LA VÉRITABLE HISTOIRE
clamer ce qu'elle regardait comme Tavénement définitif des temps nouveaux, le couronnement des idées du dixhuitième siècle et de ses penseurs, philosophes, économistes, pour dire le mot, un second triomphe de Voltaire, quelque chose aussi comme le Mariage de Figaro j où, des loges, des hommes de cour applaudissaient aux attaques dont la vieille société était Tobjet, et à cette critique universelle qui appelait, en même temps qu*une ruine universelle de cette société, le renouvellement général qui devait fonder celle de Tavenir.
Cette tradition du mouvement philosophique, de ses idées et de ses systèmes, est bien facile à suivre : là est l'histoire, la véritable histoire. Qu'on soutienne que de bons et durables résultats ont pu, ont dû sortir d'un tel mouvement, c'est une question que les faits doivent trancher mieux que tous les raisonnements ; mais ce qu'il est impossible de contester, c'est la puissance de ce mouvement même et la marche rapide qu'il a suivie.
Un fait qu'il ne faut pas perdre de vue non plus, quand l'Assemblée constituante s'interrompt tout à coup au milieu de l'examen de la Constitution commencée, pour répondre par des réformes générales, universelles, aux brigandages et aux incendies dont toute la France est le théâtre après le 14 juillet, c'est que précisément cette Constitution, basée sans doute sur certaines théories, réforme fondamentale dont la France avait besoin, d'après Turgot, dont elle ne pouvait plus se passer^, était le but qui préoccupait avant tout lAssemblée.
rite, dont la démonstration ressortira de la suite même et de la logique des événements que nous allons avoir à raconter.
^ Nous croyons devoir encore citer ici cette phrase de Turgot qui se trouvait dans les notes remises par lui à Dupont de Nemours, Téco-
Oi CHAPITRE YIL
Or, quand des hommes, sous Tempire des idées de Turgot, venaient précisément remédier au mal, pour parler comme lui, combler cette lacune d une constitution qui manquait à la nation française, les passions, suivant le mot de M. Louis Blanc, que nous avons déjà cité, prenaient les devants sur la Constitution.
Cette coïncidence est digne d une sérieuse attention. Ëtail-ce donc ici la faute de l'ancien régime qui aurait allumé ces passions violentes et sanguinaires, destructrices de Tordre social, quand il s'agissait de le réformer tout entier, ou bien des principes nouveaux dont le délire, la sainte ivresse transportaient les intelligences dans les hautes classes de la société? Excitaient-ils dans les autres classes un autre enthousiasme, faisaient-ils éclater, par l'intermédiaire des clubs et des émissaires parisiens, une explosion de haines et de fureurs qu'un auteur du temps, cité par M. Louis Blanc, expliquait ainsi : « Les grands, les riches, les seigneurs des provinces, ont si longtemps, si cruellement écrasé le peuple, qu'il y a une ancienne haine presque ineffaçable... La vengeance s'amasse pendant un siècle dans les cœurs ulcérés, et aussitôt qu'elle peut agir c'est un torrent qui ne connaît plus de frein. »
Il semble que cette fureur contre le passé qui s'élève des derniers rangs, répond en effet d'une manière terrible et logique à cette sainte ivresse, dont parle M. Louis Blanc, qui animait les membres de la noblesse dans la séance du 4 août; ce qui, pour les adeptes de la noblesse, est le renouvellement nécessaire de la société au nom de
nomiste, pour rédiger un Mémoire destiné à Louis XVI : « La cause du mal, sire, c'est que notre nation n'a pas une constitution. » (Voir le !•' volume de cette histoire, p. 260.)