U LUTTE. — LES ARMES
de brigandage; elle est en proie à une exaltation qui n'est point rare à cette époque, et elle interprète à sa manière un mouvement d'idées qui mène à un changement complet dans les institutions politiques et peut-être sociales. Avant d'arriver à une solution dernière, faut-il que la lutte descende même dans la rue, et importe-t-il que le passé y soit vaincu à tout prix par l'insurreclion populaire, armée et triomphante, chargée d'ouvrir la voie aux temps nouveaux, et d'établir à jamais, sur les ruines d'un pouvoir ancien, qui n'a plus d'autre nom, pour un grand nombre, que celui de despotisme, le règne d'une liberté qui ne doit plus disparaître? Ce sont là les questions que pose l'enthousiasme même des masses comme de ceux qui les dirigent.
On a vu que le peuple n'avait qu'une pensée, celle de s'armer. Quoique les troupes royales eussent évacué Paris, la fermentation ne faisait qu'y augmenter. Le prévôt des marchands, M. de Flesselles, qui s'était rendu à l'Hôtel de Ville, sur la réquisition des électeurs, pour s'y entendre avec une municipalité improvisée, s'efforça plusieurs fois d'éluder les demandes impérieuses de la population; il promettait des armes et n'en donnait pas : le peuple ne se contentait pas des armures antiques, des casques et des piques qu'il avait prises au pillage du Garde- Meuble; il insistait et réclamait toujours des armes, quoiqu'il se fût déjà emparé, aux Invalides, de trente mille fusils et de vingt canons; comme toutes ces armes ne suffisaient pas encore, les électeurs siégeant à l'Hôtel de Ville autorisèrent les districts à faire fabriquer cinquante mille piques qui furent prêtes en trente-six heures.
Ainsi un camp se formait dans Paris en face des troupes