‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 3 sur 183 · LE DERNIER ROI DE L'ANCIEN RÉGIME · texte numérisé non relu

LE DERNIER ROI DE L'ANCIEN RÉGIME

plement mes intentions, et j'ai ordonné au directeur général des finances, de vous en exposer Tétat. »

Il y aurait de nombreuses observations à Taire sur ce discours du roi Louis XVI. Nous nous bornerons ici à quelques-unes, dont il nous semble impossible de contester rimportance.

C'est le dernier roi de l'ancien régime qui parle; les états généraux qui n'ont pas été convoqués depuis cent soixante^uinze ans, à peine réunis, quel langage leur tient-il? Le roi rappelle lui-même que ces assemblées des trois ordres étaient un usage^ et cette expression qui n'a jamais soulevé aucune contradiction, caractérise bien, en effet, l'histoire des états généraux. On ne pouvait appeler régulière une institution qui, n'intervenant qu^à de longs intervalles dans la situation de la France, était depuis près de deux siècles suspendue, presque supprimée par conséquent, et qui, pour répéter les justes paroles du roi, paraissait tombée en désuétude.

Pourquoi cependant le roi Louis XVI a-til recours à ce conseil extraordinaire de la nation française, qui, dans ses trois ordres, représente très- exactement cette société avec ses traditions? Pourquoi fait-il un appel à cette société même? Parce que cette société était déjà intervenue, dans des circonstances extraordinaires, et qu'il y a des instants, dans l'histoire des peuples, où, qu'on nous permette ce mot, on croit devoir consulter tout le monde. Or, à peine a-t-il entretenu l'assemblée de l'état des finances, dont il est loin d'atténuer les embarras, le roi ne peut s'empêcher d'indiquer aussitôt « l'inquiétude générale, le désir exagéré d'innovation, qui se sont emparés des esprits. »

6 CHAPITRE PREMIEh.

Il y a là évidemmcnl deux ordres de faits bien difTérents, mais n'esUil pas remarquable, que, dans la parole sincère du roi, qui est sous l'impression même des circonstances, la situation tout entière se montre, pour ainsi dire, à la fois?

Ni les divers ministères, ni les assemblées des notables qui avaient précédé la convocation des états généraux, n'avaient réussi à régler les finances de TÉtat. On s'adressait donc aux états généraux pour leur confier cette mission, qui aurait suffi pour leur donner une grande importance; en même temps une situation bien plus grave que Tétat financier du pays, une situation qui sans doute avait sa raison d'être toute spéciale, se manifeste dans le discours du roi : « L'inquiétude générale, le désir exagéré d'innovation. » Cette disposition des esprits, comme le discours du roi l'indique très-clairement, est parfaitement distincte de l'état des finances. Le roi espère que des a avis sages et modérés » émanés de la nouvelle assemblée, qu'une salutaire impulsion venue de cette grande réunion politique, si elle a vraiment un tel caractère, calmeront et cette inquiétude, et cette agitation, a qui finiraient par égarer totalement les opinions. »

Ces derniers mots touchent plus à la véritable question que tout le reste. Il y a une inquiétude, une agitation très-grandes, un désir exagéré suivant les uns, un juste besoin d'innovation, d'après les autres, qui dominent la situation; il y a un esprit, en un mot, qui est au-dessus de tous les conflits particuliers et secondaires, un esprit que le roi dans un discours officiel d'apparat, nécessairement toujours un peu superficiel, qualifie cependant àinquiétnde générale.

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