‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 80 sur 86 · I.Ë VŒU DE D'ILEHBERT · texte numérisé non relu

I.Ë VŒU DE D'ILEHBERT

lui, leur nombre en France s'éleva à trenle environ. Neuf d'entre eux se marièrent.

Le \œo de d'Alembert, et, sans doute, plus que. son vœu s'accomplissait. Les prêtres inlnis donnèrent les mômes scandales, et montrèrent, par leur conduite, ce qu'avait été la constitution civile du clergé, volée par une assemblée de philosophes, une porte, qu'elle le voulût ou qu'elle ne le voulût pas, pour sortir du christianisme.

Pour le détruire, la philosophie du dix-huilième siècle avait fait sa trouée dans le clergé même.

Au reste, n'avail-elle pas eu d'avance ses prêtres incrédules depuis le parrain de Yollaire jusqu'à l'archevêque de Toulouse et l'évéque d'Orléans? mais quelle multitude de saints martyrs, dans Paris et dans toute la France, que de proscrits dans l'exil ont répondu à l'attaque el aux persécutions de la philosophie du dix-huitième siècle! c'est un livre qu'il faudrait faire, c'est un martyrologe qu'il faudrait écrire, pour chaque partie de la France'.

C'était l'époque où, sous le pouvoir des athées, on écrivait sur la porte des cimetières : « Ici l'on dort du sommeil éternel, » où l'on fermait les églises, même pour les intrus, où la i-uine du christianisme devenait un fait.

Avons-nous besoin de rappeler le dimanche officiellement supprimé par un calendrier nouveau, l'année, les mois, les semaines, changés; les noms des saints effacés et remplacés par les noms les plus matériels et les plus vils % l'année chrétienne détruite, comme pour biffer le christianisme du temps même et de l'histoire?

* Comme on Terait ud immense album de toutes les ruines de nos monuments religieùi lombes sous te marteau des iconoclastes de 93. ■ [^es noms de l^umes.

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C'était te moment aussi où l'on profanait tes tombes royales à Saint-Denis, où l'on jetait aux venU tes reliques des saints et les cendres des rois, où l'on allait rechercher le passé, pour le détruire, jusque itm la poussière des lombeaus I

Ahl s'il veut réfléchir, qui ne reconnaît un tel esprit de négation? qui ne reconnaît l'orgueil inouï, mais toujours ini|uiet, toujours irrité, du présent, incrédule et impie, qui prétend tout changer dans le passé, tout transformer à son image, à celle de sa théorie, de sa négation 7

Qui a fait, en France, celte boucherie qu'on appelle la terreur? Oui en peut douter? cette négation même, celle qui voulant détruire jusqu'aux cendres des morts, se livrait avec ivresse au meurtre des vivants.

Que des caractères naturellement cruels s'exaltent dans les révolutions, certes, on ne peut le contester; mais celte soif de sang, qui enflamme une époque, qui la domine, qui gouverne par les échafauds partout dressés, qui détruit Lyon et mitraille la Vendée, cette sainte, à jamais glorieuse, incendiée et massacrée par les colonnes infei^ nales; cette persistance inouïe, celte ubiquité de la destruction, devenue gouvernement sous les noms du Comité de salut public et de la Convention, il est impossible de ne pas en reconnaître l'origine, et de ne pas voir ici l'effort acharné d'une idée fixe et furieuse, qui, à sa manière, veut renouveler un pays, et, par ce pays, le monde, comme l'athée Anacharsis Ciootz l'avait annoncé à la Constituante.

Ce même esprit, par la guerre, n'a-t-i! pas débordé en Europe?

Parlerons -nous du spectre des anciennes sociétés

L'ATHÉISHE. 563

païennes, qui, sous des noms grecs et romains, tombé» jusque dans les comités révolulionnaires, semble passer dans ce sanglant cauchemar comme si, en tuant la so-: fiété chrétienne et son passé, on eut senti cependant le besoin de revenir à un passé quelconque, à Sparte, k Rome, à Athènes, exaltés dans les philosophes du dixhuitième siècle, et que sur cet athéisme, qui ne pouvait faire une civilisation, on fût bien forcé, comme décor au moins, de jeter le voile du vieux paganisme, sur la tête de la prostituéedeNotre-Dame, sur le culte deChaumette et d'Hébert, adopté par la Convention, quelque chose qui ressemblât au nom de Vénus? Pâle réaction de la matière dont le vieux paganisme lui-même n'eût pas voulu, carnaval impie de ce paganisme dans une société chrétienne, foire scandaleuse de la libre pensée, orgie incrédule et athée du. dix-huitième siècle qui dégoûta Robes* pierre lui-même 1

Mais la Convention n'y avait pas moins adhéré, mais l'athéisme et le matérialisme n'avaient pas moins été officiels parmi nous en 1795.

Robespierre, il est vrai, voulut avec l'admiration qu'il professait pour Rousseau, faire une religion du déisme, à cette même Convention dont il fut le maître par l'écbafaud, imposer le culte de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme, lel que le comprenait Robespierre qui s'en flt le pontife : vaines formules dans sa bouche, comme elles l'avaient été dans celle de Rousseau, croyances qui, ainsi que la liberté, l'égalité, la fraternité, l'amour du genre humain n'empêchaient aucun crime chez cet hypocrite pharisien de la Révolution, « cet homme vertueux » comme il se faisait appeler, qui n'eut qu'une vraie croyance, celle qu'il avait en lui-même, son

EU CUAHTBE Xlt.

orgueil homicide el sans frein, digne ainsi d'être un des ÎQstraments, un dés bourreaux de l'oi^ueilleuse el sanglante négation du dix-huitième siècle!

