LUTHER ET VOLTAIRE
priez une jambe; vous vous gâteriez, et on dirait : Que diable est ceci? comme le petit papelin s'est gâté^? »
Enfin dans un écrit intitulé : Exhortation sincère du docteur Luther, il s'écriait : « Eh bien I répands, aide à répandre le saint Evangile ; enseigne, écris, prêche que tout établissement humain n'est rien ; dissuade tout le monde de se faire prêtre, papiste, même religieuse; à tous ceux qui sont là-dedans, conseille-leur d'en sortir ; cesse de donner de l'argent pour les bulles, les cierges, les cloches, les tableaux, les églises ; dis leur que la vie chrétienne consiste dans la foi et la charité. Continuons deux ans de la sorte, et tu verras ce que seront devenus pape, évêques, cardinaux, prêtraille, moines, religieuses, cloches, tours d'églises, messes, vigiles, soutanes, chapes, tonsures, règles, statuts et toute cette vermine, tout ce bourdonnement du règne papal*. » Ce Mathan n'annonçait-il pas bien Voltaire, et peut-on être surpris que, maintenant, le protestantisme soit derrière la philosophie du dix-huitième siècle en Italie?
Quant à celui-ci, nous l'entendrons appeler les apôtres des faquins, ses adversaires, quels qu'ils soient, des cuistres, et le christianisme Vinfâme.
On sait que, même à l'égard d'un aulre philosophe, de Rousseau, il a poussé loin l'hyperbole de l'injure ; il n'y a qu'à consulter sur ce point sa correspondance avec d'Alembert*.
* Mémoires de Luther, par M. Michelet, t. II. p. 289.
^ Mémoires de Luther, par M. Michelet, p. 327.
' Il y aurait à faire un long catalogue des injures qu'il adresse à Rousseau dont il refuse la souscription à la statue que les philosophes élèTent à Voltaire. On sait que le chef de la philoso^ie du dix-huitième siècle détestant ce qui pouvait rester du christianisin
U aiAriTBE u.
Ouant aux moeurs, Luther disait de lui-même, dans sa correspondance, avant son mariage avec une religieuse : « Ke t'étonne pas si je ne me marie point, qui sic famosus sum amator\ J*ai eu jusqu^à trois épouses en même temps, et je les ai aimées si fort, que j'en ai perdu deux qui vont prendre d'autres époux. Pour la troisième, je la retiens a peine de la main gauche, et elle v^ s'échapper. » (16 avril 1525.)
Si Voltaire, dont l'histoire, écrite par Condorcet, indique assez la morale et la vie qu'il menait au château de Cirey, où il composa la Pucelle^ un prince allemand, ami de Voltaire, et son disciple, parlait ainsi de Luther dans une letti*e adressée au chef de la philosophie du dlxhuiliùme siècle : « iln'aiihait que le vin et les femmes \ )>
Ces rapports d'idées, de mœurs et de caractère, mais avant tout le développement même qu'avait pris la scission ouverte par Luther et ses disciples, d'autant plus logiciens qu'ils différaient de lui, qu'ils détruisaient davantage où il avait déjà détruit, établissent entre Luther et Voltaire, entre le protestantisme et la philosophie
dans le cahinisme et ranglicanisme, disait que, « dans la ville de Calvin» il n'y avait plus que quelques ^reJms qui crussent au consubstantiel, c'est-à-dire à Jésus-Christ, » et qu'il écrivait à d'Alembert que. i dans Londres, le Clirist était bafoué. « (Lettre àd'Alembert, 28 septembre 1765.) Quant au peuple, il ne rappelle que la canaille. (Lettre à Diderot, en date du 25 septembre 1762.) « L'infâme (la religion chrétienne), dit-il, n'est faite que pour la canaille, il faut la lui laisser, » « On n'a jamais prétendu éclairer les cordonnières et les servantes, » syoute-t-il dans une autre lettre que nous citerons plus au long dans la suite de cet ouvrage, tant il a de mépris et de dédain pour tous ceux qui n'ont pas ses idées, tant celui qui voulait réformer le monde insulUii le peuple en masse !
> Mémoires de Luther, par M. Michelet, t. U, p. 221 et 232.
* Lettre du landgrave à Voltaire, en date du 9 septembre 1766.