‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 157 sur 183 · PHASE PARCOURUE · texte numérisé non relu

PHASE PARCOURUE

Convention tomberont sur l'échafaud en lâchant de leurs mains impuissantes et sans vie cet idéal, premier objet du terrible assaut livré à Tancienne société française I Combien cependant voudraient encore les suivre et marcher aujourd'hui au même résultat !

Jamais donc histoire n*a été plus utile et plus nécessaire que celle dont nous aurons bientôt terminé le récit : le rapprochement même des idées et des faits dans une œuvr(î comme la nôtre, en montrera d'autant plus la logique, comme il servira à en dégager la conclusion *.

* L'Assemblée constituante fînit comme elle avait commencé, par des théories : deux questions occupèrent ses dernières séances : a Les membres d'une législature pouvaient-ils être élus aux trois législatures suivantes? » Elle avait déjà décidé contre elle-même qu'il n'en serait pas ainsi ; elle maintint son décret, voulant imiter le désintéressement des anciens législateurs. On a regretté cette décision de l'Assemblée constituante, mais c'est peut-être la plus sage qu'elle ait adoptée, car il valait mieux pour elle qu'elle laissât le soin de défaire sa propre Constitution à la Législative que de s'en charger elle-même. Un autre point fut Tobjet d'une vive 'discussion : « Comment serait appliqué le droit qu'avait le peuple de changer la Constitution? » Les comités de l'Assemblée auraient voulu renvoyer l'exercice de ce droit à l'année 1800, et croyaient ainsi assurer à la constitution de 91 une durée de neuf ans. On devait voir bien autre chose à la date qu'ils prétendaient fixer. Suivant Pétion, on aurait dû réunir une Convention nationale tous les vingt ans. D'André demandait que l'Assemblée interdit tout changement à la Constitution pendant un laps de temps qu'elle déterminerait : trente ans lui semblaient nécessaires. De nombreux amendements, qui fixaient le délai à vingt, à quinze, à dix ans se succédèrent comme s'il n'y avait eu rien de plus simple, de plus pratique, de moins chanceux que celte prise de possession de l'avenir par la nouvelle Constitution, comme si l'Assemblée, du haut de sa théorie, était aussi maîtresse du temps et qu'elle pût le cofistituer à sa manière. Ce fut M. de la Fayette qui parla le plus logiquement dans cette circonstance. M. de la Fayette, en présence d'un tel état de choses, conséquent avec lui-même et avec les droits dp fhomme, qu'il avait tant contribué à faire adopter par l'Âssem-

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Or, le premier idéal de la philosophie du dix-huitième siècle et de la révolution, dont elle est la cause, on s'en convaincra de plus en plus, n*est pas autre que celui-ci, comme leur effort est le même : se passer de religion dans les sociétés humaines, y substituer la raison do Thomme et son règne^ pour parler comme Vollaire, en un mot faire de l'homme son principe et sa fin, fonder des sociétés qui ne soient que de ce monde.

Toule l'histoire de l'Assemblée constituante, de la Législative et de la Convention est là : cette histoire n'est qu'une tentative, d'abord confiante, pleine d'espoir qui ne voit aucun obstacle, bientôt violente et désespérée pour appliquer la philosophie- du dix-huilième siècle et ses idées : Nous avons vu des utopistes naïfs, on verra des utopistes furieux, Babeuf après M. Necker.

blée, fit la proposition la plus anarchique, mais aussi la plus théorique, celle de ne mettre aucune limite au droit souverain qui appartient au peuple de changer sa constitution. Quoique les 5 et 6 octobre fussent intervenus depuis, sans parler de Tinsurrection de Nancy et de Témeute du Champ de Mars, la Fayette, inébranlable dans ses idées, qui étaient la base de la Constitution, rappela que le 11 juillet 89, en proposant la déclaration des Droits, il avait écarté, par le fait, toute restriction mise à la souveraineté du peuple. L'Assemblée se rendit à cette logique; seulement, sur la proposition de Troncliet, elle invita le peuple , qui avait le droit de . changer sa constitution suivant sa volonté, à ne pas en user pendant trente ans. Le dernier article de la Constitution de 91 , faite par une Assemblée qui avait tant détruit et tant innové elle-même, et qui reconnaissait au peuple le droit de détruire et d'innover comme il lui plairait, était formulé dans la bergerie suivante, qui émut beaucoup cette Assemblée avant tout utopiste comme le siècle dont elle sortait : • « L'Assemblée nationale constituante remet le dépôt de la présente Constitution à la fidélité du Corps législatif, du roi et des juges, à la vigilance des pères de famille, aux épouses et aux mères, à V affection des jeunes citoyens et au courage de tous les Français. »

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