula^on parisienne qui campe à peu près mainleaant sur la place publique. et qui tient ses assises au Palais-Boyal, et elle peut craindre de la perdre.

Elle a donc adopté l'adresse de Mirabeau pour le renvoi de troupes, où elle a cherché k tout concilier, où elle a demandé où sont les rebelles, où sont les ligueurs, où

n CIIAPITKE III.

elle est venue anirmer que le rassemblemenl des troupes cst-sans motif; quand le roi ne peut se méfier de la fidélité dé ses peuples ; « elle l'a invité à se faire garder par leur amour. »

Or, il est évident que, dans la situation où se trouve Paris, ces paroles ne peuvent paraitre sérieuses au roi. L'Assemblée voudrait qu'elles le fussent, cela est certain; elle n'est pas hostile au roi, on le verra en plus d'une occasion; mais elle est sous l'impression de certaines idées qui règlent sa conduite dans toutes les grandes circonstances; le peuple non plus n'était pas hostile au rai, quoiqu'il y eût dans ses rangs des instigateurs' qui le poussaient à l'émeute et à l'insurreclion contre l'autonté royale. Le peuple ne raisonnait pas, il avait encore un vieux respect, une vieille affection pour la personne du roi, il faut le reconnaître; mais sous l'influenct: de principes nouveaux, qui faisaient remonter à la multitude le pouvoir souverain, il commençait à en prendre possession dans la rue à sa manière, il n'avait pas besoin de former une même Chambre avec le clergé et la noblesse; il siégeait autour de l'Hôlel de Ville, surtout au Palais- Royal; c'est là qu'était sa véritable Assemblée'. Il ètfut cependant disposé à aimer le roi, mais à une condition, comme toutes les puissances nouvelles, c'est que le roi lui céderait toujours.

Les dispositions mêmes de l'Assemblée, celles du peuple, expliquent pourquoi le roi persiste après l'adresse de l'Assemblée, et peut-être aussi pourquoi celle-ci elle-

' M. Thiers s'exprime ainsi à cet égard.

" ■ L'Assemblée de la cajHiale, > mot de H. Hignet que nous avoaa déjà cité.

NOUVEAU HlKlSltRE. 13

même n'insiste pas sur le renvoi des troupes, malgré les exàtalions de Mirabeau. Le roi lui a rappeté que l'ordre est troublé, menacé; cette fois elle ne le niera point.

Cependant la concentration de troupes autour de Paris, est suivie de la nomination d'un nouveau ministère. Le 11 juillet la démission de M. Neckcr est acceptée; ce ministre part secrètement d'après la promesse qu'il en a fiiite au roi. MM. de Montmorin, de la Luzerne, de Puységur et de Saint-Priest, qui faisaient partie du même cabinet, se retirent aussi. Le baron de Breteuil, auquel on a attribué les plans les plus arrêtés et les menaces les plus violentes, devient le chef du nouveau cabinet; il a pour collègues, à la guerre, le maréchal de Broglie, et aux finances, H. Foulon.

L'énergie dont se vantait, dit-on, le baron de Breteuil, et qui semblait ne pas manquer au maréchal de Broglie, déjà revêtu du commandement de toutes les froupes appelées autour de Paris, donnait un caractère de résistance et de système encore plus prononcé ii cette concentration de troupes; mais comment le roi, dès qu'il voulait résister à la situation que lui faisait la capilaledu royaume livrée aux passions révolutionnaires, aurait-il conservé au pouvoir M. Necker, le ministre des concessions? Puisqu'il résistait, il lui fallait un ministère de résistance. Cette conclusion logique n'était point admise par le Palais-Rojal, l'Hôiel de Ville, ni même par les amis et les' admirateurs les plus modérés de M. Necker, par tous ceux qui regardaient sa présence au pouvoir, comme le meilleur gage des intentions du gouvernement. Cepen* dant, que venait faire le ministère? Cette dispersion de l'Assemblée, que le maréchal de Broglie, commandant de toutes les forces appelées dans les environs de Taris,

7( CHAPITRE Iir.

n'avait point tentée, le baron de Bretcuil, qui était reprt: sente comme l'homme d'une réaction complète, n'allaitil pas. la mettre à exécution ?

