U PRESSE. V
nos femmss et nos enfanls !... »Cc langage explique assez rémotion populaire. Il en était la cause naturelle.
D'ailleurs, la presse excitait hautement les masses à rinsurrection. Un historien, très-favorable aux idées nouvelles, Tabbé de Montgaillard le fait observer lui-môme ^ Il explique ainsi les désordres qui, vers la fin de juillet, commencèrent à éclater dans toute la France, et les dates sont ici importantes, car il fait alors remonter à deux mois les excitations delà presse. Elles avaient donc précédé et la concentration des troupes autour de Paris, et le renvoi de Necker, et la formation d'un nouveau ministère. Ce langage de la presse, que dominait au reste la tribune aux harangues du Palais-Royal, n'est pas, nous le reconnaissons, la cause principale des événements, mais il les accompagne, les commente et les explique. La presse n'inventait pas les idées qui régnaient à cette époque, mais elle leur servait de monnaie courante. A défaut de la presse, elles auraient trouvé un autre organe. Le mouvement populaire continue donc en présence de la mesure qui organise une garde civique. Il presse et étreint l'Hôtel de Ville : il faut toujours des armes au peuple, et il ne se retirera pas qu'on ne lui en ait données I On lui a parlé de trahison, il y croit, il veut se défendre lui-même !
Disons encore un mot sur ce nom de brigands^ sous lequel on a désigné les ouvriers qui, dans la journée du dimanche, 12 juillet, et dans la nuit du dimanche au 13,
' Contemporain de la Résolution et ennemi de Tancien régime, Fabbé de Montgaillard s^exprime ainsi :« Depuis deux mois, les feuilles de Camille Desmoulins, de Mirabeau, de Loustalot, de Mercier, de Marat, médecin des gardes d'Artois, excitent les basses classes de la population à s'insurger en masse. » {Histoire de France depuis la fin du régne de Louis XVI , t. II, p. 113.)
Dfl CHAPITRE IV.
commettent les excès racontés par M. Mignet*, comme uuftsi aux émeutiers qui, peu de temps avant la réunion (les états généraux, ont paru dans les troubles du fau- Imurg Saint-Antoine, que rappelle le nom de Réveillon.
On distinguera encore, par cette épitfiète flétrissante de hrujands^ les auteurs des plus grandes violences dont la rue ou la place publique seront le théâtre pendant le cours do lu Révolution. D'où venait donc cette population à part qui a mérité un tel nom? Et y a-t-il quelque vérité historique ix la représenter comme étrangère, pour ainsi dire, au soulèvement populaire dont cependant elle fait partie? Les historiens eux-mêmes, qui ont le plus employé celle dénomination exlraordinaire,rexpliquentdansles grandes circonstances, comme M. Mignel. Parlant de celle même journée et de celle même nuit, du 12 au 15 juillet, M. Thiers s'exprime ainsi ;
« Tous les citoyens s'y rendent (à VHôtel de Ville) pour aviser aux moyens de se préserver à la fois de la fureur (le la multitude^ et de Tatlaque des troupes royales. Pendant In nuit, le peuple, qui court toujours à ce qui ImiérfMH(*y force et brûle les barrières, disperse les commis et rond toutes les entrées libres. Les boutiques des armuriers sont pillées. »
C'est de la même manière et par le même peuple que les détenus de la Force et du Châtelet furent délivrés, la maison de Saint-Lazare et le Garde-Meuble, livrés au pillage. Cette multitude^ comme rappellent M. Thiers et Tabbé de Montgaillard % n'est pas certainement composée de brigands, si elle peut commettre des actes de destruction et
« Voyoi plus haut, p. 9!.
• II- vol., p. 71.