‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 55 sur 183 · LA NUIT DU 4 AOUT · texte numérisé non relu

LA NUIT DU 4 AOUT

le Pelion Ossa de la Révolution, on ne peut nier que ce ne soit ici Tancien régime qui change et détruise l'an-

cien régime '.

* « Peindre Ûdèlement, dit encore M. Louis Blanc, ïivresse sainie, rindomptable ivresse dont cette nuit du 4 août 1789 signala le mystérieux empire, les éciivains qui en furent témoins l'ont eux-mêmes tenté vainement. Ce fui une fièvre de getiérosité, ce fut un délire d'abnégatio7i, auxquels les annales d'aucun autre peuple n'eurent jamais rien de comparable. Le marquis de Foucault s'étant plaint de Fabus des pensions de cour, les ducs de Guiche et de Mortemart s^empressèrent de déclarer que la haute noblesse serait fière de renoncer, pour Tavantage commun, aux bienfaits du roi. Le duc de Chatelet proposa de convertir le-s dîmes en redevances pécuniaires; le vicomte de Beauharnais, de proclamer tous les citoyens admissibles aux fonctions publiques*; le comte de Cusline, de mettre le prk du rachat des droits féodaux à un taux moins élevé que le denier trente, indiqué par M. d'Aiguillon ; le duc de la Rochefoucauld, de délivrer les noirs des colonies; M. Gottin, de supprimer les justices seigneuriales**; M. de Richer, d'aboHr la vénalité des offices'**.

• L'émotion allait croissant. Une impatience, qui ne différait pas de riiéroîsme, confondait les vœux en rapprochant les âmes. Le nombre des offres généreuses était si considérable, le concours des iiiotioiis expiatoires si véhément, que les secrétaires n'en pouvaient suivre sur le papier rénuméralion trop rapide. Un conseiller du Parlement réclama la destmction des privilèges de la magistrature. Barère fit don à ses concitoyens de la flnance de sa charge. Ceux qui n'avaient aucun sacrifice personnel à faire prenaient la parole pour en exprimer leur douleur. « Je suis comme Catulle, dit le comte de Yirieu, je n'ai qu'un « moineau ! je Foffre. — 11 est ici, répondit quelqu'un, plus d'une « Lesbie prèle à Taccepler. » C'était la grâce dans l'enthousiasme. Des applaudissements prolongés se firent entendre ; la suppression des colombiers dans le royaume fut votée par acclamation. « Kl nous aussi, « dit le curé Thibault, nous voulons venir en aide au peuple. Le peu

"Od a vu queceUe admissibilité existait pour rimmense majorité des charges et emplois, que la bourgeoisie remplissait la magistrature et radministralion : la proposition du vicomte de Beauharnais n'était qu'une formule.

** Elles n'existaient plus qu'en bien petit nombre.

** Ceci touchait la bourgeoisie et le Parlement, une grande partie de la vieille organisation de la France.

i» CHAPITRE YI.

Êtait-il unanime dans cette destruction?

N'y avait-il personne en France qui s'aperçût des dangers d'une ruine si rapide, si précipitée, qui, plus promp-

f que nous avons, nous Toffrons de bon cœur. Nous abandonnons le « casueL » A ces mots, ce fut un attendrissement général : • Non, « non, répondent une foule de voix, la patrie est reconnaissante de « Toffrande du pauvre, mais elle ne Taccepte pas. » Sur la motion de Duport, il fut décidé que la dotation des prêtres de campagne serait augmentée ; on n'applaudissait plus, on pleurait.

« Le président avait invité le clergé à se prononcer : Tévêque de Nancy déclare qu'il donne une approbation entière au rachat des féodalités ecclésiastiques, à condition que le prix sera employé en fondations pour le soulagement des pauvres. À son tour Tévêque de Chartres décrit en vives images la détresse des populations rurales; il montre le cultivateur forcé d'assister en silence au spectacle de ses diamps ravagés par les meutes du seigneur voisin ; il demande l'abolition du droit exclusif de chasse. Aussitôt, des bancs de la noblesse, part un cri d'adhésion, un cri puissant et passionné. La pâleur des grandes inspirations couvrait tous les visages; une sorte de feu divin jaillissait de tous les regards ; on s'encourageait mutuellement à être houroux par la justice, à être forts par l'amour; une invisible main stMublait avoir, du moins pour un instant, écarté le voile qui dérobe aux socit'iés imparfaites la vue des horizons lumineux. La séance i^tait une fête sacrée, la tribune un autel, la salle des délibérations ^ait un temple. Ah ! de tels souvenirs nous accablent, faible généraliou quo nous sonmies. Car enfin, que savons-nous aujourd'hui d'égal à wAw ninjesté, scènes imposantes qui fîtes la gloire de nos pères?

