‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 2)Chapitre 79 sur 86 · L'INSURRECTION DISSOUT LE GOUVERNEMENT. M · texte numérisé non relu

L'INSURRECTION DISSOUT LE GOUVERNEMENT. M

le pouvoir royal et qui proclamail ta souveraineté du peuple, ni rien tenté même pour donner à cette Constitution, au point de vue représenta tir, l'apparence au moins d'une base plus régulière, par l'étahlissemenl de deux chambres et le choix des ministres dans le sein des assemblées : elle avait laissé croître, au contraire, le pouvoir des clubs, cette liberté indéfmie et théorique qui faisait les émeutes et les insurrections, à ce point que les clubs nommèrent l'Assemblée législative, et que celle-ci laissa le- club des Jacobins Taire le 10 août, préparer hautement et il ciel découvert le siège des Tuileries ^

Après le IQaoât, ce fut l'insurrection qui, parla commune, vota et gouverna : tout avait tendu à un tel résultat.

Cette Législative, qui, à son avènement, s'était montrée jalouse du pouvoir et avait nommé immédiatement des comités dans son sein pour gouverner et administrer, comme la Constituante, k la place de la royauté, obéit liumbtement à la commune qui avait la rue pour elle.

Réduite par la peur à deux cent quatre-vingt-quatre membres sur sept cent cinquante qui la composent, elle voudrait donner au roi, qu'elle suspend d'abord, avant qu'il soit déchu du Irâne, et à la Famille royale, le Luxembourg pour demeure, puis l'hôtel du ministre de la justice sur la place Vendôme, puis, sur une injonction de la commune, elle le remet aux mains de Péthion et de Manuel, qui le conduisent au Temple avec la famille royale.

■ Histoire de la li^votution, par H. Hignel, t. I", p. 565. f Le chef-lieu du soulèvement, idil H.Mignet, ■ futaufautraut^Ssint-Anloine; le soir, après une séance trës-Tèhémenle, les Jacobins s'y rendirent en cortège : l'insurrection fut alors organisée. >

550 CHAPITHE XI.

C'était, au reste, le même Péthion qui, au nom de la Constituante, avait ramené le roi- de Varennes et l'avait condntt prisonnier aux Tuileries.

Dans sa jalousie contre te pouvoir royal, cette dernière Assemblée s'était appuyée sui* les doctrines tes plus démocratiques, et jamais elle n'avait su résister.à une insurrection populaire, il en résultait ceci : le peuple qui, d'après la Conslilution de 91, avait le droit de résistance à l'oppression, eîfaçait le pouvoir législatif comme ce pouvoir avait efTacé le pouvoir royal : voilà comment l'Assemblée- constituante a établi le gouvernement représentaiif en France, comment elle en a apporté les principes nouveaux à l'Europe, comment la théorie pure, qui a flatlé son orgueil et son ambition, était la ruine même du système politique qu'elle prétendait fonder. •

Avec cette théorie, voici la réalité à laquelle on était arrivé : le règne de la démagogie armée, sous la direction de quelques meneurs qui allaient se disputer ce pouvoir, tombé dans le sac des Tuileries et ramassé dans le sang des Suisses massacrés'.

* Nous ne pouvons raconter en délail les crimes de celle époque; il suffît d"en indiquer la nature et le caractère. Sans parler coudant de tous les Suisses et des gentilhommes tués impitoyablement dans leur retraite des Tuileries, des Suisses restés dans le château el des domestiques du roi qui y furent massacrés, voici un fait digne de cannibales que nous devons consigner dans cette histoire. Dix-sept Suisses, trouvés à la sacristie de la chapelle, où ils se cadiaicnt, furent rdtis et déchirés en lambeaux, que se paiiaijérent les vainqueurs du 10 août el qu'ils mangèrent, Un comédien nommé Grammont but un verre de sang ; un fabriquant de papier, qui s'appelait Arthur, membre de la Commune, trempa un cœur dans de l'eauHie-ïie brûlée et le mangea *.

• Banin do la Virenne, mutire furtUmitre ii> MutineM* d«10w«,p,l4S-l«K

U RÉPUBLIQUE SE 1793. SSl

Si l'on demande comment une telle réalité avait pu se produire, il ne nous sera que trop facile de répondre que . les idées qui pouvaient le plus exalter l'oi^eil démagogique avaient été glorifiées par la Constitution même, que l'insurrection avait été louée et Iwnorêe, et que la populace des journées d'octobre, qui avait massacré les gardes du coi^s avant les Suisses, qui, impunie et triomphante, avait amené le roi et l'Assemblée à Fans, avec les trophées sanglants qu'elle portait au bout des piques, ne faisait qu'entrer, au 10 août, en possession complète de sa souveraineté.

