‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 27 sur 86 · LA HUIT DU 4 AOUT · texte numérisé non relu

LA HUIT DU 4 AOUT

La séance du 4 août avait duré jusqu'à deux heures du matin .

L'Assemblée, dans son enthousiasme très-sincère, voulut qu'un souvenir durable pût rester de celle improvisalion de réforme générale, de ce changement à vue de la société française : elle vota une médaille destinée à en conserver le souvenir, et un Te Deum, proposé par l'archevêque de Paris, pour solenniser, et, sans doute, mettre sous la protection divine, les résultats extraordinaires qui venaient de s'accomplir en quelques heures.

Elle voulut aussi que la royauté eâl sa part dans cette transformation subite du passé, et que ce pouvoir antique ratifiai, par son concours, tous les votes de l'Assemblée qui, avant même d'avoir examiné autre chose que le préambule de la constitution, et quand elle avait décidé seulement qu'il y aurait une déclaration des « droits de

Suppression du droit eictusir de ctiasse, des colombiers et des garennes;

Tue en aident représentative de la dime ; rachat possible de loules les dîmes, de quelque espèce que ce soit;

Alwlition de tous tes privilèges et imraunîLés pécuniaires;

Égalité des impAts';

Admission de tous les citojeiis aui emplois civils ^ militaires";

Déclaration de rétablissement prochain d'upe justice gratuite, et de la suppression de la vénalité des officiis ;

Abandon du privilège particulier des provinces et des villes;

Suppression du droit de déport et vacat ; des annales, de la pluralité des bénéllces ;

Suppression des pensions obtenues sans titre;

Réformation des jurandes.

pu Mm l'andea régiras, et corament la répariitioi " Nom n'aïQOS pas besoin de rap]ielïr ce que no (iDtjdoïa civils; OD ptut se rappeler que Jea ^odeB Il boDrf eoisie, <|uoiqDe It noblesse, eiceplé àtoi Vi

m CBAPITRE T1.

l'homme et du citoyen » en tête de cette constitution, changeait, d'une manière complète, l'assiette même de la société française, mêlant la réforme sociale, par la transformation de la propriété, à la réforme financièrequi était l'égalité de l'impôt, et surtout, par la destruction de ce qu'on appelait alors les privilèges des provinces, pré* parant un système d'unité territoriale qui devait changer profondément l'état de la France, en dehors de toutes les luttes d'opinions et de tous les intérêts de partis.

L'Assemblée, qui avait fait ces ruines et qui les donnait d'avance pour base à la constitution qu'elle préparait, arrêla qu'elle se rendrait auprès du roi pour lui décerner ïe titre de « Restaurateur de la liberté française'. ■

C'était la première fois que, depuis le 1 4 juillet, la visite du roi à l'Hôtel de Ville et le rappel de Necker, une occasion était ofîerle par l'Assemblée au pouvoir royal d'inter- ■ venir dans une situation si nouvelle; mais ce qu'on ne peut contester, c'est qu'une occasion de cette nature, la 1 sanction royale donnée à tous les résultats d'une telle | séance, de cette nuit du 4 aoiM, devaient assez montrer 1 que roi et Assemblée n'étaient point, comme on disait alors, les ennemis de la liberté et de l'égalité, les adversaires des politiques philosophes et théoriciens, et les défenseurs de l'ancien régime.

* Ce fut Lally-Tollendal qui, dans des intentions éridemm^il monarchiques, en avait fait la proposition, comme le duc de la Bochfrfoncauid-Lianconrt fit celle de la médaille.

ivénement de la réforme piiilosopluque : ce qu'il fBut peiiser de la nuit du * août. — Travaui de l'Assemblée constituante. — Déclaration des diDits de rhomme et da citoyen. — Jouméei des 9 et 6 octobre. — ■ Quelle en fut la cause véritable. — Le roi à Psriï.

Pour recoonaUrc l'origine première de l'événemenf au- ^uel nous venons d'assister, il suffît de reporter ses regards sur le commencement du règne de Louis XVI et lé ministère philosophique de Tui^of '.

Les liommeQ qui ont fait la nuit du 4 août ne s'étaient ptM seulement « engagés au service de la philosophie du dii-huitième siècle, » pour nous servir de l'expression

* H. HigneC résume ainsi la situation après la nuil du 4 août : ■ La révolution avait eu une marche bien rapide, e[ avait obtenu en peu de lemps de bien grands résultats; elle eût été moins prompte et moins wmplète ïi elle n'eût pas été attaquée ". Chaque refus " devint pour elle l'occasion d'un succès ; elle déjoua l'intrigue, résista à l'autorité, tnoniplia de la force ; et, au moihent où nous sommes parvenu, tout l'édiOce de ta monarchie absolue avait croulé par la faute de ses cheb"*. •

* Qu'cal-c* énnc qH'attaqiwr b liiolulion?

"■ M. lignet noui le dira lui-même ; tltaquer U réyolulion, ne »crail-ce pas Ini rifuier quelque chose?

rail de lui rtFiuer quelque ctaOM, qu'an ne lui 'aviit vnunenl retuié, et la nail dg 4 août n'JUil pas uu retai.

de M. Louis Blanc, que nous avons déjà cité, ils lui appartenaient entièrement, ils étaient cette philosophie même, formulée dans les doctrines du renouvellement général de la société, au nom et par les doctrines économiques d'une liberté indéânie, radicale et inflexible dans ses applications'.

La nuit du 4 août, lorsque la Constitution n'est pas

> ' Bous croyons devoir reproduire ici ce que noUs ayons dit, dans le premier volume de ceL ouvrage, précisément vers l'époque du ministère de Turgot, au moment où, dans son livre intitulé De la DislribttUon des lichesses, il s'étudiait k prouver que tout était à d^aire et â refaire, pour le bonheur de la France ; nous expliquions siosi le suceès du livre de Turgot qui lui ouvrait l'accès du pouvoir : i II n'y avnit pas, en etTet, que des philosophes et des écrivains dans ce mouvement d'idées qui semblait n'avoir pour but que les intérêts matériels et l'amélioralion de l'état social (il s'agissait alors des doctrines économiques sorties de la philosophie du diK-huitiéme siècle, et basées comme elles sur la liberté et la souveraineté absolues de la raison humaine); mais des hommes et des femmes du monde, la haute société des salons de Paris, qui, sceptique avec Voltaire et ses disciples, continuait à suivre la philosophie du dii-huitiéme siéde dans les systèmes de Quesnay et de Tui^ot, cherdiant avec eux les afTirmalioDB et les résultats. (T. 1" de cet outrage, p. 257.) Au bas de cette même page, nous citions des paroles de H. Louis Blanc faisant remarquer, avec raison, que i l'école économiste était dirijjée et appuyée par des nobles, des grands seigneurs, des souverains même, et que le marquis deCondorcel, le chevalier de Jaucoiirt, Turgot, issud'une des plus anciennes làmilles de Normandie, le marquis de Hirabeau, poussaient à la chute défînilive de la Téodalité française > [féodalité qui n'existait plus) ■ aui applaudissements du chancelier de Lithnanie, du grand duc de Bade, de milord Landsdown, de l'archiduc Léopold, de l'empereur Joseph il. >

Or cette phrase de M. Louis Blanc prouve surtout un fait, l'Influence que les idées philosophiques du dii'huitième siècle exerçaient, en France comme en Europe, dans les cours et dans les salons, d'où ces idées cimimencent à descendre sur la place fMiblique et dans la rue à l'époque oit nous sommes arrivé.

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