LB CLBRGË, LA NOBLESSE, U RÉVOLUTION
devaient se mêler des abus, mais sans qu'il fût, peut-être, ■nécessaire de tout supprimer en une nuit; or, voilà que le clergé et la noblesse, au lieu de s'irriter contre les horribles excès dont la France est le théâtre, intenîennent eux-mâmes et font table rase, en quelques heures, dé cette organisation, sous l'impression, comme disait le roi, de sentiments généreux.
C'était bien la langue et l'esprit du dix-huitième siècle, c'était bien là ce besoin de changement qui, alors, enflammait les inletiigences; mais aussi faul-il reconnaître que rien, ni de la part de l'Assemblée, ni de celle du roi, ne s'opposait au libre développement d'Idées et de principes, auxquels, dans une si large mesure, le roi et les anciens ordres privilégiés étaient eux-mêmes dévoués, auxquels ils avaient déjà iàit tant de sacrifices.
On pourrait même dire ici plus que n'en a dit M. de Tocqueville, quand il déclare qu'il n'a manqué à beau. coup de nobles pour faire la révolution que d'être roluriers, c'est que beaucoup de ces nobles, à commencer par tout l'ordre de la noblesse qui faisait partie de l'Assemblée constituante, dans la nuit du 4 août, ont donné une impulsion extraordinaire à la révolution.
Faut-il le leur reprocher? Assurément, ce ne sont pas les partisans de la Révolution qui en auraient le droit, non plus que celui d'expliquer la violence des passions révolutionnaires par la résistance qu'elles ont pu rencontrer.
Qu'on le remarque bien, les débats auxquels devaient se livrer les étals généraux commencent à peine; on a vu les interruptions de l'Assemblée qui ont empêché les séances d'avoir cette suite et cette r^ularilé, auxquelles on aurait pu s'attendre quand elle a été convoqua; dés
que le tiers a obtenu ce qu'il désire, dès qu'il est arrivé à ce résultat d'une Chambre unique qui lui assure la majorité en toute circonstance avec. les dissidents nombreux du clergé et de la noblesse, les événements de la' place )>ublique ne tardent pas, on le sait, à intervenir; de sorte qu'avec l'aide de la presse, des clubs, de l'action révolu tionnaiie formulée dans la prise de la Bastille, la discussion et les résultats de la rue, qui conclut avant la Chambre nouvelle, marchant toujours plus vite que l'Assemblée, la constitution qu'elle doit décréter se trouve toujours en arrière et des passions et des aspirations qu'elle vient satisfaire et qu'elle devrait cependant régler.
Il nous semble qu'il est impossible, avec un peu de bonne foi et de logique, de ne pas reconnaître cette situa* tion de l'Assemblée'.
Elle ressort àe plus en plus des faits , et nous la signalons à mesure qu'elle se manifeste davantage.
Ainsi, au moment même où la nuit du 4 aotlt était toute récente, avant que l'Assemblée n'eût demandé au roi d'accepter le titre de : Restaurateur de la liberté française, les ministres venaient au nom du roi, dans la séance du 7 août , faire comme le rapport de la situation où se trouvait le pays, situation où, à la perturbation de la paix publique, se mêlait la ruine des fmances'.,
Or, il est bien remarquable qu'une des grandes causes,
■ Voir plus haut ce que dit M. Louis Blanc à cet égard.
> f Les violences populaires s'exerçaient contre le Tisc, beaucoup de préposés étaient en fuite, les registres étaient en partie détmiU. La force avait contraint à diminuer plusieurs droits;, les refus de payement éfeiient nombreux, et les retards universels. » {HUtùire Au régtie de Louis XVI, par J. Droï, t. Il, p. 517.)