Telle fut la république de 92.

Certes il n'était pas besoin du 10 août et du 2 septembre pour résister à l'étranger, et ce ne furent pas les massacreurs qui le repoussèrent : la France n'a pas l'habitude de recruter ses armées parmi les bourreaux; la guerre n'était qu'un prétexte pour ajouter à la violence de la situation intérieure et provoquer une crise qui mit les hommes violents au pouvoir, ceux qui avaient besoin de l'effusion du sang pour régner.

A quoi assistons-nous donc ici? Quelle est cette histoire? Nous assistons à la rencontre de l'abstraction philosophique avec t' esprit violent et la force brutale de la multitude; nous racontons l'histoii-e d'une démagogie en réïolle à la fois contre toute idée de pouvoir, celle qui vient de Dieu comme celle qui est représentée par les gouvernements réguliers et sociaux : à cette démagogie il fallait des chefs qui lui ressemblassent. Elle les a trouvés, et nous allons les voir à l'œuvre.

Nous avons affaire h la populace qui a déjà tué des sœurs de charité, et qui s'est exercée ainsi aux massacres de septembre.

aa CHAPITRE SE.

Cette populace d'ailleurs, dingèe par les clubs, sous l'influence en particulier de la secte des jacobins, comme l'appelait la Fayette, comprenait parfaitement le langage théorique et philosophique, et savait tout ce qu'il lui fallait de son Contrat social *.

Ceux qui, au moyen de cette populace, avaient fait le 10 aoât pour s'emparer du pouvoir, firent le 2 septembre pour le garder.

Il n'y avait plus de roi, on peut dire avec autant déraison qu'il n'y avait plus d'assemblée : le gouvernement nouveau, si on peut lui donner ce nom, était concentré dans la commune qui intimait à l'Assemblée lëgislalive les ordres de la rue.

Mirabeau parlait à la Constituante des auxitiaires séditieux qu'il fallait craindre : ces auxiliaires étaient devenus tes maitres.

Mirabeau avait dit aussi en mourant : « J'emporte dans mon cœur le deuil de la monarchie, dont les débris vont être la proie des factieux. »

Quels étaient ces factieux?

Il imparte de bien le comprendre pour se rendre compte de toute l'époque conventionnelle, dont les massacres de septembre sont le point de départ : un mot de Danton en dira plus à cet égard que toutes les appréciations historiques. Comme ministre, Danton s'exprima

■ Comme le peuple du 10 août voulait se livrer à des massacres sommaires après ceux des Tuileries, la Commune, effrayée saus doute de le TOir agir sans elle, lui adressa la proclamation suivante : < Peuple sottveram, suspends la vengeance ! La justice endormie reprendra aujourd'hui ses droits: tousles coupables vont périr sur l'échafaud*.! Voilà comme finissait la Constitution qui avait proclamé la souveraineté du peuple.

■ muelrtftrltmtMtire, t. IVII, p. le.

EXFLIGATIOH DE LA TERBEUIt. EOS

ainsi dHiis le comité de défense générale de l'Assemblée législative : « Le 10 août a divisé la France en deux partis, dont l'un est attaché à la royauté, et l'autre veut la république. Celui-ci, dont vous ne pouvez vous dissimuler l'extrême minorité dans l'État, est le seul sur lequel vou» puissiez compter pour combattre. L'autre se refusera à marcher, il agitera Paris en faveur de l'étranger, tandis que vos défenseurs, placés entre deus feux, se feront tuer pour le repousser. .. Mon avis est que, pour déconcerter leurs mesures (celles des royalistes), il faut faire peur aux royalistes '.»

Suivant Danton lui-même, la grande majorité de la France était monarchique : or, si l'on ne peut accuser la majorité d'un pays, comme la France surtout, d'avoir voulu le livrer à l'étranger, que faut-il conclure logiquement des paroles de Danton ? c'est que les crimes les plus horribles sont nécessaires pour livrer la France à la démagogie et à ses chefs, et que, pour leur conserver le pouvoir sanglant du 10 août, il ne faut pas seulement, comme Danton le dit en celte circonstance, de l'audace^ encore de l'audace et toujours de l'audace, mais du sang, encore du sang et toujours du sang : là est l'histoire de la Convention el de l'époque qu'on a spécialement appelée la Terreur.

