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SSS CHAPITRB XU.
Il arriva que, d'éliminiitioii ea élimination, Robespierre se tourna avec Saint-Jusl et Coutbon coutre le comité de satut public lui-même et la Convention, ce qui flnit par réunir tout le monde contre lui et son triumvirat, par rapprocher, mémedes montagnards danlonisles, les membres qu'on appelait la droite de l'Assemblée et en tète desquels se trouvait Boissy-d'Anglas : dès lors, une première issue fut ouverlepoursortir de la boucherie systématique de la Terreur par le châliment de Robespierre et de ses complices, et la société se précipita dans cette voie de sauvetage que lui oflrircnt d'anciens terroristes elTrayès pour eux-mêmes : ce qui n'était d'abord qu'une réaction, dans la rèvoUition-elle-mëme, pourn'y pas périr, devint une réaction générale qui traversa le Directoire pouraller jusqu'au Consulat.
Quand on réfléchit à la manière dont la lutte, qui amena la chute de Robespierre, avait commencé lorsqu'il avait le premier attaqué la faction athée de Chaumetle et d'Hébert, qui dominait à la commune dont il voulait s'emparer, on trouve, au bout de cette affreuse crise de la Terreur, la couSrmalian la plus éclatante du caractère philosophique imprimé dès l'origineà la révolution de 89. Les faits sont si notoires, que les historiens mêmes, qui se sont le plus elTorcès de donner à cette révolution un caractère social et politique, apportent ici leur témoignage. ! Ail moment où la lutte s'engage entre Robespierre et la . faction de Chaumette, procureur de la commune, cette faction est très-puissante; par la commune, elle règne dans la Convention ; cette lutte est, à proprement parler, une crise intérieure du gouvernement i-évolutionnaire, tel qu'il s'est constitué, la lutte du comité de salut public contre la commune.
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L'ANARCHIE rOLlTIQUE ET L'ATHËISHE RELItilBUX. 560
Or, la Taction de Cliaumetle el d'Hébert, qui avait poussé r6vëi|ue constilutiounel de Paris à Tabjuratioa du christianisme devant la Convention, avait fait décréter par la Convention que le culte catholique serait remplacé par le culte de la raisou, c'est-à-dire par l'athéisme officiel '.
La situation, qui était arrivée comme à son dernier teitney ainsi que le Tait observer avec raison M. Mignet, mérite l'attention la plus sérieuse. Elle est indiquée avec une netteté parfaite par cet historien : « La faction municipale, dit-il, était le dernier terme de la révolution. Opposée de but au comité de salut public, elle voulait, au lieu de la dictature conventionnelle, la plus extrême démocratie locale, et, au lieu du culte, la consécration du matérialisme. L'anarchie politique et l'athéisme religieux, tel était le symbole de ce parti *. u
Robespierre, au nom du comité de salut public, opposait son culte, celui de l'être suprême, le déisme de Bousseau, cette autre fiction philosophique, au parti qui, athée, voulait installer l'anarchie au pouvoir.
Qui ne reconnaîtrait ici la logique des idées et l'application formelle dans les faits de la philosophie du dix-huitième siècle? M. Mignet, un des écrivains dont le talent a tant contribué, par un habile agencement des faits, ù donner au mouvement révolutionnaire de 89 l'apparence d'un mouvement surtout politique, destiné à exercer une action politique durable, à organiser, d'après un nou-
' Mignet, HUlûire de la Bévciution, t. li, p. 45.
• Les églises furent fermées ou Iransformées ea temples de la Raison, et l'on èiablit dans toutes les villes des fêtes qui furent de scandaleuses scènes d'athéisme. *
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UlB CHAPITRE Xli.
veau plan, les sociélés européennes, ne peut retenir, en présence d'une telle situation, l'aveu suivant : « Une révolution est l'efTel des divers systèmes qui ont agité le siècle dont elle est originaire. Ainsi, pendant la durée de la crise en France, le catholicisme ultramontain fut représenté par le clergé réfraclaire ; le jansénisme par le clergé constitutionnel; le déisme philosophique, par le culte de l'Être stifréme, qu'insUtua le comité de salut public;- le -matérialisme de la société d'Holbacli, par te culte de la raison et de l» nature, que fit décréter Ut commune '. u
Or, la dernière conséquence de tout le mouvement philosophique est celle-ci : L'avenir de la société française débattu par l'échafaud, par la mort, M. Mignetvanousle dire lui-même, entre le déisme et l'athéisme philosophiques!
