LA FÊTE DE L'ESPRIT PHILOSOPHIQUE. ISS
faite, lorsqu'elle n'est pas môme disculée, est l'avénement même de la réforme, de l'utopie philosophique, qui, proclamée par les économistes, ces frères puînés des philosophes du dix-huitième siècle, s'était essayée dans les ministères comme dans les écrits de Turgot et de Necker, avait enthousiasmé les salons de Paris, et s'en était emparée avec l'incrédulité voltairienne et les systèmes divers de constitution politique ou sociale, soutenus au nom des droits et de l'indépendance de la raison humaine.
La séance du 4 août était donc parfaitement logiquq au point de vue de cet ordre d'idées.
C'était la fêle même de l'esprit philosophique, le triomphe éclatant, nous ne dirons pas, si l'on veut, de son idée fixe, mais de l'idée qu'il avait suivie depuis longtemps, celle d'un remaniement général de l'État et de la société.
Quoi d'eslraordinaire qu'il y eût des nobles, des grands seigneurs, des souverains, engagés dans un tel mouvement intellectuel? Il y avait dans ce mouvement même une grande séduction, à part celle d'une philanthropie qui prétendait réellement travailler au bonheur de l'humanité, ce sentiment toujours si flatteur pour l'esprit humain qui s'élève au-dessus de ce qu'il regarde comme la routine, et lui persuade qu'en rompant avec les idées reçues, en sortant des sentiers battus, il s'ouvre des voies nouvelles et glorieuses.
n suffit d'étudier les hommes du dix-huitième siècle pour voir qu'ils se regardent comme les auteurs d'une grande découverte, la suprématie de la raison humaine ; ils veulent donc amener le « régne de cette raison ', » et
■ Paroles de Voltaire dans ses Letlres.
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sans doute ils seront ainsi rois cux-mômes : ce sentiment, avec toutes ses illusions, tous ses enthousiasmes, celui de l'oi^ieil comme celui de la philanthropie, est derrière la nuit du 4 août.
Au moment de la séance du Jeu de paume on avait vu, de la part des esprits les mieux intentionnés, d'hommes qui se croyaient monarchiques dans la chambre du tiers, l'atlirmation des principes contenus dans le Contrat social de Rousseau, la souveraineté du peuple, base d'une assemblée nationale constituante substituée aux états généraux, que l'autorité royale avait réunis.
Il n'était pas eilraordînaire que le roi et les deux ordres qu'il s'agissait d'absorber, d'effacer en mêmetempSi eussent opposé quelque résistance au serment du Jeu de paume et à ses résultais; mais, une fois ces résultats accomplis, la séance du 4 aoât avait un tout autre caractère : c'étaient des membres de la noblesse, c'était la noblesse elle-même, qui, organe du dix-huitième siècle et de cette transformation sociale qu'il avait tant de fois réclamée, à laquelle il avait longtemps travaillé, qu'il avait prédite à sa manière', prenait l'initiative de pro-
< On se sou?ient de ces paroles de Vollatre que nous avons citées dans notre premier volume : • Le régne de la raison se prépare; les jeunes gens sont bien heureux.... On verra un beau tapage. > On n'a pas oublié le triomphe de Voltaire, et comment il fut salué par la foule ènthousiasti: lorsqu'il revint à Paris, quand on le félidtait de tous ses écrits, et que les francs-maçons le complimentaient au nom du genre humain, c'est-à-dire de l'incrédulité devenue philanthropique, de l'humanité résolue à faire toute seule le bonheur de l'humanilé, et, puisqu'elle avait suppniné, au moins presque supprimé Dieu, assurément l'évangile et le christianisme, décidée à faire elle-même, qu'on nous permette le mot, ses propres affaires.
Cela, qu'on le remarque bien, n'est point une ironie, mais une vi-