CARACTÈRE IRRELIGIEUX DU XVIII SIÈCLE
On n a pas oublié ces paroles de Vollaire : « Je n'ai clans ma retraite, ni roi, ni parlements^ ni prêtues, fen souhaite autant à tout le genre humain.
On a pu voir à quel point ce programme qui résume tout l'esprit du dix-huitième siècle a été suivi par TAs- ^emblée constituante et en quoi a consisté sa Constitution même : la destruction à peu près accomplie de la royauté, effacée, suspendue, prisonnière, qu'elle va livrer à la Législative et à la Convention, la suppression de l'ancienne magistrature^ enfin, la Constitution civile et la persécution du clergé, appliquant ce dernier mot de Voltaire ni prêtres, qui va recevoir bien d'autres applications, mot qui a été le premier dans le mouvement d'idées, dont il se rend ici l'organe et qui est le dernier ; celui auquel
î philosophie du dix-huitième siècle et la révolution /u'elle a faite reviennent toujours, et par une raison qu'il a'est que trop facile de comprendre, c'est que le lien religieux une fois brisé, l'esprit de l'homme se croit affranchi de tout lien et en possession d'une souveraine indépendance, c'est que cette aspiration à l'indépendance absolue en matière de religion, a pour premier terme le déisme, pour second terme l'athéisme : comment la politique ne serait-elle pas ici purement accessoire?
Ni prêtres, par conséquent ni christianisme; par conséquent puissance indéfinie et illimitée de la raison de l'homme, de sa volonté, sans culte qui lui serait une limite quelconque, voilà le mot d'ordre que la majorité de l'Assemblée constituante avait reçu de la philosophie du dix-huitième siècle pour le transmettre à l'Assemblée législative et à la Convention *.
* Voirie 1" volume de cet ouvrage, p. 67. Voltaire et ses disciples avaient nié, ceux-ci jusqu'à Tathéisme*
55C ClIAVITRE X.
Maintenant, passons aux faits qui ne sont, dans une telle histoire, que les jalons des idées.
Rousseau, nous Favons déjà fait observer, avait voulu afûrmer, organiser : or la constitution civile du clergé, qui précédait de peu les massacres de septembre 92, où le mot 7n prêtres va être écrit en lettres de sang, comme le mol ni roi le fut quelques mois après, le 21 janvier 95, cette Constitution, qui prétendait faire de la religion la servante de la philosophie et de la raison humaine, était toute préparée, toute rédigée d'avance dans quelques phrases du Contrat social de Rousseau, où ce sophiste s'efforçait de démonlrer, tout en témoignant de Fadmiration pour TÉvangile et le christianisme, qu'il faut sut)stituer à la religion chrétienne une keligion civile*. À l'entendre, ce devra être désormais la base de la société, non pas que « chacun ne puisse avoir ses opinions particulières dès qu'il est bon citoyen, » mais parce que , suivant Rousseau, le christianisme, avec sa patrie qui n'est pas de ce monde, est contraire à l'esprit social. Qu'est-ce donc que cet esprit qui veut se rendre maitre de la société et en exclure le christianisme, parce qu'il rapproche l'homme de Dieu? N'est-ce pas toujours la raison humaine, la volonté humaine dans son indépendance et son isolement? C'est au nom de cette raison et de cette Tolonté que Rousseau réclame une religion civile comme lien de la société, une dernière sécularisation de cette société après le protestantisme; pourquoi ne pas dire une religion humaine, philosophique , qui donne la première place, le sacerdoce intellectuel à des génies comme celui de Rousseau et qui proclame certains dogmes d'État? C'est ce que nous verrons bientôt : la constitution civile du clergé, calquée sur les idées de Rousseau, tentative d'organisation pour la négation du dix-huitième siècle, menait au culte de l'Être suprême inventé par Robespierre, à ces abstractions érigées en dogme, liberté^ égalité, frateimité, dans lesquelles devaient se formuler Texpérience d'une société philosophique, et les aspirations de la francHmaçonnerie comme deTilluminisme.
Mais à côté du spiritualisme civil, officiel, du déisme humain de Rousseau et de Robespierre , se montrera logiquement l'athéisme matérialiste du baron d'Holbach et de Chaumette, le culte de la Raison, la prostituée, le corps, ou, pour mieux dire, le cadavre sur l'autel de Notre-Dame !
* On a reproché à M. Thiers d'avoir méconnu précisément le carac-
* Contrat social, livre IV, chap. tiii.