‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 2 sur 183 · DISCOURS DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

DISCOURS DE LOUIS XVI

de la nation, à laquelle je me fais gloire de commander.

« Un long intervalle s'est écoulé depuis la deroiére tenue des états généraux, et quoique la convocation de ces assemblées parût être tombée en désuétude j je n'ai pas balancé à rétablir un usage dont le royaume peut tirer une nouvelle force et qui peut ouvrir à la nation uœ nouvelle source de bonheur.

« La dette de TÉtat, déjà immense à mon avènement au trône, s'est encore accrue sous mon règne : une guerre dispendieuse mais honorable, en a été la cause; laugmentation des impôts en a été la suite nécessaire, et a jrendu plus sensible leur inégale répartition. Une inquiétude générale, un désir exagéré d'innovation^ se sont emparés des esprits et finiraient par égarer totalement leti^ opinionsj si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d avis sages et modérés. C'est dans celte confiance, messieurs, que je vous ai rassemblés, ei }q \o\s avec sensibilité qu'elle a été justifiée par les dispositions que les deux premiers ordres ont montrées à renoncer à leurs privilèges pécuniaires *, L'espérance que j'ai conçue de voir tous les ordres, réunis de sentiments, concourir avec moi au bien général de l'Etat, ne sera point trompée.

« J'ai déjà ordonné, dans les dépenses, des retranchements considérables. Vous me présenterez à cet égard vos idées que je recevrai avec empressement; mais^ malgrë la ressource que peut oflrir l'économie la plus sévère, je crains, messieurs, de ne pouvoir soulager mes sujets aussi promptement que je le désirerais. Je ferai mettre sous vos yeux la situation exacte des finances,, et quand vous l'aurez examinée, je suis assuré d'avance que

* Voir les cahiers du clergé et de la noblesse.

VOUS me proposerez les moyens les plus efllcaces pour y rétablir un ordre permanent et affermir le crédit public. Ce grand et salutaire ouvrage qui assurera le bonheur du royaume au dedans et sa considération au dehors, vous occupera essentiellement.

« Les esprits sont dans Tagitation; mais une assemblée des représentants de la nation n écoutera sans doute que les conseils de la sagesse et de la prudence.

« Vous aurez jugé vous-mêmes, messieurs, qu'on s'en est écarté dans plusieurs occasions récentes*; mais Tesprit dominant de vos délibérations répondra aux véritables sentiments d'une nation généreuse et dont Tamour pour ses rois a toujours fait le caractère distinctif. J'éloignerai tout autre souvenir.

« Je connais l'autorité et la puissance d'un roi juste au milieu d'un peuple fidèle et attaché de tout temps aux principes de la monarchie. Ils ont fait la gloire et l'éclat de la France; je dois en être le soutien et je le serai constamment. Mais tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier ami de ses peuples^ vous pensez, vous devez l'attendre de mes sentiments.

« Puisse, messieurs, un heureux accord régner dans cette assemblée, et cette époque devenir à jamais mémorable pour le bonheur et la prospérité du royaume ! C'est le souhait de mon cœur, c'est le plus ardent de mes vœux, c'est enfin le prix que j'attends de la droiture de mes intentions et de mon amour pour mon peuple.

a Mon garde des sceaux va vous expliquer plus am-

' Les élections, les brochures, la presse.

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