On disait que ce devait être son premier acte; alors assurément rien n'était plus facile que de prendre au mol le détî de Mirabeau dans la séance du 23 juin, et de faire marcher contre l'Assemblée ces mômes forces qu'il se plaignait, depuis qLielque8Jours,derencontrer partout entre Versailles et Paris. Il y avait là des troupes étrangères qui ne comprenaient rien au débat agité entre l'Assemblée et la couronne, et dont la discipline n'était pas douteuse; il n'y eut aucune tentative de ce genre.

Cependant, avant la retraite de M. Necker et la nomination du nouveau ministère, dans la nuit du 9 au 10 juillet, de graves désordres avaient encore eu lieu à Paris. Ces hommes, auxquels on a donné en plus d'une occasion, le nom de brigands, parurent tout à coup sur plusieurs points de la capitale, désarmant les patrouilles et enlevant les armçs des corps de garde. A l'Hôlcl de Ville, les provocations à l'insurrection éclataient au milieu de l'assemblée des électeurs. Un d'entre eux les exhortait à siéger en permanence et ajoutait que, si l'on ne prévenait pas la cour, le 13 juillet serait un jour funeste pour la France.

Au reste, cette situation n'était pas nouvelle. Le peuple de l'émeute était déjà intervenu quelques jours auparavant, lorsqu'il s'agissait de la réunion du clergé et de la noblesse au tiers état. Il n'était pas surprenant qu'il intervint encore au moment où le pouvoir prenait une attitude de résistance, et que ses chefs parlassent de prévenir la com\

Ce n'était pas la première fois qu'on la prévenait. ..no.jlc

POLITIUDB ItEVÛLtTIONNAtRE. 73

Il est impossible de bien comprendi'e l'Iiisloire de la- Révolution de 89, si l'on ne suit pas celte politique révolutionnaire qui consistait à toujours agir avant le pouvoir en l'accusant de desseins qu'il ne mettait pas cependant à exécution. Était-elle utile, nécessaire, légitime, pour feire triompher les idées nouvelles et pour agiter profondément les masses, qui en étaient comme l'armée? C'est là évidemment le point de vue réel de la Révolution ; nous nous efi tenons à la question de fait, et nous nous effortons,âans ce récil,de mettre en lumière la situation véritable et a politique naturelle de chacun, celle du pouvoir qui cherche à se défendreet celle de la Révolution qui attaque, qui presque toujours provoque en disant qu'elle est provoquée, un peu comme les Romains qui trouvaient toujours quelque prétexte pour envahir telle province ou tel royaume convoité par la grande république: Ainsi quand le roi Louis XVI se plaignait, dans sa réponse à l'adresse de l'Assemblée, des scènes scandaleuses qui s'étaient passées à Versailles, il faisait allusion à une émeute dans laquelle l'archevêque de Paris, M. de Juigné, modèle de charité, avait manqué de périr, parce qu'il ne pensait pas queleclergédût se réunirau tiers, et qu'il s'opposait à cette réunion. Nous trouvons dans un historien, dont le témoignage ne sera pas suspect, un récit de ce fait qui indique en même temps la situation de Paris, à la veille des mesures prises par le pouvoir. On comprendra d'autant mieuxla situation du roi entre l'état de la capitale et les scènes quisepassaient sous ses yeux à Versailles, comme en présence des états généraux'. Les quaraiile-sepl dc\a noblesse venaient de se réunir au tiers, mais la majorité de cet ordre

• Voir rilisUnre delà HivoliUion, par H. Lauis Blanc, t. Il, p. 310.

et une partie considérable du clergé n'avaient pu encore se décider à suivre ce mouvement : « Paris fermentait, dit M. Louis Bliinc. Une dèputatïon vint apporter à l'Assem-blée nationale les félicitations et les erwoaragfments de l'Hôtel de Ville; on reçut du Palais-Roval une adresse couverte de signatures, qui respirait la guerre; on apprit que les gardes françaises avaient Tait un pas vers la révolte, et le Chapelier, Glaizen, députés de Bretagne, Mirabeau, Sieyès, Petion, Barnave, fondèrent à Versailles ce ctab breton, qui, transporté à Paris, allait ëlre bientM le club des Jacobins. Tout concourait donc à augmenter t'étiergie fin mouvement, et il n'est pas besoin de recourir à Ihypo- Ihése d'un complot pour expliquer l'émeute au sein de laquelle M. de Juignè, archevêque de Paris, faillit alors périr'.»

Ainsi l'émeute à Versailles, même en présence du roi, venait agir sur la réunion des trois ordres, et menaçait de mort un archevêque de Paris.