Ce n'est donc pas, encore une fois, la guerre qu'on peut alléguer comme la cause de la situation où les massacreurs de septembre vont jeter ta France, c'est leur esprit d'orgueil et de domination qu'ils veulent satisfaire à tout prix, c'est leur minorité, qui, par la violence et la

■ f Le Comité, q]aute H. Nignel qui cite ces paroles de Danton. fut consterné.... Ihinton se concerta avec la ComnmM.»(BisUirede la Révolulion, par H. ïignel, 1. 1", p. 586.)

5S* CHAPITRE \l.

peur, veut s'imposer à la majorité', c'est que jamais le moi humain n'avait èlè ainsi formulé : n'a-t-on pas dit de Danton « qu'il se croyait permis tout ce qui lui était utile*? M II suffît de lire l'histoire de Robespierre et des hommes qui vont gouverner pour reconnaître qu'ils n'ont pas eu d'autre mobile. Or, on pourra s'en convaincre de plus en plus, l'orgueil sans frein e^ le premier acteur de l'époque, et c'est lui qui va en courir toutes les aventures : il s'est appelé Mirabeau, il s'appelle maintenant Danton, Robespierre, il s'appelait auparavant Voltaire, el il voulait écraser l'infâme.

L'orgueil de l'homme a été naïf au commencement de la Révolution, tant il doutait peu de lui-même et des destinées auxquelles il aspirait; il sera féroce maintenant, parce qu'il veut régner à tout prix.

La France traversera ainsi une Jacquerie philosophique, dont la cause est dans les idées, qui ont exalté l'orgueil individuel et populaire, général et particulier, à un degré qu'on n'avait jamais vu, par une raison facile h comprendre, c'est que plus on persuade à un être intelligent comme l'homme qu'il peut se passer de Dieu, qu'il est sa propre et unique règle, sa fin suprême, plus on lui donne à croire qu'il peut tout pour lui-même, et que tout lui est permis.

Qui aurait même rêvé, sous la Constituante, un tel ré-

< Brissot, dans sa Lettre à loas les républicains de France, dit ai propres termes à l'égard des massacres de septembre : • Les ordonnateurs du massacre y voyaient le pouToir suprême. »

* M. Hignel, Histoire de la Révolution, t. I", p. 381. Quand on voit l'Assemblée législalive subir impassible les massacres de septembre comme ceux de ta glacière d'Avignon, on comprend l'époque dont il s'agit ; quand on voit la Convention se soumettre au Comité de Salut public et il ses proconsuls, on la comprend aussi.

ON FRAPPE LA ROYAUTÉ POUR FRAPPER LA RELIGION. 5b5

sullal? Or, la persécution religieuse, t'allaque systéma* tique et bientôt sanglante à la religion chrétienne, sui' vent parallèlement toute cette époque d'agression contre l'ancienne société française, qui a commencé en 89, au règne annoncé et proclamé de la raison humaine. Ici, rien d'isolé et de local, cette société subit la première épreuve de la réforme du monde tentée par la philosophie du dix-huitiéme siècle.

Un des grands motifs, en effet, du 20 juin et par conséquent du 10 août, n'est-il pas le décret de déportation contre les prêtres catholiques que le roi a refusé de sanctionner? Et qui a porté ce décref? La Législative, après que la constituante avait voté la Constitution civile du clergé, sous l'influence des idées philosophiques.

Maintenant, d'après les hommes du 10 août, devant lesquels se courbe la Législative, le massacre de tant de prêtres qu'on entasse dans les prisons, le sang que ver^ sent aux Carmes les massacreurs gagés par la commune, ont-ils d'autre signification que celle-ci : détruire la religion, créer un état de société oIj elle disparaisse absolument? Quand on demande h Manuel, procureur-syndic de la commune, qui n'ignorait rien de tous les meurtres préparés, ce qu'on fera des prêtres prisonniers, n'affeote-l-îl pas de répondre qu'on les mettra dans la maison de Port-Royal, qu'on fermera la porte et qu'on écrira dessus : H Ci-git le ci-devant clergé de France' 1 »

■Ce qui était d'autant plus vrai que le décret de déportation, par la maniéredontilétait rendu, frappailen France tout le clergé catholique, c'est-à-dire, plus de cinquante mille prêtres.

t Barruel, Histoire du Clergé, t. H, p. 76.

