DE LA NUIT OU 4 AOUT AUX JOURNÉES D*OCTOBRE
Avénemenl de la réforme philosophique : ce qu'il faut penser de la nuit du 4 août. — TraTaux de TÂssenihlée constituante. — Dêclaratioh des droits de Thomme et du citoyen. — Journées des 5 et 6 octobre. — Quelle en fut la cause véritable. — Le roi à Paris.
Pour reconnaître l'origine première de révénement auquel nous venons d'assister, il suffit de reporter ses regards sur le commencement du règne de Louis XYI et le ministère philosophique de Turgot ^
Les hommes qui ont fait la nuit du 4 août ne s'étaient pas seulement « engagés au service de la philosophie du dix-huitième siècle, » pour nous servir de l'expression
* M. Mignet résume ainsi la situation après la nuit du 4 août : « La révolution arait eu une marche bien rapide, et avait obtenu en peu de temps de bien grands résultats; elle eût été moins prompte êl moins complète si elle n'eût pas été attaquée *. Chaque refus ** devint pour die Toccasiou d'un succès; elle déjoua Tintrigue, résista à Fautorité, triompha de la force; et, au moment où nous sommes parvenu, tout Tédifice de la monarchie absolue avait croulé par la faute de ses diefis
* Qu'est- ce donc qa'attJH]iier la rérohition?
** M. Mignet nous le dira loi-méme : attaquer la révolotion, ne seraitrce pas lui refkier qudque chose?
*** Nous ne saTons, mais il nous semble que depuis trois mois on avait eu plutôt Pair de lui refuser quelque chose, qu'on ne lui avait vraiment refusé, et la nuit du i août n'était pas un refus.
188 CHAPITRE Ml.
de M. Louis Blanc, que nous avons déjà cité, ils lui ap|)artcnaient entièrement, ils étaient cette philosophie même, formulée dans les doctrines du renouvellement général de la société, au nom et par les doctrines économiques d'une liberté indéfinie, radicale et inflexible dans ses applications*.
La nuit du 4 août, lorsque la Constitution n'est pas
* Nous croyons devoir reproduire ici ce que nous avons dit, dans le premier volume de cet ouvrage, précisément vers Tcpoque du ministère de Turgot^au moment où, dans son livre intitulé De la Distribution des richesses, il s'étudiait à prouver que tout était à défaire et à refaire, pour le bonheur de la France ; nous expliquions ainsi le succès du livre de Turgot qui lui ouvrait l'accès du pouvoir : t 11 n'y avait pas, en effet, que des philosophes et des écrivains dans ce mouvement d'idées qui semblait n'avoir pour but que les intérêts matériels et Tamélioration de l'état social (il s*a^issait alors des doctrines économiques sorties de la pliilosophie du dix-huitième siècle, et basées comme elles sur la libeité et la souveraineté absolues de la raison humaine) ; mais des hommes et des femmes du monde, la haute société des salons de Paris, qui, sceptique avec Voltaire et ses disciples, continuait à suivre la philosophie du dix-huitième siècle dans les syslèiiies de Quesnay et de Turgot, cherchant avec eux les affirmations et les résultats. (T. I" de cet ouvrage, p. 257.) Au bas de cette même page, nous citions des paroles de M. Louis Blanc faisant remarquer, avec raison, que « Técole économiste était dirigée et appuyée par des nobles, des grands seigneurs, des souverains même, et que le marquis de Condorcel, le chevalier de Jaucourt, Turgot, issu d'une des plus anciennes familles de Normandie, le marquis de Mirabeau, poussaiait à la chute définitive de la féodalité française » (féodalité qui n'existait plus) « aux applaudissements du chancelier de Lithuanie, du grand duc de Bade, de milord Landsdown, de Tarchiduc Léopold, de Tempereur Joseph II. »
Or cette phrase de M. Louis Blanc prouve surtout un fait, l'inlluence que les idées philosophiques du dix-huitième siècle exerçaient, en France comme en Europe, dans les cours et dans les salons, d'où ces idées commencent à descendre sur la place publique et dans la rue ô l'époque où nous sommes arrivé.