‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 89 sur 183 · QUAND U TERREUR COMMENCE-T-ELLE · texte numérisé non relu

QUAND U TERREUR COMMENCE-T-ELLE

de la Révolution de 89, historien au cœur généreux, qui a voulu flétrir, avec les faits studieusement recueillis, l'époque spécialement désignée sous le nom de Terreur, il se demande, dans Fintroduction de son livre, à quelle date, à quel événement il doit fixer le commencement du récit qu'il va entreprendre ; quel est le point de départ que Ton doit assigner à la tyrannie de la rue, au despotisme de rémeute, et il ajoute que, « après avoir longtemps hésité, il s est décidé, après mûre réflexion, pour la date du 20 juin 1792, par où l'anarchie, après avoir fait, pour ainsi dire, sanctionner son avènement dans le sanctuaire des lois, en y défilant avec son cortège obligé d'hommes avinés et de femmes en délire, a pu envahir Tasile inviolable de Louis XVI, et coiffer du bonnet rouge la tète de l'infortuné monarque, en attendant qu'elle l'abattit sous le couperet révolutionnaire. »

On vient d'assister aux journées d'octobre, aux scènes sanglantes du château de Versailles ; on a vu l'Assemblée envahie par la populace, cette Assemblée où déjà auparavant l'on redoutait d'être égorgé, si l'on ne se conformait aux injonctions démagogiques ; le roi vient d'être amené prisonnier à Paris, et l'Assemblée l'y a suivi; cent vingt députés, ceux qui ont cru pouvoir fonder le gouvernement représentatif sur les bases d'une révolution politique, se retirent de l'Assemblée, désespèrent comme Mirabeau va bientôt désespérer lui-même : est-ce que le moment où « la populace souveraine » triomphe ainsi, autant, après tout, de l'Assemblée que du roi, où elle emmène à sa suite et cette Assemblée, et la garde nationale, et la Fayette, n'est pas le commencement réel, la première journée de la Terreur? Et pourquoi M. Mortimer-Ternaux va-t-il la chercher si loin? Peut-être parce

que la Terreur se mêlerait ainsi au vote même de la Constitution, à Tépoque de 89, parce que, la discussion de cette Conslitution à peine commencée, ainsi que déjà nous avons dû le faire observer, la populace serait intervenue, et qu'elle l'aurait discutée, votée à sa manière? En vérité, nous ne voyons pas ce que des hommes de cœur et d'intelligence, comme MM. Duvergier de Hauranne et Mortimer-Ternaux, gagneraient à voir et à présenter les faits et les questions sous un autre jour que le seul vrai, à vouloir faire sortir de la Révolution de 89 d'autres résultais que ceux qu'elle a produits? Ne serait-il pas temps enfin de sortir une bonne fois de ce cercle vicieux, et de ne pas demander à celte Révolution ce que peut-être elle ne donnera jamais, tandis qu'on ne saurait contester les vaines promesses qu'elle a faites jusqu'ici et la chute successive des pouvoirs auxquels elle a plus ou moins servi de base?

Ou sommes-nous sous l'impression des journées d'octobre et des paroles même de M. Duvergier de Hauranne, quand il blâme, avec Mirabeau, l'esprit théorique de l'Assemblée? Avons-nous tort aussi de faire remonter si haut la Terreur y et ne faut-il pas attendre, avec M. Mortimer-Ternaux, la première visite de la populace aux Tuileries, le 10 août même, oublier celle première visite au châleau de Versailles, donner à l'Assemblée constituante le temps de terminer la Constitution ainsi commencée et presque achevée, au moins dans sa partie la plus importante, avant de dire : la Terreur, c'est-à-dire cette terrible impression, cette puissance aveugle et furieuse qui ne laisse plus ni liberté ni dignité aux intelligences, est sortie armée de la souveraineté de la populace et des abstractions à l'ordre du jour, la Terreur a commencé du jour où le roi et l'As-

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