D.u-,z.at,G00glc

9H CirAPlTRE XI.

Nous !e savons, la persécution qui avait éclaté était dans l'orgueil, dans la haine philosophique contre le christianisme, dans la passion, qui, après les idées, devait attaquer les hommes et les hommes comme les idées : Diderol n'avait-il pas dit qu'il fallait ourdir les entrailles des prêtres pour étranijler les rois et Diderot n'avait-il pas vulgal'iséles idées nouvelles? or, ce qui a fait précisément Ii( violence de la Révolution, c'est cette origine impie, dont ses partisans étaient loin de se rendre tous compte, et qui avait porté les intelligences, suivant leur nature différente, du déisme de Voltaire el de d'Alembcrt à l'athéisme de Diderot, du doute anti-chrétien à la négation absolue qui veut tout détruire pour régner.

Le moment de l'application est venu. Dans cette voie, le 21 janvier touche aux massacres du 2 septembre qui précèdent de bien peu la Convention et la république < : en face de ces ëvéques et de ces prêtres qui meurent, comme les premiers martyrs, dans les prisons oà on les égorge, il y a dans la tour du Temple un roi coupable de n'avoir pas signé l'arrêt de prosciiption du clergéi coupable d'être roi, surtout roi très-chrétien, et de représenter les deux plus antiques traditions de la France, la religion et la monarchie.

Ln dernière matinée est arrivée. Derrière les sombres murailles qui renferment Louis XVI et sa fomiUe, voyezvous agenouillé, dans cette chambre où il s'apprête à mourir, devant celte commode qui sert d'autel, le descendant d'une si longue et si glorieuse suite de rois qui ont fait la France, soumis à tout, pardonnant à tous au milieu de cette Révolution impitoyable, qui, après le roi, va im-

' La Convention se réunit lo 21 septembre 92 el [«roclaina imiDédiatemenl la république.

EXPIATIOW CATIIOLIOIIE ET ROYALE. 557

moler la reine, madame Elisabeth, et un enfant dans une lenle agonie, qu'elle seule pouvait inventer?... Grand et religieux spectacle, seule réponse peut-être que ce roi, qui est la victime du dix-huitième siècle, pouvait lui faire, son testament de pardon h la main, usant encore de son droit de grâce envers tous les orgueils, toutes les passions déchaînées, auxquelles la négation philoso* phiquea ouvert la porte, et qui se sont abattues, comme sur leurs proies, sur l'Ëglise et la royauté de France !

Les tueurs de prêtres et de rois se croient bien foris, ne sont-ils pas les maîtres ? Ils ont mis la main sur la France, il est vrai, et leur grande victoire est remportée, ils ont jugéet condamné le roi : mais, de l'échafaud même du ai janvier, le roi qui se laisse lier les mains pour avoir u» trait de plus de retsemblanee avec son divin modèle ',1c roi chrétien, humble et résigné jusqu'à la mort, offre avec le clergé fidèle une expiation, donne un exemple qui retentiront dans le monde entier, commence une réaction, proclame des vérités qui avaient semblé étouffées dans ces cours où l'on péchait avec raison et d'où étaient venus d'abord les penseurs du dix-huitième siècle.

Latradition chrétienne, qu'on prétendait briser et dé' tniirc, parmi nous, est retrempée dans le sang dés martyrs des Carmes et du martyr du Temple, elle se rattache, plus que jamais, dans cette société que le christianisme a faite, au pied de la croix : on n'a pas effacé l'histoire do France, quoi qu'on fasse, elle est contenue entre ces mots : « Baisse la lête, fier Sicambre, » et ceux-ci ; ■ Fils de saint Louis, montez au ciel 1 » *

' Paroles <le l'abl>é Edgeworlh.

" Idem.

Jamais lutte, ayec ses deux termes contraires, c'a été ouverte ainsi et poussée à ses dernières extrémités : or, CCS dernières extrémités, c'est l'histoire même de la Convention et de la république de 92.