C'est elle, c'est son esprit qui a fait les hommes comme l'époque. Elle les traîne à sa suite et elle va les pousser eux-mêmes sur les marches de l'échafaud, sans que leurs chefs aient pu faire d'autre gouvernement que celui de la terreur et qu'ils aient servi à autre chose qu'à s'immoler les uns les autres!

Un des rêves de ces hommes a été de se croire des politiques : Robespierre et Marat lui-même ont prétendu au génie et au nom d'hommes d'État '. . L'accusateur du trii>unal révolutionnaire, un de leurs pareils, Fouquier-TinviUe, qui avait été le pourvoyeur de la guillotine, s'étonnant qu'on le condamnât pour tout le sang qu'il avait versé quand il n'avait fait qu'exécuter les ordres de Robespierre, de la Convention et de ses comités, disait avec une naïveté féroce : « Condamnerait-on une hache? »

Sans vouloir certes effacer une seule goutte du sang qui souille le nom de ces hommes, nous croyons que le mot de Fouquier-TinviUe est une grande vérité.

Ces hommes n'ont-ils pas été en effet comme les haches d'un principe de destruction arrivé à ses dernières conséquences, développé dans la société, appliqué à extirper cette société pour faire la place d'une autre société et en même temps leur propre place *?

< C'était une des idées fixes de Uarat, etl'on sait que le 10 août le fil membre de la Convenlion.

* Quand on mit à Joseph Lebon la chemise rouge des assassins, il dit avec raison : • Ce n'est pas moi qui dois la porter, il faut l'envoyer i la Convention nationale. •

QUei. fiTAIT LE PRINCIPE DE DESTnUCTIOKf 565

Que ce principe ail répondu à la perversité de leur nature on ne peut en dmiter, mais il les a aussi traitées en imaltre, il leur a inspiré cet oreucll féroce qui, ne reconnaissant rien avant lui, se prenant pour le principe de tout, n'hésite pas à tout détruire, quand il lui convient, hommes et choses.

Un mot de Carrier répond à celui de Fouquier-finville : • La République ne sera heureuse que si on supprime au moins le tiers de ses habitants. »

C'est qu'il y avait dans cette société française décimée, ruinée, placée sous le régime de la hache, comme disait Fouquier-Tinville, dans les souvenirs, dans la foi, dans les intérêts de cette sodété, quelque cliose qui résistait toujours et repoussait la destruction morale et matérielle, malgré la proscription des nobles, des riches, des prêtres, des bourçeois et des hommes du peuple, malgré le régne du comité de salut public et de la plèbe révolutionnaire de Paris '; que restait-il donc à faire? détruire sans doute tous ceux qui, dans toutes les classes, pouvaient condamner Robespierre, de Paris; Carrier, de Nantes; Foucher et Collot d'Herbois, de Lyon; Joseph Lebon, d'Arras; Schneider, de Sirasbourg*. Toutes les classes au reste, toutes les parties de la France n'ontelles pas fourni leurs victimes par milliers, à ce système d'extermination voté parla Convention elle-même, et le vœu de Carrier n'a-l-il pas été en voie d'exécution '.

■ Le gonTernement qui s'était fait était celui de Paris révolutionnaire et des hommes qui savaient l'agiter, de sa commune et de ses clabs; des comités de salut public et de sûreté générale, devenus supérieurs à la Convention elle-même.

* Ces proconsuls représentaient le comité de salut public et non la GmiTention.

^ Saint-Jusl, peu de temps avant la proscription des danloiiistes,

Comment cette coupe réglée i(int-eHe à s'arrêter, comment une réaction commença-t-elle dans le sein même de la Convention? Comment y eut-il un terme à la terreur?

Lorsqu'on voit la Convention courbée devant Robespierre se soulever contre lui, un fait se manifeste, c'est qu'il arrive dans les sociétés sorties de la main de Dieu, ce qui arrive au corps humain lui-même qu'il a créé, reculant enfm devant les excès qui vont le faire périr.

Il s'était formé dans le sein du comité de salut public ', un triumvirat plus implacable que le comité luimême, celui de Robespierre, de Saint-Just et de Couthon;

par Robespierre el ses partisans, disait à la Convention : < Ce qui consUttte une république, c'est la dettruction de tout ce qui lui est opposé. • La Constitution, en eiïet, d'un tel état de choses était la destruction. Quaud le tour Tut venu de Saint-Just et des amis de Robespierre, ■Carrier, l'un deu\, condanmè le 16 décembre 1794, résumait ainsi le régime qui tombait, celui du comité de salut public, institué par la ConTention, le 25 mars 1795, peu après le 10 aoâl, le 2 septembre 92 et le 21 janvier 95 : « Les décrets m'ordonniient A'incendi^ et d'ftctennnur. J'ai inslmit journellement de mes opéraliont le comité de salut public etlaCanvention... Pourquoi blâmer aujourd'hui ce que vos décrets ont ordonné? La Convention veut-elle donc se condamner elle-même? le vous le prédis, vous serei tons enveloppés dans une proscription inévitable. Si l'on veut me punir, loulest coupobif ici, jusqu'à la sonnette du président. >

' On sait comment le comité du salut public s'était formé; luèméme était sorti de la lutte de la Montagne contre la Gironde, contre toutes les résistances, intérieures ou extérieures, qui s'opposaietit eu parti montagnard extrême, oi^nisant ainsi un gouvernement révolutionnaire, un pouvoir eiécutif au sein de la Convention, uue dictature, au lieu de cette Constitution démocratique de 93, qui avait été suspendue, sur la proposition de Saint-Just, aussitôt que votée. Robespierre, Saint-Just, Couthon, CoUot-d'Herbdis, Billaud-Varennes, dominèrent dans le comité de salut public.

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