-Si l'on appelle complot un plan secret d'attaque contre le pouvoir, M. Louis Blanc a raison, cette espèce de complot était parfaitement inutile alors; même à l'insu d'une grande partie de ceux qui avaient lancé les premières cl les plus terribles provocations au pouvoir, cette attaque, ce complot, si l'on veut, étaient publics depuis lu réunion même des états généraux, et l'on ne peut en donner une meilleure preuve que ces autres paroles du même historien : « Elle apparaissait donc triomphante sur les cimes de l'État cette Assemblée de plébéiens naguère obscurs. Le iO juin elle s'était affirmée; le 17 elle avait pris le nom d'Assemblée nationale; le 20, elle avait prêté l'béroi-

' BiatoiredelaiyvoltUion, par H. Louis Blanc, t. H, p. Ml

\. '.>,;>oglc

LE PAUIS-ROÏAI. 77

qae ferment du jeu de paume; le 22, elle avait con^tfts le clergé; le 23, elle s'était déclarée «ouveiatne;. le 27, elle avait dompté (a noblesse. »

Or, c'est après toutes ses victoires que l'agitation do Paris devenait de plus en plus menaçante, que l'émeute à peu près continuelle du Palais-Royal faisait alliance avec l'indiscipline des soldats, en face d'une Assemblée qui, se rendant compte à elle-même des pas rapides qu'elle avait faits, dans une voie bien nouvelle, regardait déjà comme tuspendu ce pouvoir royal qu'elle voulait cepen dant maintenir.

CIIAPIME IV

Re\ireiT:eiit (I*ds la poliiique du pouvoii'. — Il se met en défense, mtis il n'agit pas. — ElTacement et péi'ils du pouvoir. déFection des gardes rraiiçaises. — l'aroles menaçantes atiribuéee au marécljal de Broglie et à M. de Breieuil. — La Déclaration de» droiti de rkemme. — Paroles du duc de Broglie, paroles de l'Assemblée. — Comment laut-ll juger la conduite du roi? — Les faiis, les actes, les événements. — Caraclère du roi. — Esprit de l'époque. — Les mouvHnenls de troupes. — Comment le renvoi de Neeker et l'appel des troupes avaient été accueillis.

— Sincérilédei impres^ons populaires. — Tentatives failes aupr-ès de< troupes. — M. Necker, madame de SlaËl. — Beiraite de Nccker, jndignalion populaire. — I.e Palais-Royal, centre du mouvejnent, — Camille Dcsmouiins, — a Auï armes! » — la cocariTe de l'insurrection. — Première rencontre. — Progrès de l'insurrection. — Le prince de Lamlioac. — Les gardes francaisea. — Le caractère du prince de Laiobesc.

— Victoire de l'insurreciion. — fietour de Kecker au pouvoir.

Placé dans une telle situalion, on s'e.ïplique un revirement dans la politique du pouvoir : ira-t-il plus loin? Si le mouvement veut toujours marcher, n'est-il pas naturel (\ak le pouvoir cherche à l'arrêter? Si la situation lui paraît impossible, est-il extraordinaire qu'il s'efforce de la modifier? dans quelle mesure ? A cet égard, nous avons suivi les faits, et nous continuerons à les suivre. Or, après la nomination du nouveau ministère, pas plus qu'après celle du maréchal de Broglie au commandement des troupes, le pouvoir ne s'empresse d'agir. En présence des périls qui le menacent, de l'elTacement auquel le condamne l'Assemblée, de la défection dc& gardes françaises qui commence, il appelle des régiments dont il croit être le

