‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 11 sur 156 · YOLTAIRE ET LES LIBRES PENSEURS D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

YOLTAIRE ET LES LIBRES PENSEURS D'ANGLETERRE

du dix-huitième siècle, un lien personnel pour ainsi dire ; si Voltaire tient, d*un côlé, la main de Ninon, on doit reconnaître qu*il tient, de Tautre, celle de Luther, quoiqu'il ne veuille plus du protestantisme son point de départ, de même que les athées voudront bientôt laisser derrière eux le déisme, même le plus sceptique.

Ce Alt en effet dans les écrits des libres penseurs du protestantisme que Voltaire, pendant son séjour en Angleterre, trouva un plan d'attaque tout fait contre le christianisme, logiquement déduit, de sectaire en sectaire, d'incrédule en incrédule, du protestantisme luimême.

De lord Herbert, un des premiers libres penseurs anglais, après* le triomphe du protestantisme en Angleterre, jusqu'à Locke et Bolingbroke, qui fut l'ami et l'hôte de Voltaire, on suit la succession des libres penseurs protestants, tous partis de ce principe que la raison de l'homme, en vertu du droit de libre examen, est indépendante et souveraine.

Ce qui donnait à la philosophie protestante, introduite en France par Voltaire, un caractère plus dissolvant, c'est qu'elle était venue se placer à côté des sectes qui morcelaient la religion anglicane, comme le développement du protestantisme, et la détruisaient comme sa conséquence logique.

On avait vu les presbytériens, sous Cromwell, supprimer l'Église épiscopale pour être attaqués ensuite par d'autres sectes; puis, à la restauration de Charles II, malgré le rétablissement de celte Eglise, les sectes dissidentes et les libres penseurs continuer la même œuvre jusqu'à ce que Locke, qui forma presque involontairement la première école des libres penseurs anglais,

iO CHAPITRE II.

comme Socin avait été le chef de la dernière secte qui prétendit encore appartenir au christianisme, se plaçant sur la limite extrême où la religion finit et où Tincrédulité absolue commence, publiât son eliristianisme nùsmnahh, où il n'exigeait pour tout chrétien que la croyance au dogme suivant : « Jésus est le Messie. »

(iuillnume III ayant entrepris, peu d'années avant la lin du i\\gne de Louis XIV, en 1695, de réunir toutes les MtHios dissidentes, le livre de Locke fut destiné à opérer x'i^ rHppixKhcment; mais il enfanta d'autres livres, où le obriHlinuismo était nié hautement, comme leChristianisme anii^ mfjstàrs do Toland.

Au liou de Tunion impossible du protestantisme, qui tHHl la division méme^ on vit toute une éc#le de libres pouitoui's, appliquant, à leur manière, le droit de libre t^xamou pix>lostaut, et^ parmi eux, Shaflesbury, que Vollairo ap|u>llo « un des plus hardis philosophes de TAngle- Umt^x » tMinV» (Kir son grand-père, incrédule comme lui, ol |>^r liH^io.

AMa^iHiul b ri>li^ion chrétienne avec audace, il prétondu quo « lo ridicule était la pierre de touche de la vé- \Mi^ \ « i\\iiuu)i> où YoltJÈiirt> était tout entier. Shaftesbury, r<^lt^vt) dt) U^kOi, Odlin^ son ami, Tindal, et enfin le o^lOihi>i) hml )Udin|shr^4iO, marcbeut à la tète de cette ^tHilo |vhiUwiO|^ùquo dWngletenv qui a fait dire à M. Vil- \^\m\\\ \\w ct> )^\^ « à la lin du dix-septième siècle et atl oouMiioiHy^nHfuI du dix-h^iilième, avait été remarquable \m' \\\w mr)^ dVni|vor(iMiitMil sceptique et épicurien. » (!i^ jM^iHiliN» ^m) d'^ut^nt plus justes, que la plupart de innix \\\\\\{ nou^ >^ih^is dt^ mpp^eler les noms croyaient luntv^^ir iHM\oiH^r )^ )du$ ^ihW lioence des mœurs avec w lîMiô do |H^^^N>r )« idus iUiiiiil<èe^ et que, chex eux.

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rincrédulité, l'orgueil de l'esprit, avait germé dans la corruption des mœurs.

Il n y avait pas longtemps que Locke était mort, et que ses élèves formaient une école de déisme en Angleterre^ quand Voltaire, qui avait déjà trente ans, vint dans ce pays. Il y vit Bolingbroke, le déisme systématique dans Tesprit d'un roué, et il apprit la pliilosophie de Locke, qui faisait dépendre les idées des sensations, système qui devint celui de Condillac et du dix-huitième siècle.

Les roués de la cour, que Voltaire avait retrouvés dans Bolingbroke, attaquaient le christianisme un peu comme le guet ; il les gênait. Il leur fallait une cour, un pouvoir aussi libre qu'eux dans ses allures et qui ne leur imposât aucune espèce de contrainte : la régence fut pour eux cette cour et ce pouvoir ; mais, si leur esprit avait agi sur celui de Voltaire jeune homme , si ses poésies légères, après celles de Chaulieu, avaient reflété leurs mœurs et leurs idées, il revint s'emparer de cette grande arme de la littérature, dans un pays éminemment littéraire, pour les dominer à son tour et donner une pensée arrêtée, un but fixe à une révolution de mœurs et d'idées^ qui, passant du corps à l'esprit, pour conquérir l'homme tout entier, formée d'abord dans les hautes régions de la société française, et lui préparant de sanglantes épreuves^ allait bientôt régner sur les intelligences, et recommencer en France le protestantisme vaincu, mais avec un but direct, immédiat, que le protestantisme aurait désavoué, la ruine même du christianisme.

