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LE SEttHERT M JEU DE PAUME. M
s'îndignenl de la mesure qui ajourne leurs séances au 22 juin. Comme le dit Rabaut Saint-Étienne, l'un d'entre eux, « ils se demandent lesuns aux autres quelle puissance a le droit de suspendre les déMérations des représeiitanls de In niUion? Us parlent de s'assembler sur la place même, ou d'aller sur la terrasse de Marly offrir au roi le spectacle des députés dupeuple^ de l'inviter à se réunir à eux danS'Une séance vraiment royale et paternelle, plus digne de son coeur, que celle dont il les menace. Ou permet à Baill^, leur président, d'entrer dans la salle avec quelques membres pour y prendre des papiers; et là il proleste contre les ordres arbitraires qui la tiennent fermée. Enfin il rassemble les députés dans le jeu de paume de Versailles, devenu célèbre à jamais par la courageuse résistance des premiers représentants de la nation française. On s'encourage en marchant; on se promet de ne jamais se séparer et de résister jusqu'à la mort. B
« On arrive ; on fait appeler ceux des députés qui ne sont pas instruits de ce qui se passe. Un député malade s'y fait transporter. Le peuple qui assiège la porte, couvre ses représentants de bénédictions. Des soldats désobéissent pour venir garder l'entrée de ce nouveau sanctuaire de la liberté. Une voix s'élève; elle demande que chacun prête le serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout, jusqu'il ce que la constitution du royaume et la régénération publique soient établies. Tous le jurent, tous le signent, hors un; et le procès-verbal fait mention de cette circonstance remarquable'. »
' RatrautSaint-Élienne, Précis historique sur la Révolulion fraiiçaife, p. 155.
33 CHAPITRE PREHEBn.
Nous avons voulu reproduire ce récit de la séance et du sei'ment du jeu de paume, tait par un témoin oculaire, par un acteur, par un de ces députés qui avaient signé et juré. Rien ne pouvait donner une idée plus juste de l'état des esprits dans la chambre t>ourgeoise que la sincérité d'un (el récit. Il est évident que la majorité des députés du tiers n'est pas formée de politiques qui calculent, mais d'enthousiastes, prenant au sérieux le titre de représenttiiits de la nation, d'Assemblée nationale; qu'ils se sont donné, même en l'absence des autres députés, c'est-à-dire de la moitié numérique des états généraux; il est permis de révoquer en doute la franchise de Sieyès et celle de Mirabeau, de ceux-là mêmes qui spéculent sur les impressions de leurs collègues et sur la situation des esprits, de ceux pour qui les idées peuvent être des moyens d'action et les théories des machines de guerre; mais il est évident que la plupart des députés, Bailly en tête, sont convaincus et de leur droit et de ce qu'un historien appelle la sainteté de leur mission '.
En constatant ce fait nous voulons d'abord rendre hommage à la vérité historique; nous ajouterons qu'il a «ne grande portée, et qu'il jette une lumière très-vive sur la situation qui va se développer de plus en plus.
D'après les anciennes traditions politiques qui avaient prévalu en France, jusqu'en 1789, il y avait certes des factieux dans l'Assemblée, il y avait Mirabeau et Sieyès, et quelques autres; mais, quand on lit le récit deRabaut Saint-Etienne, quand on voit une assemblée se déclarer seule noltona^f, -parce qu'elle n'a pu imposer àdeuxaut les chambres, qui, d'après tout le passé delà monarchie, sont
< M. Hignet, Hhioire de la Héi-ohnioti ftvnrmfC, p. 72.