Nous savons, nous l'avons déjà dit, qu'on peut distinguer ce qu'on appelle les partis, les Montagnards qui s'appuient sur la commune et sur la populace de Paris, et les Girondins qui voudraient s'appuyer sur la nouvelle Assemblée et sur les départements ; les partisans du 10 août, qui deviennent des modérés, et les approbateurs des massacres de septembre qui siègent dans la Convention avec Danton, Robespierre et Marat; mais ces distinctions de partis rivaui, qui se forment, môme avant que la république qu'il s'agit de fonder, ait une constitution, sont toutes dominées par un grand fait, l'esprit général, le mouvement général de la lutte qui est ouverte : or, à quoi tend cette lutte? la substitution complète d'une société théorique à celle qui a existé jusqu'alors, la république métaphysique, comme Brissot l'a si bien nommée. Qu'il y ait eu des ambitieux plus ou moins convaincus des idées qui sont à l'ordre du jour , on ne

LE CULTB DE Ik DttSSE RAISON. M»

peut en douter, et l'étude de leurs caractères peut offrir un intérêt spécial, montrer à quel point l'individualisme a élé surexcité dans la Révolution; mais le grand intérêt, celui qui, aujourd'hui surtout, doit absorber l'attention de tous ceux qui réfléchisseot, c'est la pensée, l'eiTort du dis-huitième siècle, que la Révolution, sans religion, comme sans roi, veut porter à ses der niers résultats, et dont elle fait, coûte que coûte, l'expérience en France et en Europe.

11 y a des faits qui parlent plus haut, i cet égard, que tous les raisonnements et qui marquent, pour ainsi dire, l'heure qui va sonner.

Le 7 novembre 1 795, une scène se passait devant la Convention, qui, résumant toute la période parcourue, indiquait, s'il en avait élé besoin, la portée de cette constitution civile du clergé, qui était devenue, en même temps, la ruine du culte catholique en France et le prétexte de la plus sanglante persécution contre le clergé : Gobel, l'évoque intrus de Paris, venait officiellement abjurer le christianisme dans le sein de la Convention, et il y était hautement félicité de cette démarche par le président, au nom de l'assemblée *.

* Il s'élait livré .tout entier à k faction des athées, celle de Chaumette, d'Iiébert, d'Anacharsis CJootz. Ce rurenl dm qui, bientôt après, menèrent la Convention adorer, sur l'autel de Notre-Dame, ta déesse Raison, dans la personne .d'une prosliluée toute nue.

Le discours de Gobel, que le Moniteur nous a conservé, était ainsi conçu : < Aujourd'hui que h Révolution marche â grands pas vers une fin heureuse, aujourd'hui qu'il ne doit plus y aTOir d'autre culte public el national que celui de la tiberté et de la iainte égalité, puisque le souverain le veut ainsi, conséquent à mes principes, je me soumets à sa Tolonlé, et je viiens tous déclarer ici hautement que, dés aujourd'hui, je renonce à eiercer mes fonctions de ministre du

ItôO CHAPITRE \U.

La fête de la déesse Raison, que nous venons de rappeler, eut pour but de célébrer solennellement celle apostasie dans la cathédrale même dont le schisme constitulionnel s'était emparé; le matérialisme athée, celui qu'avait enseigné le système de la nature, quand il proclamait l'athéisme et la république en 1770, triomphait de la manière la plus éclatante en 93, vingt-trois ans après.

Était-ce ainsi qu'il avait cru tiiompher, cl les alliées du dix-huiliéme siècle voulaient-ils faire cette siluation il la France, s'élaient-il»attendusà ce qu'une prostituée devint la formule vivante de leurs idées,- acceptées publiquement par une Assemblée française? Ce qu'il y a de certain, c'est que le fait s'était produit : on avait vu plus que Diderot, le protégé de madame de Pompadour, à l'Académie, comme le voulait Voltaire, on avait vu l'alhèismc orficiel, le matérialisme vainqueur, le corps triomphant, celte «chair qui ne sert de rien» suivanU'Évangile, affirmant sa corruption et sa honte sur l'autel du Dieu de l'Évangile, de celui qui est venu réformer, purifier le monde I

Plusieurs évêques intrus imitèrent l'exemple de Gobel, et dans les séances qui suivirent apostasièrent comme

culte catholique. En conséquence, nous vous remettons tous nos

Le président delà Convention félicita Gobel de sacrifier ces hochett gothiques Je la superslilion (style du dis-huitième siècle), et ^'abjurer

L'Assemblée rendit les plus grands honneurs à l'apostat, qui, déposant sa croix et son anneau, mit le bonnet rouge.

Gobel fut guillotiné, quelque temps après, avec Chaumelte et les chefs de sa faction. Avant de mourir, il se repentit et s'efTorfa d'expier, par une fin chrétienne, ce qu'il appelait, avec raison, sti

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