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LA THÉORIE PURE

faits, et on le pourrait, jusqu'à un certain point, la formule absolue de la monarchie française, à Tépoque où nous sommes parvenus, quand le Parlement exerce tant d'influence, serait celle-ci : une monarchie administrative, contrôlée par une haute magistrature.

Le moment est arrivé, avant de suivre dans la voie où elles marcheront, l'Assemblée constituante et la Révolution de 89, de caractériser d'une manière plus complète la situation de cette monarchie. Voilà pourquoi surtout nous nous arrêterons à la question des états généraux.

On a vu les aspirations de Necker vers le gouvernement anglais, qui était pour lui le type le plus élevé du système représentatif, le vœu d'une constitution exprimé à Louis XVI par Turgot, toutes les théories, tous les changements dont l'espérance passionnait les esprits; mais ce cri des états généraux, poussé tout à coup à peu près par tout le monde, n'était-il en lui-même qu'un mot d'ordre philosophique? Non assurément.

Que l'esprit d'opposition l'adopte, qu'il s'en serve pour agiter l'opinion, que les états généraux soient un cadre, où viennent se placer les idées, les ambitions et les impatiences du jour, qu'ils soient la porte par laquelle on veut passer, il est impossible de le nier ; mais, malgré la désuétude où est tombé, depuis Richelieu, ce mode de représentation générale, les éléments d'une représentation possible et traditionnelle de la société française, ontils aussi disparu, et si la France aspire en eflet à modifier son système de gouvernement, est-ce à la théorie pure qu'elle est maintenant réduite?

Quelques pages de Rousseau et la brochure de Sieyès lui suffiront-elles?

Toute la société de l'ancien régime s'émeut au moment

OÙ nous parlons : c'est l'assemblée du clergé, on Ta déjà \u, qui refuse des subsides à Brienne et demande les états généraux avec le Parlement; c'est la noblesse de province qui intervient dans la querelle du Parlement et de Brienne, soutient la magistrature et fait opposition au ministère, tellement que toute division entre la noblesse et la magistrature paraît effacée ; c'est la Bretagne tout entière qui prend part à cette vive agitation, au point que la commission intermédiaire des états, représentation légale de la province \ prenant en mains la cause du Parlement remplacé par la cour plénière de Brienne, adresse au roi des représentations et demande aux évoques les prières « d'usage dans les calamités publiques; » ce sont les états du Dauphiné se réunissant d'eux-mêmes, toujours à l'occasion de la cour plénière, et réclamant les états généraux; c'est l'agitation devenue sérieuse dans la Provence, le Languedoc, le Béarn, le Roussillon, la Flandre, la Franche-Comté, la Bourgogne, comme dans le Dauphiné, surtout dans les pays d'états? De quoi s'agit-il? du contrôle parlementaire que Loménie de Brienne, fatigué de l'opposition opiniâtre du Parlement dans les questions de finances veut supprimer, à l'imitation de Maupeou, et enfin des états généraux, comme solution de toutes les difficultés. Or, n'est-il pas bien remarquable qu'en dehors d'une organisation administrative, déjà si étendue, si complète, malgré les progrès que la centralisation avait faits sous Louis XIV, il y ait encore dans nos provinces, à la veille de 89, une société aussi agissante, aussi pleine d'initiative?

Nous le savons, et nous l'avons reconnu, il y avait

* Droz, Histoire du règne de Louis XVI, II* vol., p. 5.

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