« Lo!^ lkarn<^ros qui coupaient le royaume définitivement abattues» k$ pi^s dV/a/ supprimés, les privilèges particuliers des villes anéanr tis, Thonnour d'appartenir sans réserve à la grande famille française Uiuiniutomonl prt'ft^i^^ à Torgueil des souverainetés locales, au charme Ui^ ImMUuUvjt. itu rtspect des traditions du pays, à la dévotion des ti^m'tHm^ \^\W IV qui coiuronna l'œuvre immortelle* . Les représen- Untï^ du l^ui^ùiH^ iiYiùeikl ouvert la voie ; les représentants des autres ^'^viui't'» y i>ulr^ul <») se diMuianl h main. Provençaux, Bourgui- )&UMVH« UoTHUi». Nv4nnaiHi$« Languedociens, Auvergnats, Francs-Com*

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MARCHE DE LA RÉYOLimON. 183

teinent encore que TAssemblée du tiers ne s'était déclarée nationale et constituante, entraînait dans une même chute tout l'édifice du passé, au moment surtout où, après rinsurrection du 14 juillet, l'autorité centrale, celle de ta royauté, n'était plus qu'un nom auquel l'Assemblée elle-même, dans ses ménagements envers le club du Palais-Royal et la rue, sentait, au moins dans la partie la plus éclairée et la mieux intentionnée de ses membres, la nécessité de rendre et la force et le prestige qui lui permettraient de gouverner, de sortir de cette situation toute passive, où les derniers événements, les excès même dont Paris et la France étaient le théâtre, devaient la retenir? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucune opposition ne se montra dans l'Assemblée, même de la part de cette majorité de la noblesse qui ne s'était ralliée à la Chambre du tiers que sur Tordre du roi , aux votes émis dans cette séance et aux résultats qu'elle devait avoir; c'est qu'il y eut, entre les deux anciens ordres de l'État, le clergé et la noblesse émulation de dévouement et de sacrifices, ainsi que l'atteste le récit curieux et plein d'intérêt dans son enthousiasme de M. Louis Blanc, que nous avons cru très-utile de reproduire, témoignage irrécusable d un événement comme celui de la nuit du 4 août.

Un écrivain qui a foi dans les destinées de la Révolution et de la Révolution extrême s'émeut de ce qu'il appelle

lois, les Bretons même, tous ces peuples disparurent. Un peuple resta : c'était la France » (M. Louis Blanc, t. II.)

La suite de cette histoire donnera la juste mesure des appréciations de M. Louis Blanc; mais à ce mot de France par lequel il termine ce récit enthousiaste de la nuit du 4 août, il faudrait, nous le croyons, en substituer un autre, celui de Paris.

1S4 CIIPITBE TI.

le délirâj livreuse sainte de ces hommes que « la philosophie du dix-huitième siède, pour parler comme hii, avait engagés à son service ; » la séauce du 4 août est, à ses yeux éhlouis, a une fête sacrée; la tribune, un autel; la salle des délibérations, un temple ! »

Cet enthousiasme, de la part d'une intelligence qui n'est ni sans force ni sans puissance, a évidemment quelque chose de curieux et de digne d'attention. Et le moment viendra où nous aurons à étudier, d'une manière plufl suivie, une ivresse qui anime encore les partisans d(* In Ilévolution, malgré les événements qui ont suivi la nuit du 4 août, et tant d'illusions perdues par ceux-là mémc^H (|ui en furent les principaux acteurs.

Du ce moment, il y avait tant de vitalité dans Tesprit do réforme générale universelle, qu'on venait de Topposor h lu réalité même des incendies et de la dévastation q\ii HO piH)pageaient dans toute la France, et que, pour molln> un tonne aux brigandages qui désolaient le pays, la pn^priélé ivpontanic se donnait une sorte de mea culpa phiUKHophiquo.