SnUATION DU RQI. ^D

pins sâr ; il arme, il se met en défense, mais il n'agit pas. Oa lui attribue des plans qu'il n'exécute point. Qu'en fautil conclure ? Que le roi, qui a senti la gravité de la situalion, espère, par un déploiement de forces extraordinaires,, maintenir l'ordre, prévenir une plus grande perturbation. Autour de lui, sans doute, la reine, te comte d'Artois, tous ceux qui ne cèdent pas à l'entrainement des idées nouvelles, croient à la nécessité d'un système plus énergique; , on répète des paroles menaçantes, attribuées au maréchal de Brt^lie et à M. de Breleuil, mais ceux mêmes qui s'en indignent ne songent pas à la déclaration des droits de l'homme, soumise aus délibérations de l'Assemblée, k l'insurrection de cette Assemblée contre le pouvoir royal, quand elle a proclamé sa propre souveraineté : paroles pour paroles, si le duc de Broglie, qui est à la tête d'environ onze régiments, en a prononcé quelques-unes de dures et de violentes, lui vieux serviteur de la royauté, en présence des dangers qu'il lui voit courir, il est certain que l'Assemblée qui est portée par un mouvement populaire, dont elle s' effraye elle-même, en a prononcé d'autres de bien plus décisives, et éelles-Ià, authentiques, publiques, olïjcîelles, puisque, de l'aveu même de ses membres les plus engagés dans une politique si nouvelle, ces paroles, ces actes de l'Assemblée ont produit comme résultat la s^tspensmi du pouvoir royal, situation intolérable pour un pouvoir quel qu'il soit. Sil'on veut être juste envers tout le monde, apprécier avec impartialité la cause qui sera tout à l'heure victorieuse, et non pas la flatter, que reste-t-il donc à faire? Ne pas se contenter des assertions, plus ou moins fidèles, des propos souvent qu'on aL tribue à tel ou tel personnage, pour juger la conduite du roi, de la cour et de leurs adversaires dans cette tentative

de résistance, que l'on a appelée la coospiralion de la cour, ji laquelle le parti des idées nouvelles aurait eu le droit de répondre par une autre conspiration, mais s'en tenir aux faits, aux actes de chacun, aux événements qui en sont les résultats. Puisque les troupes réunies par le roi ne servent ni à dissoudre l'Assemblée, ni à lui imposer la déclaration du 25 juin, ni à disperser le club du Palais- Royal, ni à interdire aux électeurs l'exercice d'un pouvoir anormal à l'Hôtel de Ville, on a le droit de conclure, et la conduite du pouvoir vient à l'appui de cette opinion, que la position prise par le gouvernement est une position d'expectative, ce qui répond tout à fait au caractère du roi, à l'horreur qu'il a de répandre le sang, horreur qu'il manifestera dans toutes les grandes circonstances. Mais il y avait alors, dans l'air, dans les idées même d'hommes qui se croyaient modérés, qui voulaient l'être, une opposition formelle à tout temps d'arrêt dans la voie où l'on était entré, où le roi avait si vite marché lui-même, une défiance excessive contre l'entourage naturel de ce prince qui ne l'avait pas empêché cependant de faire de grandes concessions à l'Assemblée. Il y avait un esprit qui exigeait des satisfactions promptes, complètes, et pour lequel la résistance était une trahison ; cet esprit se logardait comme ayant l'intelligence et le droit de son côté : « Pourquoi ces régiments, pourquoi ces troupes? Pendant que l'Assemblée souveraine fait la Constitution qui va sauver la France et la régénérer, pourquoi cet appel à la force? Si l'amour de la liberté réunit des citoyens à l'Hôtel de Ville, s'ils croient devoir se donner à eux-mêmes la mission patriotique de maintenir les rapports de Paris avec l'Assemblée, si la foule qui remplit le Palais-Royal devient comme l'armée permanente des idées nouvelles, si ces idées lui par-

LE POUVOIR SDR LA. DtPENSIVB. 8t

[«!(, du haut de mille tribunes improvisées, et si elle agit, quoi de plus simple? L'avenir n'est-il point h res idées?Nes'agit-il pas du triomphe de la liberté sur le despotisme, et quand un peuple, longtemps privé de ses droits, ressaisit sa souveraineté inaliénable, est-il permis de venir jeter sur sa route l'obstacle de toutes ces foi'ces militaires? De qui se défîe-t-on d'ailleurs? Évidemment cette défiance est criminelle, et cache de mauvais desseins. » ffous avons résumé l'esprit qui animait, qui agilait une grande partie de la population parisienne, une grande partie de l'Assemblée. 11 explique les événements qui vont suivre, et d'abord l'irritation si vive qui répondit aux premiers mouvements des troupes dans Paris.

Ces mouvements, nous l'avons déjà dit, n'indiquaient pas d'autre plan que celui de surveiller une situation qui aurait paru pleine de périls à tout gouvernement.

Et d'abord, l'appel des troupes, puis le renvoi de M. Necker, avaient été accueillis par l'Assemblée, par l'Hâtel de Ville et le Palais-Royal, comme si rien, dans la situation, n'avait motivé de pareilles mesures. Ajoutons que celte impression de l'Assemblée et d'une grande partie de la population parisienne était généralement fort sincère.

