CONCLUSION
après la révolution philosophique de 89, lorsqu'il dit : « n fallait touchera tout en même temps, dans celte so- ciété bouleversée de fond en comble'.
C'est à ce point de vue que madame de Sfaél a donné au Consulat le nom de restauration.
Nous avons déjà cité les remarquables paroles de M. Guizot sur le gouvernement consulaire el son prodigieux travail *.
Or, pour réorganiser la société, « bouleversée de fond en comble, » que fît le Consulat et que lit l'Empire, dequoi vécurent-ils 7 Un sous -lieutenant de l'ancien régime sortît des rangs et commença par réiablir le catholicisme en France, les rapports du pays avec le chef de l'Ëglise universelle, acte rétrograde, s'il en fut. Il relit, au lieu de l'administration élective, éparpillée sur le territoire au nom de la souveraineté du peuple, par l'Assemblée constituante, l'administration réunie entre les mains du pouvoir central, par les intendants de Richelieu et de Louis'XTV: les préfets furent les intendants. L'inamovibilité rendue à la magistrature, qui cessa d'être élue, fut l'organisation judiciairq des parlements, avec ses vastes ressorts, el l'on vit renaître les finances sous (a direction d'un commis de l'ancien régime *.
Comme dans un conte célèbre qui a excité l'admiration de notre enfance, le naufragé, jeté seul sur une lie déserte, retourne, après la tempête, au vaisseau échoué,
' Hisl. dv Conmlal et de l'Empire, par M. Thiers. 1. 1", p. 165.
' Voir le 1. 1" de cet ouvrage, p. 84.
' M. Gaudin, depuis duc de Gaëte, qui ne craignit pas de revenii! aux anciennes mélliodes d'impûts et aux formes de perceplion que l'Assemblée constituante avait eu le tort de dédaigner. ■ {PortrâlU kittojHqiies, par H. fiene Clément : le duc de Gaëte, p. 496 et 437.f
et, chaque Fois qu'il en revient, rapporte ce qui lui est nécessaire pour se faire une demeure et pour y \ivre.
C'est ainsi que, depuis 89, la société a vécu en France des reprises qu'elle a faites sur la révolution : religion, justice, administration, finances, hérédité du pouvoir.
Tout ce que des historiens d'opinions bien différentes ont dit sur le Consulat n'a pas d'autre sens : il y avaitun homme en qui se personnifiait la théorie, c'était Sieyès, celte théorie, qui avait efTacé le pouvoir royal : le premier consul, dontSieyès, dans la constitution consulaire, voulait aussi annihiler l'autorité, fît un changement à la conslituUon de Sieyés, par lequel il fut tout, Sieyès et sa constitution rien. De là à l'initiative prise de rétablir L'unité, l'hérédité du pouvoir, une monarchie, il n'y avait pas loin.
Nous n'examinons pas la manière dont l'Empire a gouverné, ni la guerre aussi dont il a vécu et qui l'a fait mourir, cette guerre dont il était sorti, mais tout ce qui Lui a servi à refaire un gouvernement, dans une société bouleversée : s'il y a un fait évident, c'est qu'il a pris le contre-pied des idées qui avaient fait la Révolution de Sd, et qu'il a voulu refaire précisément ce qu'elle avait détruit. Qu'il ait plus ou moins bien réussi dans celle tentative, ce qu'il y a de certain, c'est qu'au sortir de l'instabilité profonde du gouvernement révolutionnaire, ce pouvoir a duré quatorze ans, et dans des conditions, certes, bien différentes.
. Mais a-l-il dépendu de l'Empire, en mettant à sa suite les Jacobins anoblis de 95, a-t-il dépendu de la Restauration et du gouvernement de 1830, avec leurs origines fort diverses, il est vrai, mais le besoin qu'a tout gouvernement d'exister, d'ciTacer la tradition philosophique