SmUsH duuto il était possible d'introduire d'utiles modifi- CMtii^u» dans Tétat de la propriété, mais ce n'était point avtH^ K^iA oi^prit de théorie qu'il fallait agir, au risque de détnùiv quand iui voulait édifiera

^ I^^^visVh t\^ Mr>MiU'M>'. qui rth^iuue h nuit du 4 août, voici les rè- ^H^ttilt* st\* svtt^ uwU :

AtK^^lisM^ vl^ t« v|u;iUil^ \W $iMrC* el de h imînmMte, sous quelque

vV>^^M^MH\<^tH^^ Vtw\^k^ \^\WWî

U mu DU 4 AOUT. 185

La séance du 4 août avait duré jusqu*à deux heuœs du matin .

L'Assemblée, dans son enthousiasme très-sincère, voulut qu'un souvenir durable pût rester de celle improvisation de réforme générale, de ce changement à vue de la société française : elle vota une médaille destinée à en conserver le souvenir, et un Te Deum, proposé par Tarchevéque de Paris, pour solenniser, et, sans doute, mettre sous la protection divine, les résultats extraordinaires qui venaient de s'accomplir en quelques heures.

Elle voulut aussi que la royauté eût sa part dans celte transformation subite du passé, et que ce pouvoir antique ratifiât, par son concours, tous les voles de l'Assemblée qui, avant même d'avoir examiné autre chose que le préambule de la constitution, et quand elle avait décidé seulement qu'il y aurait une déclaration des « droits de

Suppression du droit exclusif de chasse, des colombiers et des grrennes;

Taxe en argent représentative de la dime ; rachat possible de toutes les dîmes, de quelque espèce que ce soit ;

Abolition de tous les privilèges et immunités pécuniaires;

Égalité des impôts*;

Admission de tous les citoyens aux emplois civils et militaires**;

Déclaration de rétablissement prochain d'une justice gratuite, et de la suppression de la vénalité des offices;

Abandon du privilège particulier des provinces et des villes ;

Suppression du droit de déport et vacat; des annates, delà pluralité des bénéfices ;

Suppression des pensions obtenues sans titre ;

Réformation des jurandes.

* Dans le premier volume de cet ouvrage nous avons indiqué ce qu'était l'impôt sous l'ancien régime, et comment la répartition en était faite.

** Nous n'avons pas besoin de rappeler ce que nous venons de dire à l'égard des emplois civils; on peut se rappeler que les grades de l'armée étaient accessibles h la bourgeoisie, quoique la noblesse, excepté dans l'artillerie et lo génie, les occupât iîcoéralement.

180 CHAPRREVI

Thomme et du citoyen » en tète de cette constitution, changeait, d'une manière complète, Tassiette même de la société française, mêlant la réforme sociale, par la transformation de la propriété, à la réforme financière qui était Tégalilé de Timpôt, et surtout, par la destruction de ce qu'on appelait alors les privilèges des provinces, préparant un système d'unité territoriale qui devait changer profondément Télat de la France, en dehors de toutes les lutlcs d'opinions et de tous les intérêts de partis.

L'Assemblée, qui avait fait ces ruines et qui les donnait d'avance pour base à la constitution qu'elle préparait, arrêta qu'elle se rendrait auprès du roi pour lui décerner le titre de « Restaurateur de la liberté française ^ »

C'était la première fois que, depuis le 14 juillet, la visite du roi à rilôtel de Ville et le rappel de Necker, une occasion étt\it offerte par TAssemblte au pouvoir royal d'intervonir dans une situation si nouvelle; mais ce qu'on ne pou! oouloslor^ c'est qu'une occasion de cette nature, la muu'tion n>plo donnée à tous les résultats d'une telle Hi^amv. do cotto nuit du 4 aoàt, devaient assez montrer quo ixn o( Assemblée n^ëtaient point, comme on disait «Ku^, los ouuomis do la liberté et de l'alité, les adver- ^iiros do$ (HUitiquos philosophes et théoriciens, et les iU^fin>sour^ do Tïmcion n^gime»

^ iV (VU liA)t>r^TV^I)<riHU) quù «i^ns de:^ intentions éfidemmenl moiMVN^^h^^^ ^ «>«iil ^t U |wvv^^*Mi» comme le doc de la Roche- (\Hh>MM4jiMH\Hurt f^l v>elle do 1» mèdadle.

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