Hais à câté de ces dispositions hostiles à la cour, sans être bien souvent calculées, il faut recoimaitre que, dès la réunion des troupes, des tentatives publiques et secrètes avaient été faites par divers partis auprès de ces troupes pour les gagner. Un historien, que nous avons déjà cité, l'abbé de Montgaillard, dont la pensée est toujours très-apposéeà un sysièmedc résistance delà part du roi, et qui est l'ennemi prononcé de la cour, s'exprime ainsi à cet égard ' :

' L'nbbé de MqntgaiIlarJ, ami du général Foy, écrivait en 182.7, V. .oogic

« Déjà la fidôlité des troupes s'ébranlnil; mises en contact avec le peuple, elles ne tardèrent pas à ressentir les effets delà coiruption; le vin, l'argent, les filles publiques, leur furent prodigués ; on mit en usage tous les genres de séduction; des colonels, des officiers généraux, s'abouchèrent avec les sous- officiers, qui, dans tous les corps, exercent une si grande influence sur l'esprit des soldats. On vit madame de Staël, fille de M. Necker, parcourir les casernes des gardes françaises et abreuver, de ses propres mains, les soldais d'eau-de-vie' : cela s'appelait servir la nation, être patriote. »

Le nouveau minislère arrivait au milieu de. cette situation. On apprit sa nomination à Paris, le dimanclie 12 juillet, en même temps que la retraite de M. Necker.

Ces actes du pouvoir furent regardés comme «ne déclaration de guerre. Pour l'opinion qui tenaifses séances au Palais-Royal, comme pour l'Assemblée elle-méms, M. Necker était le ministre indispensable. L'indignation, qui éclata contre la politique nouvelle du roi, fut aussi franche que violente à Paris et à Versailles. Celte unanimité était infiniment remarquable, surtoutàl'Assemblée, quand on pense qu'elle commençait à des hommes comme Meunier, Clermont-Tonnerre et Lally-Tolendal; c'étaient, il est vrai, les amis dévoués de Necker, les partisans de la constitution anglaise.

au milieu du mouv^nent Ut>éral qui devait amener In chule àe la restauration. (Notederauleur.)

' la note suivante de l'abbé de Montgaillard est remar^uaUe ; t En parlant de Paris, le 13 juillet. M, Necker avait prédit à sa fille qu'une guerre dvile éclaterait dans les vingt-quatre heures. Il fallait bien être sûr 'k' son fait pour parler ainsi. Madame de Slaél et H. Necker conliéimeiilde celte prédiction dans leurs l'crits, >

REEIVOI DE NECKER. S5

A la première nouvelle de la retraite du ministre poputaii-e, a les citoyens, dit un historien contemporain, Rabaut Saint-Étienne, accourent au Palais-Royal, leur retulez-vous accoutumé^ . »

C'était le centre naturel du mouvement et de l'insurrection qui allaient répondre aux actes du pouvoir.

Pour répéter les paroles du même historien, « la fureur commune s'y alluma, la première victime du despotisme devint l'idole et la divinité du jour*, m

Rabaut Saint-Élienne, qui, à l'époque où il écrit, croit la Révolution victorieuse et terminée, regarde naturellement, à son point de vue, le renvoi Je Necker, qui est le ministre des constitutionnels de l'Assemblée, comme un acte de despotisme. Cependant un des tribuns qui agitent le Palais-Royal, Camille Desmoulins, s'élance sur une table, d'où il annonce cette grande nouvelle; il déclare que tout est perdu, que l'on va éijorger le peuple, et, des pistolets à la main, il crie « Aux armes! » donnant ainsi le premier signal de l'insurrection. Une feuille qu'il arrache d'un arbre et qu'il met à son chapeau en devient la cocarde. La multitude, qui l'entoure, l'imite aussitôt: les arbres du Patais-Royal sont dépouillés en un instant. On s'empare, dans le musée de Curtius, des bustes en cire de Necker et du duc d'Orléans, on les couvre de crêpe, pour figurer le deuil public, et on les porte en triomphe aux cris mille fois répétés de « Vive Necker ! vive le duc d'Orléans! u 11 était inévitable qu'une rencontre eût lieu entre ce cortège tumultueux et la force publique chargée

< Précis historiquede la Révolution françaix, p. 159.

■ Idem, même page. U est bien remarquable que l'enthousiasme de l^sociêté philosophique des salons pour M. Nedier Tûl alors descendu dans la rue etmèmedans l'émeute.

Page 1