On avait vu l'attaque à l'antique religion du pays se montrer dans quelques œuvres légères de Fontenelle, de Chaulieu, de Montesquieu, jeune homme, qui depuis exprima des sentiments tout contraires; cette attaque^

Voltaire la généralisa; Diderot devait la vulgariser.

A peine Voltaire était-il de retour en France, qu'il publia ses Lettres philosophiques^ où il révéla aux libres penseurs français, corrompus et légers, l'Angleterre sérieusement incrédule, le système d'incrédulité logique, sorti du schisme et de Thcrésie.

En vain Louis XIV avait exilé le protestantisme, la philosophie du dix-huitième siècle, dès Torigine, dogmatique et sectaire, s'empara de cette place vide en l'élargissant.

Le protestantisme avait été une insurrection dans le christianisme qu'il voulait dominer ; la philo^phie du dix-huitième siècle fut une révolution pour en sortir.

C'est ainsi que se forma contre la religion de l'Évangile une ligue nouvelle : deux incrédulités, l'une du corps surtout, celle des courtisans libertins du dix-septième et du dix-huitième siècle; l'autre de l'espril, celle qui remonte à Luther et au libre examen protestant, mais qui toutes deux avaient entre elles des analogies que nous avons déjà indiquées, basées sur un même principe, la raison humaine érigée en règle absolue des croyances et des mœurs, se réunirent pour enlever au christianisme l'homme tout entier, corps et âme, par une alliance dont il n'y avait pas encore d'exemple : cette alliance extraordinaire, mais logique, qui jetait le protestantisme dans la philosophie du dix-huitième siècle, les idées qui avaient fait la révolution d'Angleterre dans une multitude de livres qui formèrent la littérature et la pensée de l'époque. Voltaire l'avait rapportée d'Angleterre aux salons de Paris.

Nous allons assister au développement d'un fait inouï dans l'histoire.

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Qu'on jette un instant les yeux sur les civilisations de Tantiqulté: on y remarquera toujours, à Tépoque surtout de leur force et de leur grandeur, le respect de la religion quelle qu'elle fût, et des mœurs.

Il y avait sans doute dans le paganisme d'énormes contradictions : Vénus et la débauche à côté de Diane et de la chasteté, un pêle-mêle de vices et de vertus déifiés; mais celte corruption, qui s'attachait à une religion faite de main d'homme, comme aux idoles du paganisme, n'empêchait pas cependant que, dans la conscience des nations, les mauvaises mœurs restassent flétries, comme l'atteinte la plus profonde portée à l'honneur et à la vie des sociétés.

Quand Salluste veut faire l'éloge des anciens Romains, il commence par ces mots : Boni mores ^

A l'époque même où la république romaine en décadence va livrer au despotisme militaire une civilisation déjà vieille et corrompue, quel est le vice queCicéron, cet orateur philosophe, reproche le plus à Catilina ? Le débordement de ses mœurs. A côté de la ruine et de l'asservissement de sa patrie qu'il l'accuse de conspirer, il le signale comme le plus corrompu et le plus corrupteur des hommes, comme mêlant à l'assassinat l'orgie et la débauche ! Et surtout il le montre à la fois impie et impur, tenant déjà dans ses courses nocturnes la torche qu'il apprête pour brûler Rome et les temples des Dieux !

Avons-nous besoin de rappeler ici l'origine même de la république romaine ou celle de la chute des décemvirs? Les noms de Lucrèce et de Virginie ne disent-ils pas ce

* Conjuration de Catilina, p. 8, édition publiée par Jules Delalain.

qu*ëlaient les mœurs pour les sociétés païennes de Tantiquité ?

Évidemment, il faut reconnaître, même au milieu des folies et des vices, des « fausses vertus » du paganisme dont parle saint Augustin, quelque chose de supérieur è ridolAtrie et ù la corruption qui s y trouvait attachée, une ti^dition plus haute et plus pure, qui maintenue au moins )ku' les mœurs, surtout dans les époques primitives, sauvegardait encore les sociétés humaines.

Que seraient-elles devenues, en effet, avec Tidolâtrie, tu \{\ (nul faite aux passions avait été plus grande? Et que doviut Kome quand les bonnes mœurs disparurent tout à ftùl et laissèrent à leur place cette décadence irrémédiable d'un empire qui avait été d*abord presque aussi grand par les mœui's que par le courage guerrier? L'esprit militaire lui-même y périt sous Tinfluence d'une longue corruption, et Tempire romain, ce vieux débauché, finit par rendre son èpée aux barbares. Voilà comme les pays corrompus finissent !Voilà ce que Cicéron craignait ; voilà pourquoi il repoussait le gouvernement des Catilina, la corruption des mœurs et Timpiété.

Ouant à la religion, il n'y a pas une nation de l'antiquité qui n'ait eu un culte régulier, positif, la foi en une vie future, en un Dieu suprême qui récompense et qui punit. La religion fut liée, on le sait, à Torigine, à Texistenco même de la société romaine. Jupiter, c'est lemattre <les dieux et des }wmmes. Il est regardé comme le souverain protecteur de Rome et de l'empire romain. Sous ce nom do Jupiter, que Cicéron donne à Dieu, qu*cntend-il? Est-ce un être vague, indécis, dont la nature incertaine pourra flotter entre les opinions plus ou moins affirmatives des déistes et les négations plus ou moins absolue

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