Ces athées; que redoutaient le grand Frédéric et Voltaire, les athés de la o- société du baron d'Holbach, » comme les appelle avec raison M. Mignet, jouent les destinées ide la société française sur le dé de leurs théories, avec les déistes de Voltaire et de Rousseau, qui, au nom des plus belles utopies « de vertu, de traternité, de liberté, n les guillotinent, et d'Alembert n'esl plus là pour dire, que, sur une question comme celle de l'existence de bien, il n'y a qu'une opinion raisonnable, celle-ci : « Qu'en savotts-nousl » Comme chacun, dans sa théorie, a surtout son ambition, sa personnalité en vue, comme c'est l'homme, avec sa raison, sa volonté que la phitosophiedu dix-huitième siècle a mis au-dessus de la religion, que l'homme et la raison qui triomphent, prétendent s'affirmer à tout prix, cette philosophie, de ruine en
* Histoire de ta Révolulion, par H. Mignet, t. Il, p. 45.
U HACHE DE FOUODIBR-TWTILLE. Sïl
mine, a jeté la France cnire l'athéisme de Chaumette elle déisme de Robespierre, et la formule dernière d'une (elle philosophie est devenue la hache de Fouquier-Tïnville*.
Enfinrabstractiouphilosophiqueet tout son cort^ede vertus humaines, décrétées par Robespierre, Coulhon et Saint-Just*, allaientformerla plus étroite alliance-avec la tyrannie de ces triumvirs, une alliance qui était prête h marcher sur le corps même de la Convention, pour abattre la société française sous un joug dont la crainte, supérieure même à celle de la Terreur, alla jusqu'à rapprodier les victimes des bourreaux, les girondins et les royalistes des conventionnels, quand le déisme du comité desalut public et de Robespierre, avec sa philanthropie meurtrière, fut repoussé par sa mort comme il avait réprimé lui-même l'athéisme anarcbique de Chaumette et de la commune.
Au moment de la mort de Robespierre, après la Ter-
* « La mort devint le seul moyen de gouvernement, et la république fui liïrée à des exécutions journalières el systémaliques. C'est alors que furent inventées les conspirations des prisons encombrées avec la loi des suspects, el qu'on vida avec celle du 32 prairial, qui pourait èlre appelée la loi des condamnés : c'esl alors que les envoyés du comité de salut public remplacèrent tout à fait, dans les déparlemenls. ceui de la Montafme, et qu'on vil, dans l'ouest. Carrier, le protégé de Itillaud; dans le midi, Haignet. le prol^é de Couthon; dans le nord, Joseph Lebon, le protégé de Robespierre, L'eiterminalion en masse contre les ennemis de la dictature démocratique, qui avait déjà été pratiquée à Lyon et à Toulon par des mitraillades,' devînt plus horrible encore par les noyades de ^'anles, par les échafauds d'Arras, de Paris et d'Orange, i (M. Mignet, t. II, p. 76.)
• La liberté, Végalilé. la fralemilé, la modestie, h probité.
< On trouvera, dit M. H^nel, les mots sacramentels de cette secte dans tous les discours des rapporteurs du comité (du comité de salut public), et surtout dans ceux de Robespierre el de Saint-Just. • (Mignet, t. II, p. 80.)
reur, on ne peut pas dire ce qui avait été rerusé, comme influence et comme pouvoir, aux idées du dix-huitième siècle. On cherclieralt, au contraire, ce qu'elles ne se sont pas permis, jusqu'à la suppression complète du catholicisme el l'inauguration de l'athéisme par les pouvoirs , publics.
Une des premières conséquences de la réaction qui suivit le 9 thermidor, celle victoire remportée sur l'orgueil et la tyrannie philosophiques, fut le rétablissement d'une certaine liberté religieuse, la révocation des décrets de proscription contre les prêtres et les nobles, la suppression du maximum, cette tyrannie commerciale^, ainsi qu'on l'a appelée justement, comme si, à dater de la persécution philosophique, tous les geni'es d'oppression moraux et matériels avaient tenu à la révolte de l'homme contre Dieu même!
Après le sang versé par le théoricien Robespierre et tant de théoriciens, après le régime de meurtre et de spoliation qui s'est personnifié en lui el dans son esprit de système, qui niait et qui détruisait tout ce qui n'était pas lui, quand la vie, comme la propriété des citoyens, ont été livrées au môme brigandage, sous la domination de celui qui a dit: a Périssent les colonies plut6t qu'un principe, » la Convention elle-même, menacée de périr, au bout de cette première expérience philosophique, entre l'athéisme de Cliaumelte et le déisme de Bobespierre, résume un tel état de choses et en donne la formule : elle appelle les gendarmes: «Les triumvirs, dit H. Hignet, furent livrés à la gendarmerie qui les emmena aux acclamations générales '. »
■ Hittoire de la [iéwlulion, par H. Hignet. t. II, p. 154. »/6jy.,p.l35.
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